‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 15 sur 166 · Eunomius reproche aux Pères qu'ils ne méritent plus le · texte numérisé non relu

Eunomius reproche aux Pères qu'ils ne méritent plus le

<. Bas /. c. II, 32. —2. Ci. Basil, l. c. 1, (4, IS. Greg, Naz. 29, c.'*'0.

nom de chrétiens, puisqu'ils préteudeut ne plus même posséder une parfaite connaissance de Dieu, alors que le christianisme se donnait pour lâche principale la diffusioa' de cette vérité. Saint Grégoire de Naziauze' ne contestait pas que Dieu, dans le christianisme, "nous eût fait de grandes révélations sur ses attributs et spécialement sur la Trinité, ni qu'il tùétendu et amélioré notre connaissance naturelle. Mais notre connaissance n'était pas pour cela absolue, disait-il en substance, elle restait ici-bas connaissance de foi ; dans l'avenir seulement nous était promise comme récompense dans le ciel une connaissance plus parfaite, dans la contemplation de Dieu. De cette parfaite connaissance de Dieu qui se révélait dans le christianisme, il est étonnant combien les hérétiques avaient peu profité. Le mot « sans devenir » désigne bien toujours Dieu par opposition aux choses finies et accidentelles; mais sur la vie intérieure de Dieu et sur la Trinité, que le christianisme a été le premier à nous révéler, il n'y a encore la aucune indication. Le chrétien désignait donc Dieu plus justement sous le nom de Père, mais l'attribut « sans devenir » pouvait aussi bien être connu par les païens. Ainsi parlait saint Athanase^.

Le christianisme, ainsi que le fait remarquer saint Basile, demandait comme condition de salut, non une connaissance sophistique et naturelle de l'essence de Dieu, mais bien, d'après l'Ep. aux Hébreux, XI, 6, la foi surnaturelle ^. Notre connaissance de Dieu consistait en grande partie à reconnaître son incompréhensibilité *. Sans doute, saint Basile admet expressément que cette foi surnaturelle en Dieu devait être précédée d'une connaissance naturelle, mais celle-ci n'atteint tout d'abord que l'existence de Dieu et elle a son point de départ dans la contemplation du monde et de son organisation.

IL La lâche des Pères consistait, en second lieu, à démontrer d'une façon positive la croyance jusqu'alors universellement admise dans l'Eglise de la cogtkoscibilité de Dieu.

4. Greg. Naz., Omt. 28,5. — 2. Allian., Orat. c. Ar. I, 34. — 3. Bas., C. Eun. 1, U. —4. ^j). 234, 2.

l'incompréhensibîlité de dieu. 49

Cette cognoscibililé, dans la mesure où on l'avait soutenue possible pour les forces de l'homme, n'avait jamais été donnée comme une compréhensibilité de son essence. En s'aidant de la considération d'un monde incapable de trouver sa raison d'êlre en lui-même et obligé de la chercher en dehors de lui, en s'appuyant sur la considération de Tordre et de l'harmouie qui y régnent, la raison humaine est en état d'arriver, et, de fait, arrive d'elle-même à connaître l'existence de Dieu. Mais ce qui dépasse ses forces, c'est d'arriver sur ce point et par cette voie à une connaissance parfaite de ce qu'est Dieu ^ Il serait impossible, du moins selon les paroles de Platon (Tim., 28 c), que cite saint Grégoire de Nazianze *, d'exprimer l'essence divine, et plus impossible encore de la reconnaître d'une façon adéquate ; car la connaissance devrait toujours pouvoir se traduire en paroles. Cette idée qu'avec notre raison nous pouvons bien connaître l'existence de Dieu, mais non son essence, revient souvent chez les Pères. Ils ne prétendent pas dire par là qu'avec notre raison nous sommes incapables de rien connaître sur les attributs de Dieu, saint Grégoire 3 lui-même en vient sur cette question à démontrer rigoureusement la spiritua'ité , l'ubiquité, l'immensité de Dieu, Ils veulent dire seulement que ce qui dépasse nos forces, c'est de définir d'une façon adéquate l'essence de Dieu. Saint Grégoire ne dit-il pas, à ce propos, que son intention était seulement de montrer que le divin dépasse notre connaissance en tant qu'il s'agirait de le pénétrer entièrement *?

Pour établir l'incompréhensibilité de Dieu, les Pères s'aident de divers arguments :

Page 1