‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 154 sur 166 · Ed. Comb. II, 22 {Migyie XCI · texte numérisé non relu

Ed. Comb. II, 22 {Migyie XCI

60'i HISTOIRE DES DOGMES

l'acte de parler de telle ou telle façon qui dépend d'une libre décision de la volonté (yvrôp/î) et qui détermine l'hypostase ou la personne. Ainsi le pouvoir de vouloir et l'exercice actuel de la volonté dans un sens déterminé ne sont pas identiques, l'un appartient à la nature, l'autre à la décision de celui qui veut (rr,; toG e^ovro; ^ovï-Tiç). Le Logos devenu homme avait donc comme homme le pouvoir de vouloir, mais un pouvoir mis en branle et formé par la volonté

divine (t-â «-jtoj ôîiV.w BEÏhiJixri y.ivo{jy.svôv T£ x«i ryn-oyfxevov). Car Sa

volonté, dit saint Grégoire de Nazianze, n'était en aucun point opposée à celle de Dieu, mais divinisée en tout (tô yip

èy.dvo\t Oihfv oOSr-i {jTsps-jxvrio-j Oew Oso^b o).ov^). Que d'aprèS l'intcr-

prétation de saint Maxime ce mot OemBs^j, qui implique une relation de l'humain au divin, suppose également la dualité des volontés de même que le mot humano-divin dans Denys, cela ne nous regarde plus. Cependant il résulte tout aussi évidemment de ce que nous venons de dire que la volonté gnomique est chez saint Maxime quelque chose de distinct de la volonté libre ou du libre arbitre (slo-jTta) qui à plusieurs reprises est marqué comme l'attribut essentiel de la nature humaine. La volonté gnomique est la décision de la volonté une fois arrêtée et, comme telle, une manifestation de la personne en tant que principium quod et un eflet de la volonté, mais non plus de la volonté ellemême. L'expression volonté gnomique avait été imaginée par les Monothélites pour pouvoir soutenir de cette façon l'unité de la volonté. Mais saint Maxime leur montre qu'on ne peut l'attribuer ni au Logos, ni à la nature humaine et que, par conséquent, on ne pouvait pas davantage parler d'une ou de deux volontés gnomiques, mais seulement de deux volontés physiques.

Entendons-le discuter avec Pyrrhus :

« M. Qu'appellent-ils donc yvrifiy) ?

P. Layv^;./^/; est, comme la définit saint Cyrille, un genre el un mode de vie (T^oÔTro; Çciris).

1. Ibid. Cf. Disp. cuin Pyrrho (Comh. II, 162; Mitjne XCI, 202!.

DÉFENSE DU DYOTHÉLISME 603

M, Notre genre de vie, qu'il soit ordonné vers la vertu ou vers le péché, n'est-il pas dépendant de notre libre choix ?

P. Sans aucun doute, il dépend de notre choix.

M. Mais nous choisissons librement, alors que nous voulons et délibérons, ou bien agissons-nous peut-être sans vouloir et sans délibérer ?

P. Evidemment c'est la première alternative qui a lieu.

M. La /i/'-jt/ïî n'est donc qu'une résolution déterminée par la considération du bien réel ou apparent^ ?

P. C'est cela même.

M. Si cette définition est juste on ne peut pas parler d'une volonté gnomique, car comment la volonté peut-elle procéder de la volonté? En outre, par le fait qu'ils attribuent au Christ, le Seigneur, la volonté gnomique, ils font de lui un homme ordinaire qui est comme nous à la merci d'une délibération ; qui souffre de l'ignorance et du doute et qui voit devant lui des propositions contradictoires, puisqu'on ne délibère que sur des choses douteuses et non sur des choses évidentes. Nous tenons de notre nature le désir de tout ce qui de sa nature est simplement bon ; mais ce qui est bon seulement d'une certaine façon, nous l'examinons et en faisons l'objet de délibération. Voilà pourquoi nous parlons chez nous de cetteyvMu.Yi qui est un genre et un mode de vie, mais non affaire de nature prise en soi, car autrement la nature aurait été établie infinie, sous plusieurs aspects. Dans l'humanité du Christ, qui n'était pas simplement un homme ordinaire à notre façon, mais existait en tant que Dieu, la volonté ne peut pas être appelée yvcûp/?. Déjà par le fait de son être et de son existence en Dieu, la nature humaine tenait de son réceptacle une inclination au bien et une aversion pour le mal ainsi que l'enseigne saint Basile dans son explication du Psaume 44. »

Après cela, saint Maxime montre que dans la bonté morale de l'homme ordinaire, les dons naturels de Dieu

1. Ed. Comb. II, 171 (Migne XCl, 308j : Oùzouv 4; yvojpivî oùSsv izspôv hriv ri nota. Oé\Y,(Ti; rjyzTivM- rtvo; rj ovtoj tj vo^i^ouhou xvzîyoy.ivr,.

étaient affaire principale et il ne fallait pas admettre seulement une puissance créatrice de l'homme. L'éclat de la vertu et de la bonté morale naturelle de l'homme consistait dans la préservation ou la destruction des taches afférentes au péché, tout comme l'éclat du fer tient à la disparition de la rouille. On pouvait d'autant plus considérer la bonté morale de la nature humaine, comme un don divin, du moins on devait faire abstraction de tout progrès et de tout perfectionnement dans la vertu. Pareille idée était admise par Nestorius, parce qu'il considérait la nature du Christ comme étant l'homme Jésus. 11 parlait donc d'une volonté gnomique du Christ. Encore moins on peut attribuer à l'essence divine ou au Logos en soi une volonté gnomique ; car, d'après la définition donnée plus haut, une telle volonté comporte quelque chose d'imparfait en soi. Si on veut parler d'une volonté du Logos, ce ne peut être que de la volonté naturelle, divine, qui ne forme qu'une seule et même chose avec l'essence divine et qui, à cause de cela, est unique dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Si l'on attribue cette volonté divine au Christ seul, on doit contester sa volonté humaine.

De tout cela il résulte assez clairement que tant qu'il faudra considérer la volonté naturelle humaine du Seigneur comme une volonté libre et dépendante de la raison, cette volonté ne saurait être comme chez nous une volonté gnomique parce que, pour tout dire en un mot, cette volonté se distingue de la nôtre à trois points de vue. D'abord elle ne saurait choisir entre le bien et le mal, car par le fait de son union hypostatique avec Dieu, la volonté humaine a perdu la possibilité de pécher. En second lieu il n'est pas besoin d'examen, de délibération ou d'une longue réflexion pour imprimer à la volonté humaine une tendance décidée vers le bien. En troisième lieu l'agent directeur, l'arbitre ou le consommateur de l'action dans la personne du Seigneur, ce n'est pas un homme, mais le Logos divin qui a divinisé la volonté humaine.

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