‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 155 sur 166 · Si les Monothélites objectaient à la croyance orthodoxe · texte numérisé non relu

Si les Monothélites objectaient à la croyance orthodoxe

DÉFENSE DU DYOTHÉLISME 605

que la volonté libre était affaire de la personne et non de la nature « qu'elle devait donc être attribuée au Christ au singulier », saint Maxime rappelait comme les autres Pères le mystère de la Trinité'. « On apprenait ici, disait-il, tout le contraire, à savoir que la volonté était affaire de la nature et non de la personne », car malgré la Trinité des personnes divines, on ne pouvait admettre en Dieu trois volontés différentes, mais une seule. Le nombre des volontés dépendait ainsi non du nombre des agents, mais du nombre des natures ^

7. Les Monothélites prétextaient qu'on admettait bien l'unité de volonté en Dieu et dans les saints du Ciel; on pouvait donc bien l'enseigner pour la nature divine et la nature humaine du Christ. A cela, Maxime répondait à bon droit qu'une telle explication dépasserait son but; on n'arriverait pas à d'autre unité de volonté qu'à celle qu'a soutenue Nestorius pour faire accepter sous son couvert la dualité des personnes. Saint Maxime s'occupe en ce sens de l'unité de volonté dans sa lettre au prêtre Maxime ^ Ici-bas c'est une imperfection pour la volonté humaine que la possibilité de choisir entre le bien et le mal et entre les moyens d'atteindre notre fin souveraine. L'intelligence de l'homme est, en effet, obscure et imparfaite ; l'étroite subordination des moyens à la fin dernière ne lui apparaît pas avec une évidence inéluctable; il lui faut réfléchir, oser, pour imposer à la volonté une direction vers une activité fatigante, et celle-ci reste libre, elle peut suivre la vertu ou s'écarter du bien. C'est au Ciel seulement que la possibilité de choisir entre le bien et le mal cesse parce que là disparaîtra tout doute et toute ignorance; là, l'âme contemplera le souverain bien lui-même, le possédera, en jouira. Alors la volonté des saints ne fera

1 . Le pape Agathon dans son écrit dogmatique à l'empereur Constantin, de l'an 680, écrit de môme {Manai XI, 243) : Nam si personafem quisquam intelligat voluntatem, dum très personae in sancta Trinitate dicuntur, necesse est, ut et très voluntates personales operationes (quod absurdum est et nimis profanum) dicerentur.

2. Max. Disp. cum Pyrrho {Comb. II, 161; Migne XCI, 289). S. Ed. Coinb.U, l sqq. {Migne XCI, 9 sqq.).

qu'une seule chose avec celle de Dieu, en tant que l'objetde la volonté, Dieu lui-môme et le salut de tous, est le môme pour Dieu que pour les hommes. Néanmoins les volontés physiques et leurs opérations n'en resteront pas moins infiniment distinctes de toute la distance qui sépare l'inlini du lini. Pour que les volontés physiques ne formassent qu'une seule et même chose, il faudrait aussi que les essences passassent les unes dans les autres et que les créatures eussent participé elles-mêmes à leur création*.

8. De la discussion de saint Maxime et de Pyrrhus, il nous apparaît que les Monothélites donnaient, pour élever les opérations humaines au rang d'opérations divines, les mêmes raisons que donneront plus tard les Prédestinatiens et les Déterministes pour faire disparaître la liberté humaine. « Si, disaient-ils, en face de l'activité divine toute activité humaine en général doit être appelée action et passion, cela est bien le cas, en particulier pour la personne du Seigneur ». Saint Maxime n'admet point cette idée. Pour lui les êtres ne sont pas pleinement connus par leurs contraires, ou il faudrait que les contraires fussent réciproquement les causes les uns des autres. La créature n'est pas méchante, parce que Dieu est bon, pas plus que Dieu n'est bon, parce que la créature est devenue mauvaise. En réalité les créatures n'ont pas eu en propre le mouvement spontané, mais le mouvement communiqué et la passion, et ceci ne résulte pas de ce que la créature est le contraire de Dieu, mais de ce que ce caractère lui a été communiqué dans la création. Néanmoins nous parlons d'énergie, même à propos de la nature humaine, comme par exemple saint Léon dans son écrit dogmatique. Agit utraque forma. « A-t-il fait autre chose celui dont il est dit- : Après qu'il eut jeûné quarante jours, il eut faim ? Il a permis à la nature d'opérer d'après sa volonté ce qui lui était propre '' ». La nature humaine n'était

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