‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 161 sur 166 · Ibid. c · texte numérisé non relu

Ibid. c

3. Il ne faut pas répondant se rallier à l'idc^e et à l'expression de saint Jean Damascène, relativement aux deux natures de l'homme; rar d'apri\s ce «ju'on vient de dire, il reste encore à décider si, dans l'union de l'âme et du corps dans 1 homme, il ne se réalise pas un certain mélange et une nouvelle nature, la nature humaine.

nature de toutes les choses créées, à laquelle elles participent toutes... En aucun cas on ne peut se borner à admettre chez le Christ une seule nature; car en lui la nature humanodivine a conservée ses qualités particulières et il ne saurait être également question d'une espèce supérieure dans laquelle l'Homme-Dieu serait compris comme les autres.

7. D'une manière particulière la volonté libre de la nature humaine ne peut être combattue dans le Christ, à la différence de la volonté libre. Le Christ dut devenir un homme complet pour vaincre, en tant qu'homme, l'ennemi qui avait vaincu Thomme dans le paradis, et pour délivrer l'homme tout entier, c'est-à-dire y compris sa volonté libre. Mais comment cette intervention de la volonté humaine libre était-elle possible dans l'union hypostatique de la nature humaine et du Logos? Le saint docteur l'explique en ce sens que le Christ a toujours voulu librement avec sa nature humaine ce que la volonté divine lui a inspiré de vouloir ^ (( Celui qui était à la l'ois Dieu et homme voulait aussi bien avec sa volonté divine qu'avec sa volonté humaine. Les deux volontés n'étaient donc pas distinctes l'une de l'autre parleur décision (o-iyvo\u.ïî), mais seulement par la force physique. Par nature, la volonté humaine n'était pas toute puissante, mais lorsqu'elle est devenue vraiment et essentiellement la volonté du Logos Dieu, elle devint aussi toutepuissante.

Si donc Denys l'Aréopagite parle d'une énergie humanodivine {ezcf.-jdpiy.ri è'jtpy-ix), il entend par là, comme l'interprète Jean Damascène, non pas mêler les modes d'opération des deux natures, mais indiquer seulement cette mystérieuse compénétration réciproque des deux natures. Les facultés humaines ont été, en une mystérieuse façon, pénétrées par Dieu dans le Christ et divinisées, en un certain sens, sans aucune transformation essentielle. L'Homme-Dieu reconnaît donc avec une raison humaine et il sait avec elle ou bien

1. Jo. Vainasc. De fide orlhod. III, c. 18 : 'A//.' è/.zivy. 'x:-7£;iv7(cj; rfish-j, â r, Oîiy. aùroû 6ùr,7ii v.Oùi Ûdiv aJT/;v.

prend conscience en elle qu'elle est une raison unie avec Dieu élevée au-dessus de toutes les créatures, objet d'adoration pour tous.

8. Par rapport à rinlelligencc humaine de Jésus, il y a une douLle remarque à faire : la première, c'est qu'à cause de l'union hypostatique elle n'a pas été affectée d'une ignorance qui serait déshonorante, mais qu'elle a été instruite très parfaitement; qu'elle prévoit même l'avenir avec certitude*, et qu'ainsi elle a été pourvue dès le commencement de la plénitude de toutes les connaissances et qu'elle n'a fait de progrès que dans la mesure oîi l'Homme-Dieu laisse transpirer hors de lui la sagesse qui habitait en lui, ou en tant qu'il a élevé parmi les hommes, pour ainsi dire à notre place, l'intelligence et la grâce et les aportées à la perfection, alors qu'il s'attribuait souvent à lui-même ce qui n'était propre qu'aux hommes, ses frères, et qu'il parlait en leur nom-. C'est ainsi qu'il faut expliquer, croit-il, en se couvrant de l'autorité de son maître Grégoire de Nazianze, les paroles de la sainte Ecriture chez saint Luc (II, 52). Il explique encore de la même façon, à l'exemple de plusieurs Pères, les prières que le Seigneur a faites dans sa vie, alors qu'il n'avait nul besoin de prier ; car comment aurait-il eu besoin d'élever son esprit à Dieu, celui qui était uni hypostaliquement à lui ? Au contraire, le Seigneur n'a dû pratiquer la prière que dans des vues pédagogiques ou didactiques; en prenant sur lui les besoins des hommes et en priant en leur nom. Ceci doit s'entendre notamment de la prière du Seigneur sur la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné^? »

9. A propos de la mort de Jésus, saint Jean Damascène, ne remarque pas cependant ce que les Pères avaient dit avant lui de l'union du Logos et de nos corps au tombeau; il ajoute même que par la mort l'unité de la personne de Jésus n'apas été rompue alors que l'âme et le corps, en dépit de leurséparation locale, restaient unis hypostatiquement par le Logos,

1. Ibid. c. 2t.— 2. Jo. Damasc.Dc: fido orthod. III, c. 22. 3. Ibid. c. 24.

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parce que le Logos était resté toujours le seul et même principe constitutif des deux parties séparées ^

10. Sur l'œuvre de la Rédemption, Jean Damascène répète ce que saint Grégoire à déjà dit, à savoir que l'Homme- Dieu, qui n'était pas soumis à la nécessité de mourir, s'est livré à la mort en toute liberté et s'est ainsi offert en sacrifice, non à l'esprit malin, notre ennemi, mais à celui que nous avions offensé par nos péchés. Il explique même, en quelquesmots commentée méchant ennemi, oula mort, s'est emparé du Fils de Dieu et, dans la conviction d'avoir saisi un homme ordinaire, il a reconnu la divinité qu'il eût été impuissant à prendre ^ Il se représente ici la chose comme si le démon s'était laissé prendre à l'humanité du Christ comme à une enveloppe et avait .été contraint alors par la divinité du Seigneur, sur laquelle il n'avait aucun empire, à délivrer tous ceux qu'il avait jusqu'alors dévorés. Nous n'avons pas à attacher une grande importance à cette allégorie et nous la devons considérer comme un essai d'expliquer de quelque façon la victoire du Christ sur le diable''". Saint Jean parle encore avecplus de justesse des effets delamort du Christ au XI« chapitre du I V^ livre où il s'attache à démontrer que la croix du Christ est digne d'adoration. « La mort n'a été vaincue queparlacroix, c'estla croix qui adétruit le péché d'Adam dévalisé l'Adès, assuré notre résurrection et nous a obtenu la force de vaincre la douleur et même la mort ; c'est elle qui nous a rendu possible le retour à la béatitude, qui a rouvert la porte du paradis, qui a élevé notre nature à la droite de Dieu et a fait de nous des fils et des héritiers de Dieu ».

Dans le chapitre suivant, le'; treizième, il déclare tout aussi nettement que l'Homme-Dieu, « par son llncarnation, sa naissance, son baptême, ses souffrances et sa résurrec-

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