ATTRIBUTS DE DIEU
a été fortement soutenue par Grrégoire de Nazianze comme une conséquence de la perfection absolue de l'Etre suprême. L'Ê'.re absolument supérieur et tout parfait ne saurait être composé d'un autre Être supérieur, ni être divisible, ni décomposable en d'autres, tout autant de caractères qui sont essentiellement inhérents à la matière. Enfin il doit être supérieur à la matière. Par contre, si Dieu est inétendu, partout présent et incommensurable, il ne peut être matériel, il doit être immatériel*. Les autres Pères enseignent la même doctrine; tous cherchent à démontrer l'indépendance de Dieu vis à vis du temps et de l'espace. Sur la connaissance ou la volonté de Dieu ou sa spiritualité au sens positif, il est inutile de citer des passages, car ils considèrent tous la perfection de Dieu à ce point de vue spécial.
4. Les rapports de Dieu et de l'espace se déterminent d'abora par l'inétendue ou l'indépendance vis-à-vis de l'espace. Que Dieu ne puisse pas être enfermé par l'espace, cela est déjà évident à notre raison, car, dans l'hypothèse contraire, Dieu serait néce;sairement un être fiai et limité ^ Mais il est difficile de doûoer une explication plus précise de cette inétendue, surtout en face d'un sophiste. S'il nous demande, en effet, où est Dieu, deux réponses se présentent aussitôt : il est quelque part, ou bien il n'est nulle part. Si nous donnions la seconde, on nous objecterait que Dieu est ainsi semblable au néant qui n'est nulle part ; dans la première, on continuerait à nous demander; Si Dieu est dans l'Univers, est-il dans une de ses parties ou partout ? s'il est partout, n'est-il pas enfermé dans l'univers? Et ceci est impossible, car Dieu était avant que le monde fût et que l'univers existât. Mais, s'il doit être au dessus de l'Univers, il n'y a aucune limite entre lui et l'Univers, et ne serait-il pas dès lors encore enfermé dans l'espace'?
Si saint Grégoire de Nazianze signale ces difficultés, c'est uniquement pour montrer que les attributs de Dieu nous apparaissent tous comme des vérités incompréhensibles, dès que nous voulons nous en former une idée exacte. Il a soin d'ail-
4. Greg. Naz. 28, 7 seqq. — 2. Ibid., i2, 9. — 3. Ibid., 28, HO.
TOIUK DivS DOGMKS.
icuvc, do nous eiiseigucr que Dieu u'est ai ici, ni là, mais dépasse toutes les délimitalious de l'eàipace.
Saial Grégoire de Nysse fait cousirler les rapports de Dieu el de l'espace eu ce que, d' un côté, il u'est point circonscrit par l'espace ot que, de l'autre, il est présent partout et pénètre toute l'étendue de l'espace. Ce qui est circonscrit par l'espace ne peut élre Dieu, car c'eat le propre de la divinité d'être partout, de tout pénétrer et de ne se laisser circonscrire par aucun espace'. Si Dieu n'est point circonscrit par l'espace, et si cela est impossible, c'est que Dieu est l'unité, l'immensité. Saint Augustin * présente encore de plus longs développements sur ces questions.
5. L-es rapports ai Dieu et du temps sont marqués par l'élernilé. Si le temps, d'après l'explication d'Aristote, est la mesure du mouvement d'une chose, il ne peut être attribué à une chose que quand le mouvement est mesuré, c'est-àdire quand le commencement et la lia peuvent ê:re distingués l'un de l'autie. Puisque le temps est aussi une imperfection des êtres finis, il doit élre nié de Dieu ou, en d'autres termes, il faut lui attribuer l'éternité qui est, à bon droit, définie la négation de commencement et de fin. Mais parce que le mouvement peut être mesuré entant que le futur devient le passé. Dupasse plus loin encore, il faut, en niant le temps, nier du même coup le passé et le futur et concevoir l'éternité comme un présent sansdivision. Ces deux idées se trouvent dans saint Grégoire de Naziacze : « Dieu a toujours été, il est et sera ou, plus exactement, il e^t toujours. Car le passé et le futur sont des parties de notre temps et de nature fugitive. M.iis lui, il est toujours, et c'est ainsi qu'il se nomma» quand il donna ses lois sur le mont Sinaï. Il comprend tout l'Être en lui-même, il n'a ni commencement ni iiii ; il est oomiue un Océan d'être sans mesure et sans limite, dépassant toute idée de temps et de nature * ». Il continue dans le chapitre suivant : « L'éicruité n'est ni um temps ni uoe partie du teiups, car eUe ne peut
4. Greg. Nyss . C. litinom. Ill(Migno, XLV, COi). - "2. Cf. plus bas 7. — 3.. Greg. Naz., OiM 3S,7.
ATTRIBUTS DK DlJ^'U.
être mesurée. Ce qu'est pour nous le temps qui est mesuré par le cours du soleil, l'éteruité l'est pour toul êlro qui dure toujours, un mouvement, une durée qui se déroule, pour ainsi dire, dans le temps auprès de celui qui dure sans lia. * » Le saint docteur veut aussi représenter ici l'éternité comme une négation du temps ou comme une durée supérieure à tous les temps, mais il n'entend point pour cela refuser à Dieu toute vie et tout mouvement. La vie et le mouvement, si nous voulons les transporter à Dieu, s'accomplissent sans passage du passé au futur. En Dieu, il n'y a pas de succession, tout est simultané, car tout doit être constitué dans l'unité. A la question : « Qu'est-ce que Dieu a fait avant la création? » saint Grégoire ne connaît qu'une réponse, » alors il contemplait dans leur idée les choses qui devaient un jour venir à l'existence, mais tout alors était condensé dans l'unité, dans la simultanéité et non dans la succession, dans l'élat où le contenait le sein de sa grande divinité 2.
Tout temps a donc un commencement et, en tant que réel, une fin. L'idée d'une durée réelle sans commencement, empruntée à la métaphysique d'Aristote par les scolastiques qui pensaient qu'elle n'impUque pas contradiction, ne se rencontre pas chez les Pères. Dans cette explication du temps et de l'espace, saint Grégoire de Nysse alla encore plus loin que saint Grégoire de Nazianze. Il y fut poussé par les objections des Eunomiens. Quand il leur représentait que, en admettant une production du Fils par le Père dans le temps, ils ne faisaient pas simplement du Fils une créature temporelle, mais introduisaient le concept de temps et de changeaient dans l'Etre divin et dans le Père, ils auraient pu lui répoudre que la même objection pouvait être dirigée contre la doctrine de la création du monde au commencement du temps. Car de l'origine du monde dans le temps en tant qu'œuvre de Dieu on pouvait inférer que le temps avait prise sur Dieu même, comme on pouvait le déduire d'une production éven-
4. Ibid., 38, 8. — 2. Greg. Naz., Carmen de mundo, T. 70 (lib. I, sect. 4, carm. 4, éd. Maur. III, 2^3).
tuelle d'un Fils qui aurait eu lieu dans le temps. Tant qu'on ne soutenait pas que le temps était coéternel à Dieu, ou pouvait dire que le Fils n'était pas coéternel au Père, mais lui était postérieur*.
Cette objection, saint Grégoire s'applique à la réfuter. Il montre donc comment, d'après la doctrine chrétienne, toutes les choses créées, circonscrites par le temps, doivent avoir eu un commencement d'être et s'approcher de leur but final par des intervalles déterminés. Mais dans l'être incréé l'idée du temps ne trouve pas d'application, car il n'y a pas ici passage successif de la puissance à l'acte, on ne peut distinguer un avant et un après dans l'épanouissemeut de l'être, et toute possibilité de mesurer cet épanouissement par d'autres moyens fait défaut.
Cette prise du temps sur les créatures a son fondement dans ce fait qu'elles ne sont point créées parfaites et qu'elles ne sont pas appelées toutes à la fois à l'existence. Appelées du néant à l'êlre par un acte libre de la volonté de Dieu et pourvues d'un être contingent, les choses créées ont le développement vital qui correspond à leur nature d'être, et par là elles réalisent l'essence que leur être a reçue d'un autre, et la perfection de leur être et le développement de leurs facultés, grâce à un autre être, c'est-à-dire à l'action de Dieu et à la coopération des autres créatures. L'homme, dans le développement de sou existence corporelle et de ses facultés spirituelles, subit les conditions de l'action de Dieu et du monde, et c'est d'eux en grande partie qu'il les tient.
De la dépendance où les choses finies se trouvent ainsi, visà-vis de Dieu et du reste du monde créé, dans le cours de leur développement, de leur virtualité qui, à côté de l'être, renferme aussi du non-être et se manifeste dans un devenir successif, résultent le temps et le caractère temporel des choses. De la vient encore que le mouvement et le développement ou épanouissement vital des choses peut être évalué dans les unes par rapport aux autres, de même que le mouvement ré-