ATTRIBUTS DE DIEU. C
dépourvu, Dieu l'a créé eu même temps que les choses finies. La chose n'est pas cependant aussi claire que l'a pensé saint Crrégoire quand il regarde l'espace et le temps comme un lieu que Dieu a créé au commencement pour y enfermer les choses à créer. Le Père a-t-il admis aussi l'idée d'un espace vide auquel appartiendrait une existence indépendante des choses à créer? Il ne l'alfirme pas expressément, ni ne combat en principe cette idée. Ce qu'il dit formellement, c'est que Dieu a exactement fixé les limites et projeté en idée le plan du monde à créer dans Tespace et dans le temps; mais il ne prétend pas que le temps et l'espace aient été créés, comme des réalités distinctes, ou comme des substances avant les choses, et encore moins qu'elles existent comme infiniment réelles. A la fin de son exposé, il désigne l'espace et le temps, vu particulier le passé et le futur comme des qualités des choses finies, selon qu'avant d'exister elles sont considérées comme objet de prévision ou d'espérance, ou comme objet de la mémoire, une fois qu'elles ont existé. Le temps et l'espace ne sont, en dernière analyse que des qualités et même des imperfections des choses finies qui ne peuvent pour ainsi dire pas être perçues, mais seulement conçues par notre raison. Pour Dieu il n'y a donc eu aucune limite dans sou œuvre créatrice, si bien que le passé et l'avenir n'ont même pas de sens pour lui. Il a créé le temps avec les choses, mais il est avant elles au-dessus et en dehors d'elles, il les voit toutes de la façon la plus parfaite. Les changements et les développements temporels qui ont commencé avec la création n'atteignent pas l'être divin; la vie de Dieu ne tombe sous aucune mesure que l'on puisse tirer d'ailleurs d'êtres extérieurs aux choses divines, il a son temps à lui-même, comme Grégoire de Nazianze cherchait hardiment à s'exprimer.
Saint Augustin. — Sa doctrine sur la cognoscibilité de Dieu. Les preuves de l'existence de Dieu.
Avec saint Augustin nous atteignons le sommet de l'histoire du développement des dogmes à l'époque patrislique, non seulement pour tel ou tel point de doctrine, mais sur la plupart des questions de la théodicée. Il forme le point culminant de la science théologique à cette période. Qa'ou regarde à la profondeur de l'intelligence, à l'élévation et au vol hardi de la pensée, à l'exposé et à la définition exacte et précise du dogme, à la richesse et à la variété de ses travaux il a sur ces divers points, dépassé de beaucoup tous les autres Pères. Dans les temps postérieurs, saint Thomas est le seul qui ait acquis une autorité semblable et ait mérité par la profondeur de ses définitions, par l'exactitude de ses analyses, par la systématisation de son savoir la réputation d'un Aristote de la théologie, comme saint Augustin s'est montré un autre Platon.
Ici nous avons à nous occuper de sa théodicée. Il reconnaît lui-même que l'étude de la philosophie de Platon, qu'il avait commencée à Milan (386 ap. J.-C), avec une ardeur extraordinaire, exerça une influence durable sur ses croyances et plus tard sur ses spéculations religieuses*. Quels rapports intimes existaient entre la doctrine platonicienne du monde des idées et le mystère de la sainte Trinité et comment la philosophie païenne avait fait, pour ainsi dire, unpas important pour se rapprocher de l'unité abstraite de Dieu, et admettre, comme n'étant pas du moins contraire à la raison, la vérité de la révélation d'une subsistance du Logos à côté du Père, nous l'avons déjà dit*.
Sans doute, ces points de contact tels qu'il en existait avec la
1. Cf. Aug., De beata vita,]^ 4. Couf. Vil, c. 9, g 20 (éd. Maur), — 2. YoY. VHist. des Dogmes, I, g 12.
philosophie et tels qu'ils furent perfectionnés par les Alexandrins, en ont dans la suite du temps égaré plusieurs — par exemple les gnostiques e^ les Ariens — jusqu'à altérer ou à détruiie par des subtilités philosophiques, le dogme de la Trinité divine. Mais ces dangers n'étaient plus aussi considérables au temps de saint Augustin. La distinction du dogme et de la spéculation païenne était une œuvre, en grande partie achevée. Aussi saint Augustin ne fit aucune difficulté de considérer la philosophie de Platon, comme une préparation au christianisme et de la montrer comme l'ombre et, pour ainsi dire, comme le type du dogme chrétien, sur lequel la vérité divine s'était modelée dans ses traits généraux. En effet, le monde présent est, d'après Platon, une copie de ce monde supérieur des idées, mais saint Augustin voit simplement dans ce dernier le Logos divin par lequel et d'après lequel tout â été créé, qui d'autre part est l'image la plus parfaite du Père, qui a créé le monde comme un miroir et une copie de se3 idées *. Il trouve le prologue du quatrième Évangile indiqué déjà dans les écrits de Platon, au moins en ce qui concerne la doctrine duLogosdivin; par contre ladoctrine de l'Incarnation et de l'abaissement du Fils de Dieu jusqu'à la condition d'esclave et la doctrine de la croix sont restées complètement fermée, aux païens, et ont été considérées par eux comme une folie.
De même avec sa théorie de la préexistence des âmes humaines vouées, dans un monde heureux, à la contemplation du monde supérieur des idées, avec cette façon de concevoir idi terre ccmme un lieu d'exil, la philosophie de Platon oflPiait plus d'un point de ressemblance avec la doctrine chrétienue de la condition primitive de l'âme, du péché originel, de la destinée de l'homme appelé à une éternelle contemplation de Dieu dans le ciel. Par la différence qu'elle établissait entre le monde supérieur des idées et le monde fini de la matière, comme entre la connaissance intellectuelle et la connaissance inférieure des sens *, la philosophie de Platon amenait aussi l'homme à ne pas se placer simplement au niveau des orga-