‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 34 sur 166 · ÂtbaD., Ora · texte numérisé non relu

ÂtbaD., Ora

qu'il avait donc nécessairement un commencement d*exia« tence et qu'il pouvait être mesuré dans sa durée*.

Mais ceci ne saurait s'entendre du Fils et de la créa^ tion du Fils. La sainte Écriture lui attribue expressément en plus d'un passage l'éternité (Joan., I, 1, Apoc, I, 4. Rom., IX, 5. Ilébr., I, 3. Psalm., i44-13). Par contre, à propos des choses finies, elle enseigne aussi clairement leur création dans le temps (Gen., II, 5, Prov., VIII, 23-60, Ps. xxxix, 1, Dan., XIII, 42-20, 1)*. De l'éternité du Fils et de sa pleine divinité, que la sainte Écriture enseigne à plusieurs reprises, résulte déjà l'éternité de la génération ; c'est ce qu'exprime en particulier la sainte Écriture dans divers passages (Ps., II, 7; cix, 3)*.

Dire, par conséquent, comme les Ariens, que le Logos, s'il avait été coéternel au Dieu suprême, n'aurait plus été nommé le Fils de Dieu, mais son frère ou son frère jumeau, c'était une objection qui ne portait pas; il n'y avait là qu'une plaisanterie. Quand même on se bornerait à dire du Fils qu'il est coéternel à Dieu, on n'en pourrait veniià cette idée; cependant la doctrine de l'Église enseigne que le Logos est produit par le Père et a en lui son origine. L'appellation de Père et de Fils donnée à deux frères coéteraels supposerait déjà une origine antérieure commune pour les deux.

L'éternité de la génération résulte donc naturellement de la vraie et parfaite divinité du Père et du Fils.

Si le Fils a été engendré de l'essence du Père, et si celle-ci est incapable de changement ou de développement dans le temps et parfaite depuis l'éternité, le Fils doit avoir aussi été produit dès l'éternité. Le Fils est la raison et la sagesse de Dieu. Nier l'éternité du Fils, c'est donc fixer eu Dieu un temps où

4. Ibid., C. 20 : 'On, (i )c»l Tû) ôsû) Juvaiôv àsl iroieîv, 'aXX'cÙK li^ûvxTO tx •]fevy,Tà aîJia eîvat 'è^ eux Ôvtuv -jàp èoTi, xaî cùjc r.^ irfiv "js^riTai. ïà <ïs cjx ovtx rpiv -KêvriTat, irû); Y.Jûvaro ouvuTïâpy^eiv tÛ) ait ô'vri 8«w; Cf. c. 58 ; III. 6\. S'. Htst. des Dogmes, 1, 164. (2« éd ). — 2. Cf. Orat. 1, M scq j. — 3. Cf. Ibid. IV, 24'seqq.

il était sans raison et sagesse, où il était une source desséchée, sans vie et sans sagesse ^

Saint Athanase relève surtout la contradiction de l'Arianisme qui prétendait faire du Fils un être fini et temporel et en même temps un membre de la divine Trinité. Dieu a dû être d'abord une monade stérile et est devenu dans le temps une Trinité dont les éléments sont même en partie absolus, en partie créés, puisque Dieu a reçu dans sa divinité des êtres créés, tels que le Fils et le Saint-Esprit. « Qu'est ce donc, s'écrie le saint docteur, qu'une divinité qui est inégale à ellemême et qui arrive à la perfection dans le cours du temps, qui d'abord n'était pas telle et qui n'est arrivée que plus tard à cette forme d'être? Vraisemblablement, elle recevra encore de nouveaux accroissements jusqu'à l'infini, et ainsi il est possible qu'elle soit de nouveau diminuée et amoindrie. »

Si les Ariens veulent opposer à la doctrine de l'Eglise d'autres subtilités : dire, par exemple, que le Fils, pour être égal en tout au Père, devra à son tour produire un Fils, ils transportent en Dieu, sans en avoir le droit, les conditions du monde fini. Si Dieu le Père est Père dès l'éternité, et cela de par son essence, comme le Fils est éternellement Fils de par son esssence, on ne peut pas songer aune série infinie de productions. Le Fils reste d'autant plus l'image du Père que, participant à sa divinité et à son immortalité, il ne change pas de rapports vis-à-vis de son Père, et partant ne devient pas Père, n'engendre pas.

Les Ariens, nous apprend encore saint Athanase, demandaient aux femmes sur le marché si elles avaient eu un fils avant d'enfanter. Mais que pouvaient-ils prouver en se référant ainsi à des rapports finis ? Parce que l'homme ne peut rien former et produire qu'à l'aide d'une matière déjà existante, qui prétend donc soutenir que Dieu n'a pu former le monde qu'à l'aide d'une matière préexistante?*. L'antériorité

i . Orat. 1, 1 9 : nûî tcÎvjv eux àaeêeî ô Xé-^wv, ^Hv ttcts Sre eux •^v ô Tto'ç ; — 2. Ibid., 23.

1^6 IIISTQIRE Dffti UOUAIES.

et la succession temporelle dans la succession humaine and; leur fondement dans le caractère fmi et dans le développement temporel successif. Mais, en Dieu, il ne peut être question * d'impuissance ni d'un passage de la puissance à ra,cte dans le temps. Dieu n-a jamais pu être sans le Logos, pa^ plus que la lumière ne peut ôire sans rayon. La génération ne suppose ainsi qu'un rapport d'origine entre les personnes divines ; mais l'immutabilité et la pleine divinité du Père et du Fils défendent de songer à. une génération dans le temps. Les liçrétiques voulaient bien invoquer la création et le créateur en prétendant que le fait de devenir Père dans le temps pouvait se concilier aussi facilement avec l'immutabilité de Dieu qu,e le fait de devenir créateur, qui s'était bien produit au commencement du temps, li suilisait ici à saint Athanase de marquer la différence exacte entre la créature et le Fils, entre le créateur et le Père ; dans le monde fini, un homme pouvait biien être appelé artiste sans que ses œuvres d'art existassent encore; mais jamais père, tant qu'il n'avait pas de fils. Le Fils e^t un produit de l'essence divine, les créatures n'acquièrent lenr existence que dans le temps et par un acte libîe de la ■volonté de Dieu '.

6. Même en admettant son origine dans le temps, les hérétiques devaient bien reconnaître toujours au Logos une supériorité; il avait dû être créé avant toutes les autres choses pour servir de moyen terme et d'instrument pour la création du monde. Mais notre docteur s'attache à montrer que cette gypériorilé est impossible, et si elle était possible, ce ne serait pas un avantage proprement dit. Elle est impossible; car, àl^près l'opinion de s lint Athanase, la création forme, pour ^insi dire, un tout organique dans lequel un membre conditionne l'autre, se rattache toujours à un autre et n'a pu pai conséquent être créé avant les autres. De même que dans la qyéation qui remplit la terre règne une unité organique et que tout d'un commun accord poursuit un seul but, ainsi doit-i' en être de l'univers entier ; il constitue un corps orgaui

"b'd c. 11. — 2. Athan., Orat. 1, 2'J.

que *. Mais, dans le système arien, le Logos n'a aucun avantage sur les autres créatures, il forme une partie intégrante de l'ensemble. Nous n'avons pas à discuter ici cettte opinion de saint Athanase qui s'appuie contre toute attente sur l'unité organique du monde et lui constitue un corps. Cependant, même dans le cas où l'on ne partagerait pas ces vues cosmologiques, son argument garderait toute sa force contre l'Arianisme. Car toujours l'être fini se réfère à d'autres, dans lesquels il trouve ses limites et avec lesquels il sert en commun à des fins plus élevées. Nous ne pouvons même pas penser le fini sans penser en même temps à le multiplier jusqu'à rinfini en tant. que possible. Ceci doit s'entendre aussi de l'esprit fini, fùt-il même parfait. Cette idée admet des esprits innombrables, réels; comment '='.n serait-il créé par Dieu en une seule unité? Il s'ensuit que l'esprit conduit à la matière en tant' que lieu de son action, et la matière à l'esprit eu tant que support et exécuteur de ses déterminations. Admettons donc que le monde entier formî un macrocosme dont les parties se tiennent organiquement et que la sagesse divine a voulu former dans l'unité comme dans la variété harmonieuse du monde une image et unTeflet d'elle-même ^ l'argument de saint Athanase s'impose alors avec une grande force de démonstration. Mais, m^me en admettant que cette prétendue supériorité du Logos eût été possible, les Ariens l'avaient déjà réduite àrien, en prétendant attribuer au Logos créé une intime relation avec le monde, et ils disaient déjà de lui qu'il devait servir d'instrument et de moyen pour la création. Ensuite le Logos n'avait pas même sa fin en lui-même; il n'a été créé qu'à cause des autres êtres, et au lieu d'être antérieur et supérieur à eux, il était au contraire au dessous d'eux-'.

^. Ibid. II, 28 : Kal 3Xuj; oùS'è Iv p-ovov, 'a/J. exaTTov twv ■j'eNcjA.svtov, wcnrsp àXXYJXwv ovTa ftéXiQ, Iv ;4*6âî7ep awf^a, tôv xiiu.ov à^îiTcXcûatv. Eî Ttv^'jv gùtcu »k T»v Ywv O^ToXetjjLSâvcuaiv slvai, pxXXéaôwoav napà Trâvror*, (J-sfo; vo(J.Î^cvts; d-ta: tûv lïàrwv Tov Ao-jcv, /CXi (J-Éjo; o\)-/^ l/.avov àvau xwv àXXuv Tîpô; tyjv èy/^Etfucôeïijxv aùrw XeiTO'jp-jiav. Lf. c. 48. — 2. Alh., OniC. Il, 81. — 3. JbnJ., c. 30 : npiro»

Le dogme de la consubstantialité du Fils dans ses rapports arec la Rédemption.

L'Arianisme et sa large et rapide diffusion s'expliquent en partie par ce fait que depuis la conversion des masses au christianisme, sous Constantin, bien des gens se firent une idée superficielle et incomplète de la Rédemption par le Christ Gomment pouvait-on se figurer autrement qu'il fût possibk de rester chrétien et de regarder le Rédempteur comme une créature ? Un pareil aveuglement n'était possible qu'à ceux qui ne savaient pas apprécier à sa valeur la bonne nouvelle de la Rédemption par le Fils de Dieu fait homme. Aussi saint Athanase s'était-il particulièrement efforcé de montrei quelle portée et quel contenu avait, pour l'homme ayant besoin de Rédemption, la doctrine de la pleine et véritable divinité de notre Sauveur et de sa consubstantialité avec le Père ; il avait donc fait voir comment elle formait la pierre angulaire du christianisme et comment on détruisait tout l'édifice de la religion quand on rejetait cette pierre angulaire.

1. Si dans le Christ ce n'était pas le Fils de Dieu, mais un être fini, ou un esprit simple créature qui s'est incarné nous ne sommes pas encore délivrés du péché, nous languissons toujours dans l'esclavage.

Il peut se faire, — et saint Athanase n'en doute pas, — que Dieu remette le péché par simple sentence, mais dans ce cas le règne du mal sur cette terre n'est pas à proprement vaincu et le royaume du bien reste faible et sans chef. Encore moins la rédemption de l'humanité et la rémission des péchés auraientelles pu être opérées par une créature, car la créature a besoin pour elle-même de la grâce de Dieu, pour pouvoir entrer en communauté avec Dieu. Aussi Dieu a envoyé son Fils qui en prenant notre chair est devenu fils des hommes, afin de pouvoir, alors qu'ils étaient tous soumis à la mort, abandonner son propre corps à la mort en tant que différent de tous ; ainsi il

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