LA RÉDEMPTION
exécutait la sentence portée contre nous depuis que tous nous étions morts en lui (car tous nous sommes morts dans le Christ) et il nous délivrait du péché et de la damnation pour nous faire participer à la résurrection, à l'immortalité, à l'immutabilité et à la vie éternelle*. La faute qui pesait sur notre race ne pouvait être effacée que par celui qui en était exempt dans sa propre person ne, alors qu'il prenait sur lui la sentence de mort portée contre tous et fournissait pour tous une satisfaction qui délivrait tout le genre humain de la damnation. Un homme aurait été déjà tributaire de la mort; il n'aurait pu vaincre l'ennemi ni lui enlever toute sa puissance, ni nous enlever la crainte de la mort, ni nous donner l'assurance de la victoire*. Il y avait des justes même avant le Christ, mais ils étaient incapables de vaincre la mort ou de détruire le règne du mal '.
2. La Rédemption ne comprend pas seulement la délivrance de la faute, mais encore le renouvellement et la sanctification de l'âme, le rétablissement de son union avec Dieu.
Si le Christ n'avait été qu'une créature, il ne nous aurait pas envoyé le Saint-Esprit, ni ne nous aurait élevé par lui à l'état de fils de Dieu. L'Esprit divin ne pouvait se mettre sous la dépendance d'une créature jusqu'à faire que celle-ci nous assurât la grâce par sa propre puissance ; mais il pouvait bien nous être assuré et envoyé par Celui qui nomme sien l'Esprit divin et qui l'a produit d'après ses rapports immanents en Dieu. Nous ne pouvions être réunis à Dieu que si le véritable Fils de Dieu s'unissait à nous, prenait notre nature, faisait de nous ses frères et nous faisait ainsi participer à la filiation dont il jouit depuis l'éternité. « Aucun autre ne pouvait unir l'homme à l'Esprit-Saint que toi, qui es l'image consubstantielle du Père et à l'image duquel nous avons été créés nous aussi dès le commencement. Car l'Esprit-Saint est à toi. Aucun être créé n'était propre à cette fonction, puisque les anges eux-mêmes ont péché et que les hommes ont refusé toute obéissance à Dieu. Dieu devait donc prendre le moyen
4. Attian.. Orat. II» 69. Cf. I, 41. - 2. Ibid. II, 70. — 3. Ibid. lU, 33.
voulu pour sauver ceux qui soupiraient sous la damnation '. » Une créature aurait eu besoin de l'E^prit-Saint pour être admise à la qualité de Fils de Dieu ; elle aurait été d'autant moins capable de nous communiquer cette qualité à nousmêmes ou de répandre sur nous l'Esprit-Saint.
3. Il fallait relever la nature humaine, restaurer son originelle ressemblance avec Dieu, et la façon le plus parfaite d'obtenir ce résultat, c'était que le vrai Fils de Dieu ti'appropriàt la nature humaine, et que cette restauration fût l'œuvre de celui qui avait créé l'homme.
Dans la doctrine erronée des Ariens le Logos ne pouvait rien apporter à l'humanité. Au contraire il doit à sa veane parmi les hommes une particulière distinction, puisqu'il s'est affermi dans la vertu et y a obtenu un plus grand honneur et des droits à son titre de Fils de Dieu*. Toute différente est la doctrine que nous enseigne le christianisme. Ce n'est pas celui qui était homme, qui plus tard est devenu Dieu. Au contraire c'est celui qui était Dieu qui est devenu homme, pour faire de nous des Dieux ^ Il est uniquement par nature le Fils de Dieu, et par sa descente dans la chair, il nous a ouvert le ohemin, pour nous élever à la quaUté d'snfants de Dieu. Même par notre pareulé avec son corps nous sommes devenus un temple de Dieu, et nous avons obtenu la dignité d'enfants de Dieu, si bien que le Seigneur est adoré en nous et que les bienheureux s'écrient comme l'apôtre que Dieu est en eux. La nature humaine est ennoblie et divinisée par l'Incarnation du Fils de Dieu, elle est devenue même un objet d'adoration pour le? anges *. Notre nature est entrée au ciellors de l'ascension de Nolre-Sejgneur et elle a été élevée à la droite du Père. Et de qui pouvait donc venir la restauration et le relèvement de 1» nature humaine sinon de celui qui l'avait faite à son image, à qui elle appartenait? Quand Dieu a créé le monde, il l'a créé dans le Fils et par le Fils; car la sagesse était en lui avaat
qu'il ne posât les foL déments (îfes montagnes et de la terre
4. Ibid. I, 49. Cf. U, 18. — 2. Alban., Orat. 1, 38. — 3. Ibid., c. 39 - 4. Ibid., c. 42.
tA RÉDEMPTION 151
(Prov., XXV, 26) et qu'il exprimât une faible image de luimême dans le monde; de façon que fous les cieux proclam ;.t Celui qui les avait faits*. Mais tout a été fait à l'iii; je de la sagesse. Qui devait donc restaurer l'image troublée et lui rendre sa beauté originelle, oi ce n'est celui qui la lui avait donnée au début, le Logos divin lui- même?
4. Déjàle fait de l'Incarnation considéré en lui-même et pour lui-même, l'union de l'humauité et de Dieu qu'elle réalise, contient pour nous tant de consolation, de relèvement et d'instruction qu'on doit s'étcnner que l'Arianisme ait été lui préférer l'idée toute païenne d'une absolue séparation d'entre Dieu et l'bomme. Maintenant nous n'avons pas seulement l'espérance bien fondée d'entrer avec Dieu en ude intime communauté d'amour et de vie et dans des rapports de fils à père, mais de plus le gage très sûr d'une inséparable union avec Bieu dans le ciel, car notice nature a été unie dans le Cbrist à celui qui de toute éternité était dans le sein de Dieu fondé sur la nature divine et élevé au-dessus de tout temps et de tout changement. Si l'histoire de l'humanité est un temple élevé à Dieu, la construction en est d'autant plus solide et plus immuable que le fondement en est plus assuré et plus profond. Mais c'est le Christ qui pose lui-même le fondement en Dieu, comme son Fils unique. Quiconque se refuse à reconnaître la vraie et pleine divinité du Christ, celui-là, dit le saint docteur, peut aussi renoncer à sa nature humaine, car sans cela l'union entre l'homme et Dieu ne s'est pas réalisée davantage ni n'est devenue plus inséparable.
Même pour la connaissance de l'immortalité de l'âme, nous en avons été convaincus davantage par la résurrection an Ghrifet et par l'union de l'âiiie atec Dieudans le Christ'. Car cotaiïieat poutrait-elle ëU^e vouée à la destruction cette âme humaine pour laquelle Dieu a tant fait? Comment l'homme pDUfi^it'-il hé<iier dans Ses espérances en uoe vie éternelle,, quand' ii croit que sa nature est inséparablement unie dans le Christ' à celui dontU'êtïe etet' l'immutabililé.