‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 40 sur 166 · Athan. Orat. IV, 2. — î. Cf. ibid. c · texte numérisé non relu

Athan. Orat. IV, 2. — î. Cf. ibid. c

le Logos fait homme résidait en Dieu, en tant que sagesse éternelle et vraiment personnelle. Saint xlthanase s'inspire de cette opinion, quand il regarde le Fils comme la sngesse personnelle et divine, comme le principe de toute révélation et particulièrement de la création. Une révélation externe ne lui paraît possible que si Dieu s'est manifesté lui-même dans son image substantielle et a ainsi vie en lui-même. Alors seulement devient possible un reflet de cette vie, une image de ea divine sagesse dans le monde fini ; ainsi, nous pouvons alors, grâce au monde fini, atteindre tout d'abord le Créateur, le Logos ou la divine Sagesse, et alors seulement, dans celleci le Père ; aussi l'Apôtre dit-il (Rom. I, 20) que par les choses visibles peut se connaître ce qui est invisible en Dieu, à savoir sa puissance et sa divinité ^ Ses paroles déjà citées et toujours répétées chez saint Athanase ont à ce point de vue une importance d'autant plus considérable. « Chez les Arien^, disait-il, Dieu est représenté comme une source desséchée, comme un feu sans lumière, comme un être sans vie^ » Car il faut dire aussi que sans cette manifestation de Dieu en luimême, l'être divin n'apparaît pas seulement comme mort et inanimé, mais que toute manifestation de Dieu au dehors devient incompréhensible, soit qu'à la façon des Panthéistes on absorbe ' le monde lui-même dans l'être divin, soit qu'on

1. Orat. I, 42. Cf. n, 18. — 2. De decr. Nie. syn., 4 2, 15. Orat. I, 19; IV, 4. — 3. Il est à peine nécessaire de remarquer que saint Atlianasedans cette argumentation n'identiûe pas complètement le Fils de Dieu avec l'idée du monde ou avec le contenu des idées de uni. Il n'y aurait pas eu là un progrès, mais un recul sur la manière de voir de Platon ou du platonisme Philonien. 11 est donc inexact de prétendre avec Baur {Die christl. Lehre von der Dreinigkeit^ Tubingue, 1841, I, 417) trouver ici les premiers linéaments d'une idée spéculative du Fils d'après laquelle l'Être absolu du Fils se termine en connaissance absolue ou devient être idéal, ou idée absolue et résumé absolu des idées. Les premiers linéaments de cette spéculation nous apparaissent beaucoup plus tôt, et saint Athanase les a beaucoup dépassés. Chez lui, le Fils est l'image du Père, image réelle et subsistante en soi, dans laquelle le Père se reconnaît et se contemple lui-même, image qui n'est donc pas tout d'abord idéale, et dans laquelle le Père reconnaîtrait les idées du fini, non comme des aspects de son propre être, mais comme des contrastes et de faibles copies de sa perfection.

prétende regarder le monde comme l'éternelle image substantielle de Dieu.

Ce n'est pas seulement la révélation de Dieu dans la création qui resterait inexplicable, si Dieu, en se contemplant et en jouissant de lui-même dans toute l'éternité n'avait pas engendré son Fils de lui-même, ce seraient toutes les autres révélations de Dieu qui auraient perdu leur fondement. Gomment ceci aurait eu lieu pour la Rédemption, nous l'avons déjà montré dans le paragraphe précédent. Il ne fallait pas davantfige songer à la sauctilicalion de l'homme, à son élévation au titre d'enfant de D eu, à sa participation à l'Esprit- Saint, si ce rapport immanent entre le Père, le FiU, et le Saint- Esprit n'existait pas en D.eu d'ime manière infiniment parfaite. Dieu ne pourrait se communiquer à nous, s'il n'avait déjà commencé à se communiquer dans la divine Trinité, Dieu ne pourrait pas davantage nous recevoir comme ses fils et ses enfants, si cette filiation ne s'était déjà accomplie, au sens le plusparfait dumot, au sein de la Trinité. «Djnnerunepart en soi, c'est, dit-il, la même chose que engendrer*. Que signifie le mot engendrer r^inon avoir un fils? Tous ont donc leur part du Fils par la grâce du Saint-Esprit, et il est aussi manifeste que le Fils lui-même, ne participe à rien, mais est donné en partage par le Père. Si donc nous avons part au Fils, nous acquérons parf à Dieu ».

2. Quand saint Athanase eut tenté de démontrer non seulement par la doctrine des saintes Ecritures — nous croyons pouvoir omettre celte preuve — mais aussi par voie de spéculation, comment notre connaissance rationnelle de Dieu allait au delà d'une rigide unité, et qu'il eût rendu acceptable le mystère de la Trinité, il lui resta à ramener la Trinité à l'unité d'essence.

a) L'essence divine reste une malgré la génération du Fils

1. Athan. Orat. I, iC ; To -jàp SXu; (A£Tc'x£<i8ai tov ôîo'v, îacv sorl Xs'-fsiv, ÔTt •/.où -l'evvà" TÔ 8i "vî.vvàv ~i anu.aivei ■ri ïîo"/ ; Aùtcù -joCiv tcv» Yl:ù {xtTs^^ei Ta roivra xa-à Tfiv -où nvsûac/.TCç •yivco.évriv 7;ap' ocùtcj x*?'"*' ■"*' «pavspbv sx tcûtcu "|(vstxi, ÔTi aÙTO; p.£v ô Ttô; où^svb; [Airêxs'» t4 Js éx. toû IIxTjd; u.£T£xo{*svcv, tcùto èanv i ïîo;. ÂÙTOÙ -{âp T'/j ïîoù iLiTt-io-tTi;, toû ôecû |j.£tsx,siv X£"]fO[i.£0a.

OU de la sagesse subsistante, comme il a été dit dans ce qui précède ; car ea Dieu, l'Etre immuable simple par excellence, il ne se produit ni division, ni affaiblissement, ni dédoublement, ni multiplicalion de l'Etre. La génération en Dieu est immanente et éternelle ; elle s'accomplit au sein d'une essence immuable, divine. De même que le rayon est engendré de la lumière et ne peut en èlre séparé, de même le Fils est produit par son Père, sans scission, ni séparation, et il resta qu'il n'y a qu'un seul Dieu quoique le Père et le Fils soient deux*.

h) La génération du Fils au sein du Père doit même raffermir l'unité de l'essence divine et le Fils en tant que produit doit être ramené au Père comme à l'unique source de la divinité. Si le Fils avait été créé de rien, il aurait été ajouté à Dieu par le dehors et aurait été admis au titre de Fils par adoption, comme un être nouveau et étranger, mais celui qui t'Hgeadre et celui qui est engendré au moyen de l'essence, forment une seule unité et un seul Dieu. L'adoration qui maintenant est rendue au Fils n'est point enlevée au Père ; elle s'adresse aussi à celui-ci en tant que principe du Fils : « Car, dit saint Atbanase, nous n'introduisons pas trois principes ou trois Pères comme les Marcionites et les Manicliéens, pas plus que nous ne prenons trois soleils pour terme de comparaison, mais un seul soleil et son rayonnement, et une seule lumière dans le soleil et dans le rayonnement. Ainsi admettons-nous une seule i^oarce et nous soutenons que le Créateur ne possède pas la Divinité d'une autre manière, à savoir la Divinité d'un Dieu unique, pour avoir tiré sa naissance de l'autre... Iln'y a qu'une forme de la divinité (ev-^àp ei^o; ôeoTïiTtç) et elle est aussi 4an3 le Logos.. 11 n'y a qu'un Dieu le Père, existant en soi et dans tout, mgiis se manifestant dans le Fils et pénétrant à travers toutes choses et aussi dans i'E.-prit-Saint, puisque partout il opère en celui-ci par le

I. Orat. JV, ÎO. 'AXÀ' uGKcp 6 î.s^wv na-rÉsa /.cù ïtbv ^ùo svx ôsbv Ai-(&i -ÛTcu; ô Às'-^wv £V7. ÔEûv $ûo (pfCVEiTo) naTc'po. xxl ïlo'v , £v ovra; r/i ÔôottiTi, /.%\ rw è| oiÛTOv ài^.s'pioTOv /M à/^oiptcTov sivai tôv Ao-jov ixtz'o toù n%Tpo'î. "EaTU Sï Trapx- ^ei-jaa àvôpw^rivov, tÔ ~ûp îC7.l TÔ i'é, aÛTCù àTTay-faoy-a.

Fils. Ainsi nous ne reconnaissons qu'un Diea dans la Trinité *.

Il faut reconnaître, il est vrai, que nous ne comprendrons jamais parfaitement le rapport que la génération établit entre le Père et le Fils, car jamais nous ne pourrons parler de la génération en Dieu que par analogie, et il nous faut la concevoir comme élevée au-dessus de toute imperfection. Mais cela ne donne point le droit aux philosophes ' incroyants de donner de cette justification du mystère de la sainte Trinité telle que nous avons appris à la connaître, une explication qui fait de l'essence divine substantielle une propriété du Père seul, et du Fils et du Saint-Esprit des modalités du Père. Quoique le langage soit encore chez saint Athanase incertain sur quelques points de détail, il est hors de doute que le Fils et le Saint-Esprit n'ont pas été conçus par lui comme des formes phénoménales ou des accidents. C'est là un Sabellianisme qu'il a lui-même combattu. Sans doute il y a dans la génération du Fils par le Père une certaine subordination, mais elle n'a rien d'essentiel, ce n'est qu'une subordination d'origine en tant que personne. Saint Athanase n'hésite donc pas à entendre, avec les autres Pères, non seulement de la nature humaine, mais de la nature divine dans le sens déjà vu, ces paroles du Seigneur : « Le Père est plus grand que moi, (Joan, xiv, 28) ». Le Père est plus grand, non par le temps ou par la perfection de l'être, mais seulement en tant que le Fils est engendré par le Père. Immédiatement auparavant le saint docteur avait dit que le Fils appartenait à l'essence du Père et était de la même nature

que lui (rriçTcii narpiç oùaia; tS'to;)tal é(i.ocpU7i(;). Cette productlOU est

inhérente à l'être divin, sans aucun amoindrissement ou dédoublement de la divinité, d'autant que le Fils est dans le Père et le Père dans le Fils \

1. Cf. Or. III, 5; IV, 3 : Et; ^àp IlaTrp, xal où 5ûo, àXX' ix toû évb; ô Tîo';. ôoiïEp tuM ci» Jûo iraTe'pe;, aXX' eî; cûtû); où Bùo àpx.*', à.Xkd p.îa, xal U rnî (Aiâç cûffiwSr,; ô TU'î. — Î.Daur, Çhvistl. Lehre von der Drei., I, 437. — 3. Alhan. Orat. I, 59.

c) Entre le Père et le Fils l'unité n'est pas simplement l'union morale de deux personnes, d'ailleurs distinctes et séparées, qui se sont donné le même but, et le poursuivent avec la même direction de volonté. Ainsi les Ariens se faisaient une idée fausse de cette union dont le Seigneur a dit : « Mon Père et moi sommes un j> (Joan, x, 30). L'union du Seigneur avec le Père n'était pas plus étroite pour eux que celle que nous pouvons réaliser nous mêmes dans la grâce. Mais alors il n'y a pas qu'un Fils de Dieu ; les anges, les patriarches, les prophète?, les apôtres et même les choses de Ja nature, le soleil, la lune et les étoiles doivent être appelés Fils de Dieu^ Quand le Seigneur dans ses paroles d'adieu (Joau., XVII, 21) demande à son Père céleste que nous soyons un, comme il est un avec son Père, il ne veut pas indiquer par là une égalité, mais une ressemblance *. Le Logos est de même nature que le Père ; nous ne pouvons que l'imiter en cela, aussi le Seigneur ajoute-t-il : « Je suis en eux et tu es en moi, afin qu'ils deviennent parfaitement un ^. » Le Fils est par nature une seule chose avec le Père, mais nous avons besoin de l'Esprit-Saiat pour devenir un avec le Fils et être attachés à son corps mystique, comme autant de membres et être unis dans l'amour à celui qui est homme comme nous.

d. Entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit il y a d'après saint Athanase, une unité essentielle (xar' cùaîav), si bien que dans les trois il n'y a qu'une seule et même essence, un seul et même être. Il n'en résulte pas pour tous les trois comme une unité spécifique de l'être, comme pour trois hommes qui peuvent être appelés égaux pour l'essence ; mais l'être divin est numériquement un dans tous les trois. Cette unité numérique il l'enseigne au moins implicitement de la manière suivante*. Gomme la propriété caractéristique et la divinité du

1. Alhan., Orat. III, 10. — 2. Ibid. c. 20. — 3. Ibid. c. 22. — 4 Ibid. c. 3, 4 : Tcû -yâp tî^cuî xal rfi; ôcOTinTc; toû OaT^è; côoto; tô cïvai rcH ïtcû à/.oÀc'j6aj; o ïîc; tv IlœTfî ècrTi, xal 6 naTT,p èv tw Tîô). Aiâ toûtc "^àp xai lixoTO); EiiY.xw; TrpoTEfcv. 'Efto xat ô OaTrp ev È'jjaev, ETryl-fa-j^E to. 'Efti ev tû HaTfl, xal é IlaTTiS èv iu.d' îva tïiv p.èv TaùrdTY.Ta ttî; ôcoriTo;, tt,v Bï évoTïira tîî; oùdî*; Sîî^T,. *Ev "jàp sid'.v, où-/, t); ivô; rrâXtv eî; ^ûo u-spr, â'ia'.peôÉvrc.ç, y.y'i u.r,^ï-i ovtuv

Père consiste à avoir ufl Fils, il ea résulte que le Père est dans le Fils et le Fils dans le Père. Aussi quaud il a dil; : < Mon Père etraoi nous sommes ua » (Joan., X, 30) ajoute-t-il à un autre passage : « Moi je suis dans le Pèi'e et le Père est en moi » (Joan., X, 10) afin de montrer l'identité de la divinité et l'unité de l'essence (tw TaÙTÔTY.ta tx; Oïotyito;, tt.v îè évoTtira TTÎ;

ojoîa;). Ils sont en effet un, non comme si l'un était partagé en deux parties; ni comme si l'un était désigné par deux noms différents et que le même fût tantôt le Père et tantô' engendré comme le Fils; C'était là l'hérésie de Sabellius.

Ils sont plutôt deux, parce que le Père n'est pas le Fils, et que le Fils n'est pas le Père; mais une seule nature les forme et le rejeton n'est pas différent du producteur, car il est son image et tout ce qui est au Père appartient au Fils. Le Fils n'est donc pas un autre Dieu (il n'y a pas deux dieux), car il n'a pas été fait du dehor.-; autrement, ce serait admettre plusieurs Dieux que d'imaginer une divinité à côté de celle du Père. Quoique le Fils soit autre chose que le fait d'être engendré (ou plus exactement, suivant la terminologie ultérieure , autre chose que ce qui est engendré) il est cependant la même chose que Dieu (raitov èouv ix; Geo'?), car ils sont un, lui et le Père par l'unité et l'égalité de l'essence, comme par l'identité d'une seule divinité. Car le rayonnement est la lumière et non en vérité une lumière postérieure au soleil ou (en général) différente de lui ou rattachée à lui, mais une production même

kXv/ Évo';* cùJè w; t&ù évb; ^'i; dvcp.aî^cu.s'-.C'j, ware tÔv aÙTÔv ctWozE piv IlaTEsa, âXXcTE 5è ïîbv ÉaUToù •^•îvsaÔ'Xf toùtc -^àp SapcÀXioç cppcvxaaç, aiperixô; èz-ptOr,. 'AXX« J'jo [Asv eîdiv, on & na-T,p HaTrip £<jti, /.où où-/ 6 ay-ô; Yîo; £<jt'." xai ô ïti; ïis; î<»"i. x.al cùi(. 6 aÙTo; OaTr.p iarc M-a 8ï -h ç'jai;" où -jàp àvd{ACicv tÔ ■^■svvT.ar. tcO fêvvïiaavTo;. 6t/-<ov -^-âp ècTtv aÙTC'j,)cal 7:àvra Ta l'.aTpb; t&O ï'r-û tCTi. Aib cùoê aAAo; Ôîo; c Yîo';- cù -jàp i^wôcv èiravovldn ètceI ttîÉvtwc xal iroXXcî, ^é-.tiî irapà ty.v tcù Harpe; èiîivccuaïvr,; ôeottiTo;' eî -^àp >cai eTcpdv sariv w; -^evvr.iAa é Tfib;, aA/.a Taurov eariv w; ÔEo';' y.xl ev eioiv aùro; Kotl 6 HaTïip t^ î^tbrr,Ti xotl cî/CiioTr.Ti r«; «pûasw;, xat fç TaÙTotTiT'. T^; {jLià; ÔtOTtiTo;, woirep sipr.Ta'.. Kxl ^àp xat to àTraû'^Jtau.» «pu»; ea^iv, où JëÙTepcv T&ù viXi'.u, cùJè Êrep&v (pw;, oùJè xar'à p.s7ouoîa\) aùroû, àXX"' oXcv kUov aÔTcû "^'svrrtjAa . , . . Oûtu /4*l r. toù ï'icD Oào'rTi; tcO llarpo; èotiv Sôev xol «JixîpsTo; iàri. xai cûtco; ei; ôed;, icaè eux eaTtv àXXc; itXy.v aÙToCi. Outw ^fcûx ?v aÙTwv civTwv, x«l [Atà; «ÙTTÎ; cuar.; T'A; Oso'tvitc,;, Ta aÙTa Xe-jcTat TTEpl tgû l'icû, ôoît Xi"][STat xat fTÈpl T&ù IlaTpo';, X'^oi; Tiù Xs-yîoOai IlaTTip.

dn soleil. Ainsi la divinité du Fils est celle du Père et pour cela inséparable de lui; et ainsi il n'y a qu'un seul Dieu et il n'y en a aucun autre en dehors de lui. Gomme ils sont un et qu'il n'y a qu'une seule divinité ce qui est dit du Père doit s'entendre du Fils à l'exception du mot Père ».

On voit par cette citation combien Atbauase prend ses précautions pour donner une idée exacte de la doctrine orthodoxe etsigoale des deux côtésl'erreur qu'il y aurait soit àla prendre pour un dithéisme ou ua tritbéisme, soit à la confondre avec le Sabeilianisme. Qu'il se soit bien convaincu du danger de ces dernières hérésies et de leur opposition avec le christianisme, nous l'avons exposé en détail dans notre premier volume. A i'encontre de cette erreur il relève encore avec plus de précision ce qui concerne la notion exacte des rapports réciproques du Père et du Fils; à savoir que leur différence n'est point simplement nominale et temporelle. Il rappelle que le Père n'est pas le Fils et que le Fils * ne peut être imaginé sans hypostase ou sans oùaîoi, mais était parfait en lui et immuable^ ei réel ^, qu'il était existant en tant queconsubstantiel au Père *.

En vérité, dans le passage cité, l'unité de l'être divin n'est pas expressément étudiée en tant que différente de l'unité simplement spécifique comme celle qui existe entre trois hommes. Mais que cette union doive être au moins beaucoup plus intime en Dieu, cela résulte assez clairement des paroles de saint Atbanase. En effet le Père et le Fils ne peuvent être séparés eu Dieu, ils sont un parce qu'ils forment une seule et même unité ; parce que numériquement ils constituent un seul Dieu ; parce que leur unique différence consiste en ce que le Père est Père ou producteur et que le Fils est rejeton.

La seule chose qui manqua* à saint Atbauase, c'est d'avoir eu

'1. Atlian., Orat. IV, 8 : Kai •jrâÀtv cî Àe-jfovTs; ao'vov ovci/.a îïvai ïtoû, àvoiiaisv ^i x.yl àvj-dffTaTcv Eivat tÔv ïiôv tciî ôccy touteoti tÔv Aofov toû Ilarpoc wso;îTcicûvrat àixvoucTcîv /.%-% tûiv Àe-fov-uv. ^Hv ttote, Ste oùîC'flv. — 2. Ibid., C. '12 : '(Ï<j7:-o Vf àst xal ûiaÛTw; /.aï xxTa Ta aoTa l'x.uv ètteI àrriÀTiî xal TpEnrb; çavTVîE- 10.1. — 3. Orat. I. o8. — 4. Orat IV, 12 : Où;4 ovojjiar. u.ovov Ao-joç, oùâ'è jcaT'ÈTTÎvcixv Yîo; ô Ao-^o; aÀÀ' û-âpy(wv 6u.oc'jiTtc; tû tlarpî.

à sou service des expressions fixes et délermioées pour le point de vue de la Trinité, comme pour celui de l'unité en Dieu et de désigner cette dernière par des termes tout aussi exactement fixes non seulement comme une unité spécifique mais comme une unité numérique. Et cependant des expressions, telles que l'idcutité de la divinité et l'unité de l'être et de la nature peuvent difficilement être entendues dans un autre sens. Ou bien les mots ne doivent-ils pas être entendus d'une unité numérique * quand il repousse le reproche de Ditbéisme : « De même que celui qui nomme le Père et le Fils ne désigne qu'un Dieu, de même celui qui nomme un Dieu pense en même temps au Père et au Fils qui sont un dans la divinité, car le Logos provient du Père, sans division, sans scission et sans partage » ?

é). Avec l'unité de l'être sont aussi données l'unité de la volonté et l'unité de l'action dans le Père, le Fils et le Saint- Esprit et ce n'est pas certes celle-ci qui peut exister dans trois personnalités séparées l'une de l'autre, mais celle qui ne procède que d'un être divin. « Si le Fils agit, dit-il*, le Père doit être reg.^rdé comme agissant, et si le Fils établit sa demeure dans les âmes sanctifiées, le Père aussi vient dans le Fils, comme il l'a promis lui-même : Le Père et moi nous viendrons et établirons là notre demeure. Le Père est contemplé dans son image et la lumière dans son rayonnement. » Immédiatement auparavant saint Athanase avait rejeté l'explication arienne des paroles bibliques : Mon Père et moi sommes un. Ils voyaient là uniquement un accord de volonté entre deux personnes séparées. Entre le Père et le Fils il y a un accord de volonté et d'action parce que dans les deux il y a une seule et même identité de nature ; si bien qu'une grâce accordée par le Fils l'est aussi par le Père, et celui qui voit le Fils voit aussi le Père ^ ». Quoique le Logos, qui ne peut

1. Athan., Orat. IV, 10 : AXX' wcnrep ô Xtfwv Tlaxepa xat ïliv Jûo eva 6tà> Jûo çppcveÎTw llaTÉpa jcaî ïio'v, ev ovTa; t'^ OeoTYiTi, x.x\ tw î^i'JTtù àuiâpiOTcv xol àJiaîpaTcv xaî «xtipiaTcv eivai xbv Ao-^cv àirb tcù llarpo';. — 2. Ibiii. 111, H. — 3. Ibid., c. ^3 in fine.

être séparé du Pèi'e ni être différent de lui ou lui être étranger puisse faire ce qui lui plait, ce sont là œuvres du Père ; il n'y a là qu'une seule action qu'il développe, et ce que le Fils donne est présent du Père... Celui qui entend le Logos sait* qu'il a entendu le Père ».

Quand dans un autre passage il serre de trop près les paroles de l'apôtre aux Romains (I, 20) et qu'il soudent que par la création, son harmonie et sa beauté nous ne connaissons tout d'abord que le Logos ou la divine sagesse, puisque le Père a tout fait par le Logos ou a projeté le plan du monde dans le Logos, il ajoute néanmoins dans le même endroit que celui qui contemple aussi dans les œ:ivres de Dieu le Logos commence ainsi à connaître le Père par le Logos * Certes la question de l'unité de l'action de Dieu en dépit de la participation de personnes différentes au moins à quelque point de vue, présente les plus grandes diflicuUés, si on veut l'étudier avec exactitude et profondeur, et on ne peut nier que dans la suite des temps il eu ait été donné par les Pères de plus exactes définitions et que les œuvres de la révélation externe de Dieu aient été rattachées aux rapports immanents des personnes divines^.

3. Dii Saint-Esprit il est bien plus souvent question dans les explications de saint Athanase sur la sainte Trinité, mais il pourrait être plus utile d'en réserver l'exposé pour le moment ou nous traiterons plus bas les controverses dogmatiques relatives à cette partie de la doctrine trinitaire. Daos la lutte contre l'Arianisme ce point de doctrine, au commencement du moins, se représentera bien plus souvent ; et dans la démonstration spéculative du dogme de la Trinité, saint Athanase ne devait pas borner ses efforts à présenter en général comme conforme à notre connaissance rationnelle de Dieu le fait de dépasser l'unité en Dieu. Du reste le Saint-Esprit est

\. Ibid., c. 44 : V. la citation donnée plus haut, p. ISS. — 2. Orat., 1, 12; II, 78. — 3. Saint Grégoire de Nysse (llept xoivwv twoiûv nd Ablabium. Mii^ne. XLV, ISo) dit à ce propos : « Toute action do Dieu qui a trait à la créature et peut être diversement nommée dans ses rapports différents, procède du Père, est activée par le Fils et actievée par le Saint-Esprit. »

toujours dans saiat Athaaase cousubstautiel au Père et au Fils, le troisième membre coéternel de la Saiate-Triaité, appelé tantôt l'Esprit du Père, tantôt l'Esprit du Fils. Gepeadaut en ce qui concerne son activité, elle se confond comme celle du Fils avec l'imité de l'unique être divin, mais paraît être sous la dépendance du Fils, comme celle du Fils est dans un semblable rapport de dépendance vis-à-vis du Père. Quand saint Athanase veut marquer la différence entre notre union avec Dieu et l'unité des Personnes divines, voici comment il s'exprime* : « Nous ne sommes pas, dit-il, dans le Père, comme le Fils est dans le Père, car le Fils n'a pa:~ besoin d'ê're mis d'abord en participaLion du Saint-Esprit pour è!re dans le Pèi'e; il ne reçoit pas lui-même le Saint-Esprit, il le communique à tous. Le Saint-Esprit ne sert pas davantiige de trait d'union entre le Père et le Logos; c'est le Saint-Esprit qui y est plutôt mis par le Logos. Le Fils est enfin dans le Père comme son propre Logos et son éclat ; mais nous restons éloignés de Diju et étrangers à lui tant que le Saint- Esprit n'habite pas en nous. P.irce que le Logos est dans le Père, dit il, un peu plus loin, et que le Saint-Esprit est dans le Logos, il veut que nous recevions le Saint-Esprit, afin que par là, ayant l'Esprit du Logos qui à son tour est en Dieu nous paraissions être un par i'Esprit-Saint dans le Logos et par celui-ci dans le Père. Ainsi en tant que le Saint-E-prit est en nous, et celui-ci dans le Logos et le Logos dans le Père nous sommes devenus une seule chose, en un sens figuré, comme les Personnes divines sont entre elles une seule chose. Mais fci le Saint-Esprit est aussi dans le Fils, comme celui-ci est dans le Père, l'activité du premier ne fait qu'un avec celle du Fils comme avec celle du Père.

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