‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 45 sur 166 · Bas., VIII · texte numérisé non relu

Bas., VIII

338 HISTOIRK DKS ^jKIJOMES:.

Je suis le premier et je suis te dernier, et il ù'y a pas de Dieu en dehors de moi (Is., •4'4, 6). Jamais eacore, jusqu'ici, uous n'avons entendu parler d'un second Dieu ; si nous adorons un Dieu de Dieu, nous reconnaissons bien la propriété des hypostases, mais nous en restons cepeadant à la monarchie (de Dieu), et nous ne résolvons pas la divinité en une nivltipHcité séparée * » .

En un autre endroit, il admet qu'on applique à Dieu la notion de nonïbre, en ce sens que nous pouvons parler relativement de deux, de trois en Dieu, tout comme lui-même se sert du mot ûTToarain; et ivpoaiBTr&v, même au pluriel en parlant du Père, du Fils et du Saint-Esprit; néanmoins le pluriel reste toujours exclu, quand il s'agit de l'essence divine. Quand, pour fournir des preuves en faveur de l'existence personnelle (ûTiapçt;) du Fils comme de son égalité avec le Père, il allègue les passages de saint Jean (X, 30; XIV, 16), il a soin d'ajouter ^ : « Ce n'est pas un mélange de personnes qu'indiquent ces paroles, mais l'égalité de la Divinité. Quoiqu'ils soient deux par le nombre, ils ne sont pas cependant séparés par l'essence, et celui qui parle de deux ne les rend point les deux étrangers l'un à l'autre. Un Dieu et un Père, un Dieu et un Fils ; ce ne sont pas là deux dieux, puisque le Fils est identique au Père. Je ne vois pas, en efï'et, une divinité dans le Père et une autre dans le Fils, ni une nature numériquement différente dans l'un et dans l'autre. « Pour te représenter clairement l'individualité de la personne, compte le Père à part et le Fils à part ; mais pour ne pas tomber dans la pluralité des dieux, ne reconnais dans les deux qu'une seule essence ».

A peine est il possible d'exprimer plus clairement que dans

4. De Sp. s. 18, 45. — 2. Hom.^ 24, 3 : Eî -j-àp îtxt ^jo tm àpiôjjL-ô iWk T-ji «ôoEi où S'UJIeu/tTai' cù5è ô rà îûo Àe-j^uv àXÀoTpîiuaiv iTsuak-^zi si; ôîo'c, Sri x«i DttTTtip eî; ôed; Je )tat ô utd;, x.al où ^ûo ôecî, îiîai^ïi Ta'jTOTinr* t-^p. o utô; t;ô; tôv TTotTesa" cû yatG àXXïiv èv iratTfî /CxOcpû flso'TXTa, v.'v. aÎAKri'i i'i uuV cù^'ÎTî'paev çûatv èxEtvr.v y.al ÉTépav raÛTTiV îva p.èv cuv ToavuÔTÎ oci twv îrpcotôjriov r, t^toTin;, às''ftu.£i i8'.a. rtxripa, xat i^îa 'j'io'v, îva ds ii.r, eî; îTcX'jOciav àTr;ax ioÛf,;, u.îav éu.oXd'yëi èir'aauoïv t/.v cùoîav.

ce qui précède l'unité numérique de l'essence divine. Cette unité est, pour lui, évidente dans la génération du Fils par le Père ; elle s'y montre en même temps. En effet, la génération en Dieu ne peut être conçue comme un partage de l'Être, ou, un redoublement ou un changement. Le Fils n'est pas ajouté du dehors, mais engendré en tant qu'image du Père, par l'essence du Père en tant que son image ; c'est qu'il rayonne de lui dans l'indivisibilité et l'immutabilité du Père, en tant que son imagée

Si l'on ajoute que saint Basile enseigne encore l'unité dans l'activité extérieure des personnes et revient ainsi à l'unité de l'Être, il devient évident qu'il n'a point oublié les restrictions qui s'imposaient dans l'application à Dieu de la notion d'essence. Comme nous l'avons vu plus haut en traitant la question de la connaissance de Dieu, il pense avec raison que nous ne pouvons exprimer d'une manière adéquate l'essence de Dieu, et que tous les noms que nous donnons à Dieu et à ses attributs doivent être tirés de ses opérations extérieures et de ses rapports avec le monde. Notre mot divinité (©ectt.;), dont nous nous servons en général, se tire également d'après lui d'une manifestation de Dieu au dehors, de 6sav (traverser en courant), ou de ôeâGôai, contempler. Mais, comme toute l'activité extérieure de Dieu est une et appartient solidairement au Père, au Fils et au Saint-Esprit, il y a de même entre eux une communauté d'essence (itcivo-rr.; -Tiz oùotaç) ou plutôt une seule Divinité dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Dans la lettre 189, il poursuit le développement de cette pensée, dans le but d'établir principalement qu'au Saint-Esprit appartient la Divinité et le nom de Dieu, comme au Père et au Fils. Parfois, il est vrai, il s'exprime comme si, de l'égahté d'opération résultait, pour lui, une essence — et par là, il démontrait réellement la Divinité — mais il infère en même temps de l'unité d'action l'uaité d'es-

1. Bas., Hom. 24, 4 : ÂÀÀà TraTc'pa xaî kIov éy.oÀcvcùu.Ev tô 8ï ttî; cùffîa; •jîVvr.Ocî;- cù/. à-cu.cf.cOîl; tcû lîaTpo?, àXXx [x.Évcv7c; teXeicu te/.eio; à7voÀà u.i{.a;.

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sence : « Le mot « divinité », dit-il* en guise de conclusion, a beau désigner une activité, nous disons cependant qu'à cause de l'unité d'action du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il ne faut admettre qu'une seule Divinité ; en d'autres termes, quand le mot « divinité » désigne l'essence eu égard à laquelle il n'y a eu Dieu aucune différence, nous définissons la Trinité une seule divinité *.

Plus claire encore est la façon dont saint Grégoire de Njsse s'exprime sur l'unité d'opération des personnes divines, quand il fait remarquer incidemment la différence d'opération de trois hommes et qu'il fait dériver expressément l'unité de Dieu de l'unité numérique de l'être : « D'après cela, dit-il, chez les hommes, parmi ceux qui ont la même occupation, l'activité de chacun s'exerce séparément, et chacun d'eux est par là dans son cercle particulier, séparé des autres selon le caractère spécial de sou activité. Par contre, en ce qui concerne la nature divine, on ne dit pas également que le Père fasse à lui seul quelque chose où le Fils ne prenne aucune part, ni que le Fils agisse à lui seul sans l'Esprit- Saint; mais toute opération de Dieu sur la créature, toute action désignée par des termes différents, selon la différence même des caractères, procède du Père, se continue par le Fils et s'achève dans l'Esprit-Saint. Le nom de l'action ne se multiplie pas selon le nombre des agents, car l'action de chaque personne n'est ni séparée, ni isolée; ou plutôt tout ce qui arrive, soit pour notre avantage, soit pour le gouvernement et l'ordonnance de l'univers, est produit par les trois, sans être triple pour cela.

Sans doute, cette unité d'action dans la Trinité des hypostases, reste pour nous une énigme à jamais indéchiffrable, car, dans notre monde fini, nous ne trouvons rien d'analogue à ces rapports, et c'est dans ce monde que notre pensée doit

^. Ep. 189, 8: EÏts ouv £V£p"je{a; ovo(Aa ii Ôîo'tïic, w; p.;âv èvsp^iioiv irarpô; xal utoù x%\ à-^îou 7rv£Û(i.!XTo;, cÛtw [x(av (papiv sîvai rr.v ôecTTiTa" eïte, xaToî rà; Twv iToXXûv ^d^a;, cpûcew; èvJcuctixo'v èari tô -rii; ôeÔTïiTo; ovcp-a* 8\% tô u.ifi^t{xtav eùpîoxsiv èv TTÎ cpOoîi T^XfOÛ^CL-^rs^, oùx aTTî.HCOTM; (Aiâ; ôedTT.Ti; tïiv âytav rpioi^^a $iop(^dy.EOa.

toujours prendre son point de départ pour le développement de notre connaissance de Dieu : « La Sainte Trinité est un cercle, aTTsTp* (filet à parties engagées Tune dans l'autre), dit saint Basile', quand il court après les images ; adorable dans sa gloire éternelle, elle contient toujours la même et seule divinité (tyiv a-jTT.v xat aîav [xovr,v esoV/iTa) sans solutiou, saus partage, sans séparation, remplissant tout, présent partout, créant, conservant, sanctifiant, vivifiant tout ».

Saint Grégoire de Nysse ne diffère de saint Basile que dans la question de l'application du nombre aux choses finies. Saint Basile n'avait pas manqué de remarquer qu'on ne pouvait attribuer le nombre d'une façon si absolue aux personnes divines, ni parler de trois dieux comme de trois hommes, Saini Grégoire procède autrement : il trouve que, quand il s'agit d'essence, l'emploi des nombres est inadmissible, même pour les choses finies. Par là, il devance le Réalisme exagéré du moyen âge; il admet que l'essence existe à l'état d'unité dans le monde extérieur comme dans notre pensée, et que dans le monde, l'essence subsiste telle qu'elle est conçue par nous. Sans doute, dans notre pensée, nous concevons l'idée générale de la nature humaine comme une unité ; mais avons-nous le droit de conclure que cette nature pensée par nous existe pareillement à l'état d'unité? La théorie aristotélicienne de la connaissance nous le défend : elle nous apprend, au contraire, que cette nature humaine uùiverselle arrive individuellement à l'existence en chaque personne humaine et dans chacune d'elle sous des caractères particuliers ; ainsi, elle peut être dénombrée tout comme les personnes. Voilà comment s'exprime Grégoire de Nysse, ainsi eu désaccord avec saint Basile : « Pour le moment, nou-; expliquons, dit-il, comme un abus de langage l'usage de désigner par le no n de leur nature mis au pluriel ceux qui sont séparés par la nature et de parler de plusieurs hommes. C'est là absolument comme si l'on prétendait parler de plusieurs natures humaines. Qu'il en soit vraiment ainsi, on le verra par ce qui suit. Quand

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