I. C. Eiin., V
^42 IIISTOIBE DES DOGMES.
ûouï) uouri adressons à quelqu'un, nous ne le dénommoua pas d'après :~a uature, de peur que la généralité de l'appellalion n'occasionne quelque erreur, nous nous servons d'un mot qui lui convienne en propre ou qui le désigne comme sujet individuel; nous le distinguons de la foule; ainsi plusieurs participent à la même nature, comme les écoliers, les apôtres, les martyrs; mais dans tous, il n'y a qu'un seul homme, en tant que la dénomination « homme » n'appartient pas à un individu seul, mais à une nature universelle. De même que, si on dit au singulier : peuple, armée, collectivité et antres choses semblables, et cependant chacune de ces choses enferme l'idée de pluralité, ainsi devrait-on, si on voulait agir avec rctlexion, parier, à vrai dire, d'un seul homme, quoique ceux qui relèvent de la même nature constituent une pluralité, et il vaudrait bieu mieux corriger notre mauvaise façon de parler, qui empêche d'étendre à une pluralité le nom de la nature ou de l'espèce que de venir, selon cet usage, introduire celte erreur jusque dans la doctrine théologique ».
A plus forte raison, faut-il, pense saint Grégoire, attribuer aux trois personnes divines la divinité ou l'essence divine au singulier, surtout si l'on ajoute que le mot Dieu (©«dç, de 0£àc6ai, contempler) ne désigne pas tout d'abord l'Etre, mais une opération de Dieu, qui est toujours une, alors même que les personnes divines y prennent part solidairement. Mais qui ne voit que, par celte explication, saini Grégoire, au lieu d'opposer ce qu'il y a de mystérieux dans la Sainte Trinité aux étals du monde fini, le fait évanouir au moins partiellement ? Et comment arrive-t-il à celte conformité de rapports entre le monde infini et le monde fini ? Uniquement en faisant une grave concession au Réalisme exagéré, qui l'entraîne à conclure absolument de la pensée à la réalité de son objet. Ce chemin mène trop facilement au Panthéisme. Car, à quel autre résultat pourrait-on aboutir, si de notre pensée de l'Être universel, on prétendait conclure pareillement à sou existence ? Saint Grégoire n'a pas songé à de pareilles conséquences. Il n'a pas discuté la question de l'existence en soi et pour soi de l'idée générale, à un point de vue général; il n'y
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est venu pour aiasi dire qu'en passant. Finalement, il reste incertain s'il a réellement songé à une unité numérique de la nature humaine dans tous les hommes, ou s'il a considéré cumme illégitime un dénombrement des hommes d'après leur nature ou leur essence, par ce seul fait que les hommes, vus du côté de leur nature, ne présentaient aucune ditféreuce et ne pouvaient, pour ce motif, être dénombrés. Gepeudaût, dans ses commentaires sur d'autres poiuts de doctrine, il nous laissera entrevoir les mêmes idées tout imprégnées d'un Platonisme exagéré.
3. Des individus particuliers ou des hypostases, pour emprunter la terminologie mise en usage par saint Basile, se produisent dans le monde fini par le fait que l'essence, en tant que substance individuelle et marquée de ses propriétés particulières, parvient à l'existence ou subsistance en soi. Que, en Dieu, cette subsistance ne se produise pas par une seconde et une troisième attribution de l'essence au Fils et au Saint-Esprit, nous l'avons déjà remarqué plus haut. Maintenant, il o'agit de savoir à quelles notions plus précises les Pères sont parvenus sur ces attributs propres aux trois personnes divines et quelle différence ils établissent entre le monde infini et le monde fini. Tout d'abord, dans les personnes humaines, ces attributs particuliers sont constitués par des avantages spéciaux qui sont réellement différents de l'essence et des autres attributs. Ainsi, k s individus humains se distinguent les uns des autres par une intelligence plus vive, une meilleure mémoire, une plus haute vertu, comme par des conditions particulières de temps et de lieu. En est-il ainsi dans le doma.ne du divin? Pour répondre à cette question, saint Basile part de ce fait que nous ne connaissons point parfaitement l'Etre divin et que nous sommes encore moins capables de le définir adéquatement. Etant donc admis que ces attributs particuliers des personnes divines sont réellement différents de rÊlre, il découle de là qu'il n'y a aucune différence d'être dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Adam, qui fut créé par Dieu, Eve qui fut formée d'une côte d'Adam et Abel qui fut engendré naturellement, offrent des parJticularités
toutes différentes dans leur origine : ils n'eu étaient pas moins consubstantiels (ô|xoc6oioi). Ainsi, d'après saint Basile, la consubstantiabilité des personnes divines ne serait pas encore impossible, alors même que leurs propriétés seraient réellement diï.tinctes de leur essence. Ces propriétés ne caractérisent pas, en effet, l'E re divin, mais les termes « être non engendré », « être engendré », indiquent seulement un m.ide particulier d'existence*. Que sous les divers noms, Père, Fils et Saint-Esprit, il y ait cependant à admettre une substance unique, c'est là pour lui un fait aussi inexplicable que l'usage d'un seul nom pour des substances différentes dans le domaine du fini*. La question de savoir dans quelle mesure les propriétés forment une seule et même chose avec i'Elre divin ne se trouve pas encore traitée en termes explicites et d'une façon exacte chez saint Basile ; on n'y trouve pas davantage la question de l'unité des divers attributs el de l'essence divine. Il avait déjà combattu le Sabelliaaisme, il lui fallait donc établir quelque différence entre l'essence de Dieu et l'hypostase divine prise à part. La différence ne pouvait pas être simplement nominale. Aiusi voit-on pourquoi il s'en tient quelquefois à la reconnaissance de trois hypostases, et pourquoi il trouve insuffisante la reconnaissance de trois JlpoowTïa? Celle-ci a été, en effet, enseignée ainsi par Sabellius qui, sur cette question, n'a admis qu'une différence nominale entre l'essence et le « Prosopoa » *. Mai^, comment fallait il présenter cette différence entre l'essence et la personne? Est-elle réellement virtuelle? Cela ne rentrait pas, pour saint Basile, dans le cercle de ses explications. Les attributs des diverses personnes divines différaient
^. Bas., C EllV.^ IV, ^283 (éd. Maur.) 'ïrràpçtto; cuv -rpoivo; rb à-jêW.rcî xal oùx cùata; ô'v&[ji.a et Ta 5'iot«popov Tf,v ûirap^iv tcû etvat ex^vra Jiâcpopcv vji^î: xai Tr,v oùotav, cù^è et âv'pwTtci ôaccûaici. C. I, '15, p. 227-228. — 2. Ibid., Ilb. IV, p. 285. — 3. Bas., Ep. 236: Oî ^e raÙTÔv Xep'vTe; oùoîav xaî Orto'dTaoïv àva-jîcâî^ovTat irpoaojra [xdvov 6[ji.cXc.-jctv SioitfoooL x.a\ èv tw irîpitoôxoOat À6"][6iv Tpti;, v)7to(rTâa£tî ëlpîaxovTai [t-r, «ps'j-ycvTs; zh Ttj i^aêsÀXtcu xaxo'v, ô; xal aÙTo; ncX^a^cù ou"j'Xétov TTi-i É'vvctav ;:Ti-/sipeï JiatpeTv rà irpoCTwira, nôv aÙTT.v û-oaraotv Xs-j^wv tt^o; TTiv èxaoTCTS iTxp£(A7tîiîTcuaav xpstixv (JL£TaT/^r,i;iaT(!|io6at.
cependant entre eux, comme les personnes même qui sont constituées par leur réalité substantielle et par l'addition de ces attributs parliculiers à leur essence. Saint Basile compte trois de ces attributs, c'est-à-dire un par personne : la paternité, la filiation, la sanctification (Trarpor/n;, ulor/i;, 6i-;i7.a^ô;) *. Et
il est, à ce sujet, étonnant que la propriété personnelle du Saint-Esprit procède des manifestations extérieures de Dieu, alors qu'elle doit avoir son fondement dans la vie immanente de Dieu, et même dans son mode différent d'origine. Et de fait, il explique en un autre endroit cet attribut particulier en distinguant les personnes divines par leur mode différent d'existence et par le caractère particulier de leur origine : « Parce que dit-il, l'Esprit-Saint, dont toute effusion de grâce descend sur les créatures, est intimement associé et uni au Fils en compagnie duquel il est perçu, mais reçoit rÊtre du Père duquel il procède; son attribut particulier, en tant que personne, consiste en ce qu'il est connu d'après le Fils et avec le Fils (c'est à dire en tant qu'Esprit du Christ) et procède du Père. Le Fils, au contraire, qui fait connaître par lui et avec lui le Suint-Esprit procédant du Père et qui apparaît seul, en dehors de la lumière non engendrée comme Fils unique, n'a, sous le rapport des propriétés personnelles, rien de commun avec le Père et l'Esprit. Il se distingue du Père et du Fils par ces mêmes propriétés. Mais Dieu, qui est au-dessus de tout a, en tant que Père, un attribut particulier : c'est qu'il ne procède d'aucune autre cause '.
Les propriétés personnelles sont doue d'une toute autre espèce en Dieu que dans les hommes. Elles ont, il est vrai, ici comme là cela de commun qu'elles ne caractérisent pas la substance comme telle. C'est là ce que prétendaient lesEunomiens pour établir une différence substantielle entre le Père, non engendré, et le Fils engendré. Les notions Père et Fils, ne désignent * donc pas plus ici que là la substance comme telle ? Mais en Dieu, les propriétés personnelles ne proviennent pas de circonstances accidentelles, comme c'est ordinairement le