‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 47 sur 166 · Ibid. - 2. Ep., 38, 4. — 3. C. Eun., I · texte numérisé non relu

Ibid. - 2. Ep., 38, 4. — 3. C. Eun., I

cas pour les hommes. L'Etre de Dieu est simple et supérieur à toute composition, comme à tout changomeat*. Ces particularités personnelles portent seulement sur l'ordre des personnes, sur leur mode ou genre d'origine, ou sur leurs rapports respectifs d'origine ; et à ce point de vue, le Père peut être dit plus grand que le Fils, parce que nous, du moins dans la pensée, nous plaçons l'acte avant l'effet ^

Grégoire de Nysse est d'accord avec son frère en ce qu'il y a d'essentiel dans cette conception de la personnalité en Dieu; il met la différence des divers hypostases uniquement dans leurs diverses relations réciproques; quant au Saint- Esprit, il déclare encore plus clairement que sa propriété particulière est de procéder du Père par le Fils : « Si on devait, dit-il, accuser la doctrine de la foi d'opérer un mélange et une confusion des hypostases en n'admettant aucune diflérence dans la nature, nous répondons à ce grief que, en reconnaissant l'unité de nature (àTCapiXXaxTov rr,t oùffeo);), nous ne contestons point la différence entre la cause et l'effet. En cela même est la seule et unique différence, car nous croyons que l'un est cause et l'autre effet, et nous mettons encore une différence dans ce qui est produit par la cause. Car l'un procède immédiatement du premier, l'autre, au contraire, de ce qui est tout d'abord produit, et ainsi il est hors de doute que le nom d'unique engendré reste au Fils et que, d'autre part, le Saint-Esprit existe par le Père ; en même temps l'intervention du Fils dans la production du Saint-Esprit, par exemple, lui assure le nom d'unique engendré, sans exclure le rapport naturel du Saint-Esprit vis-à-vis du Père^». A la fin de l'écrit d'où est emprunté cette citation, on lit encore : « Gomme l'idée de cause met une différence dans les hypostases de la Sainte Trinité, puisque l'une existe sans cause et

i. Ibid., c. 22, 23. — 2. Ba?., C. £««., I, 20. Hu.eT; Je, x%-k asv tt.v riv euTiu'v Trpo; rà è^ aÙTÛv ayjLai.'i irpCTeTaty.rOxi tcû uioû tiv ivarsp» cpaftsv xarà os T»,v TTÎ; <pûa£û)î Jiacpopâv, cÔ/Ceti, cù5è nx-x ty.v t&û xpo'vou {>îtspcx.^,v r. cûtw -ye x»î auTO. To raTEf a clvai tov ôedv aîOeTratasv zri; xarà tt,v cjciav àÀÀJTiioTTTtç tt.v (puowY.v ouvâcpeiav àôeTcûoy,:. — 3. Groi;. Nyss., Ad Ablabium (éd. Miijne, XLV, 133;.

que l'autre est produite par une cause et que la nature divine est conçue cependant comme absolument immuable et indivisible, il n'est enseigné là qu'une seule Divinité, qu'un seul Dieu, et tous les attributs de Dieu sont désignés au singulier j>.

Saint Grégoire de Nazianze considère également les propriétés personnelles comme des différences de rapports respectifs; la seule chose qu'il ajoute encore en propre, c'est que ces attributs particuliers n'entraînent aucune dif.erence essentielle comme conséquence, ni ne constituent aucun avantage essentiel pour l'une au préjudice de l'autre. « Seule la différence de manifestation, pour parler ainsi, et de rapports réciproques (-r7i;7rpb; àXÀriXacr/.éasw;), dounc licu à des dénominations différentes. Il ne manque rien au Fils pour avoir la paternité, et la filiation n'est pas une privation, mais il n'est pas Père pour cela ; de même il ne manque rien au Père pour la filiation, et cependant le Père n'est pas Fils. Il n'y a absolument pas là une privation, ni même une subordination de l'Être ; si la qualité d'être improduit est assignée au Père, la qualité d'être engendré au Fils, la procession au Saint-Esprit, c'est afin d'établir la distinction des trois personnes dans l'unité de la nature et la dignité de la Divinité. Le Fils n'est pas le Père (car il n'y a qu'un Père), il est ce qu'est le Père; l'Esprit n'est pas le Fils parce qu'il vient de Dieu (car il n'y a qu'un engendré), il est ce qu'est le Fils : les trois sont un pour la Divinité, l'un est trois par les propriétés personnelles* » ,

4. Grec. Naz. Orat. 31, 9 : Où^è yào èXÀet-r,; Ôso;' t6 5s t'a; è/-oâvoEw;, Zv' cÛTû); eÎTTo)" r, ttj; ttsô; àXÀriXa (r/,s<T£w; ^lâocpov aÙTwv /.al Tr,v y.À^uiv TTETToîrj/.îv' cùJè -jàp TÔ) ïlûi XeîiTS'. Tt Tïpô; tgû eivai IlaTê'pa où^è -(ko eÀÀehJ/iç -n utOTVi;, iW cù 7:ap« TGÛTO Ilarnj). fi o'jtw fs /-il tû» IlaTpî Xii-nu Tt irpô; to eïvat ïîo'v* où "^àp Ttb; & IlaTTip" àÀA' où/. É'ÀÀsuj^i; TstÙTa iroôsv où^è t/,; /.aTa tt,v oùaîav û^iccw;" aÙTÔ Je 10 p-x YEyEVY.aôai /-».l -h ■jsysv^çjSat /.où to sx^ropsùsaôat tÔv [aèv naTÉo* t'.v ïîov, TÔ Jà, T0Û6' S:r£p ÀsysTai IIvEÙasc àyiov Trpocr.yc'îE'jffcv, ha. tô àaû^jT^UTOv owî^firjti Ttôv Tp'.ûv ôiTOCTâaswv àv t-»; tt'.â fp-jcEi tî /.y.l à^îa ttî; ôeottito;* cote vas ô Tlo; Ilarvip eT; yap n«TT,p, àXÀ' ojrêp 6 Oa-TTÎ;' outs to nvEÛasc Ttb; on sx toù Ôeoù Ei; -ràp ô acvo-;îvvi; àÀX' ô-Ep ô ï'.o; i'v Ta Tpta tt, Ôeotyiti /.aï to ev rpta Taï; 181,6-

ii48 HISTOIRE DES DOGMES.

Ou devait s'alteudre à ce que les Pères, daas leui's couimenlaires, se fassent occupés Je ce qui fait de l'Etre raisoQiiable nue personne proprement dite, à savoir du raoi ou de l'iudividualilé. En partant des rolalioas des personnes entre elles, la théologie fixera plus tard, il est vrai, ces propriétés personnelles et accueillera ainsi comme autant d'exposés doctrinaux de bon aloi ces notions et définitions de la doctrine Irinitaire ; il n'en restait pas moins que la question de savoir ce qui fait de chaque hypostase une personne proprement dite n'était pas parfaitement résolue dans ce que nous venons de voir. On regrettait aussi de ne pas trouver dans cet exposé un heureux essai pour expliquer la Sainte Trinité par l'essence absolue et spirituelle de Dieu ou par son intelligence et sa volonté. Ces propriétés particulières apparaissent bien en chaque individu dans l'ordre de la nature, mais la personne humaine n'est pas encore très exactement caractérisée de cette façon-là. Le dogme christologique fournira plus tard l'occasion de distinguer la nature humaine de la personne humaine et de formuler encore plus exactement les conditions et les exigences nécessaires pour constituer la personnalité. Dans l'application qu'on fait à Dieu de la notion de personne et de personnalité, des restrictions et des modifications s'imposèrent encore, il est vrai, comme sur tous les points relatifs à la connaissance de Dieu. Mais il y avait là encore une étape à franchir dans le développement de la doctrine théologique sur le dogme de la Trinité.

Sur notre connaissance, saint Grégoire de Nysse ne jette qu'un regard, quand il assigne à la personne humaine, comme sa marque caractéristique, la détermination du moi if^u la constitution spontanée de la vie dans son centre principal ou son moi. Eu effet, c'est à peu près ce qu'il assigne, même à la personne divine, particulièrement à l'Esprit- Saint : « Par l'Esprit de Dieu, nous entendons donc, dit-il, une puissance substcintielle qui, par sa propre existence, est l'objet de notre pensée, et qui ne peut être séparée ni de Dieu, en qui elle est, ni de la parole de Dieu à laquelle elle obéit et qui, du reste, revient dans le néant, comme la respiration

humaine, mais est une substance réelle, pourvue à l'instar du Logos divin d'une volonté et d'un mouvement libre, active et se portant toujours au bien' ».

Cependant, quand le saint docteur prenait pour point de départ le principe constitutif de la personne dans l'humanité et prétendait déterminer par là la vie personnelle des hypostases divines, il lui devenait encore plus difficile, avec un principe de personnalité qui admettait, pour ainsi dire eu chaque hypostase divine, un foyer particulier de vie divine, un moi individuel et une activité personnelle de rester d'accord avec l'unité de l'Être divin. Le mystère de la Sainte Trinité en devenait d'autant plus profond, Ja difficulté de le comprendre d'autant plus in.-oluble pour la raison humaine, et il n'échappait pas à d'apparentes contradictions. Et cela devait être, parce qu'il n'y a qu'un seul Etre divin, une seule vie divine, une seule connaissance divine, une seule volonté divine, une seule manifestation de la volonté divine, une seule révélation extérieure de Dieu. La volonté est même l'Être divin. Gomment peut subsister alors l'idée de trois centres personnels ou de trois actes personnels dans l'Etre divin? Cette difficulté se produit toujours, il est vrai, de quelque côté qu'il nous plaise de considérer le mystère de la Sainte Trinité. L'idée de personne que nous tirons par abstraction du monde îini ne peut jamais être appliquée à Dieu dans un sens adéquat, mais seulement par analogie. Toutes nos idées, qui sont abstraites des objets finis et de leurs rapports doivent, dans leur application à Dieu, subir des corrections et modifications. Partout doit être appliqué le principe fondamental de la théorie de la connaissance^ à savoir que les essences n'existent pas dans notre pensée, avec la réalité qu'elles ont dans le monde.

Cette correction de l'idée de personne, saint Grégoire l'a bien faite quand, dans un passage déjà cité plus haut,

I. Greg. Nyss., Orat. Catech.. c. 2 (Migne, XLV, 17): ÂXÀà y.a9' 6(ioio- TO àyaôbv î.îpcjpisvrr/.

2t)0 HISTOIRE DES DOGMES.

alors qu'il étudie la participation des trois hypostases divioes, à l'expression de la volonté et de la manifestation extérieure de Dieu; il reconnaît en Dieu les trois centres de personnalité, mais toute celte correction consiste à dire que les opérations de chaque personne ne sont point séparées ni isolées les unes des autres, mais admettent la participation des deux autres personnes selon leur manière d'agir; ainsi celle du Père, en tant que le principe a quo^ celle, du Fils, en tant que principe fer quod^ du Saint-Esprit, en tant que principe in quo. « Tout ce qui arrive, dit-il, que ce soit pour notre assistance ou pour le gouvernement et l'ordonnance de l'univers, arrive par les Trois, et cependant, ce qui arrive n'est point triple ». Ici * du moins saint Grégoire ne perd pas de vue l'insondable mystère ; il place côte à côte les deux vérités de la trinité des hypostases et de l'unité des manifestations de la volonté divme pour tenter une conciliation qui, étant donné la nature de notre pensée dans la sphère du fini, ne sera jamais évidente et parfaite. « La volonté est affaire de nature et d'essence, dit-il en un autre endroit. Aussi n'y en a-t-il qu'une dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit * ».

§ 18 La doctr^e trinitaire d3 saint Grégoire de Nazianze en particulier.

Parmi les Pères de l'Église grecque, aucun n'a exposé le dogme de la Trinité avec plus d'exactitude et plus de profondeur que saint Grégoire de Nazianze. Évêque de Constantinople de 339 jusqu'à sa résignation en 381, il eut à lutter contre l'Arianisme et contre le Macédoniunisme, et il dût aux discours qu'il prononça contre eux, particulièrement à ceux qu'on appelle « discours théologiques » (27-31 dans l'éd. Mauriac), son nom de «Théologien » ()caT, è;oxT.v).

\. Ad Ablabium (éd. Migne, XL\\ 126). — 2. Greir. S\ss., Antirrltet. adv. Apoll., 34 (Mijiiie, XLV, 1 192). Et cjv fîtà<popo; sirl llaipo; xaî ïî'.ù o

SAINT GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 2ol

1. En ce qui concerne l'essence etl'hypostase, il s'inspire des opinions et des conceptions de saint Basile et de saint Grégoire de Nysse ; pas plus qu'eux, il n'omet de faire les restrictioDset déterminations qui s'imposaient quand on appliquait ces notions à l'infini. En ce qui regarde l'essence, il remarque expressément que son unité, chez les individus de même espèce du monde fini, n'est qu'une unité générale qui n'a d'existence que dans nos idées, tandis que l'unité d'être dans les personnes divines est une idée réelle. « Mais, diront quelques-uns, les païens n'ont-ils pas aussi une divinité unique, comme l'ont reconnu les philosophes, et n'3^ a-t-il pas aussi une humanité seule, à savoir tout le genre humain? Et cependant, ils n'ont pas eu un Dieu unique, mais plusieurs, et il y a bien plusieurs hommes ; mais en cela, ce qui est commun n'a l'unité que dans notre pensée (a/A' îaUti y.oivoTïi; tô Iv i^ei (x-îvov ÈTTivoîa ôewcr-ov), et les êtrcs individuels sont très difTérents entre eux par le temps, les qualités et la puissance* ». Saint Grégoire prend ici à partie l'objection qui se tire de ce que, si on admet la consubstautialité des trois personnes divines, on en vient à un véritable trithéisme. Il la réfute par le motif que l'unité de l'être était autre en Dieu que dans les individus finis; ceux-ci, alors même qu'ils appartiennent à la même espèce et ont la même essence, n'en sont pas moins pour tout le reste, séparés les uns des autres. Le christianisme entend l'unité de Dieu et des personnes divines autrement que le paganisme, qui partageait l'empire du monde entre Jupiter, Neptune et Piuton. « D3 celles-ci (les personnes divines), chacune forme un seul être avec l'autre à laquelle elle est unie, tout comme avec elle-même, à cause de l'identité de l'Etre et de la puissance^ ». Saint Grégoire ne manque pas non plus d'indiquer les autres points par lesquels l'unité de l'Etre se manifeste en Dieu, en dépit de la Trinité des personnes, à savoir l'unité d'origine du Fils et de l'Esprit-Saint

1. Greg. Naz. Orat., ?A, 15. — 2. Ibid., c. Ifi: ÀÀÀà -0 fv Ex-asTcv

provenant du Père, de l'imité de volonté et d'activité des personnes'.

En ce qui concerne l'idée de personne, saint Grégoire est également en parfait accord avec les Pères déjà nommés. A tout être commun doivent être attribuées des propriétés personnelles particulières {iSiô-r-t;) qui, on Dieu, résultent seulement des conditions respectives d'origine. La qualité d'incréé et d'être divin sont, dit-ii*, communes au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; le Père a en propre de n'être point engendré, le Fils d'être engendré, le Saint-Ej^prit d'être euvo^'é. La propriété personnelle du Saint-Esprit est ainsi diflerente de celle du Fils, parce qu'il ne lire point son origine du Père par voie de génération, mais par voie de procession, comme on le voit d'autre pail ^, quand les mots l/.-ni.^i;, 1:060^0^ et è/.iToorjai; * sout emplojés l'un pour l'autre. Et à ce propos il se voit obligé de déclarer qu'il est impossible à notre connaissance limitée de pénétrer jusqu'au fond * !a différence qui existe entre la production et la procession. Du reste, saint Grégoire n'attache pas grande importance à ce qu'on nomme les trois personnes hypostases ou Prosopa, pourvu qu'on ne se figure pas par ce dernier mot, que l'Etre divin est pour ainsi dire un être composé de trois figures ou de trois masques '. Il faut plutôt, contrairement au Sabellianisme, insister sur ce fait que les trois personnes en Dieu ne sont pas de simples noms, mais sont comptées en réalité comme trois personnes différentes. « Vous adorerez un seul Etre, le reconnaissant sous trois propriétés personnelles (en trois personnes) qui sont là, parfaites et subsistantes en elles-mêmes, séparées par le nombre, mais non par la divinité ^ ».

1. Grog. Naz Orat.. 20, 7. — 2. Orat.,2o, 16. K'.ivbv -^àa llaTfloiv xxi Ylû x.at iy.m nvEÛiiaTi tô ult) "ysfovévai xal in ôesTri;.,.. ï^'iov ^è Flarpô; jasv -h iYev'Y.oîa ïlcù ^s Ti •^ïvvr.ata, riveûaaTo; x IxTreunJ/t;. — 3. Orat., 39, M. llvsûaa ây.cv àXTiÔQ); tÔ IIvEÛiAX Trpcïôv u.vt ix. tcù Harpô;, cù^ ulxio; ^e, ci 8ï "jàp -^itTr^TÙi aXX' tJCTCcps'jTwî, £t ^sï tI /.cÙ xaivcTTii'À'îat ■mzl rà ô><ou.aTa oac^nvela; s-^îxsv. — 4. Cf. Orat., 31, 8.— 5. Cf. I. c comme Orat., :»3, 4 1.— 6. Onit.,43. 16. — 7. Orat., 33, 16 : AùtoI Js Trpoa/.uvcûat to'v IlaTsca xa'i tôv Vîbv xal tô iviîv nvsù[4.a a'.av 6edTr,Tx- ôiov riv llarisa, 0-bv rbv Y'.bv 6=ov si u.t. Toa^ûvr. tÔ llvîùaa

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