‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 5 sur 166 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Vaes générales.

Les développements qui sont l'objet de cette histoir-^ des dogmes se produisent sans solution de continuité. En dépit de la stérilité plus ou moins grande de certains siècles, ils progressent même d*un mouvement non interrompu. Cependant an commenœnoent du iv* siècle, ou plus exactement avec le oancile de Nicée (325), ils voient s'ouvrir devant eux des sitaations toutes dififérentee qui constituent pour cette histoire «ne époque exceptionnelle, et il doit en résulter une période tonts isoisvelle.

1. Les temps anténicéens ont été appelés à boa drodS dans l'histoire du dogme la période de l'apologétiquie. Sa

face du judaïsme et du paganisme, l'Eglise dut employ^^r tous ses efforts pour conquérir une existence légale dans la vie publique, et pour se défendre contre les hostilités et les persécutions incessantes de la synagogue, de l'Etat, romain, des populations et de la science païennes; aussi sa grande préoccupation doctrinale, en ce qui concerne l'histoire du dogme, fut-elle de défendre la vérité chrétienne contre le judaïsme, le paganisme et la philosophie païenne, de justifier enfin le fond même du christianisme. Dans la seconde période, après la conversion de l'empereur Constantin, cette nécessité ne s'imposa plus au même degré; l'apostasie de l'empereur Julien, sa tentative de ressusciter le paganisme, ne forment qu'un court épisode. Ou plutôt la première période s'achève avec le triomphe du christianisme, victorieux à la fois du judaïsme et du paganisme.

2. La seconde période des temps primitifs va de 325 au deuxième concile de Nicée (787) ou bien d'après un autre terme jusqu'en 800. Elle est appelée, non sans raison, dans l'hfetoire ecclésiastique, la période de l'église dogmatisante et dans l'histoire du dogme, l'époque dogmaticopolémique. C'est le temps de la polémique en faveur de l'orthodoxie ou de la pureté de la foi contre l'hérésie; et cette appellation générale exprime déjà assez clairement la haute importance de cette période pour notre discipline théologique. Cette époque ne se préoccupe plus principalement de défendre les [principes essentiels du christianisme, mais aussi de définir exactement les vérités de la foi et de poser ainsi les bases de la systématisation de la théologie, œuvre considérable qui commence déjà Ters la fin de Tépoqne de saint Jean Damascône et d'Isidore de Séville, mais dont l'achèvement est réservé aa moyen âge. En général l'église ne se porta à lor-

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iDDler ainsi rigoureusement les vérités de foi que sons le coup des attaques des hérésies.

Des hérésies, il y en eut, sans doute, des l'époque anténicéenne, en très grand nombre même et sous les formes les plus diverses; mais ce ne furent en général que celles qui poussaient sur le sol du judaïsme ou du paganisme; maintes fois mêmes leurs chefs n'appartenaient pas à l'Église, ou bien ils attachaient aussi peu d'importance à en être exclus qu'à s'y maintenir. Il en fut autrement quand le christianisme devint religion d'État et culte dominant dans la vie publique.

Dès ce moment pénétrèrent dans l'Église divers éléments qui ne se laissèrent tout d'abord qu'imparfaitement christianiser; à diverses reprises ils tentèrent même d'altérer les vérités de la foi, et ils donnèrent ainsi naissance à diverses hérésies. Ces hérésies surent du reste prendre leurs précautions pour n'être point exclues d'une Église universelle officiellement reconnue et prédominante ; ils invoquèrent eux aussi, assez souvent non seulement les saintes Écritures, mais aussi la tradition ecclésiatique ; ils cherchèrent à faire passer leurs opinions pour des développements authentiques de la doctrine de l'Église : tels les Nestoriens et les Monophysites. Ils firent même tous leurs eiforts pour assurer à leurs doctrines erronnées la prédominance dans l'Eglise.

Assez souvent même des prêtres et des évêques se firent hérésiarques ou champions et sectateurs de l'hérésie. Dans la période anténicéenne, au contraire, les évêques, à peu d'exception près, étaient toujours restés inaccessibles aux efforts des hérétiques et des schismatiques.

3. Ce caractère particulier de l'hérésie imposa désormais à l'Église une défensive toute nouvelle, et celle-ci, à son tour, réagit sur le développement du dogme. Ayant

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le concile de Nicée, ii avait suffi de s'en tenir à la règle que les Pères, saint Irénée et TertuUien par exemple, avaient donnée aux .Chrétiens comme le critérium de l'orthodoxie, à savoir qu'il fallait s'en' tenir aux données concorditntes de la tradition orale des églises fondées par les apôtres et à la doctrine des évêques de ces églises. Cette règle fut appliquée tout particulièrement contre les gnostiques * qui abusent de la seconde source de la foi, les saintes Écritures, pour donner une base à leurs fantastiques doctrines. Mais que restait-il à faire quand des hérétiques, comme les semi-Ariens, les Nestoriens, les Monophysites, etc, se réclamaient aussi de la tradition? Quand, de plus, les évêques même des églises apostoliques d'Antioche, d'Alexandrie, de Jérusalem se constituaient les protecteurs et les champions de l'hétérodoxie ? ^ Pour des cas de ce genre saint Irénée avait indiqué la potior pnncipalitas de l'église romaine où l'hérésie n'avait jamais pu pénétrer, où l'église entière avait trouvé la régie même de la foi. En fait, même avant le concile de Nicée, le magistère doctrinal de l'église romaine avait joui d'une autorité décisive. Dans la seconde période, où les hérésies prirent de plus grandes proportions, cette autorité devint plus nécessaire, et elle s'imposa d'autant plus aisément que l'Église trouvait moins d'obstacles de la part de l'État à l'accroissement de son unité et de sa catholicité. Nous voyons donc dans cette seconde période les évêques de Rome revendiquer bien plus puissamment et plus ostensiblement leur titre de juges, leurs fonctiojia de haute surveillance sur les doctrines et la foi de l'Église, leur droit à la direction suprême du mouvement dogmatique, et cela jpar leur influence sur les con-

♦. Cf. RUt. des Dogmes, t. I, p. S&i et s. (trad.) t.àû\. Qaer. 1)1, 3, 2.

dles généraux et par leurs décrets autant que par leurs écrits doctrinaux dans les occasions importantes, enfin par toute leur conduite en face des hérésies. Le concile de Sardique (343) reconnut expressément aux évêques de Rome une autorité sans appel dans les affaires litigieuses et notamment en ce qui concernait les évêques déposés pour cause d'hérésie. Les Papes ne manquèrent pas de faire un fréquent usage de ce droit. En même temps par de solennelles décisions et par des lettres dogmati- «[ueft, ils prirent les devants pour tracer sa voie au dogme en développement, ils préparèrent et inspirèrent les décrets des conciles généraux. Ainsi procédèrent, Jules I dès l'époque des querelles de l'arianisme, Innocent I en face des Pélagiens. La décision de ce dernier est même restée célèbre grâce, aux paroles de saint Augustin : Inde (a sede apostolica) reicripta venerunt ; causa fimta est y utinam aliquando finiatur errar ! ^) Célestin en face des Nestoriens, Léon le Grand contre les Monophysites, Martin I et Agathon contre les Monothélites.

4, Plus importants encore sont pour l'histoire du dogme, dans cette seconde période des temps anciens, les articles de foi et les symboles des synodes œcuméniques ; le premier d'entre eux marque le terme de la période primitive. Il y eut des synodes même avant le concile de Nicée, particulièrement depuis le milieu du iii« siècle ; dès lors les persécutions empêchèrent moins les évêques de se réanir publiquement. Mais lorsque le christianisme fut devenu religion dominante^ l'unité de la foi et de la religion apparut, même au point de vue politique, comme un secours des plus propres à fortifier l'empire contre les Barbares et à le raffermir sur ses bases. L'hérésie, le schisme

Senn. 431,40(Ed. Maur.)

et toutes les autres divisions de l'Église furent môme considérés dès lors comme un mal politique et les empereurs se montrèrent tout disposés à contribuer de leurs efforts à sa destruction, à coopérer à la convocation des conciles ^'énéraux et à donner à leurs décrets force légale môme dans la vie publique.

* En général, l'enseignement de l'Église devait recourir toujours aux deux sources de la foi, les saintes Écritures et la tradition orale, qu'elle expliquait et certifiait par son autorité. Pour l'exercice de cet enseignement l'Eglise ne pouvait alors trouver rien de mieux que les conciles. Là les évoques de toutes les régions de l'empire pouvaient se communiquer oralement les traditions de leurs églises, apporter leurs témoignages sur le dépôt de la foi qui leur était confié, resserrer plus fermement le lien de l'unité, prendre contre l'hérésie des dispositions uniformes, légiférer pour la réglementation de la vie religieuse et morale, pour la suppression des abus.

Le Seigneur avait promis à son Église l'assistance du Saint-Esprit jusqu'à la consommation des siècles, elle avait donc le droit de veiller sur la foi fondée. Ainsi les décrets des conciles généraux, quand ils avaient été sanctionnés par son autorité souveraine et promulgués comme obligatoires pour tous, étaient établis sous la direction même du Saint-Esprit. Cette croyance de l'Église, Constantin* la partageait comme en témoignent saint Basile* et ThéodoretS.

Le second concile œcuménique de Constantinople (381) s'en tint le plus étroitement possible au premier de Nicée; il en reçut le symbole comme un acte, qu'il était possible de compléter ou d'étendre, mais non de modifier ou

1. Ep. ad Aegypt. (Mansi S. Cône. II, 9t4. Bp. ad Episc. ib. p. 945. t. Ep. 14i(ed. Maur.) 3 Ep. 90 (éd. Schuize).

d'abroger. Son œuvre fut reprise par le troisième concile général d'Ephèse, et celui-ci fut continué, à son tour, par le quatrième de Gh^cédoine (451); chacun d'eux se considérait ainsi comme un anneau d'une chaîne ininterrompue. L'opposition que souleva tout d'abord le cinquième concile général de Constantinople (553) provint en grande partie de ce qu'en Occident on crut y voir çà et là l'abandon de l'œuvre des précédents conciles. Le silence se fit dès qu'on se fut convaincu de l'erreur d'une pareille supposition. Vers la fin du vi« siècle le pape Grégoire * le Grand égalait même l'autorité des décrets des quatre conciles œcuméniques à celle des quatre évangiles, et il n'accordait pas moins d'importance au cinquième. Pendant les controverses du monothélisme, on ne cessa du côté des orthodoxes d'affirmer l'infaillible autorité de ces cinq synodes généraux et de leurs immuables articles de foi. Le nombre des conciles généraux s'accrut d'un sixième tenu à Constantinople en 680, d'un septième à Nicée en 787 ; l'un et l'autre obtinrent la même autorité que les précédents.

Les décrets de ces synodes œcuméniques ont donc une capitale importance pour l'histoire des dogmes. En eux se condensent les résultats des diverses phases du développement dogmatique, sur eux reposent les immuables bases d'un nouvel épanouissement des dogmes. S'attacher à exposer l'origine de ces dogmes en dégager le vrai sens, telle sera l'œuvre de l'histoire, car c'est là qu'elle doit trouver la formule infaillible et à jamais définitive des dogmes.

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