DEUXIÈME PARTIE
Histoire des dogmes ehristologiques et sotériologiques à l'époque patristique.
§29 Vaes générales sur la christologie de saint Athanase.
Dans la seconde période de l'époque primitive, comme dans la première, la plupart des controverses religieuses s'engageront autour du dogme christologique. Il ne nous sera pas nécessaire dans cette nouvelle partie de traiter en deux subdivisions distinctes les deux aspects principaux du dogme qui se rapportent à la personne ou à l'œuvre du Sauveur. Car, quoiqu'il y ait sur la personne du Seigneur une doctrine à laquelle se sont rattachées tout d'abord les diverses hérésies et par conséquent les efforts des Pères défenseurs de la foi, il n'y eut jamais un moment où ceuxci, soucieux comme ils l'étaient de donner au dogme une assiette profonde, pussent faire abstraction de l'œuvre du Sauveur. Il leur fallait donc tirer de la connexion réciproque de ces doctrines leurs principaux arguments et chercher à les mettre en pleine lumière l'un par l'autre. Déjà, à l'époque anténicéenne et même en partie dans la période qu'avait agitée l'Arianisme, la christologie s'était trouvée étroitement unie à la doctrine trinitaire et avait partagé son sort. Ne s'agissait-il pas tout d'abord de déterminer les rapports du Sauveur dans sa partie divine avec l'être divin? C'est donc à ce point de vue que se place encore saint Alhanase, au moins
dans ses écrits contre les Ariens. Ce qui ne l'i mpêche point de jeter des regards d'autaut plus profonds sur l'étroite connexion de ces deux dogmes, dont nous nous occupons, et d'ouvrir les voies au développement de la christologie des temps postérieurs. C'est ce qu'on voit surtout dans son discours sur « l'Incarnation du Logos ».
Par son péché dans le paradis terrestre, l'homme avait perdu sa destinée originelle ; il avait été privé de sa ressemblance surnaturelle avec Dieu et était tombé dans la sendtude du péché.
Gomment, dès lors, Dieu devait-il relever l'homme tombé si ba^? telle était la question qui se posait. Le regret des péchés commis ne pouvait à lui seul secourir l'homme ; il pouvait bien cmousser l'aiguillon du péché, mais il n'était pas en élat fde Testaurer .lu nature humaine*. Dieu aurait pu, sans doute, ménager à l'homme le pardon des péchés par le moyen d'une créature, c'était là la voie que les Ariens étaient obligés d'indiquer comme étant celle de la Rédemption; mais de cette façon le salut ne se serait pas étendu autant que le genre humain ; celui-ci n'y aurait acquis aucun droit. .L'homme am-ait été dans un état pareil à celui où <se trouvait Adam, mais quand le péché serait encore venu à triompher, une nouvelle promulgation de pardon eût élé nécessaire*.
Mais Dieu a bien mieux opéré la Rédemption par l'Iucarnaiion de son Logos. La restauration s'est bien mieux accomplie par l'action de celui de qui nous avions reçu notre ressemblance avec Dieu à l'image duquel, .prise comme type, nous avons élé créés. Le Logos est donc venu dans notre chair, il a pris un corps de même substance que le nôtre ; mais un corps pur et sans tache dans le sein de la pure et immaculée Vieiigo Marie. Il est venu dans notre chair non seulement pour y demeurer et par là. se manifester d'ime manière sensible, .K;ai8. pour s'anéantir, par la mort et nous rendre la vie. Le Logos a donc, dit saint ALhanase, par le sa-
1. Alban. Or. .de me. Verbi c. 7. — .2. Âlh. Or. c. Arùni., îl, 68.
crifice du corps qu'il a pris, en laut que victime pare de toute tache, éloigné la mort de nous tous par le fait qu'il la souffrait pour tous. C'est que le Logos de Dieu, en offrant son temple et son corps, qui lui servait d'instrument, pour tous comme rançon, a expié le péché par la mort et ainsi le Fils immortel de Dieu, par son corps uni à celui de tous, les a revêtus tous de l'espérance de ressusciter dans l'immortalité. La corruption de la mort n'a plus d'empire sur les hommes, grâce au Logos qui, par sou corps, habite parmi eux et en eux. Il est arrivé pour le genre humain ce qui se produit pour une ville exposée aux attaques de l'ennemi ; la résidence d'un puissant César la rassure ; il n'y a pas là seulement un sauveur pour elle, mais aussi, grâce à le puissance de l'armée, une protection contre les assauts de l'ennemi*.
Le rétablissement et la réparation de la connaissance de Dieu pouvaient s'opérer on ne peut mieux par le Logos fait homme. Au commencement Dieu avait même donné à l'homme, comme grâce particulière, la ressemblance surnaturelle avec lui, afin que, en se regardant lui-même, il pût s'élever à la plus parfaite connaissance de Dieu. Cependant l'homme tomba dans le péché et perdit sa ressemblance surnaturelle avec Dieu. Il aurait pu sans doute reconnaître toujours Dieu par ses œuvres de la nature ; mais cette connaissance elle-même s'obscurcit chez l'homme qui s'enfonçait de plus en plus dans l'idolâtrie. Dieu envoya tout d'abord Moïse et les prophètes, pour que les hommes qui l'oubliaient fussent instruits, par des hommes comme eux, à regarder vers le ciel et à étudier les œuvres de Dieu, En effet, la mission des prophètes, quoi qu'il eu fût tout d'abord, ne s'étendait pas seulement au peuple Israélite, mais au monde tout entier '.
Mais les hommes ne se laissèrent pas encore ramener ainsi à Dieu. Ils s'enfoncèrent au contraire de plus en plus dans l'içimoralité. Alors Dieu eut pitié des hommes et il envoya