Ibid. e. 48-5j
de i'Incarnatiou écarlait, il est vrai, tout mystère de la doctrine relative à la personne du Sauveur et notamment à la réunion des deux natures en une seule personne, mais elle faisait tomber dans le point de vue de Paul de Samosate, puisqu'il n'y a plus aucuoe différence à honorer, dans le Sauveur, un homme particulièrement éclairé par le Logos ou un Logos créature, revêtu d'un corps humain.
Les Ariens devaient eucore être amenés à ces erreurs doctrinales sur la nature humaine du Sauveur par leur façon de raisonner. Lidépendamment du principe de l'unité de Dieu, ils voyaient en effet des preuves de leur doctrine du Logos, créature dans tous les passages de la sainte Ecriture, où étaient attribués au Sauveur les caractères des êtres fiais, tels que des bornes dans la connaissance et la volouLé, la subordination au Père, l'abaissemeni et une ilLumnatiou finie (p. ex. Sap VIII, 22; Matth. XXIV, 26; Marc XIII, 32; Jean XIV, 28; Pom. VIII, 34; I Cor. XV, 48; Hébr. ï, 4, 7, .25). Au lieu de rapporter ces passages et d'autres semblables à la nature humaine du Seigneur, les Ariens las entendaient du Logos, par le fait qu'ils niaient la différence supposée par le dogme, entre l'âme humaioe et le Logos divin dans la seule personne du Seigneur.
Les Pères qui représentèrent l'Egli^so dans la lutte contre l'Arianisme ne firent pas, il est vrai, ressortir assez souvent ces erreurs dans la doctrine de la nature humaine du Sauveur : ils attachèrent surtout de l'importance à démontrer la nature humaine du Sauveur. Le concile de Nicée luimême ne donna pas de définition particulière sur l'àme humaine de Jésus. Cependant le désaccord sur ce point entre l'Arianisme et la doctrine orthodoxe ne resta pas tout à fait inconnu aux Pères. Ainsi saint Athanase * écrit bien : « Arius enseigne que dans le Christ le corps a servi simplement d'enveloppe à la dignité et que le Logos est intervenu seulement pour l'homme intérieur ou pour i'àme, quand il ose attribuer immédiatement à la divinité la capacité de souffrir et la ré-
1. De Sal. adventu chr. c. A; oll. II, c. 3 (éd. Maiir. J, 752).
surreclion, » Saint Augustin' rapporte la même chose quand il remarque que cette erreur des Ariens sur l'âme humaine de Jésus est moins connue, mais qu'elle était pourtant bien réelle, comme le prouvent les écrits des hérétiques et leurs exposés oraux. Le même témoignage nous est fourni par saint Epiphane ' et saint Grégoire de Nazianze '.
En outre, saint Athanase, dans ses écrits contre les Ariens, a combattu implicitement les mêmes erreurs christologiques de l'Arianisme et a désigné assez clairement la doctrine de la nature humaine complète comme il le fallait et aussi celle de l'âme humaine du Sei^^neur, il a mis en lumière leur importance et leur portée pour les autres doctrines christologiques.
1 . Le fond inépuisable du dogme de rincaraation du Fils de Dieu, son importance pour la religion et l'élévation morale qui en est la suite n'ont pas été pressentis le moins du monde par les Ariens, Au contraire, ils repoussent les hommes dans le sentiment païen décourageant qu'ils restent absolument éloignés du Dieu Très-Haut ; car Dieu ne doit point s'approcher de l'homme dans le Christ ; il ne doit même pas pouvoir entrer en contact avec le monde fini. L'Arianisme pressent si peu cette élévation de la nature humaine qu'il ne fait pas même réaliser dans la personne du Sauveur l'union de cette nature avec le Logos créature. Car ce n'est pas une parfaite nature humaine que celle qui est prise et perfectionnée par ce Logos créé ; elle s'est seulement manifestée dans un corps humain et il a pris une apparence trompeuse en se donnant comme une nature humaine complète et réelle. L'Arianisme retombait ainsi dans le Docélisme même, en ce que à l'exemple de cette ancienne tendance hérétique, il regardait comme indigne de Dieu une union de l'être divin avec la faible nature humaine *.
2 D'après les vues des Ariens, le Logos créature, en apparaissant sur notre terre, pouvait avoir tout au plus l'mten-
^. De haer, 49. — 2. Haer, 69, 19. Cf. Ancor. c. 33. — 3. Epist. 104 (ad Cledon 1, 7), éd. Maur. p. 87. — 4. Athan. Orat. c. Ar. I, 53.
tioû d'instruire les hommes des choses divines ; celte instruction ne pouvait même être parfaite, en ce sens, du moins, qu'il restait toujours possible d'en attendre du Dieu Très-Haut une plus parfaite. Cependant la rédemption de nos péchés et notre misère exigeait bien plus qu'un simple enseignement. Nous avions besoin d'un médiateur qui ne fût pas seulement vrai Dieu *, mais eiit une parfaite nature humaine. Dans cette doctrine, saint Athanase se rattache à saint Irénée.
Puisque l'humanité devait obtenir son salut et son relèvement par le Fils de Dieu, il fallait que celui-ci prît la nature humaine, que cette nature entrât dans une union intime avec la divinité pour être admise à une sorte de déification ^. S'il n'y avait eu aucune nature humaine dans le Christ, rien de lui n'eût en général passé dans la nature humaine. La nature humaine du Seigneur lient, pour ainsi dire, Ja place de l'homme en général et c'est ainsi que ce qui s'est passé eu lui a eu sa répercussion dans l'humauilé entière. Sa mort fut la mort de tous ; à proprement parler, nous ne supportons plus la mort comme cLâtiment du péché, mais nous pouvons la considérer comme un moyen pour la vertu comme une occasion de sacrifice héroïque '. Dans le baptême du Jourdaia, ce n'est, pour ainsi dire, pas le Sauveur qui est pourvu de la glace du Saint-Esprit, c'est notre nature qui obtient le droit de compter sur la grâce du Sainl-Esprit. Si la nature humaine a été divinisée dans le Christ et élevée par la résurrection et l'ascension à la droite du Père, l'humanité tout entière a eu d'autant sa part dans cette glorification qu'elle est appelée à ces honneurs. Il fallait donc que le Logos ne prît pas seulement un corps humain, mais une nature humaine pleine et entière, puisque ce n'est pas seulement notre corps, mais notre nature tout entière qui devait prendre part
\. V. plus haut, § 10. - 2. OrcU. II!, 33. — 3. Ibid. H, 67 : TtTt-
ivôpwTvivov •^é•^o<l, xxl (Aeî^Io.i [j.àÀÀov x.«?'~i' ivaarâvxE; yào è/. ve/.pûv, oÙ«'ti cpiêoûjJicOa ôacvaTCv, i).A' Èv XçiaTÛ [iaaiXs'uaoasv iv. ev toTç cypavcî?.
à celte glorification. De même, dit i-aint Athaaase *, que nous ne serions pas délivrés du péché ou de la malédicLioa, si la chair que le Logos a prise n'était pas pour la nature une chair vraiment 'humaine (car nous n'aurions rien de commun avec une nature qui nous serait absolument étrangère), de même encore l'homme n'eût pas été divinisé, si le Logos, qui est devenu chair, n'avait pas été dans s;v nature le vrai Logos du Père. En effet, si cette union s'est effectuée, c'est uniquement parce que la véritable et essentielle divinité s'est unie à im homme véritable et a assuré le salut et la déification de l'homme.
Le mot « chair » ne désigne donc autre chose chez saint Athanase, comme dans le terme biblique, « incarnation », que la nature humaine tout entière, et il le déclare lui-même formellement 2. Les Ariens devaient par contre rapporter la résurrection, l'ascension et l'élévation du Seigneur à la droite du Père à la partie supérieure du Sauveur ou au Logos luimême et dès lors quel avantage l'humanité tirait-elle de tout cela? « Les hommes restent après, répond le sànt docteur ', ce qu'ils étaient avant ; nus, misérables, mortels (pour toujours) sans aucun droit à ce qui a été départi au Fils * ». Et comme le Logos lui-même paraît pauvre dans la théorie des Ariens ! D'après leurs doctrines, c'est au corps humain qu'il a pris — ou ne sait pourquoi — qu'il doit sa propre glorification et il paraît même dépendre de son corps.
L'importauce de la nature humaine dans la personne du Sauveur se montre tout particulièrement à nous quand nous examinons combien était nécessaire une satisfaction présentée pour nos péchés. Si celle-ci pouvait être réalisée par la souffi-ance d'une peine temporelle pour nos péchés, de la mort en particulier, on voit clairement pourquoi le Sauveur' devait se présenter en un homme véritable. Le Père livre son Fils et celui-ci devient homme, il prend notre chair afin que à la différence de tous les autres, il livre son corps à la mort
i. Orat. c. Ar. II, 70. — 2. Ibid. III, 30: Hi; yp^'P^î «^«î i^wm:. Xs-fîtv oâpjta TÔv àv6po)ircv. — 3. Ibid. C, 39. — 4. Ibid.
pour tous, puisque tous étaient débiteurs de la mort. Ainsi tous sont morts en lui et la parole de l'Apôtre se vérifie : < Tous sont morts dans le Christ. Tous out repris la vie par lui, afin que délivrés du péché et de la malédiction du péché, ils vivent toujours ressuscites d'entre les morts » *. Il dit pareillement ailleurs * : « Il est venu dans l'intention de souffrir afin de rendre par là notre chair impassible et immortelle. Gomme il avait pris sur lui tous les torts et tous les opprobres, nous avons dû dès lors en être délivrés ; nous avons dû par là devenir incorruptibles ». Et quand saint Athanase attribue cette haute portée à la mort du Seigneur, il a déjà montré directement que le Seigneur l'a reçue en toute liberté.
Les Ariens ne pouvaient donner une telle portée à la mort du Sauveur. Car la mort du Seigneur, dans leur système, n'était d'abord qu'une séparation du Logos et du corps, nullement une mort humaine, et à cause de cela elle était incapable d'avoir la force de suppléer pour nous.; d'autre part, elle ne pouvait avoir pour conséquence aucun mérite infini, elle était plutôï, pour ce Logos qui était censé être une créature, quelque chose de naturel propre à le délivrer de toute matière étrangère et à le rétablir dans son état originel.
3) Les Ariens prétendaient démontrer que le Logos était une créature, en s'aidant des passages où le Seigneur s'attribuait des qualités finies. Aussi, étaient-ils obligés de rapporter au Logos toutes les paroles du Seigneur relatives à sa subordination vis à vis de son Père, à l'imperfection de sa connaissance. Mais cette tentative ne pouvait manifestement aboutir qu'à condition de se passer d'une exégèse vraiment sérieuse et de fermer les yeux sur les contradictions dans lesquelles on s'engageait. En effet, l'examen générai des divers passages relatifs à la personne du Seigneur exige absolument qu'on admette dans cette personne unique deux aspects différents ou deux natures. S'il est dit, en efïét, en saint Marc (XIII, 32) que le Fils ne connaît pas plus que les Auges le dernier jour, le Fils n'en dit pas moins de lui-même en saint Mathieu