In Matth
lui la nature humaine et l'élever à la vie divine, afin qu'il pût ainsi être le second auteur de notre race et faire découler de sa personne la grâce sanctifiante sur tous les membres unis à lui. Avec le corps du Christ c'est, pour ainsi dire, toute la nature qui a été prise, et ainsi ce qui s'est produit en lui profite à nous tous. « La chair qu'il a prise, le Seigneur l'appelle une ville, parce que de même qu'une ville est composée d'une multitude d'habitants, de même en lui était enfermé, parle fait de la nature du corps qu'il a pris, le genre humain tout entier. Et ainsi par suite de notre groupement en lui, il devient une véritable ville et par notre chair qui est commune à la sienne nous formons la population* ». Le Sauveur devait être homme, pour pouvoir en se chargeant de nos châtiments ofi'rir une satisfaction pour les péchés des hommes, et Dieu, afin de pouvoir en toute liberté prendre la forme d'esclave et endurer toutes les soufirances, mêm*e la mort. Il devait être Dieu et libre, afin que l'empire du péché et du démon, qui s'était attaqué à son innocence, pût être renversé à cause de cette injustice ^ En efi"et si Dieu, même avec sa propre essence, est audessus de toute possibilité de soufi'rir, le Logos divin, en tant que support de toute la vie divino-humaine,se rattache assez à lui pour qu'on puisse dire en vérité : Dieu est mort, a été déposé dans le tombeau et a été ressuscité ^
Les erreurs d'Apollinaire
Apollinaire le Jeune, évêque de Laodicée depuis l'an 362, avait ainsi que son père, sous le règne de Julien, bien mérité des belles-lettres en mettant en vers les scènes bibliques sur le modèle des maîtres païens. Vincent de Lérins* dit de lui qu'il avait écrit un ouvrage excellent en trente livres
1. Hilar. In Matth. IV, 12. — 2. De trin. X. 47. In Ps. 61, 2. — 3. De Irin. X. 22. — 4. Çomm. 16.
contre Porphyre. De concert avec saint Athanase, il avait pris part aussi à la ïutle contre les erreurs des Ariens et des partisans de Paul de Samosate et il s'était acquis par sa conduite morale l'estime de ses contemporains '. Mais sa polémique contre les Ariens l'entraîna lui-même à propos de la christologie dans une erreur qui eut une grande importance pour l'histoire des dogmes ; avec elle, en effet, l'intérêt dogmatique passe de la doctrine trinitaire à la christologie. Ainsi le point de rencontre des luttes théologiques se transporte sur un autre terrain que nous avons à parcourir dans la seconde partie de cette histoire du dogme. Les écrivains contemporains ne sont pas tout à fait d'accord dans ce qu'ils nous disent de la doctrine d'Apollinaire. Epiphane remarque en un autre endroit que les partisans d'Apollinaire se contredisent réciproquement et saint Augustin^ cite trois fractions d'ApolIinaristes dont l'une, à l'exemple de la trichotomie platonicienne'', n'admettait dans le Christ que l'esprit raisonnable et supérieur (voj?, anima rationalis), le second niait surtout l'âme humaine et la remplaçait par le Logos ; la troisième, enfin, voyait de plus dans son corps un corps céleste, non consubstantiel au nôtre. L'historien de l'Eglise, Socrate, rapporte de plus qu'Apollinaire avait quelquefois changé d'opinion et qu'il n'avait d'abord attribué à la nature humaine du Christ qu'un corps humain et plus tard une âme animale^ Cette dernière opinion est bien la bonne et s'accorde avec ce qu'Apollinaire lui-même développe dans sa démonstration de l'incarnation divine faite à l'image de
1 homme « AroSît^tj Treptr^ç Osta^ Taoxwasw; rviî xaO'ôaoîoTtv àv5o-j7roj ) ,
comme nous pouvons le voir par les fragments que nous en a conservés saint Grégoire de Nysse, dans sa réfutation ('Avceiô/iTtzo'îV Ses partisans étaient ainsi tous opposés à l'intégrité de la nature humaine du Seigneur. Si les Ariens tenaient le Sauveur pour un être sujet au changement, qui n'avait conquis son immutabilité dans le bien que par une
1. Epiph. Ilaer. 77. — 2. Do dono pors. c. 21. — 3. Nemesiu^. De natura homiais c. 1. — 4. H. K. II, 4G.
lutte morale. Apollinaire, pour couper court à toute pensée de changement dans le Christ, ne voulait reconnaître dans l'Homme-Dieu rien de créé en ce qui concernait sa nature spirituelle.
1. Il niait l'âme humaine dans le Christ, parce qu'il partait delà supposition qu'à l'âme humaine appartenait essentiellement la possibilité de se détourner de Dieu et du bien et ainsi une mutabilité particulière. Cette opinion avait été soutenue sutout par Origène. D'autre part, il voulait aussi établir une intime participation du Logos divin dans les œuvres de la rédemption, à rencontre de Paul de Samosate et de Photin. Car si le Sauveur, comme ceux-ci l'enseignaient, n'était qu'un homme ordinaire qui avait été éclairé par le Logos, à un degré particulièrement supérieur, ses souffrances et sa mort ne pouvaient avoir assez de valeur pour offrir une satisfaction pour les péchés du monde entier. Or Apollinaire croyait pouvoir démontrer la valeur infinie de celle-ci, en l'attribuant directement au Logos divin qui, revêtu d'un corps humain, avait souffert dans sa nature divine la souffrance et la mort^ Mais cela n'était possible que si l'on refusait une âme à Jésus, et si le Logos ne remplissait son rôle auprès du corps comme sa forme et son principe de vie. Apollinaire, sans hésiter, est allé jusqu'à soutenir que la nature humaine du Logos s'était transformée en une nature passible pour pouvoir souffrir et mourir*. La contradiction que soulevait cette doctrine était celle même que soulevait l'opinion païenne et juive de laquelle avaient procédé la plupart des hérésies et même l'Arianisme, à savoir que la croix avait été pour Dieu un déshonneur et partant une folie.
En faveur de cette erreur les Apollinaristes alléguaient les textes de la sainte Ecriture, particulièrement saint Jean,