‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 7 sur 166 · Eus. H. E. VIII, 43; IX, 6. Hier. Cat. scriptl. I, T · texte numérisé non relu

Eus. H. E. VIII, 43; IX, 6. Hier. Cat. scriptl. I, T

appartiennent à l'Occident; celles qui sont plus particulièrement spéculatives et qui portent sur la Trinité et la Ghristologie, sont plutôt le fait de l'Orient.

La souplesse plus grande de la. langue grecque, la tendance générale des esprits vers la spéculation, — tendance réveillée et surexcitée encore par la culture et la philosophie grecques — les dispositions naturelles de ces peuples nous expliquent ce phénomène pour l'Orient. C'^rtes on ne saurait méconnaître l'action de la divine Providence dans le choix que Pierre fit de la capitale du monde pour y établir son siège. Habituée depuis des siècles à la domination universelle, en communication avec toutes les parties du monde, Rome offrait un terrain tout préparé pour devenir la capitale d'un empire spirituel. Du reste n'était-ce pas là que l'apôtre Paul avait principalement porté son activité apostolique, pour répandre la semence évangélique au sein des nations pénétrées par la civilisation hellénique, au foyer même de cette culture classique et mettre ainsi en contact et en lutte avec elle la vérité chrétienne. Ce travail de conquête, de perfectionnement et de transformation d'un côté, de décomposition et de dissolution de l'autre aboutit dans cette seconde période de l'époque patristique à la victoire complète du christianisme.

Le fait que ces événements se produisirent dans les premiers temps même du christianisme fut d'une grande importance pour l'implantation d^ la foi. Sa première jeunesse n'eût ainsi rien d'une époque mythique et hért ïque, mais fut bel et bien une période de lutte contre une culture toute humaine et la plus haute qui existât. A cette œuvre rOrient travailla beaucoup plus que l'Occident, celui-ci trouva cependant "dans saint Augustin un théologien qui dépassa de beaucoup les Pères grecs et fut pour l'Occident aussi bien le père d'une philosophie chrétienne que

VUES GÉNÉRALES. "t^

le fondateur de la théologie. Il vécut, par* bonheur, à une époque où des hérésies les plus varié ^s vinrent le provoquer au combat et l'attirer sur presque toutes les questions de la thé )logie. Avec le dogme de la Trinité contre les Ariens, et celr.i de l'Incarn^tiou contre les Apollinaristes, il eut à défendre contre les Maoichéens les fondements de la morcJiié, contre les Pélagiens le dogme du péché originel et de la grâce, contre les Donatistes celui de l'Église et des sacrements.

7. Du côté des Protestants on signale bien des différences profondes entre la première et la seconde période de l'histoire des Dogmes. Dans les temps anlénicéens, disent-ils, la liberté, au sens protestant, aurait existé dans la foi; d'où pleine indépendance duns la pensée religieuse; aucune autorité n'est attribuée à l'enseignement de TEgUse, à la tradition, à l'interprétation des saintes Ecritures par l'Eglise; dans la seconde période, au contraire, une aveugle intolérance voit des hérésies partout, n'épargne même pas des morts tels qu'Origène, Théodoret, etc., et se substitue partout à la libre spontanéité.

Pour qu'il en eût été aussi, il faudrait qu'avant le concile de Nicée il n'eût existé ni foi divine et catholique ni même d'Eglise catholique pourvue d'une autorité infaillible ; il faudrait même qu'on n'eût pas reconnu en général la révélation chrétienne comme une vérité divine et partant inaltérable. L'histoire des dogmes à cette époque nous a montré tout le contraire. En dépit de toute la bonté et de l'indulgence que le Seigneur lui à recommandées vis-à-vis de ceux qui errent, l'Église n'a jamais eu de tolérance pour l'hérésie, alors même qu'elle n'a pas toujours mis à exécution les mesures décrétées contre elle. En leur temps les persécutions servaient à séparer l'ivraie du froment, ou bien elles empêchaient les évêques de

tenter une action commune et publique contre les opinions hérétiques. En fait de moyens de coercition l'Église n'avait du reste -à son service que l'excommunication, et dans l'opinion do cep hérétiques ce n'était môme pas là un châtiment. Sans doute cette peine acquit une toute autre importance quand le christianisme fut devenu religion d'État et que l'excommunication équivalût à l'exclusion de la société politique. Que cette excommunication ait été plus fréquemment infligée dans les temps qui suivirent le concile de Nicée, cela tient sans doute au grand zèle de l'Église pour la pureté de la foi, mais aussi au caractère de l'hérésie. Semblable à l'hydre, celle-ci n'a ni cesse ni repos, chaque fois qu'on lui coupe une tête, il lui en pousse une nouvelle. Mais ce qui constitue surtout le -caractère dangereux de l'hérésie, c'est qu'elle enlève à l'homme les moyens indispensables au salut et qu'elle se répand de proche en proche comme une maladie contagieuse. Gomment peut-on dès lors s'étonner que l'Église, par respect pour la mission que le Seigneur lui a confiée de conserver intacte au prix de tous les efforts, la vérité divine et de la prêcher dans toute sa pureté, ait quelquefois dans la préoccupation du salut des âmes de ses fidèles, déclaré hérétiques les écrits mêmes de quelques auteurs décédés. Si elle en agit ainsi, ce ne fut pas seulement pour écarter le scandale que leur doctrine produisit plus tard sur la conscience chrétienne devenue plus délicate; mais aussi pour paralyser le poison dangereux de ces écrits hérétiques, auxquels la mort de leurs auteurs n'enlevait rien de leur^ funeste énergie.

Quant aux autt-es mesures sévères prises contre les hérétiquss dans des cas particuliers, nous aurons occasion au cours de cette histoire de les étudier de près, et, dans

1. Munsclier, Dogmengeschichte,Ul, <62 et s., B&ur Lehrbuch der christl. Dogmengesch, p. Uî.

la mesure du possible de les justifier. En attendant, ce qui est sûr, c'est que les chrétiens qui venaient d'échapper aux persécutions de l'État romain ou qui pendant les luttes de l'arianisme eurent parfois à éprouver les rigueurs d'empereurs gagnés à l'hérésie, étaient incapables de songer à pousser l'État devenu à peine chrétien, aux pirc^s mesures de violences dans les affaires de religion. L'Église dans sa législation pénale a bien considéré l'hérésie ou l'abandon de sa société et de sa doctrine comme un crime bien plus digne de châtiment que l'incroyance de ceux qui ne lui ont jamais appartenu ; mais la force n'a que rarement été mise à son service. Les Pères avertissent même en général les chrétiens de s'abstenir de toute violence contre les hérétiques, et, quand il leur arriva ici eu là de faire appel ^ au bras séculier, comme ils le firent contre les Donatistes, ce fut parce que ceux-ci n'épargnaient ni les personnes, ni les propriétés et étaient une menace pour l'ordre social lui-même.

Encore est-il plus faux de prétendre ^ que la sévérité de rÉglise contre l'hérésie ait anéanti la science théologique, ou Tait fait tomber dans un stérile rabâchage de traditions toutes faites ou dans de vaines recherches ou de subtiles discussions sur des inepties.

Ceci est contredit par un fait bien péremptoire. L'époque à laquelle on impute cette sévérité outrée a été l'une des plus fécondes en oeuvres théologiques; elle forme même l'apogée de la théologie. Cette accusation s'inspire en outre d'une conception tout erronée de la vérité et de la science ; on dénie à l'une sa qualité de vérité immuable 9t divine, et on veut réduire l'autre à une critique sans principes, à une succession perpétuelle de constructions et

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