‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 70 sur 166 · Ibid. c · texte numérisé non relu

Ibid. c

toutes choses, son corps a dii être tel qu'il apparut à ses disciples, solide, palpable, composé de chair et d'os. Tout celaa donc toujours existé et il n'y a pas eu d'abaissement du Christ jusqu'à notre faible niveau, mais C3 qui avait été jusqu'alors caché et de niture divine devint au temps de l'Incarnation visible à tous. Ni Arius, ni Eunomius, plus méchantencore,n'avaientimaginé rien de pareil pour anéantir la gloire du Fils unique de Dieu, comme cherche à le faire Apollinaire' ». Et même saint Grégoire conclut ailleurs de là que d'après Apollinaire qui prétend enseigner, conformément aux décisions de Nicée, l'homoûsie du Fils et du Père, il faudrait aussi attribuer au Père la matière comme élément essentiel ; il proteste cependant contre cette idée et ne place la consubstantialité du Fils et du Père que dans l'esprit ou d-ms l'^fTsence unie au corps"-. Il se laisse alors aller à des développements contradictoires, et il lui faut montrer où il a pris le corps du Fils avant qu'il existât un monde.

Peut-être Apollinaire aurait-il répondu à ces difficultés qu'il admettait seulement une préexistence idéale du corps humain du Christ, comme en témoignent quelques-uns des passages cités % et ainsi, sans doute, ce qui existait seulement en puissance ou à l'état idéal en Dieu de toute éternité s'était réalisé dans l'Incarnation. Mais alors tombent d'ellesmêmes plusieurs des opinions prétendues panthéistiques d'Apollinaire; il reste qu'il se meut plutôt dans un cercle d'idées qui était bien répandu en son époque et qui pouvaient n'être pas inintelligibles pour ses contemporains.

En effet que le monde idéal comprît en lui tous les archétypes éternels, sur lesquels le monde matériel présent est réglé dans son cours et qu'il reproduit en une forme plus imparfaite, c'étaitlà une opinionphilosophique répandue par le Platonisme et de laquelle Apollinaire s'inspirait autant que de la trichotomie platonicienne. Mais comment Apollinaire en vint-il à embrasser cette opinion philosophique

1. Creg. Nyss. Antirrh. c. la. — 2. Ibid. c. 19. — 3. Cf. ibid. c. 24-

jusqu'à transformer en l'essence divine l'élément matériel qui appartenait au Christ pendant sa vie terrestre ?

11 y fut amené, non par une cosmologie panthéistique, mais par sespréoccupations christologiques. Il voulait avant tout, à rencontre de l'erreur de Paul deSamosate etd'Arius, voir dans l'Homme-Dieu non seulement un homme éclairé par le Logos, mais avoir un Dieu dans le Sauveur pour considérer sa vie et son œuvre comme une vie et une œuvre immédiatement divines. 11 faut que Dieu même ait soulfert dans son être, et ait subi la mort ; à ce prix seulement Apollinaire croyait pouvoir attribuer à l'œuvre du Christ une action et une puissance rédemptrice*. Pour rendre plausible cette idée que Dieu lui-même avait essentiellement tout souffert sous l'enveloppe d'un corps humain et éprouvé finalement la mort, parce que la mort d'un homme ne pouvait anéantir la mort, il cherche à établir entre le Logos divin et le corps humain un rapport de parenté et il pose en Dieu l'archétype de tous les corps humains comme éternellement réel et comme lui étant essentiel. La vie terrestre du Seigneur s'est écoulée comme celle de tous les autres hommes ; il a grandi, il a eu besoin de dormir, de manger, de boire, de se vêtir, il a montré de la tristesse, de la crainte, de la joie, du désir. Si tout cela devait être attribué à Dieu, comme à cet unique principe vital du corps humain, il fallait montrer que des changements de ce genre n'étaient pas en contradiction avec l'être divin, et cela amenait Apollinaire, à soutenir que ces phénomènes étaient d'autant moins indignes de Dieu que la substance corporelle faisait plutôtpartie de son être spirituel *.

Si son intention n'allait qu'à attribuer ce corps à la seule

1. Greg ^'yss. Antirrh. c. 26. Cf. c. 5 : 'An«i -/«^ «Ccô Tf,i 'Myo-/pa.ftcti à

axdnoi TTpài zoiizo y3/£7rït, tô 6vr,rr,\) zoù /xow/svoiii Yioii t»îv Qiortirot, xsci' o\j)(Î toj àadpoi- TTcVw TÔ TToiOoi Sé^KsôvA • o:))ic t/;v KTtuOf, xcc'i à)/et))oi(u70v ^ôfftv vp^i TCciBo-^ y.îro-j<ii»v (i./j.0i<ti0r,vcx.i.

2. Ibid. c. 4, 51. 'AZ/pui-nou Sk ûavaroi sj xy.rv.p/tt rèv tfàvarsy sont des parolea d'Apollinaire.

seconde personne de la Trinité à titre de supplément essentiel, il n'en mettait pas moins le Fils dans un état de subordination vis-à-vis de son Père et compromettait l'harmonie. C'est là ce que saint Grégoire de Nysse lui a reproché à diverses reprises, quand il l'eut vu admettre une différence entre la volonté du Père et celle du Fils et expliquer ', par cette différence, les paroles du Seigneur ensaint Jean(V, 17,) 21, et particulièrement en saint Luc, XXII, 42.

De ce que nous venons de dire il résulte encore que les vues d'Apollinaire ne procédaient nullement d'une cosmologie panthéistique. Il en était venu à son idée particulière du corps éternel du Christ, comme s'il y avait été poussé. Son principal désir était, en effet, de sauver l'unité dans la personne du Sauveur et de défendre l' hypothèse d'une simple illumination de l'homme Jésus. Pour obtenir ce résultat, il niait tout d'abord l'âme de Jésus avec ses facultés intellectuelles, parce que, pensait-il, là où l'âme humaine existe avec la raison et la liberté, il ne pouvait être effectué qu'une union morale entre Dieu et un homme complet. C'est là ce qu'il voulait éviter avant tout. De là, ses arguments qui reviennent toujours, dans les extraits de saint Grégoire de Nysse, à savoir qu'il ne veut point admettre ^ deux personnes, qu'il rejette la doctrine d'un vrai Fils de Dieu et d'un Fils adoptif ^, que deux êtres complets et parfaits en soi ne peuvent concourir à former entre eux un seul être que là où il fallait admettre une volonté humaine, libre \, il faut admettre aussi une personne humaine complète ^ ; qu'un homme ne pouvait sauver le monde; parce qu'il avait été lui-même enveloppé dans la perdition*^, que dans l'opinion des adversaires toute différence entre nous et le Sauveur considéré comme un homme simplement éclairé de Dieu et comblé de ses grâces disparaissait '. Partout domine la préoccupation de ne pas faire dé-

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