‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 72 sur 166 · I. Ep. 101 (Ed. Maur. 11, 91). — 2. Aihan. C Apoll. II · texte numérisé non relu

I. Ep. 101 (Ed. Maur. 11, 91). — 2. Aihan. C Apoll. II

Qu'il faille d'après la doclrine de l'Ecriture attribuer au Sauveur une âme humaine parfaite, cela peut être démontré en toute rigueur. Gela n'est pas seulement affirmé, comme en saint Jean (X, 15, 11, 33; XII, 27), en saint Matthieu (XXYI,39*), en saint Paul (Phil. II, 7), cela résulte môme de toute l'idée que les évangiles et les autres livres du Nouveau Testament nous donnent de la vie de l'Homme- Dieu. Comment aurait-il pu supporter la douleur, l'angoisse et la tristesse sans une âme humaine? comment sans elle aurait-il pu * prier ? La même idée est encore démontrée par le récit que nous fait l'Evangile de la tentation du Seigneur, de sa croissance en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes (Luc II, 52). Les hérétiques, au contraire, sont obligés de rapporter immédiatement à la divinité tout ce qui montre quelque chose de changeant et de fini dans la personne du Seigneur et ainsi de lui imposer les qualités des êtres finis ou d'expliquer, à la façon des Docètes, tous ces phénomènes delà vie de Jésus'. Dans le premier cas, ils se rendent coupables de l'erreur qu'ils prétendent combattre, à savoir l'Arianisme, car les Ariens attribuaient au Logos créature la naissance temporelle, la souffrance et la mort'.

2. Apollinaire prétendait trouver le principal argument de sa doctrine dans ce fait que dans l'opinion opposée, il fallait admettre deux personnes. Il voulait, comme il s'en est exprimé, non seulement une adoption de l'homme (iraôyl-rj-^i? àv9o';,7roj), mais une union avec la chair {i-jon: Txmô;), de telle

1. Cf. Greg. Nyss. Antirrh. c. 32 : 'EnitSr^iToiVj-j ôù^.6 -ré ôa>dpùT:vjw fiobJ.r.av., xv.i rà OsXiiv v'jlo, ^Oi-/-/îrKi fikv, w; âx roù rnSpùTTOu, rà zf,i «jôast'aç rxi fltvsui Ttpcsfopov, à roc riixiTtpv. iràBn olxît'ji7y.tj.îvoi.

2. Athan. C. Apoll. I, la : Ka» râ; r,v jxntoiiULî-JCti ma à5/;u5vûy, x«c irpcsc-jyd- ,uîv55 ; Kv.t, 'KrupKXT-/! Sk zu ttvîvuktj ô "I»i75v;, yi'/pxTcrxi. T«ûTa Sk oôn axpxoi ijorjrou av ecV;, «iirs OsoTr-Oi àr^irrroj, «>/à 'j/'^x^ti vdr,tfj ixaJfVii Aums'jaîv*;;, x«« TZ/5«TT0y«V/;î, xv.'t à:ër,y.ovO'J7r,i, xv.l vor,rii>i ènKiTOy.-JOfiivyii T5Û Ttcidoui. Cf. Gveg.

Nyss. AnUrrh. c. 29.

3. Àthiin. C. .'Vpoll. I, 2 : Ovtîi Si « c6./oi'j>7tv tîO Ao'you ^:<VTa^«vT««, >3 5c>/;Tiy Tr,v où'/vouiav to'j Tcor.Oo'Ji itnoy.v.iXjimo'j'zi. — 4. Ibid- P- 4-

RÉFUTATION DE L'APOLLINARISME 433

sorte qu'une personne seule résultât de cette union. Saint Grégoire deNysse^ demande tout d'abord à Apollinairepourquoi il pense que de l'union d'un être complet et d'un être incomplet, il doive résulter une unité meilleure que celle qui proviendrait de deux êtres complets, et pourquoi une nature incomplète se prête mieux qu'une complète à être absorbée en Dieu. Il n'y a pas cependant fusion de deux natures dans l'Incarnation, car le Logos est certainement une nature complète, môme la plus complète, et il ne peut entrer comme partie dans une essence nouvellement composée. Et supposé même que ce Logos eût simplement pris la chair il aurait pris quelque chose d'incomplet, en tant que la chair constitue un élément essentiel de la nature humaine. Mais on ne voit pas pourquoi une telle union pourrait ainsi être expliquée mieux et plus facilement. Ainsi parle saint Cyrille d'Alexandrie dans son ouvrage « Sur l'Incarnation du Fils unique de Dieu-». Apollinaire prétendait quelquefois qu'une union du Logos et de la chair était plus facile à expliquer, parce que la chair en soi et pour soi avait besoin d'un maître -^ Mais Grégoire de Nysse lui réplique que l'âme raisonnable était beaucoup plus rapprochée de Dieu que la chair, et que la chair en soi et pour soi sans l'âme raisonnable ne pouvait tirer aucun proût ni élévation de son union avec le Logos à un point de vue moral, car seule la nature libre et raisonnable est capable de cette bonté et de cette élévation*.

Apollinaire cependant rendait à saint Grégoire la défense du dogme plus difficile en lui opposant qu'une nature raisonnable ne pouvait être élevée par le Logos à l'union personnelle avec lui, sans perdre l'usage de sa liberté ou sa liberté elle-même, car il y avaitlà anéantissement de la créature libre. Aussi le Logos ne pouvait prendre une telle âme ^.

1. Grfg. jVî/ss. Antirrh. c. 34, 3o, 39 : Kat yv.f) si KvOpùnu ràsto) yr,7i, mvlifôr, û-:oi Tusioç, ô-jo m r,7v.j — Parolc-s d'Apollinaire. Cf. Cyr. Alex. De inc. Unigfniti (Migne LXXV, 1209).— 2. Pag. 1212.— 3. Greg. Nyss. Antirrh. c. 40.

4. Ibid. c. 41. — 5. Greg. NysA. Antirrh. C..45 : '^OopvM tsu «ÙTc?oj!7toy

oùx upy. hvytv.L à i/.-jrpO'jtT^Oi Oiy.

Ce que saint Grégoire répondait à cela ne semble pas absolument suffisant, par exemple quand il met en avant le fait de Chanaan et autres qui ont pu être esclaves ou être soumis à d'autres sans perdre la faculté de se déterminer eux-mômes. 11 aurait dCi ici pénétrer jusqu'au fond le plus intime de l'union hypostatique pour montrer comment !a liberté delà volonté humaine pouvait subsister encore dans la personne en tant que faculté naturelle, quoique son exercice fût dirigé par un principe personnel supérieur ; tout autant de considérations qui plus tard devaient trouver place dans les controverses du monothélisme.

Saint Grégoire cherche cependant à expliquer à Apollinaire le mystère même de l'union hypostatîque, de la manière suivante*. « La nature humaine, dit-il, a son mode d'existence dans l'âme humaine qui est unie au corps». Mais l'union de ces deux parties ne se réalise qu'en prenant pour un support une certaine substance matérielle qui en est comme la condition préalable. Cette matière est, en effet, animée par la puissance divine de façon à devenir un homme, de sorte que sans l'intervention de la puissance divine cette matière reste dans la formation de l'homme inerte, immuable et inanimée. Comme donc chez nous il faut qu'une force vivifiante entre en jeu pour former l'homme avec un corps et une âme, de même il est arrivé chez la Vierge Marie que la vertu du Très-Haut a été communiquée d'une manière spirituelle par l'Esprit vivificateur à son corps sans tache, que les éléments du corps ont été pris à la Vierge immaculée et que ces matériaux ont été pris dans son corps virginal, pour former le corps de Jésus. Ainsi fut créé un nouvel homme qui tout d'abord avait uniquement un mode particulier d'existence, tel qu'il avait été créé d'après Dieu non d'après l'homme, alors que la vertu divine pénétrait toute la nature, et ainsi la divinité n'était absente d'aucune partie, mais elle s'unissait les deux parties, l'âme et le corps, danslamesuredeleur réceptivité. De même donc

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