‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 74 sur 166 · Ibid. p · texte numérisé non relu

Ibid. p

même corps ne pouvait supporter à la fois deux êtres spirituels, l'âme humaine et le Logos divin, n'a aucune importance aux yeux de saint Grégoire de Nazianze, car elle est tirée des objets matériels et n'a, d'application que chez eux. L'âme humaine pénètre tout le corps et est dans le même espace que lui ; en outre il est comme le monde entier pénétré par Dieu qui est présent partout*. Mais si l'on veut soutenir que l'âme humaine est un être parfait, complet en soi {zueio;) et ne peut être élevée par le Logos à une union hypostatique, on objectera que ceci peut s'entendre aussi de l'âme humaine en rapport avec les autres créatures, mais non en rapport avec Dieu ; ici elle devient subordonnée et servante, sans avoir part au mêmehonneuret au même pouvoir^. Mais si l'on n'entend pas ce mot rehio; comme désignant la nature parfaite subsistant dans sa propre personnalité, mais simplement l'intégrité de la nature, on peut aussi parler d'une perfection de la nature humaine (te/eiot/î; àvOpoiTzivr) OU même d'un homme parfait {Tùeio; avO^wTroç) comme d'un Dieu complet. Ainsi pense saint Athanase, mais à ce propos il n'oublie pas de rappeler que ces deux natures parfaites n'avaient pas existé séparément l'une de l'autre et qu'elles ont formé un seul être, à savoir une personne, un être unique qui a parfaitement été Dieu et hommes

3. Contre l'union d'une âme humaine libre et raisonnable avec le Logos divin, les Apollinaristes invoquaient encore des raisons spéciales, inspirées de vues gnostiquos et manichéennes sur l'état peccamineux de la nature. Comment ils trouvaient dans la volonté libre de l'âme humaine, en général, un ubstacle à l'union personnelle avec le Logos. nous l'avons déjà vu. Quand ils faisaient ressortir le caractère de mutabilité et de changement inhérent à la liberté et

\. Greg. Naz. Ep. 101, p. 88 — 2. Ibid. p. 89.

3. Alltan. C. Apoil. I, 16 : "Iva sij rj ri r/zTsoa, tÙ~sio; xari Tràvra, 0:'>; •/.u'i avOû&jTTO; 0 u'jro;. Cf. Il, 2 ot 10, où est démontrée la séparation dos personnes ('iiuipsTi^ TzooT'inwj).

RÉFUTATION DE l'aPOLLINARISME 437

montraient par là que l'âme humaine ne se laissait point absorber par un Dieu immuable en un être unique, saint Grégoire de Nysse leur répliquait que les ApoUinaristes devaient alors contester d'autant plus l'union de Dieu avec le corps matériel, car celui-ci contenait à un degré plus élevé cette nature qu'on disait changeante et transformable'.

Cependant les ApoUinaristes se croyaient d'autant plus le droit de refuser une âme humaine à Jésus qu'ils soutenaient que le péché était essentiel à l'esprit humain. Mais alors, comme le remarque saint Athanase, la faute du péché ne retombe pas sur la créature, mais sur Dieu luimême-. Et si l'on admet que le péché tient principalement à la liberté de l'esprit humain, il fallait que le Sauveur prît avant tout celui-ci. Car si l'exemption de péché, dit le même docteur ', n'existait pas pour la nature humaine soumise au péché, dans l'esprit libre qui a commis le péché, comment le péché pourrait-il être condamné dans la chair, puisque le sujet de l'activité (Tr/jazrr/.o'v) n'est pas dans la chair et que la divinité est exempte de péché ?

Mais le péché n'est ni dans la nature de l'esprit humain ni même dans celle de la chair, car Dieu, à l'origine, les a créés purs et sans tache.

Pour rester exempt de péché, le Christ n'avait donc eu qu'à prendre cette chair primitive, tout comme il l'avait créée à son image. La nécessité de pécher n'est venue que plus tard et accidentellement s'adjoindre à la nature humaine pour l'altérer. L'exemption de péché est donc la véritable nature et c'est celle-ci qui a été restaurée dans le Christ*. Ce n'est pas encore assez. La nature humaine dans le Christ n'était pas simplement pure et sans tache parce que le Logos l'avait formée des entrailles de la Vierge immaculée, elle était sans péché dans le sens le plus parfait du mot, impeccable ou placée au-dessus de la possibilité de pécher,

1. Grog. Nyss. Antirrh. c. 40. —2. Athan. G. ApoU. I, 15. — 3. Ibid. 11,6. — 4. Alhan. C.Apoil. II, 9.

non que dans le Christ il n'y eût pas une volonté humaine libre, mais parce que la volonté humaine était seule à commander et à gouverner, a Né d'une femme, dit saint Athanase*, il a rétabli en lui-même la nature humaine primitive et il l'a montrée restaurée et libre de toutes les convoitises et de toutes les pensées charnelles, car sa volonté était seulement celle de la divinité {yi yxp eUriaiç 9eoT»iTo; pirV/;ç) puisque en lui était toute la nature du Logos, pour montrer la nature humaine, telle qu'elle devait être d'après le second Adam, non comme si les personnes devaient être séparées (oCx £v Staoco-Ei TTcoo-f.'iTTwv), niciis commc contenant la divinité et l'humanilé réunies en lui (à)./' è-j ùnuc^zi ôcorviroç x«t àvOûw7roTr,-oî). Saint Athanase ne reconnaît qu'une volonté, attendu qu'il n'y a qu'un principe qui dirige et commande la volonté divine ; mais ailleurs quand il s'agit de marquer la perfection des deux natures, il parle expressément de deux volontés^, tout comme saint Grégoire de Nysse, dans les passages déjà cités, professe reconnaître expressément le libre arbitre dans la nature humaine du Seigneur.

4. Les Pères avaient encore à démontrer la portée de la doctrine orthodoxe dans cette question de l'âme de Jésus et son intime connexion avec tout le contenu de la foi chrétienne. Là en effet se trouvait le rapport intime de cette doc trille avec le dogmede la création. D'après l'erreur des Apollinaristes, le Sauveur n'est pas devenu consubstantiel à nous, ou bien il n'a pas pris une nature consubstantielle à la nôtre, mais seulement une partie de cette nature. Ce qu'il y a vraiment de plus important et de plus essentiel dans la nature humaine /'«???warrt//o>?«//i"ne lui apas été attribué, et si l'autrepartieinférieure, le corps avec l'àme animale, est devenue un élément incréé et éternel dans la personne du Logos; le Seigneur n'a pas été consubstantiel à nous par son corps. Dès lors la Rédemption nous est restée étrangère, car c'a été toujours un principe fondamental que l'humanité ne

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