‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 75 sur 166 · Ibiil.c · texte numérisé non relu

Ibiil.c

2. De ino^rn. et c. Arian. 21 : Aûo Oùr.uazu hjruûOu (Matth. iG. 39)

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pouvait être mise en partage du salut que par le Fils de Dieu à condition qu'il commeiiçàtpar sauver en sa propre personne unenature humaine consubstantielle à la nôtre. Ceci ne pouvait, dit saint Athanase *, être donné comme rançon de -cet être différent ; il faut donner corps pour corps, àme pour âme et quelque chose d'entier pour l'homme tout entier. Si Dieu voulait reconquérir l'honneur qui lui avait été dérobé dans ses créatures, il fallait que la nature humaine fût restaurée dans l'état où elle avait été créée dans Adam et souillée plus tard par le péché ; c( Ce qui n'a pas été pris — ainsi s'exprima saint Grégoire de Nazianze ^ — cela ne peut avoir part à la Rédemption ; mais ce qui a été uni à Dieu peut aussi bénéficier du salut. Si Adam n'avait péché que dans la moitié de son êtr«,l-e Christ aurait pu alors se contenter de prendre et de racheter c^tte moitié. Les Apollinaristes font contracter au Logos une union avec un corps et une àme sensitive et partant avec un être animal seulement ; comment donc doit-il en résulter quelque profit pour l'homme qui était pourtant seul à sauver ?

Les hérétiques veulent faire aux orthodoxes le reproche de faire naître, à la façon d'un mythe, un être nouveau composé de Dieu et d'homme, à la façon des centaures et autres êtres semblables. Mais saint Grégoire de Nysse renvoie ce reproche ^ aux Apollinaristes, précisément parce qu'ils prétendaient unir au Logos divin une nature humaine réduite à moitié, incomplète; et à ce propos il est curieux qu'il ne veuille pas plus accepter que ses ad versaires le terme Homme- Dieu qui sera couramment employé dans la suite.

5. L'œuvre de la Rédemption perd encore autant de son importance dans l'erreur des Apollinaristes par le fait qu'ils se sont mis dans l'impossibilité de montrer un mérite satisfactoire dans lavie de l'Homme-Dieu ou plutôt ils ont enlevé à lavie, à la souffrance et à la mort du Seigneur toute base morale, puisque la .divinité elle-même était en soi aussi inicapable de mériter que le corps humain. La vie du Seigneur ne

1. C. ApoH. l, 17. —2. Ep. (éd. Alaur. p. 87). — 3. Antirrh. c. 49.

peut être pournousuncxemple véritable ni un modèle moral, ni même fonder un mérite particulier en faveur de l'humanité, s'il lui manque une âme humaine et une force proprement morale (aOreÇoOTtov) *.

La soutfrance et la mort du Christ notamment, qui marquent le point culminant de sa vie de sacrifice, de son obéissance et de son œuvre satisfactoire deviennent tout à fait inexplicables.Car que doit ètrela mort duSeigneurdans l'opinion erronée des Apollinaristes?La doctrine de l'Eglise nous dit que sa mort n'a été que la séparation de l'âme humaine, de son corps, sans que par là, ni l'un ni l'autre des éléments de la nature humaine ait été séparé du Logos *. Le Logos est resté uni avec son saint corps déposé dans le tombeau pour le préserver de la corruption et le ressusciter comme son corps propre, le troisième jour, et il resta tout aussi bien uni à son âme pour descendre avec elle dans les enfers et y annoncer l'Evangile aux anciens qui y étaient rassemblés. Ainsi le Logos divin a parcouru tous les stades de l'existence humaine, il les a tous sanctifiés et déjà prophétiquement annoncés dans l'Ancien Testament(Ps. XV,10). «Tune laisseras pas, y est-il dit, mon âme dans l'enfer, ni ne feras voir à ton saint la corruption. Et qu'est la mort du Seigneur dans l'Apollinarisme? Elle est envisagée comme une séparation du Logos et du corps ; et rien de plus. Les bourreaux ont donc exercé leur puissance sur le Logos divin et ont brisé son union avec la chair humaine. L'alliance contractée par Dieu avec l'homme dans l'Incarnation tenait à un simple fil ; aussi pouvait-elle être rompue en un instant par la main d'un criminel, et ainsi notre espérance d'une union éternelle et inséparable avec Dieu était donc vaine etinsensée ; même abstraction faite de ce fait, ce n'est pas une nature humaine parfaite qui est entrée en union avec Dieu. Ainsi la mort du Seigneur n'a pas représenté la mort de tous les hommes, ni n'a pu enlever à la mort toute sa puissance, malgré tout l'intérêt que les Apollinaristes mettaient à vouloir le démontrer ; en

1. Ibid. c. 45. — 2. Àlhan. C. Apoll. 11, 14. Greg. Syss. Anlirrh. c. 55.

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effet, la mort du Seigneur devenait dms leur hypothèse, une mort d'un tout autre genre et nullement une mort de même nature que celle qui pesait sur l'humanité, en punition du péché.

La résurrection du Christ doit être d'après les Apollinaristes la réunion renouvelée du Logos et du corps glorifié ; elle perd ainsi pour nous dès lors toute importance ; car elle ne peut plus fonder nos espérances de résurrection. Elle n'est plus l'anticipation de notre résurrection ou de la réunion d'une âme humaine avec le corps sorti du tombeau.

En outre les Apollinaristes retombent dans les erreurs des Ariens ; ils attribuent immédiatement à la divinité tous les phénomènes qui montrent en sa personne quelque chose de créé. Aussi celle-ci est assujettie aux qualités des créatures et est considérée comme un être passible et changeant. Ou bien on retombe dans le Docétisme et on explique tous ces phénomènes, comme un mensonge et une illusion qui devait produire seulement l'apparence d'une nature semblable à la nature humaine : « Vous qui reconnaissez simplement le corps du Seigneur », dit saint Athanase*, vous ne pouvez montrer ni la condamnation du péché, la défaite de la mort, ni la réalisation de la résurrection ni même l'immutabilité du Logos. »

Et quelle idée indigne faut-il se faire de Dieu, pour pouvoir soutenir de lui qu'il est mort en tant que Dieu ? Ne serait-ce pas déclarer en même temps que sa puissance a été soumise et défaite ^ ? De cette façon, loin de relever l'œuvre de la Rédemption, on fait plutôt de Dieu un être passible, changeant, comme l'a fait Valentin^

Ce que poursuit l'erreur, en revendiquant pour l'œuvre du Christ une valeur infinie et divine, seule la doctrine orthodoxe l'obtient. La souffrance du Seigneur est chez elle une souffrance de Dieu, mais seulement en ce que Dieu

1. C. Apoll. II, 17. — 2. Greg. Nyss. Antirrh. c. 6, 30. 3. Athan. C. Apoll. II, 12.

s'est approprié la nature humaine passible et a souffert en elle', (c Si donc, dit saint Grégoire de Nysse, la divinité-, qui est éternelle, n'a besoin ni de naître, ni de ressusciter, il résulte de là que les souffrances du Christ sont produites, non comme si la divinité avait souffert comme telle, mais parce que Dieu existe dans celui qui souffre et que Dieu s'est approprié sa souffrance ».

Saint Grégoire de Nazianze ' reproche aux Apollinaristes de recourir dans l'explication des passages delà sainte Ecriture relatifs à la personne du Seigneur, à ce môme expédient dont ils faisaient un crime aux orthodoxes, à savoir de distinguer les natures dans le Christ et de rapporter quelques-uns de ces passages à la nature humaine, d'autres à la divine,

6. Il y avait une contradiction flagrante entre l'ApoUinarisme et la doctrine de la sainte Ecriture (1 Petr. III, 19), sur la question de la descente du Seigneur dans le vestibule de l'enfer. D'après ces hérétiques cette descente ne pouvait être attribuée qu'au Logos seul, en soi, séparé du corps humain. La divinité aurait donc été dans l'état d'un être qui attend le ciel et aspire à l'atteindre*. Il résulta de là que l'article, qui descendit adinferos, acquit dès lors une particulière importance et fut universellement introduit dans la profession de foi, car il y avait là une affirmation expresse de la croyance à l'àme humaine de Jésus.

7. Ce n'était pas seulement toute la vie terrestre du Seigneur, c'était le mystère même de l'Incarnation qui perdait toute base et toute raisond'ètre, si avec les Apollinaristes on excluait l'âme humaine raisonnable de la personne du Sauveur. Car c'est l'àme raisonnable libre qui est, dans la création, l'image particulière de Dieu et elle se rapproche de Dieu pour entrer avec lui en communauté de vie, de bien plus près que la nature morte ou la simple vie animale. L'àme était donc considérée, particulièrement par Origène,

1. Ep. ad. Epict. n. 6. — 2. Cm/.A«/fs. Antirrh.C.54. — 3. Ep.I02,p. 97. 4. Epiph. Hacr, 77. p. 1030 Mluin. C. Apoll. II, Ij.

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comme le trait d'union qui permettait à Dieu d'entrer en étroite union avec le monde matériel. Cette même conception nous la trouvons soutenue non seulement chez saint Grégoire de Nazianze % chez saint Augustin ^, chez saint Fulgence ■* contre les Apollinaristes, mais encore dans les décrets du sixième concile général de Constantinople (680)*. 8. L'union du Logos divin et d'un corps humain était dans l'Apollinarisme quelque chose d'inconvenant. Pour l'expliquer on se voyait acculé à une hypothèse absolument insoutenable : le corps humain du Seigneur était incréé, éternel et consubstantiel au Logos. Mais supposé qu'il en fût ainsi, dans quel rapport se trouvait alors le Sauveur vis-à-vis de nous? Ou bien qu'aurions nous à attendre de luipour notre corps ? Absolument rien. La première création n'était ni rachetée ni restaurée, mais rejetée et abandonnée pour toujours à sa perte comme au péché. Et cependant quelle contradiction n'miplique pas encore l'hypothèse d'un c^rps de Jésus incréé! « Gomment un Dieu corporel, demande saint Grégoire de Nysse, peut-il être uni à un corps avant le commencement du monde? Car lorsque le temps n'était pas encore, il n'existait aucune des choses créées, à minori de corps, car celui-ci estlemoindre et le dernier des ouvrages de laeréation.Aquelcorpsladivinitépouvait-elleêtreuniealors que la nature humaine n'avait pas encore été créée ? Mais peut-être Apollinaire connaît-il une autre chair que celle d'un homme ? Et comment dit-il que cet homme qui nous a révélé les secrets de Dieu était Dieu et créateur^? Qui expliquera les folies de ces nouvelles doctrines? Un homme avant qu'il n'y eût d'hommes en général, uncorps avant que la chair ne fût créée, avant tous les temps ce qui a'été fait

I seulement dans les derniers temps et ce que d'ailleurs il n'a pas encore enseigné de cette façon ».

1. Orat. 1, 35. 42. Ep. 101, p. 90.— 2. De civ. Dei. X, 29. Ep. 3, 120, c. 4.

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