Antirrh. c
Finalement, au lieu de trois personnes consubstantielles, il en viendra quatre en Dieu, grâce à un corps incréé qui tiendra la quatrième place*. De plus cette hypothèse de la consubsLanlialité du corps du Christ et du Logos n'explique même pas le mystère de l'unité personnelle du divin et de l'humain dans le Christ. Car ce qui est consubstantiel, comme les trois personnes de la Divinité ne peut pas être uni hypostatiquement, c'est-à-dire de manière à former une personne; cela est plutôt an par essence ou par nature'.
Pareillement, il reste toujours impossible à expliquer chez un corps incréé ce que la sainte Ecriture nous raconte du corps du Christ, à savoir qu'il était soumis à la croissance, assujetti aux besoins naturels et finalement à la souffrance et à la mort'. L'ApoUinarisme peut, s'il veut avoir raison de ces contradictions, expliquer cela uniquement comme un mensonge et une tromperie*. Sans cela cette erreur porte déjà au front le Docétisme,par le fait qu'il ne peut assigner d'autre usage au corps du Seigneur que de servir de masque à la divinité ou d'amener les hommes à croire à tort que le Christ s'est approprié une nature humaine parfaite '.
On voit combien il importait nécessairement aux Pères de montrer dans le Seigneur un corps qui fi\t en étroite connexion avec la race d'Adam. Le Fils de Dieu s'est formé d'une manière miraculeuse, il est vrai, mais néanmoins au moyen du sang de la très sainte Vierge, un corps humain et ne l'a nullement pris déjà tout formé. A ce corps il a donné l'existence en lui-même au moment de la conception ; et par son âme qu'il a prise également, il lui communique sa forme, si bien que Marie est devenue vraiment la mère de Dieu^ Ainsi s'exprimait saint Grégoire bien avant l'apparition de l'erreur nestorienne. Saint Athanase' fait ressortir de même le j^artus naliiralis, et il rappelle les paroles de
1. Athan. C . Apoll. I, 12. — 2. Ibid. — 3. Ibid c. 4. 4. Greg. Ndz, Ep. 102 (éd. Maur. p. 96». —a. Ibid. p. 05. Cf. Ep. 101, p. 88. — 6. Ep. 101. P. 85. — 7. Ep. ad Epict. n. 5.
RÉFUTATION DE L'APOLLINARISME 445
saint Luc (1,35) d'après lesquelles le Seigneur n'est pas né seulement dans mais de (iç) la Vierge Marie. La même opinion n'avait pas manqué d'être soutenue auparavant pa»* d'autres Pères contre les Gnostiques.
Cependant les Àpollinaristes se vantaient d'avoir dans le Christ rapproché Dieu de plus près des hommes et de ne pas présenter à l'adoration des chrétiens un homme théophore (b£0(j>ôpv) mais un Dieu sarcophore* ((7«p.oyo/;ov), Et pour cela ils traitaient les orthodoxes de sarcolâtres c'est-à-dire d'adorateurs de la chair dont ils avaient fait une substance absolue". Saint Grégoire de Kazianze leur réplique queles orthodoxes étaient des anthropolâtres et non de simples sarcolâtres, car ils tenaient toute la nature humaine du Seigneur pour digne d'adoration.
9. L'Apollinarisme avait pris son point de départ pour l'explication particulière du dogme de l'Incarnation dans la trichotumie, ou avait pris pour base l'idée platonicienne des trois éléments essentiels de la nature humaine. Ces idées les Pères, en partie, les combattent expressément, surtout saint Athanase et saint Grégoire de Nysse. La sainte Ecriture ne connaît qu'une dichotomie, c'est celle qui apparaît dans le récit que fait la Genèse de la création de l'homme ; on y voit que Dieu forma l'homme du limon de la terre et lui inspira ensuite l'âme immortelle ; on le voit encore dans le récit que nous donne l'évangile de la mort du Seigneur. En effet, pendant que le corps sacré du Seigneur repose dans le tombeau, privé de l'âme, il était descendu lui-même avec l'âme, dans l'Adès pour porter à ceux qui s'y trouvaient rassemblés la bonne nouvelle du salut. Il n'y avait qu'un double lieu de châtiments pour les deux moitiés de la nature humaine ; le tombeau pour le corps et l'Adès pour l'âme. Le Christ nous a délivrés des deux, parce qu'il voulait racheter l'homme tout entier. Si on peut nommer un troisième lieu de supplices, dit Saint
1. Greg. Na:;. Ep. 102. p. % — 2. Greg. Nyss. Anlirrh. c. 44. 3. Ep. 101 p. 89.
Atluuiase', qu'on fasse consister l'homme en trois éléments et qu'on soutienne en même temps que le Christ nous a bien sauvés du tombeauet de l'enfer, mais qu'il a abandonné à sa perte le troisième élément de l'homme.
Saint Grégoire de Nysse admet qu'on peut bien distinguer dans une seule âme humaine la faculté intellectuelle supérieure de la pensée et de la volonté libre de l'autre, mais malgré cela, la nature humaine ne se compose que de deux éléments, une âme raisonnable (^y/v; voepi) et un corps. (( Si on voulait, dit-il, compter la raison comme un troisième élément substantiel de la nature humaine on pourrait le faire comme pour les autres facultés et on obtiendrait non seulement trois, mais plusieurs éléments -. D'après la division ordinaire que la plupart emploient, dit-iP, nous avons été instruits à reconnaître que la nature humaine est composée d'une âme raisonnable et d'un corps. L'Apôtre lui-même (2 Cor. lY, 16) ne connaissait qu'un homme intérieur et un homme extérieur. Mais si l'opinion anthropologique d'Apollinaire est erronée, sa christologie croule par le fait même.
Christologie et Sotériologie des trois Cappadociens
En ce qui concerne la doctrine de la parfaite nature humaine du Christ, on voit par les objections déjà exposées contre l'Apollinarisme combien le sentiment de l'Eglise s'était fortifié sur cette question. Même les Pères que la nécessité de la polémique n'avaient point amenés à
4. C. ApoU. I, 14 : EtSixai stsOov T07rovx«TaSix>7ç Sèîlat Syvaaôe, stxoTw; àv XéyotTê TjOtp^vi StatoeîffQat TÔv avQocan-ov * xai £x (ih twv Sûo tÔttwv ttîv àvâxXvjTtv yîyovivxi, iv 3j tw rpizût jxrvîtv sv SïT^iOtî TÔ SîSsfAîKOv.