Greg. Naz. Orat
ce caractère représentatif du sacrifice est mis partout dans la lumière qui lui convient : « De môme que pour mon salut il a été appelé malédiction (Gai. III, 13), parce qu'il m'a débarrassé de la malédiction qui pesait sur moi et du péché (Cor. VII, 21), parce qu'il efface les péchés du monde, et de môme qu'il est devenu pour le premier Adam un nouvel Adam (I Cor. XV, 45), de môme il a pris sur lui mon endurcissement et mon indocilité, comme étant la tête de tout le corps * ». On lit encore chez lui que le Christ le Seigneur a pris nos péchés et les a attachés avec lui sur la croix et les a ainsi tués '^, ou bien il enseigne d'une manière mystique que quelques gouttes de sang ont renouvelé le monde entier et sont devenues pour le genre humain ce qu'est la sève du figuier pour le lait qui coule ; elles ont groupé et uni intimement les hommes ^ Comme l'Apôtre dans son Epître aux Romains et à plusieurs reprises ailleurs, oppose à la chute dans le Paradis terrestre, la rédemption par le Christ; ainsi fait saint Grégoire de Nazianze. De même que le péché d'Adam n'a pas tourné seulement à son désavantage mais a eu pour conséquence l'esclavage du genre humain tout entier, de même la victoire de l'homme Dieu a rejailli en bénédiction sur toute l'espèce et a anéanti l'entreprise du démon. « La lumière brille, dit-il*, sur les ténèbres, c'est-à-dire sur cette vie et sur la chair; mais les ténèbres la persécutent et ne l'acceptent point ; c'est là, je pense, la puissance de l'ennemi qui dans son imprudence s'attaque à l'Adam visible, mais qui dès qu'il se tourne contre Dieu est vaincu, afin que nous puissions arriver à la lumière quand les ténèbres auront été chassées ».
Saint Grégoire de Nysse nous représente pareillement ailleurs les effets de la rédemption par ce fait que le Christ par sa soufirance et sa mort a enlevé la malédiction de dessus les hommes, les a unis à Dieu et a fait d'eux des enfants de Dieu et des citoyens du cieP.
1. Greg. Naz. Orat. 30, 5. Cf. 37, 1. — 2. Orat. 4, 78. —3. Oral. 43, 39. — 4. Orat. 39, 2. — j. Greg. .V(/^^^ G. Eun. XII (Migne. XLV,|b889). In resurr. Christ, orat. 1. (Migne. XLVl, 605.).
SAINT AUGUSTIN 4ud
§ 36 La Christologie de saint Augustin
Le caractère particulier de la théologie de saint Augustin; sa haute supériorité, la vaste et complète méditation du dogme qui nous occupe ; sa conception profonde et élevée de ce dogme et de ses rapports avec les autres vérités de la foi et de la raison se retrouvent dans sa Christologie. L'exposé qu'il en fait est si exact qu'il ne défend pas seulement le dogme contre les hérésies antérieures, il combat même à l'avance, pour ainsi dire, les opinions hérétiques des temps postérieurs.
1. Le Christ a en propre un véritable corps humain qu'il n'a pas emporté du cieP, mais que le Saint-Esprit a formé dans le sein de la vierge Marie. Quelques Gnostiques voulaient comparer le corps du Seigneur à la colombe sous la forme de laquelle le Saint-Esprit dans le baptême était descendu sur le Seigneur, ils ajoutaient en même temps que la colombe n'était pas réelle mais avait paru l'être, aux yeux de tous les assistants et notamment de saint Jean. Ainsi le Seigneur avait pris partout où il l'avait voulu la forme d'un corps humain. Mais, réplique saint Augustin, Dieu nous aurait ainsi trompés etil ne mériterait en général aucune créance. Et même s'il est extrêmement vraisemblable que cette colombe était une colombe réelle et non seulement une illusion des sens ; encore moins peut-on douter que le corps du Seigneur ait été véritable et consubstantiel au nôtre, car il voulait racheter tout le genre humain, le masculin comme le féminin ; donc il prit la nature humaine et choisit dans le sexe féminin une vierge pour en faire sa mère*. Parce que la mort nous était venue par une femme,
1. Aug. De agone christiano c. 22, § 24 : Dominus autcm Jésus Christus^ qui vencrat ad homines liberandos, in quibus et mares et feminae pertinent ad salulem, nec mares faslidivit, qui marem suscepit, necfeminas, qui de fcmina natus est. Cf. C. Faust. XXVI, 7. Sermo 190, 2.
la vie devait nailre aussi par une fenune el comme le démon avait été vainqueur du sexe masculin comme du sexe icminin, il devait lui aussi être vaincu par les deux *.
2. Le corps du Christ a été introduit surnalurellement et miraculeusement dans le genre humain, par l'opération du Saint-Esprit qui le couvrait de son ombre et par la conception de la très sainte Vierge. Comme un Arien voulait enseigner que ce n'est pas le Saint-Esprit qui a créé le corps du Christ qui est devenu la vie du monde dans l'Eucharistie, mais que c'est le Fils lui-même qui a exécuté cet ouvrage dans la création, et que le Saint-Esprit aurait uniquement « préparé le sein de la sainte Vierge », saint Augustin se bornait, d'après les paroles de l'Ecriture (Matth. I, 18 ; Luc I, 34) à soutenir que le Saint-Esprit était créateur du corps du Christ, sans exclure le Fils de cet ouvrage ; car il voyait que l'intention des Ariens ne visait qu'à exclure le Saint-Esprit de l'œuvre créatrice et à le subordonner au Fils de Dieu-. Saint Augustin dit ailleurs que la création du corps humain de Jésus fut l'œuvre de la Trinité divine ; mais qu'elle est particulièrement attribuée au Saint-Esprit, sans que pour cela celui ci puisse être appelé le Père du Seigneur pour sa nature humaine ; et cependant la Vierge Marie était vraiment la mère du Seigneur''. Au reste, le Seigneur a été conçu par une vierge sans aucune concupiscence charnelle et pour cela il est resté indemne de tout péché dès le premier instant*, il a été conçu par la sainte Vierge au moyen d'un acte de foi^ Cependant le corps du Seigneur n'a
1. Ibid. : Hue accedit magnum sacramentum, ut, quoniam per fcminam Dobis mors accideral, vita nobis per feminam nasiceretur : ut de utraiiuo natura, id cslfeminina et masculina, victus diabolus cruciaretur, (luoniam de ambarum subversione laetabatur; cui parum fuerat ad poonam, si ambac naturae in nobis liberarentur, nisi etiam per ambas liberaremur Celte idée contient sa pleine vérité dans la supposition do la conception immaculée de Marie.
2. Contra Max. .\rianum II, c. 17, §2.-3. Enchir, c. 37, § 11.
4. Ibid. c. 41. § 13 : N'ulla igitur voluptate carnalis concupiscentiae seminatus sivc conceptus, et ideo nullum peccatum originaliter Iruhons.
5. ÀU(j. Enchir. c. 34, § 10 : Naui nihil nalurae iuimanae in ilia .suscoptione fas est dicero defuissc; scd naturae ab onini peccati nu.\u omni modo
pas été simplement créé de rien ni même formé comme le corps d'Adam, il a été tiré du sein de la Vierge Mariée
8. La naissance virginale du Seigneur ou ViUerus clausus est enseignée à diverses reprises par saint Augustin comme une vérité de foi ; car celui qui a choisi la Vierge très pure, sa mère, n'a point dû lui enlever le signe de sa virginité, ViUerus clausus, ni dans sa conception, ni dans sa naissance. La virginité, dans le sens le plus parfait du mot, implique toujours en soi un avantage corporel et elle est plus parfaite que la fécondité dans le mariage, quoique même celui-ci soit un bien qui provient de Dieu-. L'intégrité ne devait pas être détruite même par une naissance dans ce sein maternel où la vérité divine avait habité. Et s'il y a là une exception à la règle, elle est aussi possible à Dieu que le fait du Seigneur qui, après sa résurrection, traversait avec son corps des portes fermées^. Aussi la Vierge Marie reste même par l'intégrité de son corps l'idéal des vierges chrétiennes. Mais à cette intégrité elle unissait la maternité et même sa plus haute dignité, à savoir la maternité divine*. Elle est donc même devenue le plus beau modèle et l'idéal des mères chrétiennes.
4. Avec un véritable corps le Seigneur a pris aussi toutes les souffrances et toutes les faiblesses qui sont attachées au corps de l'homme depuis le péché. Sans doute, il ne s'agi-
liberae : non qualis de utroque sexu nascitur per concupiscentiam carnis cum obligatione delicti, cujus reatus regeneratione diluitur; sed qualem de virgine nasci oportebat, quem fides mairis, non libido conceperat. Cf. Enarr. in Ps. 67, § 21. Sermo 215, 4.