Cf. Tillemont Mém . VIII, 561-762 sqq
4. Les écrits de Théodore sont Imprimés chez Migne LXVI, 672 sqq. Sa doctrine a été exposée par Gengler dans la Tubinger theol. Quartalschrift 1835, 2' liv., p. 223 sqq,, par Héfélé, Hist. des conc. 11,129, sqq. ; Dorner, Entwickl. Gesch. der Lehre von dcr Person Christi, 31, sqq.
D'abord il se prononce conlro toute espèce de mélange : « Si» dit-il, nous suivons vos règles et mêlons toutes choses, il n'y a plus de différence entre la forme divine et la forme d'esclave, entre le temple liaLité et celui qui l'habite, entre celui qui est éteint dans la mort et celui qui le ressuscite, entre celui qui est achevé par la souffrance et celui qui l'achève, entre celui qui est abaissé en face des anges et celui qui l'abaisse, entre celui qui est couronné d'honneur et de gloire et celui qui le couronne. Cette différence doit être sauvegardée, chaque nature doit rester insoluble en soi et dans son être * ». Mais bientôt les deux natures ne sont plus seulement distinguées entre elles, elles sont regardées comme deux personnes parfaites, car Théodore, ne peut dit-il, concevoir une nature humaine parfaite que comme une personne. « Si en effet nous distinguons les natures, nous marquons la nature de Dieu, le Logos, comme une nature parfaite et tout autant comme une personne complète, car un être subsistant en soi ne peut être conçu comme une personne (àîTcwTOTTov), mais en tant que parfaites nous désignons également la nature humaine et la personne-. Quand à ce propos, il parle cependant encore d'une seule personne qui est résultée de l'union de deux {cntviyua), de la personne humaine et de la personne divine, il s'écarte simplement du langage usuel, et montre par ses explications comment il comprend l'unité de la personne. Elle n'est une qu'en tant que la personne du Seigneur est seule à se produire et à agir. Cela deviendra pour nous une certitude, si nous voulons regarder sa conception de l'union du divin et de l'humain. Cette union est comparée, dans le fragment cité à la fin, à celle de l'homme et de la femme dans le mariage. De même
1. Cf. Parmi les actes du IV* concile œcuménique publiés chez Mansi, (coll. C. IX, 203 sqq.), les fragments des écrits de Théodore et surtout n''8, p. 206.
2. Chez Mansi 1. c. n. 29 (p. 215): Quando etenim naturas discernimus, perfcctiim naturam Dei Verbi dicinius et pcrfectam personam : nec oniui sine porsona est, subsistentiam diccre perfectam : perfeclam autem ot huminis naturam, et personam similiter. Quando autem ad conjunctioncm respicimus, unam personam luncdicimus.
PRÉCURSEURS DU NESTORIANISME 483
qu'ici l'unité de la chair n'est pas rompue par la dualité ; de même là la différence des natures ne fait point disparaître l'unité de la personne.
Plus loin il explique l'union non comme une incarnation proprement dite, mais comme une habitation (hoUntrii) du Logos dans l'homme Jésus. « Nous soutenons il est vrai, de la façon la plus déterminée que le Logos s'est incorporé un homme; mais nous considérons que c'est delafolie de dire qu'il est devenu homme. Si saint Jean dit (1, 14) que le Logos est devenu chair, c'est-à-dire homme, il ne faut pas prendre cela en toute rigueur parce qu'autrement le Logos aurait dû se transformer en chair, et c'est ce que l'Evangéliste ne veut pas. L'expression est donc empruntée de l'apparence des choses; que le Logos ait pris la chair, cela n'était point l'apparence. Ce qu'il l'était, c'est qu'il le fût devenu ».
Cette habitation du Logos ne doit pas être entendue comme une habitation quant à l'être ; car à ce point de vue Dieu est présent partout et également rapproché de toute chose; ni même comme une habitation par la toute-puissance, mais comme une inhabitation par sa grâce et par son bon plaisir (eiSoxîa)*. De cette façon Dieu habite dans tous les justes, pas dans tous sans doute au même degré, mais plus ou moins parfaitement suivant son propre bon plaisir et suivant les mérites de l'homme. Entre cette habitation dans les justes et celle du Logos dans le Christ il n'y a pas différence de nature et de qualité, mais seulement de degré; elle était chez lui beaucoup plus parfaite que chez tous les saints et elle progressait chez lui de plus en plus. Après la résurrection cette union a été portée à un point tel que la nature humaine participa désormais à tous les honneurs qui étaient dus à la nature divine même à l'adoration. Cet homme à qui Dieu avait décidé de réserver le jugement de tous les
1. Cf. Theod. Mops. Ex libris de incarnat. (Migne, P. gr. LXVI, 972) :
Ei yèr.p ij.rjfjijnwj ^TTOJç r, VJOi*.r,ni:, -/rjfzv.i, îi-JCixîOv. x.y.i rcv Toon'ov, xai Tt'; i) ~CD TCO trou Sivi-of^y.' rv.v roi'vuv svoizvjtiv oi /j.h cli'sw. ■/v/vjr,'7Ùv.i ci:T:sfr,jyMTO, ïnpoi St èvepyet'ax. T. /. Page 973: A>;/oy oùv w; eiiSoxia. J.t/tiv yivjîôat tv;v èvoixr,7iv 7TO0ïr;xe«* sùSoxia. 6k /£'/£T«i r, cf.pijTr, xix't y.vJJ.Cisrr, 6éyr,sii tsû Ôeoù.
autres, il l'avait ressuscité d'entre les morts, il l'avait par son uniun avec lui appelé à partager des honneurs tels qu'il reçoit l'adoration en commun avec le Logos. Quand tous, en effet, rendent k la nature divine l'adoration qu'ils lui doivent, ils comprennent aussi dans leur adoration celui qui leur a appris qu'il était inséparablement uni au Logos, depuis qu'il est manifeste, qu'il a été élevé à un degré supérieur par le Logos ^
Théodore fait même dépendre l'élévation et le progrès dans l'union de l'homme Jésus et du Logos des mérites du Seigneur; le point d'attache de cette union dépend même au moment de la conception de Jésus de la prévision des mérites humains^ C'est parce qu'il a prévu la vertu du Seigneur que le Logos a voulu dès le premier instant de sa formation habiter en lui et s'est uni à lui par affection de la volonté. Dès le commencement une volonté droite lui fut assurée par la grâce divine parce que Dieu prévoyait ce qu'il serait, et Dieu, parle fait qu'il habitait en lui coopérait avec lui à notre salut à tous. Aussi personne ne peut dire qu'il est injuste qu'à cet homme qui a été pris par le Seigneur il ait été donné quelque chose de particulier ^.
Dans une pareille conception de l'union du Logos divin avec l'homme Jésus, qui a été rabaissée au niveau d'une simple union morale, la communicatio idiomatum ne pou-
1. Chez Marnai 1. c. n. 9, p. 207. Ainsi Théodore dans le fragment du 3' livre contre Apollinaire.
2. Migne LXVI, 980 : "Hvuro ixh -/àp è; ào/^; tSJ Os'Z ô ).^'^9ùi xxzx T:pd-/vu7iv h ixùrr, TÔ ôtaîT/.0C7£i Tvj; ur,Tpci:i rr,v xxTV.pyrrj zr,i £v&Jy£Cij; 0£|'«urv5;.
3. Ainsi chez Mans^ilX, 221 extrait du 14"' livre de Théodore sur l'Incarnation 1, c n. 54 : Idem hoc dicemus juste et de Domino, quod Deus verbum sciens ejus virtutem et secundum praescientiam, statim in ipso initie complasmationis inhabitare bene volait, et unions eum sibi alTectu voluntatis, majorem quandam ei praestabat gratiam, utpotegratia, ijuac in eum est et in omnes homines dividenda. Unde et circa bona voluntatom integram ei custodiebat... Conservabatur vero a divina gratia illi voluntas intégra ab inilio, Deo.qualis erat, subtiliter scientc : qui et ad contirmandum eum magnam illi coopcrationem habitatione sua praestabat pro omnium Dostruni saluto. Unde nec injustum dicat aliquis esse, quod praetor omnes praccipuum aliiiuid datum est illi homini, qui a domino assumplus est.
PRÉCURSEURS DU NESTORIANISME 485
vait plus être sincèrement maintenue ; au contraire Théodore devait regarder comme inexact de dire que Dieu était né de Marie ou que Marie était la mère de Dieu. « Comment peux-tu dire, dit-il, dans le troisième livre contre Apollinaire ', que celui qui est né de Marie est Dieu, né de Dieu et consubstantiel à Dieu le Père, si tu ne veux pas nous ordonner d'ailleurs d'attriLuer sa formation au Saint-Esprit? Mais qui est Dieu de Dieu et consubstantiel au Père? Celuilà peut-être qui est né de la Vierge ? 0 miracle ! Celui-là donc qui d'après les Ecritures a été formé par l'Esprit de Dieu et qui a été formé dans le corps de la Vierge ? Il était bien en lui dès qu'il fut formé et jugé digne d'être le temple de Dieu ; cependant on ne peut pas croire que Dieu soit né de la Vierge, à moins que d'ailleurs on ne consente à tenir pour une seule et même chose le temple qui est né et celui qui habite dans ce temple produit, à savoir le divin Logos ».
Sur la Vierge Marie il dit donc ^ : « Qu'on nous demande si Marie est mère de l'homme ou mère de Dieu et nous répondons qu'elle est Tune et l'autre. L'une en effet, par la nature des choses, l'autre par suite d'un rapport; elle est mère d'un homme par nature, parce qu'un homme a été formé dans son sein et est né d'elle; et mère de Dieu, parce que Dieu se trouvait dans l'homme qu'elle a engendré, non pas en ce sens que Dieu y fût enfermé dans sa nature, mais il était en lui par l'inclination de son intention.
Seulement Théodore emploie au singulier pour désigner le Sauveur, des termes qui peuvent être attribués au Logos divin aussi bien qu'à l'homme en raison de son union particulière avec Dieu, par exemple les termes Fils de Dieu et Seigneur. Il peut ainsi se vanter d'être d'accord même avec les orthodoxes, puisqu'il n'admet ni deux Fils ni deux Sei-