‹ Histoire des dogmesChapitre 11 sur 71 · XXVI APPENDICE · texte numérisé non relu

XXVI APPENDICE

volonté de Dieu. Car Dieu sait faire servir môme le péché à ses fins. Le péché d'Adam lui-môme dans le paradis terrestre devait être l'occasion d'une plus éclatante manifestation de l'amour divin ; l'incrédulité et l'opposition des Juifs comme le montre l'Apôtre dans son épître aux Romains devaient même servir à faire prêcher avec d'autant plus de zèle l'Evangile aux païens et à piquer ainsi par contre-coup les Juifs d'émulation. Encore moins faut-il regarder comme contraires à une Providence s'étendant à tous les hommes les souffrances et les épreuves. Tout le livre de Job nous donne une justification de la prévision divine et l'Apôtre écrit (1) que toutes choses tournent au bien de ceux qui aiment Dieu. La providence s'étend même sur les pécheurs. S'il leur accorde ici-bas la fortune et la prospérité, il veut par là les gagner à lui ou leur donner la récompense pour celles de leurs œuvres qui peuvent être bonnes : et s'il les punit et les châtie, c'est qu'il veut leur pénitence et leur conversion (2).

§26 bis (3).

La doctrine de la Création en général et du inonde matériel en particulier, dans les Pères anténicéens.

A la doctrine des attributs de Dieu et de la Trinité est étroitement liée celle de la création du monde et, dans les combats de l'Eglise contre les Gnostiques, il en fut souvent question. Seulement, dans les temps anténicéens, elle ne forma pas le centre de tous les mouvements et de toutes les controverses théologiques au même degré que le dogme de la divinité duSauveur,ellene présentait pas d'ailleurs autant de côtés mystérieux à explorer pour arriver à trouver l'expression juste de l'interprétation exacte. Cette doctrine appartient par elle-même aux vérités naturelles à la connais-

(1) Rom. 8, 28. Cf. Sag. 4, '«0. — (2) Rom. 2, 4. Math. 5, 45. (3) A rapporter à la page 218.

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sance desquelles la raison humaine peut par elle-même arriver, quoique en fait elle ait échappé aux païens même aux plus grands philosophes. Platon admettait trois principes: Dieu, comme principe de toute vie et de tout mouvement, le monde idéal et la matière; et par l'union et la coopération de ces principes il expliquait le monde actuel. Aristote ajouta, comme quatrième principe, la cause finale, et, à la place des Idées, mit les causes formelles, qui existent de toute éternité, et ne peuvent pas exister en soi et pour soi, mais seulement en union de toute éternité avec la matière, afin de se réaliser dans cette union et d'atteindre le but final. Il ramène ainsi tout mouvement à Dieu comme au seul immuable, le commencement de tout ce qui se meut, et il attribue à Dieu la parfaite connaissance de lui-même. Dans la théorie de la connaissance, dans l'éthique, la physique et la métaphysique, Aristote a fait des travaux extraordinaires, mais dans la connaissance de la création de toutes choses par Dieu, il n'est pas allé plus loin que Platon. Dans le paganisme, l'homme, avec sa volonté libre, était comme attaché au sol, soumis à la sensualité et au service de la nature. Quant à s'élever à la pensée de la domination d'un esprit libre sur la nature matérielle, il ne le pouvait pas plus qu'il ne pouvait comprendre la dépendance absolue du monde entier à l'égard de Dieu, qui trouve son expression dans le dogme de la création de toutes choses par Dieu dans leur forme et dans leur matière. Ainsi cette vérité demeura exclusivement la propriété de la religion révélée, quoique la connaissance en ait pu facilement se répandre, grâce aux nombreux contacts des Juifs et des païens.

L'Ancien Testament contient cette doctrine d'une manière si claire, qu'elle n'avait pas besoin que le Nouveau la complétât. Mais dans les premiers temps de l'Ère chrétienne, elle demeura une doctrine qui distinguait les chrétiens des païens, et elle fut placée comme un article particulier dans le Symbole des Apôtres. Quoique l'addition creatorem cœli

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(t tcrrx ne se trouve pas dans la plus ancienne formule grecque du symbole de l'Eglise romaine (l), cependant cet article fut admis dans la plupart des formules du symbole du baptême, en particulier dans celui des Eglises du nord de l'Afrique et dans celui des Eglises des Gaules (2), dans les symboles de saint Irénée (3), de Tertullien (4j et d'Origène (5) Dans les dernières formules pour le symbole du baptême, l'expression « création du néant » (ex nihilo), est employée par allusion aux paroles de l'Ecriture. On trouve la même expression dans le Pasteur d'Hermas (6), dans un passage qui est cité par saint Irénée comme un témoignage important et clair de la tradition ecclésiastique, venant d'un écrit équivalent aux écrits canoniques. Cependant les Pères anténicéens ne se contentent pas de témoigner de la foi de l'Eglise à la création de toutes choses en dehors du néant, mais discutent ou établissent les propositions particulières du dogme de la création, d'autant plus qu'ils avaient à défendre ce dogme contre les Gnostiques.

Clément de Rome fait ressortir la manifestation libre de la toute-puissance divine dans la création du monde (7) et en indique le but qui est, selon lui, la propre glorification de Dieu, quand il dit que Dieu s'est fait un ornement dans le monde et y trouve sa joie (8).

Saint Justin fait à Platon un reproche de ce que, quoiqu'il ait connu les saintes Ecritures des Juifs en Egypte et qu'il leur ait emprunté maintes doctrines, comme celle de l'unité de.Dieu, il n'a pas adopté la doctrine de la création, dont il manifeste cependant avoir connaissance (9). Au lieu d'admettre cette doctrine, Platon persiste à se repré-

(i) V. § 9. — (2) Cf. Denziobr, Ench. p. 3. — (3) Adv. haer. I, 2*, 1.

(4) De praesc. 13 : Régula est autem fidei qua creditur, unum omnino Deum esse...)qui universa de nihilo produxerit.

(5) Delprinc. praef. n . 4 ,

(6) Mand. I. 1 : Ilpakov 7ràvTtov 7ti<jT£uaov, on £tç âVn 5 ©eoç ôxà rcavra XTidcrç xat xocTapTiffaç yat TronQaaç Ix toïï jx^ ovtoç eiç to elvai toc navra.

(7) Cor. c. 27. — (8; lb. c. 33. ~ (9) Coh. ad gent. c. 22.

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