XXXII APPENDICE
cun organe pour créer le monde (1). Cette proposition revient dans la Scolastique et y est plus amplement établie ; c'est à propos de cette proposition que saint lrénée dit que Dieu n'a pas besoin d'instruments étrangers, mais qu'il a ses propres mains, le Verbe et h; Saint-Esprit par lesquels et dans lesquels il a tout créé (2). Bien moins encore par conséquent les Anges ont-ils exécuté la création du monde d'après leurs propres idées. Dieu lui-môme a imprimé sa marque sur tout et sur chaque chose en particulier. Par cette dernière détermination, le monde dans sa nature est non seulement enlevé au royaume du mal, mais encore sa bonté, sa perfection et son rapport intime avec la fin suprême apparaissent dans une lumière bien plus claire. La destination du monde matériel pour l'homme et pour la participation à sa rédemption, sa sanctification, et son bonheur, la Providence de Dieu pour ce qu'il y a de plus grand comme pour ce qu'il y a de plus petit dans le monde, puisque tout est son ouvrage, reçoivent un fondement plus ferme ; l'élévation du monde par l'incarnation du Fils de Dieu dans la vie personnelle de Dieu s'explique bien mieux si le monde est l'œuvre personnelle et immédiate de Dieu (3).
Par conséquent, non seulement le monde entier, mais spécialement le monde matériel est une image affaiblie sans doute, mais cependant une image de Dieu (4) ; par conséquent même ce qui en apparence est le plus méprisable est un objet de la divine Providence (5).
A côté de saint lrénée, dans le combat contre le gnosticisme vient se ranger Tertullien. Doué du coup d'oeil pénétrant pour surprendre toutes les faiblesses de l'adversaire, exercé dans l'usage d'une dialectique serrée, il se fait re-
(1) lb. II, 2, 5 : Proprium est enim hoc Dei eminentiae, non indigere aliis organis ad conditionem eorum quae fiuntetidoneum est et sufficiens ad formationem omnium proprium ej us verbum , quemadmodum et Joannes Domini discipulus ait deeo : Omnia per ipsum facta sunt, etc
(2) lb. IV. 20, 1. — (3) lb. II, 3, 2.
(4) lb. IV, 38, 5. — (5) lb. H, 26, 8. III, 24, 2; 25, t.
APPENDICE XXXITT
marquer par ses pensées pleines d'esprit et son expression frappée en médaille. Son traité « contre Hermogène » mérite d'être mentionné ici, parce que dans ce traité il a victorieusement réfuté en en montrant l'absurdité la théorie de la formation du monde parla matière éternelle. En effet si on suppose la matière incréée et éternelle, il faut aussi la concevoir comme un être absolu et l'égaler à Dieu. Seulement le caractère d'absolu renferme le caractère d'un et d'unique : l'admission de deux êtres absolus est en soi contradictoire. Hermogène veut y échapper et, malgré l'éternité de la matière, il subordonne celle-ci à Dieu, ce qui ne se peut ad mettre (1). Au contraire, Hermogène ne peut même plus conserver, à côté de l'éternité de la matière, le caractère absolu de Dieu, car Dieu, dans la formation du monde, apparaît alors comme ayant besoin de la matière comme d'une propriété étrangère, il ne peut pas la dominer complètement et il est dépendant d'elle (2). En outre, il est contraire à la saine raison de vouloir comme Hermogène rendre le mal absolu, ce qui est impossible. En fait le mal et le péché ne se montrent pas dans le monde comme quelque chose d'insurmontable ; la sainte Ecriture nous excite au combat contre le péché et nous promet sur lui la victoire finale. Même les Gnostiques doivent à côté du mal reconnaître quelque chose de bien dans la matière ; d'ailleurs ils affirment que le bien et le mal, en tant qu'ils ont leur siège dans la matière sont indépendants de Dieu (3). D'ailleurs la théorie de l'éternité de la matière renferme une foule de contradictions : elle doit en effet être éternelle et soumise de nouveau au mouvement, sans bornes et en même temps limitée dans l'espace (4). De même l'intervention de Dieu dans la matière éternelle demeure inexplicable.
Devant ces erreurs, le texte révélé garde tout l'éclat de sa vérité : « Dieu a créé le monde du néant pour être l'ornement de sa majesté (5) ».
(1) C. Hermog. c. 7. — (2) Ib. c. 9. — (3) Ib. c. i4. — (4) Ib. c. 38. , (5) Apol.il: De nihilo (mundum) expressit in ornamentum majestatis suae.