AL APPENDICE
entendent tous par les enfants de Dieu de la Genèse (VI. 2) les descendants de Seth.
Tous les Pères ont été unanimes à enseigner que la punition du péché des Anges a été leur expulsion du Ciel. La plupart des Pères, s'en tenant à la sainte Ecriture, assignent aux mauvais Anges comme demeure le cercle inférieur de l'air, d'où ils importunent et tentent les hommes (1). Au sujet des démons, saint Justin suppose qu'ils ont leurs images dans les idoles des païens (2), qu'ils attachent les hommes dans la superstition et dans l'ignorance (3), qu'ils inspirent les hérésies et la magie (4), que ce sont eux enfin qui ont poussé aux persécutions contre les chrétiens (5). Saint Gyprien pense de même, en ajoutant cependant cette restriction que le démon ne peut rien faire, à moins d'en avoir obtenu l'autorisation de Dieu (6).
D'après l'opinion de plusieurs Pères, la plénitude de leur peine ne sera infligée aux mauvais Anges qu'après le jugement général; bien plus, plusieurs de ces Pères n'ont pas osé se prononcer sur la question de savoir si jusque-là quelques-uns de ces Anges ne se convertiraient pas. Saint Jrénée admet la possibilité de cette conversion (7), quoiqu'il établisse l'éternité des peines de l'enfer après le jugement général comme dogme de foi. Origène alla bien plus loin encore : par suite de sa fausse conception de la liberté de la volonté, qui doit toujours conserver la possibilité du choix entre le bien et le mal (8), il nia l'inamissibilité du bonheur céleste aussi bien que l'éternité des peines de l'enfer. Ces erreurs lui ont valu d'être réfuté par les Pères de l'époque suivante. Même pour les Anges gardiens, Origène admettait la possibilité de pécher (9), et pour ces derniers, la peine leur serait, le cas échéant, infligée au jugement général. Ces erreurs étaient d'autant plus dange-
(1) Ath. Suppl. c. 24.25. 26. — (2) Apol. I, 9, 12. (3) Ib. c. 14. — (4) 1b. c.28. 58. — (5) lb. c. 5. (6) Testim. III, 80. — (7) Adv, haer. III, 23, 3. (8) De princ.lll, 6. — (9) In Matth. tom. XV, p. 396.
reuses qu'elles s'appliquaient également aux hommes, car Origène regardait les hommes comme des Anges déchus. Parfois cependant il ne présente ces erreurs que comme des hypothèses ou des systèmes philosophiques et exprime la doctrine de l'Eglise pour laquelle les Saints du ciel sont définitivement confirmés dans le bien (1). En égalant les hommes aux Anges, Origène était aussi obligé d'admettre que les Anges ont été rachetés par le Christ et seront sauvés comme les hommes, doctrine qu'avant Origène avait aussi enseignée le Pasteur d'Hermas (2).
3. Parmi les bons Anges, un grand nombre ont été chargés par Dieu de protéger les hommes. Cette doctrine révélée s'est toujours maintenue dans la foi des Chrétiens. Hermas expose cette idée que Dieu a placé près de chaque homme un ange gardien, mais à côté de ce bon ange il y a aussi un mauvais ange qui accompagne l'homme et lui livre un continuel combat (S). Cette dernière opinion, à l'appui de laquelle il n'y arien dans la sainte Ecriture, est particulièrement acceptée par Origène (4) , qui s'attache, avec une prédilection particulière, à la doctrine des Anges superficiellement Iraitée dans le Pasteur d'Hermas, et en par ticulier à la doctrine des Anges gardiens, mais il y a ajouté de nombreuses hypothèses. Parfois il admet un ange gardien pour chaque homme en particulier, tant pour les fidèles que pour les infidèles (5), mais il ajoute cette restriction, qui manque absolument de base, que seuls les Anges des chrétiens baptisés voient toujours la face de Dieu le Père (6). Ailleurs il pense qu'il n'y a que les chrétiens bap-
(1) In Rom. 1. 5. — (2) Sim. IX, 12 8.
(3) Mand. 6. 2. Auo eigiv xyyekoi [xêtoc toïï àv8pa>7ro-j, eiç t9)ç ôixociocuvy] xoù eïç tyjç 7rovr,piaç.
(4) Cette idée ne se trouve pas chez les autres Pères, sauf chez Gassien Collât. 8, 7; 13, 12, en s'appuyant sur le Pastor, ce pour quoi il est blâmé par Prosper d'Aquit. (C. Coll. 13.)
(5) In Math. tora. XIII, p. 310. — (6) Hom. 35 in Luc.
XLIT APPENDICE
Usés et vertueux qui aient à leur côté un ange gardien (i), ou encore que, d'après leur dignité, ils sont protégés par un ange plus ou moins élevé (2). En outre, il attribue aux diverses nations et aux Eglises particulières, môme à chaque science et à chaque art, bien plus aux plantes et aux animaux des esprits protecteurs. Dans cette dernière théorie il se rapproche beaucoup trop de l'idée païenne des génies (3). Parfois il parle même d'une troupe de bons Anges qui entoureraient chaque homme en particulier (4). Ailleurs, il soulève diverses questions sans donner de réponse décisive : l'ange gardien est-il donné à l'homme dès la naissance, n'est-il donné qu'aux prédestinés? n'est-il donné que dans le baptême? quitte-t-il un chrétien parfait dont le Seigneur lui-même prend soin? Cette dernière hypothèse avait été admise par Clément d'Alexandrie (6) ; saint Gyprien fait remarquer surtout que l'ange gardien n'abandonne pas dans la mort les âmes de ses protégés, mais les accompagne au tribunal du Souverain juge (7). Ceci est basé d'ailleurs sur la sainte Ecriture.
4. Les mauvais Anges, endurcis qu'ils sont dans le péché, exercent leur activité, avec la permission de Dieu, à répandre le péché dans l'humanité, et les tentations au mal ne procèdent pas seulement du chef des démons (I Petr. 5, 8) mais tous les mauvais esprits, « qui ont été bannis dans la matière terrestre (comme dans leur demeure), y participent.
(1) Hom. 20 in Num. — (2) In Math. tom. XIV, p. £61.
(3) Cf. in Gen. hom. 16. — In Luc. hom. 23. — De princ. I, 8 ; III, 3. D'après Y Hom. 4 in Num., Raphaël est chargé de la médecine, Gabriel de la guerre, Michel de la religion, des sacrifices et des prières. De même dans le Pastor, les Anges sont représentés comme actifs dans la construction et la démolition des églises, comme les chefs de la pénitence et les intermédiaires des révélations divines.
(4) Hom. 4 in Ps. 36. — (&) In Joan. tom. XIII, p. 242. (6) Strom. VII, 317. — (7) Ep. ad Fort, 3.
APPENDICE ALTIl
Doctrine de la primauté depuis le milieu du IIIe siècle jusqu'au concile de Nicée.
L'histoire de l'Eglise sert d'illustration à l'histoire des dogmes : l'histoire des rebaptisants nous en a au reste fourni une preuve évidente. La conduite du pape Etienne à l'égard des évêques du nord de l'Afrique et de Firmilien, les conséquences qui en résultèrent, tout cela manifeste plus clairement que quelques témoignages isolés des Pères de l'Eglise la nature et l'importance de la primauté du pape sur toute l'Eglise et en particulier la portée du pouvoir doctrinal et disciplinaire de l'évêque de Rome. Au pape saint Etienne succéda saint Sixte ; à celui-ci saint Denis (259-268) qui affirma la primauté de son autorité doctrinale contre Denis, évoque d'Alexandrie, avec une décision et une efficacité égales à celles d'Etienne contre Cyprien. Quelques prêtres de l'église d'Alexandrie avaient accusé leur évêque Denis, auprès de l'évêque de Rome du même nom, d'avoir employé des expressions incorrectes et équivoques au sujet du Verbe (1). Loin de se désintéresser de la question, l'évêque de Rome réunit aussitôt un synode et écrivit ensuite plusieurs lettres à l'évêque d'Alexandrie pour le corriger ; il en agit de même à l'égard des Sabelliens. Denis d'Alexandrie essaya de se justifier et nous avons déjà vu qu'il n'y réussit qu'en adoptant intégralement la doctrine de l'évêque de Rome (2).
C'est à ce même évêque de Rome que le troisième synode d'Antioche adressa sa lettre contre Paul de Samosate (3) : on le priait conjointement avec Maxime, évêque d'Alexandrie de transmettre au nouvel évêque Domnus, que le synode avait nommé à la place de Paul de Samosate, les litterae
(1) Athan. De sent. Dionys. n. 13. — (?) V. pi. haut § 22. ^3) V. pi. haut g 24.