INTRODUCTION
Notion du dogme.
L'objet dont l'histoire des dogmes doit présenter les développements historiques, ce sont les dogmes mêmes de l'Eglise. En grec, le mot dogme se trouve déjà chez les auteurs classiques de l'antiquité païenne, et d'après sa racine, Soxetv, il correspond à opinion, décret, ordonnance. On donnait aussi le nom de dogme aux doctrines des philosophes qui étaient admises et défendues par une certaine école *. Les écrivains sacrés emploient ce terme dans le même sens, ou encore dans le sens de prescription de l'autorité civile2, ordonnances de la loi mosaïque 3, décret du premier concile
1 Cicer., Quœst.acad., îv, 9. — 2 Luc, ri, 1 ;Act., xvii, 7.—*Eph., il, 15; Col., ii, 14.
apostolique *. D'après ces précédents, les Pères ont pris l'habitude d'appeler dogmes 2, les doctrines et les lois morales qui avaient été publiées par le Seigneur et par les Apôtres, ou dogmes du Seigneur les enseignements du christianisme 3. Il y avait donc des dogmes de la foi et des dogmes de la morale. Bientôt cependant, le mot dogme fut exclusivement réservé à l'enseignement doctrinal du christianisme 4 ; et c'est à juste i' a : car si le., doctrines d'une religion divine révélée, se uistmgdent des doctrines des philosophes et de leurs écoles, et des lois de l'autorité civile en ce qu'elles doivent être crues de foi divine par tous les hommes ; si elles portent les marques de la vérité absolue, éternelle, immuable, on ne pourrait pas en dire autant des prescriptions légales des Apôtres, au moins de celles qui ne regardaient que la discipline, comme les décrets du concile des Apôtres concernant l'abstinence de sang et des chairs étouffées. Quoique ces lois fussent considérées de tous comme obligatoires, elles ne se présentaient pas comme des règles éternelles et immuables ; elles avaient été édictées en vue des nécessités particulières de l'époque ; ces nécessités disparues, elles perdirent leur force, et firent place à d'autres lois, qui portent également la signature de leur époque, et qui peuvent toujours être modifiées et perfectionnées par l'Eglise. Sans doute, les lois proprement dites de la morale, comparées aux prescriptions disciplinaires, ont été, elles aussi, publiées par le Seigneur comme des règles éternelles et immuables, mais elles ont un rapport intime avec les doctrines proprement dogmatiques, et c'est à celles-ci que, d'après un usage reçu dans l'Eglise, nous réservons exclusivement le nom de dogme.
Les dogmes du christianisme ont donc ceci de particulier : 1° qu'ils ont pour objet quelque doctrine divinement révélée , qui doit être crue de foi divine par tous les hommes, et qui, de sa nature, ne comporte ni (extension,
1 Act.. xvi, 4. — * Ignat., ad Magn., 13. — 3 Clément Alex, Strom., vin, p. 924 (Potter); Orig., Cont. Cels., ni, 39. — 4 Socr.. Hist. eccl., n, 44; Cyrill. Hieros., Catech., iv, 2 : cO tyjç ôeoae^siaç xpo7ioç ex ôuo toutwv ctuV£<7tv)xe , Soy^àrcav eùors^wv xal 7rpà;su>v àyaOwv.