NOTION DU DOGME
a la valeur d'une doctrine infaillible au même titre que les décrets des conciles universels.
On ne saurait V^nc ranger parmi les opinions d'écoles destituées de tout caractère dogmatique les doctrines qui n'ont pas encore été formellement déclarées dans les conciles, mais bien les [opinions sur lesquelles l'Eglise tolère encore expressément des divergences de vues. Quand même il serait vrai que dans le cours du temps certains points de doctrine «jui ne semblaient être que des opinions théologiques, ont été érigés en dogmes par l'Église, comme l'immaculée conception de Marie, sur laquelle il y avait autrefois divergence de sentiments, on n'en saurait conclure qu'un dogme nouveau ait été ajouté à la substance de la révélation, ou que l'Eglise n'a pas toujours enseigné comme un dogme ce qui est contenu dans les sources de la révélation. Ni l'un ni l'autre n'est vrai : d'abord l'Eglise ne propose rien à croire, elle ne considère comme un dogme rien qui ne soit contenu dans la révélation ; ensuite, l'Église enseignante n'a pas acquis ce point de doctrine comme une vérité nouvelle à une époque déterminée ; elle l'a toujours enseignée comme une tradition apostolique ; seulement elle s'est abstenue de décider par un jugement formel, s'il devait ou ne devait pas être cru de tous comme un dogme de foi. Le corps enseignant retenait dès l'origine ce point de doctrine, du moins inclusivement ; mais en l'absence de témoignages propres à mettre hors de doute son caractère dogmatique , et devant les résistances de théologiens renommés, il ne voulait pas dès lors décider sans recours qu'il y aurait hérésie à contester le caractère dogmatique de cette doctrine. Cette doctrine ne laissait pas d'être une partie constitutive de la révélation, par conséquent un dogme ; mais l'Église ne pouvait pas dès le début, prononcer par une sentence définitive et universellement obligatoire qu'elle faisait partie des vérités qu'un catholique est obligé de croire. Ces sortes de doctrines peuvent, sans une sentence formelle de l'Eglise, ou sans le jugement unanime du corps enseignant, être connues avec certitude par quelques individus, comme des dogmes de la révélation et crues de foi divine; mais elles ne deviennent une partie de la foi obligatoire pour tous, que lorsqu'on sait
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avec certitude que c'est là l'enseignement unanime de L'Eglise.
S'agit-il «lu fond même du dogme, il peu on se trouver
expressém rit dans la source le La Lio ., j résulter
comme une conséquence nécessaire d'autres doctrines indubitablement révélées. Il y a donc des dogmes immédiats et des dogmes dérivés, ou corrollaires : ainsi la doctrine selon laquelle la très-sainte Vierge Marie doit être appelée la mère de Dieu, ou la doctrine qui enseigne que la sainte Eucharistie est digne d'adoration. Si les enseignements de la révélation ne deviennent des dogmes pour nous et pour tous les chrétiens que par la confirmation et la déclaration du magistère ecclésiastique, il en est ainsi à plus forte raison des conséquences déduites de la doctrine révélée, sur lesquelles l'individu est exposé à se tromper. Mais l'Eglise, sous ce rapport, en sa qualité de maîtresse de l'humanité, gardienne des trésors de la vérité divine, a les pouvoirs requis pour formuler eu dogmes, dans le cours des âges, les conséquences qui découlent de la vérité révélée, quand même elles n'auraient pas été données comme telles à des époques antérieures. Il existe sous ce rapport un progrès incessant dans le développement des dogmes, sans que le fond de la révélation en subisse aucune altération, ni même qu'il en reçoive un perfectionnement ou un agrandissement essentiel.
On distingue en outre des « dogmes purs » et des « dogmes mixtes » par rapport aux vérités qui y ont été formulées soit qu'elles appartiennent à l'ordre surnaturel et soient complètement inaccessibles à notre raison; soit qu'elles fassent partie de la religion naturelle, et qu'elles puissent, quoique d'une manière obscure et imparfaite, au prix de recherches et d'efforts multipliés devenir accessibles à notre intelligence. On range dans les dogmes de la première espèce les dogmes de la destinée surnaturelle de l'homme, de la Trinité divine, de l'Incarnation, de l'Eucharistie et autres qui se rapportent à ceux-là, et sont pour nous, en tout état de cause, un objet de foi divine.
S'agit-il de l'acceptation du dogme en ce qui nous concerne, elle est sans doute obligatoire pour tous les hommes, dès que le corps enseignant de l'Eglise nous les propose à
croire en qualité de dogme; et la foi divine doit toujours renfermer en puissance et implicitement la disposition, la résolution ferme de croire tout ce que l'Eglise déclare vérité de foi. Mais la foi de l'individu n'a pas besoin de s'étendre toujours explicitement à tout ce qu'enseigne l'Eglise. Le salut est possible sans cette foi explicite ; cependant l'adhésion expresse à certains articles de. toi particulièrement importants, n'est pas seulement obligatoire ; elle est nécessaire à la vie éternelle de nécessité de moyen, parce que, sans elle l'homme ne peut pas se rattacher librement à Dieu comme à sa fin surnaturelle. Tels sont les dogmes nécessaires de nécessité de moyen, comme la doctrine de la vocation de l'homme à une félicité céleste, le dogme de l'incarnation et quelques autres. Toutefois on ne doit pas conclure que la foi aux autres dogmes doive être tenue pour indifférente, il est seulement question de tracer une ligne de démarcation, et de déterminer les dogmes que chacun doit croire de foi explicite, s'il veut s'assurer la possibilité d'entrer dans la voie du salut et d'obtenir la vie éternelle.
L'histoire des dogmes et sa tâche.
Les. dogmes sont l'objet de l'histoire de* dogmes autrement qu'ils ne le sont de la dogmatique. La dogmatique se propose d'établir leur connexion systématique et prouver leur vérité d'après les sources de la révélation et même aussi d'après la raison ; l'histoire des dogmes les envisage par leur côté historique ; elle nous fait assister aux développements qu'ils ont reçus dans le cours de l'histoire.
Que le dogme soit susceptible de progrès, quelques-uns le nient positivement ; d'autres l'admettent dans un sens erronné. Il convient donc que nous commencions par présenter l'idée et la justification de cette science en montrant dans quel sens les dogmes n'ont point de côté historique.
Les dogmes du christianisme et de l'Eglise ne peuvent pas se traiter historiquement au même titre que les doc-
10 HISTOIRE bKS DOGMES.
trines des sectes hérétiques et des écoles philosophiques ; ces doctrines ont une origine humaine, elles sont Issues ou imprégnées des i Tune époque, elles subissent divers
changements et modifications, puis elles disparaissent, sans retour. On a cherché, il est vrai, à donner du christianisme une explication analogue, en le présentant comme le résultat des tendances diverses qui se faisaient jour dans le paganisme et le judaïsme, de lui ravir son caractère positivement surnaturel, de montrer qu'il se prétait au courant variable du temps, en un mot qu'il pouvait être traité historiquement comme tout ce qui est purement humain.
D'après cette conception du christianisme née sur le terrain du panthéisme, il n'y aurait point de différence essentielle entre judaïsme, paganisme et christianisme, entre les décisions dogmatiques de l'Eglise et les opinions des hérétiques, entre la vérité et l'erreur ; tout cela sortirait d'un même tout pour y rentrer et présenterait ainsi dans l'histoire un phénomène constant mais fréquemment modifié.
Il nous suffira dans cette introduction de remarquer, que le christianisme tout entier, comme fait historique, dans son origine et ses développements, comme religion, comme Eglise, comme doctrine, s'élève contre cette manière de voir, et qu'elle rend impossible toute étude rationelle de l'homme envisagé par son côté historique et naturel. Une histoire des dogmes éclose sur ce terrain du panthéisme ne mériterait point ce nom, car au sein du christianisme on a toujours entenda sous le nom de dogmes une doctrine révélée de Dieu par des voies surnaturelles.
De même, les dogmes n'ont pas eu de développement historique en ce sens que tout en étant d'origine divine, ils auraient été livrés à l'humanité chargée de les mettre en œuvre et de les administrer, et ainsi condamnés à subir les transformations et les changements les plus divers. C'est ainsi que conçoivent l'histoire des dogmes ceux qui rejettent l'autorité infaillible de l'Eglise et qui n'admettent point la seconde condition requise pour qu'un dogme soit de tout point indubitable, pour qu'il soit un dogme catholique (voy. le précédent paragraphe). Ceux qui raisonnent ainsi, ont, pour règle de foi, leur raison individuelle, qui essaie de
construire directement l'édifice des vérités divines par ses recherches dans les sources de la révélation. Or, quand même on pourrait acquérir par cette voie un certain nombre de vérités, il y aurait inconséquence à vouloir, par de tels moyens, édifier une église, établir des symboles universellement obligatoires, exiger que ces vérités fussent admises de foi divine, et les ériger en dogmes soustraits à la mobilité des opinions individuelles et reconnues par tous.
De quel droit des hommes qui se sont séparés de l'Eglise et que rien n'autorise à compter sur l'assistance du Saint- Esprit, établiraient-ils des dogmes qui auraient une valeur universelle et devraient être crus de foi divine ? Ou même à quoi peuvent servir des dogmes, si chacun n'a d'autre règle de foi que ses vues individuelles et ses propres recherches dans les Saintes Ecritures ? Si ceux qui parlent ainsi veulent être conséquents, ils ne doivent point demander qu'on croie ces symboles de foi et ces dogmes ; ils doivent les considérer comme la formule, l'expression fortuite de l'esprit d'une époque, qui y a résumé les idées qu'elle se faisait sur le contenu des Saintes Ecritures, en laissant à chaque époque subséquente le droit d'établir à son tour de nouveaux symboles. Mais quand on en est là, il faut supposer d'avance que le christianisme, quoique divin dans son origine, a été complètement livré aux mains des hommes, qui peuvent le morceler et le dénaturer à plaisir. Mais s'il en était ainsi, Dieu se serait beaucoup moins soucié du christianisme que du Judaisme ; car il chargeait du moins de temps en temps les prophètes de renouveler celui-ci, de le purifier et de le perfectionner ; le Fils de Dieu aurait paru sur la terre comme se le figuraient les Gnostiques, non pour devenir et pour rester* le chef de l'humanité, mais seulement pour allumer, pendant son passage éphémère au milieu de nous, un flambeau que les hommes ne devaient pas tarder à obscurcir et à éteindre.
L'histoire montre avec une suffisante clarté, à chacune des pages, que ce point de vue est inadmissible ; dans cette hypothèse le caractère divin du christianisme à son origine n'aurait pu résister aux objections des incrédules. Si l'on veut que le christianisme demeure jusqu'à la fin des temps, dans sa pureté et son intégrité, le patrimoine commun de
L'humanité, il faui, qu'une autoi lillible
veilla à sa conservai ion et l'explique à fco in-
ternées, si les enseignements le Ls de cette aut i failli-
ble sonr, les (1 >gme.s vrais et de tout point valables du christianisme, ces dogmes n'ont pas subi de variation proprement dites, car leur contenu divin doit demeurer à jamais invariable ; ils demeurent éternellement valables même quant à leur expression et ils ne deviennent historiques qu'autant qu'ils reçoivent une formule plus précise et plus exacte en face des hérésies naissantes.
Enfin, il n'y a pas d'histoire des dogmes en ce ï^n* que le contenu de la révélation serait agrandi par les discassions ou par l'enseignement de l'Eglise, ou que des révélations nouvelles surviendraient dans le cours des âges. Sous l'ancienne loi il est vrai, Dieu se révélait progressivement, parce qu'il voulait, en éducateur prudent, former son, peuple par des communications successives et le disposer peu à peu à recevoir le christianisme. La figure du Messie â venir et de son royaume se dessine de plus en plus, de sorte qu'à la fin des temps il devient facile à tout homme de bonne volonté de reconnaître le Messie quand il a réellement paru. Mais les révélations divines se sont terminées dans l'Homme- Dieu, parce qu'il n'était pas seulement un prophète autorisé d'en haut pour nous révéler ce qu'il aurait reçu par inspiration, il était Dieu même paraissant en tant que homme et devenant homme véritable, pour nous initier par lui-même à la connaissance de sa nature, à ses desseins sur l'humanité et à nos destinées finales. Cette révélation de Dieu aux hommes, éminemment parfaite, ne pouvait donc point s'agrandir dans le cours des siècles ; elle devait rester en quelque sorte permanente jusqu'à la fin des temps, alors que l'Homme-Dieu paraîtra de nouveau visiblement parmi nous, pour prononcer sur le bien et le mal, et juger les vivants et lesmons. L'Eglise ne saurait donc agrandir le fond même de la vérité chrétienne, et jamais elle n'a revendiqué ce droit ; toujours au contraire, dès qu'elle s'est vue obligée de donner au dogme une formule et une expression nouvelle pour écarter l'erreur et instruire les fidèles, elle s'est bornée à enseigner, ce qu'elle avait reçu des Apôtres par l'Ecriture Sainte et la tradition orale.
Les dogmes cependant offrent certains aspects qui se prêtent aux réflexions de l'histoire, parce qu'ils ont véritablement; subi des développements historiques. Jetons en effet un coup d'ceil sur les différentes espèces des dogmes dont nous avons parlé ; nous verrons que les décrets formels et solennels de l'Eglise, concernant les vérités de foi, que les dogmes formels ont été promulgués à une époque déterminée, dans des occasions particulières, pour condamner quelque hérésie récente et donner à la vérité du chii.j ianisme son expression précise. Or, une histoire qui relaterait les circonstances où le dogme a reçu sa formule, qui essaierait d'en établir la portée et la signification, une histoire qui nous montrerait que l'Eglise n'a pas voulu y énoncer autre chose que ce qui se trouve dans les sources de la révélation, et qui prendrait à tâche d'expliquer le contenu des dogmes >ar les phases diverses de leur origine, et d'en justifier la forme, ne serait pas à coup sûr une entreprise anticaiholique et inspirée par le goût des nouveautés, pas plus qu'une histoire qui rechercherait les témoignages des membres ordinaires du corps enseignant pour savoir ce qui a été enseigné dans l'Eglise comme partie constitutive de la révélation, et comment on l'a entendu. Dans le cours de ces recherches, nous acquérons en même temps la conviction qu'il y a pu sur ce terrain un véritable progrès historique, où l'Eglise nous apparaît dans son plus bel éclat non comme une institution humaine, mais comme la maîtresse •livine de l'humanité.
À i'encontre de toutes les institutions humaines, qui commencent, prospèrent, décroissent et dépérissent, l'Eglise est ici bas la seule institution qui se développe dans une progression continue ; elle gagne de plus en plus en extension, poursuit le développement de ses principes, pénètre chaque jour plus avant dans l'humanité, pour passer à la fin des temps dans le royaume céleste. Ce progrès incessant, l'Eglise maîtresse du genre humain, le montre dans la formation des dogmes et dans leur développemeat, dans l'exposition qu'elle en fait aussi bien que dans sa manière de les exprimer et de les formuler et de bâtir son système d'enseignement. Ce dernier point n'a pas besoin de démonstration, il suffit de se rappeler les décrets des conciles. Le
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premier point au contraire, l'exposition de plus en p] complète des vérités de la foi, mérite un examen particulier.
S'il est absolument indubitable que l'individu, adonné à des études incessantes, toujours plongé dans la méditation des vérités de la foi, jointe à une vie conforme aux lois et à l'esprit de l'Evangile, fait de continuels progrès dans l'intelligence de la vérité révélée, qu'il acquiert une vue de plus en plus nette de l'unité et de l'harmonie de ses connaissances avec la foi, l'Eglise elle-même, qui profite des travaux de ses membres, n'a pas besoin de se prévaloir d'un tel progrès. N'est-il pas dit dans l'Evangile que le Seigneur lui-même croissait en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes ? Or, pourquoi la parole de Dieu que le Verbe en personne a proclamée sur la terre, ne grandirait-elle pas comme une semence, pour devenir un arbre gigantesque chargé de fruits abondants ? La vérité chrétienne en effet, ainsi que le royaume de Dieu, est semblable à un grain de sénevé ou à un levain qui doit pénétrer toute la race humaine, ranimer et vivifier toutes les sciences, toutes les conditions de la vie. La vérité divine ne fut pas livrée aux Apôtres sous des formules arrêtées avec une rigueur mathématique, comme une chose inerte où i:s n'auraient rien à faire, sinon de la transmettre fidèlement à la mémoire et de la communiquer à tous sous une même formule; ils l'ont reçue comme une vérité vivante, intimement liée aux faits de la rédemption et aux institutions de l'Eglise, comme avec les lois de l'Evangile, pour créer une nouvelle vie intellectuelle auprès de l'humanité et la régénérer sous le rapport moral. La vérité objective ne s'aurait, dans la conscience du corps enseignant, être séparée de son facteur humain, de la manière dont elle est conçue par le corps enseignant. Ces deux choses, la vérité en soi et l'intelligence de cette vérité par le corps enseignant que l'Esprit-Saint garantit de toute erreur constituent ensemble la conscience de l'Eglise, en ce qu'un facteur divin s'unit en un seul tout à un facteur humain pour former une conscience divine et humaine tout ensemble.
Il n'y a pas ssulement au sein deTEglise un progrès dans l'intelligence de la vérité révélée ; il y a aussi un dévelop-
pement continuel des dogmes qui est avec lui en rapport intime. Si, en effet, l'édifice de la vérité divine doit être l'ouvrage des siècles et de toute l'humanité, si son achèvement coincide avec la fin des siècles, on ne saurait attendre que toutes les conséquences particulières qui découlent des grandes vérités du christianisme aient de suite été présentes à la conscience de l'Eglise dans toute leur clarté et leur évidence. Il peut arriver qu'elles ne soient bien comprises qu'après avoir été combattues par des opinions contraires, par l'effet de leur développement logique, ou par toute autre vois. Il se peut que des circonstances extérieures obligent l'Eglise à promulguer formellement ces corollaires comme des dogmes. On ne saurait nier qu'il y ait eu progrès dans le développement des dogmes, sans qu'on puisse affirmer que l'Eglise, en sanctionnant ces dogmes, ait agrandi le fond de la révélation ou la substance de la foi. Ces vérités se trouvaient d'une façon indirecte et immédiate dans les sources de la révélation, et il suffisait d'un développement pour qu'elles fussent connues comme des conséquences de propositions plas générales et plus claires contenues dans l'écriture oulatradition. Souvent quelques textes obscurs de l'Ecriture Sainte servent de point de départ à des vérités particulières qui, par suite d'interprétations réitérées ? d'une pénétration plus approfondie des mystères de Dieu, se présentent de plus en plus nettement comme des conséquences et sont ensuite déclarées dogmatiques par l'Eglise, Quand ce sont en même temps des dogmes qui ont un rapport direct avec la vie morale ou avec le culte et qui en forment la base, le développement des dogmes est encore plus mul;iple et plus varié. Ainsi il est aisé de comprendre que tous les dogmes qui se rattachent à l'Eucharistie, au saint sacrifice de la messe ou à la Pénitence ont dû être connus et enseignés dans tous leurs détails et leurs conséquences dès le temps des Apôtres et avant le concile de Nicée, avec la même précision qu'aujourd'hui.
Les écrits des saints Pères prouvent en effet que îes bases ou les points essentiels de ces doctrines étaient parfaitement connus et enseignés, tandis que les vérités dérivées, qui devaient résulter nécessairement du progrès logique des dogmes, n'étaient pas encore universellement propagées
et clairement connues. Qui ne comprend ici la né d'une Eglise infaillible? Si, comme la voulu I reur, la
vérité i hrétienne est un ferment de vie, un levain qui doit tout pénétrer, qui doit renouveler l'humanité, qui nous garantira qu'une surveillance suffisante empêchera la passion et la folie d'envahir le sanctuaire et d'en dérober les trésors pour les enfouir ou en trafiquer comme d'une monnaie vulgaire ? Si des sentinelles ^e se tiennent pas à la porte du sanctuaire pour empêcher qu'on ne porte une main sacrilège sur ces trésors, s'il n'y a point d'Eglise infaillible, qui puisse au milieu des développements que la vérité prendra dans la vie et dan* le culte, signaler les écarts et maintenir toujours le mouvement dans sa bonne direction : c'en sera fait bientôt de l'intégrité de la doctrine céleste.
Le christianisme n'est pas seulement fait pour se développer du dedans au dehors comme un grain de semence et un germe vital, de devenir un organisme vivant , le corps de Jésus-Christ, et de prendre une organisation qui réponde à son but, il doit encore réunir dans son sein tous les peuples et toutes les nations de la terre. Dans cette marclie à travers l'histoire, dans ce travail d'assimilation, il rencontre ou des éléments favorables qu'il cherche à informer et à faire valoir, ou des éléments réfractaires, des obstacles de toute nature qu'il lui faut vaincre et écarter. De ces frottements, de ces contacts, naissent des luttes prolongées et opiniâtres, où la vérité est tour à tour contredite et affirmée, en butte à de violentes attaques, mais aussi consolidée de toutes parts et définitivement victori ;use ; elle sait se soutenir dans les situations qui lui sont faites, et elle porte des fleurs et des fruits nouveaux chez les nations nouvellement conquises.
Jetons un regard sur les origines du christianisme et sur la première fondation de l'Église parmi les peuples de l'ancien empire romain. Les Apôtres n'ont pas semé sur la terre les différentes communautés chrétiennes comme des branches détachées de leur tronc, mais comme les parties d'un vaste organisme, comme les membres du corps de Jésus- Christ. Conformément à la notion de l'Eglise, ces communautés ne devaient jamais s'isoler soit en ce qui concerne
la foi, soit pour ce qui regarde la conduite, mais vivre en société avec l'Eglise universelle et le chef visible de l'unité. La conscience dogmatique ne devait pas être formée une fois pour toutes ni s'isoler en elle-même, mais demeurer en relation vivante avec la maîtresse et l'éducatrice de l'humanité. Nous ne saurions donc supposer que le contenu de la révélation ait été dès le principe communiqué en entier, comme un fout achevé et définitif, à chacune d^s communautés chrétiennes; elles devaient recevoir d'abord le lait de la vérité divine, et plus tard seulement les aliments solides, se considérer toujours comme les membres d'une grande société religieuse qui les unissait dans son sein. Il est donc plus croyable que quelques doctrines partielles furent d'abord inconnues de telle ou telle communauté, tandis qu'on les conservait dans d'autres comme une tradition apostolique. Ce n'est que par un échange réciproque et par la fusion des traditions apostoliques, éparses dans les diverses communautés apostoliques au sein de l'Eglise une, que le corps enseignant put acquérir la certitude sur quelques points controversés, et ériger en dogmes les vérités enseignées. C'est ainsi qu'à la suite d'un développement historique, se forme peu à peu un canon complet des Ecritures du Nouveau Testament et qu'il fut érigé en dogme par l'autorité ecclésiastique ; c'est par cette voie seulement qu'on pouvait se former un jugement certain sur l'emploi du pain fermenté ou non fermenté dans l'Eucharistie, et que l'Eglise enseignante se prononça pour la validité de l'une et de l'autre matière.
Si nous pénétrons plus avant dans l'histoire, nous trouverons cette doctrine confirmée par les faits de la manière la plus éclatante. Dès les temps apostoliques la vérité divine n'est pas à l'état de repos, elle n'est pas envisagée comme un tout achevé et définitif; c'est un germe vivant qui partout influe sur l'intelligence, sur la.volonté et sur la vie de la chrétienté ; elle est appliquée aux situations les plus diversts, elle donne lieu à des doutes et à des hésitations, et des développements deviennent nécessaires. En ce qui est de l'obligation de la loi mosaïque, des rapports du judaïsme avec le christianisme, de la manière dont il fallait recevoir les païens, il est probable que le Seigneur lui-même n'avait
18 HISTOIRE DKS DOOMES.
pas tracé une ligne de conduite qui permit de prévoir toutes les éventualités futures Ôl qu'il n'avait pas pris de ires
en conséquence. Les Apôtres avaient reçu les principes essentiels : ils avaient aies développer avec l'assistance du Saint-Esprit et à ies appliquer aux diverses situations. Qui oserait nier que les Apôtres, instruits ar l'Esprit-Saint, n'aient été initiés à une connaissance plus prof nde de la loi j,u< vque par le baptême '* Corneille, J ar rentrée d'une foule de païens dans le gi»> e l'Eglise, par la ruine du temple et la propagation de L'Eglise.
Sur la validité du baptême des hérétiques, il est probable que ni le Seigneur ni les Apôtres n'avaient donné de décision expresse, du reste, il ne s'agissait ici que d'appliquer à un cas particulier les principes généraux sur la validité des sacrements. Cependant il était facile de se tromper, suivant qu'on se plaçait au point de vue exclusif de tel ou tel principe, si l'Esprit Saint ne veillait sur son Eglise pour faire triompher la vérité. Mais il est indubitable qu'il y eut ici des développements dans la doctrine enseignée.
Ce furent ordinairement des vues hérétiques qui fournirent aux champions de la doctrine orthodoxe et au corps enseignant l'occasion de pénétrer plus avant dans le fond de la révélation, de faire des recherches plus exactes dans les sources de la foi, de formuler les doctrines avec p'us de vigueur et de précision, afin que les fidèles s'accoutumassent à démêler l'erreur de la vérité, à mieux saisir'cette dernière et ses rapports intimes avec tout l'ensemble de la foi chrétienne. Il devint nécessaire de donner au dogme une expression nouvelle , et les circonstances obligèrent de chercher, tout en conservant la substance de la foi, des formules qui n'étaient pas contenues dans l'Ecriture et la Tradition. Les aspects divers que revêtit la doctrine sous la direction de l'Esprit-Saint et avec le concours de l'Eglise enseignante, n'étaient qu'un développement de forme ; ils ont servi de règles immuables aux siècles subséquents, tout en laissant place aux agrandissements et aux perfectionnements que le corps enseignant serait forcé d'y introduire à l'apparition de nouvelles hérésies. En admettant ici un progrès dans la doctrine, dans la manière de la comprendre et de l'énoncer, nous ne faisons que nous conformer aux ensei-
gn-'inents des Pères * et au langage formel de Pie IX, dans son Encyclique du 18 décembre 1854 : « L'Eglise, disait-il, est gardienne et protectrice des vérités de la foi dont elle est dépositaire, n'y fait aucun changement; elle n'en retranche et n'y ajoute rien. En traitant avec toute sollicitude, fidélité et sagesse ce qu'elle a reçu du passé, elle s'ap plique à démêler et à éclaircir les dogmes qui étaient enseignés autrefois et qui reposaient encore pour ainsi dire en germe dans la foi des Pères, afin que ces vérités primordiales de la doctrine céleste reçussent de la r:larté, de la lumière et de la précision, tout en gardant leur plénitude, leur ureté et leur propriété, grandissant dans leur propre sphère, c'est-à-dire en conservant la même doctrine, le même sens et le même sentiment. »
L'histoire des dogmes devra donc, pour nous initier à ce progrès, tenir compte de l'histoire des hérésies. Elle n'en traite pas comme de parties essentielles au développement du dogme ecclésiastique, mais comme ayant fourni à l'Église l'occasion de mettre dans une plus vive lumière certains côtés de la vérité et de les fixer dans une forme plus exacte, afin de mettre l'erreur dans un plus grand jour.
Méthode et division de l'histoire des dogmes
La méthode de l'histoire des dogmes dépend des objets que traite cette science et de la tâche qu'elle doit remplir.
1 Aug., De civ. Dei, XVI, iï : « Multa quippe ad fidem catholicam pertinen- » tia, du m haereticorum callida inquietudine agitantur, ut adversus eos » deftndi possint, et considerantur diligentius et intelliguntur clarius et » instantius prtedicantur, et ab adversario mota qusestio discendi exstitit » occasio. » — Vinc. Ler., Çomm., xxviu : « Sed forsitan dicit aliquis : nul- » lusneergo in EcclesiaChristi profectus? Habeatur plane et maximus. Nam » quis ille est tam iavidus hominibus, tam exosus Deo, qui ilîud prohibere » conetur? Sed ita tamen, ut vero profectus sit ille fidei, non permutatio. Si » quidem ad profectum pertinet ut semetipsa unaquseque res ampli ficetur, ad » permutationem vero ut ali^uid ex alio in a iud transvertatur. Crescat igi- » tur oportet et mullum vehementerque proficiat tam siDgulorum quam » omnium, t&m unius hominis quam totius ecclesiae aetatum ac sseculorum *» gradibus, intelligentia, scientia, sapientia, sed in suo duntaxat génère, in » eodem scilicet dogmate, eodem sensu eademque sententia. » — Cap. xxx :
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Elle peut, ou s'attacher «l'avantage à l'ordre des matières et à la succession Ces temps, c'est-à-di.e s'occuper des dogmes pris en eux-mêmes et sépapémeni pendant une période déterminée, ou les suivre pendant tout te cours de L'histoire, ainsi que l'ont essayé Pétau et Klée dans son Compendium ; ou bien choisir pour fil conducteur )a conscience dogmatique de l'Eglise, en suivant le cours des âges depuis l'origine /usqu'au temps présent. La première méthode nous fournil ies preuves traditionnelles de chaque dogme particulier; elle est plutôt monographique qu'elle ne nous offre des vues d'ensemble sur les phases diverses du progrès dogmatique. La seconde méthode manquerait de profondeur, si elle ne classait pas les dogmes et ne faisait pas disparaître ce qu'il y a d'individuel et de concret dans le développement des dogmes
Nous unirons donc les deux méthodes dans l'histoire des dogmes comme dans l'histoire de l'Eglise. Nous partagerons notre matière en différentes périodes, mais dans ces périodes nous traiterons les dogmes séparément, ou plutôt par groupes, afin de montrer que la substance est toujours demeurée identique à elle-même, dans l'enseignement, dans la vie morale, dans la discipline et dans le culte, malgré les développements de la forme et les progrès qui se sont accomplis dans les intelligences et dans l'exposition de la doctrine.
Si donc nous devions traiter en entier le domaine de notre science, nous le partageons en quatre périodes : la première s'étendrait jusqu'au premier concile de Nicée, la seconde jusqu'au septième concile du même nom, la troisième jusqu'au concile de Trente, la quatrième jusqu'à nos jours.
La première est la période des plus anciens témoins de la foi chrétienne, des Pères anténicéens, qui vengeaient ie christianisme des attaques du paganisme et du judaïsme. C'est la période de l'apologétique. La seconde est la période
« Pas est enim, ut prisca illa cœlestis philosophie dogmata processu tem- » poris excurentur, limentur, poliantur; sed nefas est ut commutentur, nefas » ut detruucentur, nefas ut mutilentur. Accipiant licet evideatiam, lucem, » distinctionem, sed retineant necesse est plenitudinem, integritatem, pro- » prietatem. »