SAINT ATHANASE
Trinité. Ce que saint Basile disait de lui dans le siècle suivant *, peut se dire plus ou moins des Pères antérieurs au concile de Nicée : « Nous n'admirons pas tout ce que ce grand homme a écrit ; il y a au contraire certains points que nous rejetons, car le premier il a répandu, autant que nous pouvons le savoir, les semences de la doctrine anoméenne qui se propage maintenant. La faute en est, selon moi, non pas à des vues erronées, mais à un zèle excessif dans la résistance à Sabellius. Lorsqu'un jardinier veut redresser une plante, il la fait pencher du côté opoosé. Nous remarquons en lui quelque chose de semblable sans qu'il s'en sôit aperçu. Il devait lui suffire de prouver aux Lybiens que le Père et le Fils ne sont pas le même sujet, mais comme il voulait leur ménager une défaite palpable, il n'enseignait pas seulement une différence d'hypostases, mais aussi une diversité de nature, de puissance et de gloire. »
Comme Denis, la plupart des Pères avant le concile de Nicée auraient de suite adopté la terminologie de Nicée s'ils l'avaient connue et si on leur avait fait remarquer qu'avec leurs expressions ils couraient risque de sacrifier l'unité de Dieu et de ravaler peut-être le Christ au niveau d'une créature.
Lutte spéculative de saint Ath nase contre le sabelSianisme
Le danger que le sabellianisme faisait courir au christianisme était d'autant plus grave que l'attaque était plus dissimulée, ceux qui niaient la divinité de Jésus-Christ étant si fort en contradiction avec la pensée chrétienne et la croyance générale, qu'il leur était difficile de se maintenir quelque part comme secte chrétienne. Pendant les troubles de Tarianisme, les anoméens rigides ne formaient euxmêmes qu'une petite secte en face de celle des semiariens, qui continuaient de croire en un Dieu fait homme. Quant au sabellianisme, il prit le masque du zèle pour la divinité de Jésus-Christ, et cependant il aurait abouti au même résul-
1 Epist. îx.
tat que ces hérésies, à la négation de la divinité de Jésus- Christ, s'il avait été poussé à ses dernières conséquences. La lutte que Denis soutint avec|lui |ne Bortil guère, d'après les fragments conservés, du terrain de l'Écriture sainte ; ii s'efforçait de prouver que le Verbe fait homme apparaissait partout comme une personne particulière à côté du Père. Saint Athanase, justement surnommé le grand, et dont le principal mérite fut de consolider la foi en développant la science dogmatique, et de montrer, avec une admirable profondeur le lien qui rattache le dogme de la divinité de Jésus- Christ au christianisme tout entier, saint Athanase considérait cette hérésie à un point de vue plus élevé, ses travaux, il est vrai, n'appartiennent qu'à la période suivante, mais nous croyons convenable de ne pas quitter le sabellianisme sans avoir constaté avec lui, quelle portée cette hérésie avait pour le christianisme tout entier et pour la religion en général.
1. Le sabellianisme n'obscurcit pas seulement, il dénature la notion de Dieu comme être suprême, immuable et parfait, et, à la manière des stoïciens, il lui attribue une extension et un développement temporels, qui ne [peuvent appartenir qu'aux choses corporelles et finies. « D'abord la monade, en se développant, a pris quelque chose de passible, et est devenue ce qu'elle n'était pas auparavant; elle s'est étendue, sans avoir été étendue autrement. Puis la monade s'est développée en triade, et cette triade, c'est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ainsi, selon Sabellius, le même est devenu Père, Fils et Saint-Esprit, à moins que la monade ne soit devenue après eux quelque chose d'autre que le Père. Mais alors on ne devrait plus employer le mot étendre ; il faudrait faire de la monade la productrice des trois, en sorte que la monade serait d'abord, puis le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Or, quand ceux-ci se seraient agrandis et étendus, c'est elle évidemment qui se serait étendue ; mais la triade étendue n'est plus la monade, et la monade auparavant n'était pas encore la triade, et quand le Père était, le Fils et le Saint-Esprit n'étaient pas encore *. »
1 Athan., Orat., v, page 528.
SALNT ATHANASE. 201
C'est ainsi qu'on fait de Dieu un être passible, temporel ; car si le Fils et le Saint-Esprit existaient de toute éternité à côté du Père, il serait superflu de parler d'une extension de Dieu, postérieure à la monade. — Nous pouvons conclure de ce passage que la monade, dans le système sabellien, était quelquefois conçue comme distincte du Père et qu'il admettait une quaternité ; car saint Athanase prouvait que cette hypothèse, aussi bien que celle qui admet une extension du Père au FjIs et au Saint-Esprit, transférait à Dieu l'étendue et la mutabilité des choses finies, et qu'elle le soumettait à un développement dans le temps. Mais que cette monade ait été conçue comme un être divin iupersonnel qui, selon les vues du panthéisme moderne, se serait développé dans le temps en une personne, cela n'est pas admissible; les trois 7rposw7ra du Père, du Fils et du Saint- Esprit ne sont, même dans ce cas, que les manifestations passagères de l'être divin dans sa révélation au monde fini. Ainsi, dans un cas, la monade qui n'a pris le nom de Père que lors de la création ou de la législation, est l'être éternel, personnel et absolu; dans l'autre, c'est le Père qui en naissant de la Vierge Marie, devenue sa mère selon la chair, a pris le nom de Fils. Donc, en résumé, l'identification du Père avec le Fils, selon la nature comme selon la personne., demeurait toujours la doctrine des sabelliens ; de là vient que le septième canon faussement attribué au concile de Gonstantinople, et qui n'appartient qu'au cinquième siècle 4, appelle la doctrine des sabelliens une doctrine qui fait de Dieu la patrifiliation (uforcaTopia), comme faisaient les ariens 2.
2. Si les formes sous lesquelles Dieu se manifeste ne sont que temporaires ; si l'une supprime l'autre, et si l'unité retourne toujours de ces formes à elle-même, on ne voit point, d'une part, pourquoi il n'en faut accepter que trois, et il est à craindre, d'autre part, que Dieu ne prenne plus tard d'autres modes de manifestation et ne laisse retomber le monde dans le néant. Saint Athanase voit dans la préexistence éternelle de celui qui a pris notre nature et l'a mêlée à la vie divine, l'ancre solide de notre espérance à la vie
1 Voy. Héfélé, Hist. des conciles, t. II, p. 27. — 2 Athan., De syn., cap. rvi.
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éternelle, et aussi le gage de La vérité immuable e1 de La perpétuelle durée dû christianisme. Or, I illianlsme fait
de la création comme de La rédemption un phénomène incertain et flottant, qui pourra être suivi d'autres semblables 4.
3. Sans doute, on maintenait en paroles la divinité de Jésus-Christ, mais le Sauveur n'avait plus pour l'humanité rachetée l'importance qu'il devait avoir. Les sabelliem comparaient, la révélation de Dieu en tant que Fils et Saint- Esprit aux différentes opérations de la grâce 2 qui, étant la même par son fond, se prête à des manifestations diverses selon les besoins des hommes ; de sorte qu'a proprement parler le Père seul existe, prenant tantôt le nom de Père, tantôt le nom de Fils, tantôt le nom de Saint-Esprit. Mais alors le Père n'est devenu Fils que de nom, et il a parlé faussement quand il a dit : « Moi et le Père nous sommes un ; » car il n'existait proprement que le Père ; les noms de Fils et de Saint-Esprit deviennent superflus, dès que la révélation de Dieu est consommée 3. En d'autres termes, si l'incarnation n'est qu'une théophanie passagère, nous n'avons plus de rédempteur personnel qui intercède pour nous auprès du Père, au nom duquel nous puissions administrer le sacrement de baptême ; l'apparition tout entière de notre Sauveur est comme évanouie, et l'œuvre de la rédemption n'a plus aucun fondement. La translation de la théophanie de l'ancien Testament à l'apparition de Dieu dans le nouveau, et l'assimilation de l'une à l'autre, telle qu'elle a été formulée par les ébionites et les gnostiques, serai:; le résultat définitif du sabellianisme, malgré tout ce que les auteurs de cette hérésie peuvent dire à rencontre.
Seulement, il ne faut pas conclure de là que Sabellius soit complètement revenu au point de vue ébionite et qu'il
i Ath., 6V., v, pag. 530 : Ouxwç itauojjiivou xoïï TtXa-ruajj.oïï 7tau5£Tou xal ^ XTiaiç xotaïïxa \)Àv ouv aTOTia ix toïï TiXaTuvecOai Xeyetv sïç Tptaôa xfjV [j.ovàSa. Ibid., pag. 539 : 'Avàyxr, os xal TCXuthfcçaOac xo ovo;j.a toïï oîoïï xal xoïï 7tv£Li[j.axoç. xvj; zpeiaç nX^poiÔsicviç, xal eaxat Xoircov a/pi Ttaioiaç Ta Yivo[/.eva, oxi ij.vj àXr,6£ia, àXX' ôvoij.axt etteosixÔt/ 7rauo;jivou Si xoïï ôvo- {juxtoç toïï uîoïï xaT' aùxouç, 7raua£xai Bk xoïï f}a7rxiqjiaxoç •?) yfçtç, elçjàp utov ISdÔrj* xal xi àxoXou8r,ffexai, yj àcpavicjjioç xîjç xxiffecoç. — ■ Or-j f* p- 539. — 3 Ibid'. : Apy,Y]v \jÀv ïytùV xo yivecbai uîoç, icauo^evoç oè xoïï Xs^etrôai waxr,p IvavypoiTCviaaç \ûv ôvo,u.axt, xîj Si àXr,0eia y.r$l eitiÔTj^eiaç, xal 4»£u- S6[^£voç piÈv xo Xsyeiv eya) xal o toxxyjP ev £a;j.£v.