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L'HÉRÉSIE DE PAUL DE SAMOSATE

ait nié la divinité du Sauveur. Quand même le développement logique du système pourrait aboutir à cette négation, les ariens ne laissaient pas de dire que les sabelliens, ainsi que les orthodoxes admettaient l'entrée de Dieu dans le monde fini et dans la nature humaine, ou qu'ils confondaient l'infini et le fini, ce qu'ils croyaient indigne de Dieu. Mais l'hérésie n'est jamais conséquente avec elle-même, elle prend volontiers des dehors chrétiens, lors même qu'elle a depuis longtemps perdu l'esprit du christianisme. Les autres Pères aussi ont toujours vu dans l'identification essentielle et personnelle du Père avec le Fils en la personne du Sauveur l'hérésie distinctive des sabelliens.

§ 24 L'hérésie de Paul de Samosate

En dressant ci-dessus la liste des antitrinitaires de la première classe qui contestaient non seulement la trinité divine, mais aussi le dogme de l'incarnation et ne voyaient rien d'essentiellement divin dans notre Seigneur, nous aurions pu citer, comme le dernier de la série, Paul de Samosate. Il appartient cependant au milieu du troisième Siècle. Porté en l'an 260, sur le siège épiscopal d'Antioche, il n'avait usé de sa dignité, suivant ce que racontent les Pères du concile d'Antioche de 269 2 que pour acquérir des honneurs et s'enrichir; ils l'accusaient d'avoir préféré le titre mondain de ducenarius à celui d'évêque, de s'être fait ériger dons son église un siège élevé et d'avoir institué une foule dt fonctionnaires, à la manière des grands de la terre. Il avait aboli les anciens cantiques à la divinité du Seigneur, sous prétexte qu'ils étaient de fraîche date ; il aurait chargé des femmes de lui chanter des hymnes le jour de la grande fête de Pâques, et se serait fait traiter d'ange descendu du ciel. Ils l'accusent aussi de s'être adonné à l'immoralité et de ne l'avoir pas punie dans ses prêtres et ses diacres. Avec un tel caractère, on s'explique qu'il préférât l'idée relâchée qu'Artémon se faisait du chistianisme, à la doctrine catho-

1 Euseb., Hist. eccl., vu, 27, 30.

lique concernant la divinité de Jésus-Christ, laquelle dès qu'on l'embrasse avec une foi vive, exige le sacrifice de l'homme tout entier à Jésus-Christ. Tout ce que les Pères d'Antioche nous apprennent de son hérésie, c'est qu'il niait la divinité de Jésus-Christ, et soutenait qu'il était venu d'en bas (xarwôev), c'est-à-dire qu'il n'était pas le Fils de Dieu descendu du ciel. Cependant il ne parait pas avoir révoqué en doute l'incarnation du Seigneur dans le sein de la Vierge *. Nous voyons en outre dans Eusèbe que le concile mentionné d'Antioche dans lequel le prêtre Malchion, autrefois supérieur de l'école des sophistes de cette ville, avait démasqué Paul, était déjà le troisième tenu à ce propos : dans les deux premiers, les évêques, présidés par Firmilien, évêque de Césarée, avaient trop vite donné leur créance à Paul promettant d'abdiquer ses erreurs, et ils avaient renoncé à prendre contre lui des mesures de rigueur.

Saint Epiphane 2 nous fournit des renseignements plus exacts sur la doctrine des Pauliniens ou Samosaténiens : « Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, disent-ils, sont un seul Dieu. Le Verbe de Dieu et scn Esprit sont toujours en Dieu, comme l'intelligence dans le cœur de l'homme. Quant au Fils de Dieu, il ne subsiste point par lui-même, mais en Dieu. — Le Verbe de Dieu est descendu du ciel et a résidé en Jésus, qui était un pur homme. Il n'y a donc qu'un seul Dieu, le Père et son Fils en lui, comme l'intelligence dans l'homme. Jésus est un homme que le Verbe a éclairé du haut du ciel. Aussi, tout ce qu'il dit de lui-même, il le dit comme homme ; car le Père est un seul Dieu avec le Fils, et l'homme forme une personne à part. »

On le voit, Paul de Samosate, de même que Noët et Sabellius, niait les trois personnes en Dieu, et ne considérait le Verbe et le Saint- Esprit que comme des propriétés du seul et même Dieu, du Père. Mais il n'était pas comme ceux que nous venons de nommer, patripassien; il n'attribuait pas l'incarnation, la passion et la mort à l'unique être divin, au Père, il admettait seulement, malgré toutes les formules chrétiennes dont il se couvrait, une illumination surnaturelle de l'homme Jésus, telle qu'elle se rencontre, d'une

1 Athan., De salv. adv. Chr., p. 635. — * Rœres., 65.

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