‹ Histoire des dogmesChapitre 42 sur 71 · L'HÉRÉSIE DE PAUL DE SAMOSATE · texte numérisé non relu

L'HÉRÉSIE DE PAUL DE SAMOSATE

manière subordonnée, dans les prophètes de l'ancien Testament. Ainsi, d'après l'hérésie de Paul, le Verbe est consubstantiel au Père en un certain sens , c'est-à-dire qu'il forme avec lui une seule nature et une seule personne, mais il ne réside en lui que comme une propriété. S'il en est ainsi, nous comprenons pourquoi les Pères d'Antioche rejetèrent Yhomousie du Yerbe avec le Père, cette expression qui plus tard, pendant les troubles de l'arianisme, allait devenir la devise de l'orthodoxie. Eusèbe, il es. vrai, ne mentionne pas cet anathème, mais les semiariens l'invoquèrent au concile d'Ancyre (358) pour justifier leur opposition à rôpLoouffioç de Nicée. Sans doute, les adversaires du semiarianisme, saint Athanase , saint Hilaire}, saint Basile, n'avaient pas vu les actes du Concile, — saint Athanase l'assure pour son propre compte 4 ; — du reste, ils acceptaient le fait comme véritable et ils prenaient la défense des Pères d'Antioche qui auraient rejeté ce terme dans un autre sens qu'il n'avait été entendu à Nicée. Il est vrai que les symboles de foi ou les décrets dogmatiques des conciles universels ne comportent aucun changement, et qu'un concile ultérieur ne peut écarter les termes théologiques d'un précédent concile universel; mais le concile d'Antioche n'était pas universel, et, de plus, il est visible que les Pères ne rejetèrent ce mot que dans le sens où l'entendait Paul de Samosate, qui n'était pas d'accord avec la doctrine de l'Eglise. L'hypothèse la plus vraisemblable, d'après le récit de saint Epiphane, c'est que Paul prenait le mot « consubstantiel » dans le sens monarchien; qu'il entendait soutenir, non pas l'unité essentielle, mais l'unité personnelle du Fils avec le Père, de même qu'il entendait nier la personalité distincte du Yerbe à côté de celle du Père 2. Dans le fait, saint Hilaire a entendu en ce sens l'anathème des Pères d'Antioche 3. Cependant saint Athanase 4 l'explique autrement, bien qu'il

1 De synod., cap. xliu. — * Voy. Kuhn, Le dogme de la Trinité chrétienne, p. 311. — 3 Hil.. De it/n., cap. lxxxi : Secundo id addidistis, quod patres nostri, cum Paulus Samosatenus hgereticus pronuntiatus est, etiara homoousion repudiaverunt, quia per hanc unius essentiœ nun^upatioaem solitarium atque unicum sibi esse patrem et filium prsedicabat. Et hoc sane nune quoque profanissimum ecclesia recognoscit, patrem et filium in his nominum professionibus ad unionis ac singularis solitudinem negata personarum proprietate revocare. — 4 De syn.. cap. xliu.

206 HISTOIRE DBS UOQME8.

ayoue n'avoir pas eu sous les yeux les actes du Concile, il a été suivi par saim Basile1. A cette époque, en effet, lei

miariens avaient élevé cette objection contre l'ôpidofocoi; de Nicée, que si le Fils était de même nature que le Père, il faudrait admettre une troisième nature supérieure, à laquelle le Père et le Fils participeraient de la môme manière 2.

Or c'est précisément ainsi que Paul de Samosate lui-même aurait entendu ce mot, suivant saint Athan^oe, et il avait reproché aux Pères d'Antioche d'introduire, par leur doctrine de la consubstantialité du Fils avec le Père, trois natures divines : un premier principe fondamental et deux êtres divins qui en dérivaient, le Père et le Fils. C'est pour répondre à ce reproche que les Pères auraient répudié le mot ô^oouœioç. « Les évêques, dit saint Athanase 3, qui déposèrent Paul de Samosate, prenaient ojjloougioç dans un sens corporel, car Paul fasait le sophisme que voici : Si le Christ n'était pas homme par son origine et sa nature, si l'élément divin ne lui avait pas été surajouté ; s'il était Dieu par essence et par nature, il devrait être ôjAoouaioç tw warpf. Mais alors il faudrait admettre trois essences, l'une antérieure, (et les deux autres procédant de celle-là, le Père et le Fils. Pour couper court à ce sophisme de Paul, ils disaient avec raison : le Fils n'est pas consubstantiel au Père, car le rapport du Fils au Père n'est pas tel que Paul l'explique. »

Cependant il demeure plus vraisemblable que Paul de Samosate, prenant le mot consubstantiel dans le sens monarcbien, voulait dire par là que le Yerbe n'était qu'une propriété du Père. Il est à remarquer que les Pères d'Antioche adressèrent leur lettre synodale précisément à Denis de Rome, qui dans sa controverse avec son homonyme d'Alexandrie avait mis tant d'importance à justifier ce terme. En tout cas, il faut qu'il aient ignoré les particularités de cette dispute, ce qui est d'autant plus vraisemblable que Denis, évêque d'Alexandrie, n'avait point pris part à ce concile, car il était mort déjà en 265.

Du reste, l'hérésie de Paul de Samosate survécut à sa dé-

1 Epist. lu. — * Hilar., De synod., cap. lxxxi. — s De syn., cap. xlv.

l'hérésie d'arius. ^07

position. Comment parvint-il , malgré tout, à demeurer en possession de la résidence épiscopale, et comment l'empereur Aurélien put-il lui adjuger l'administration des biens de l'Eglise? nous le savons assez. Son parti ne laissa pas de se maintenir encore pendant un assez long temps. Le concile de Nicée, dans son neuvième canon, déclare le baptême des pauliniens invalide, par le seul motif qu'ils avaient changé la formule du baptême pour la conformer à leur hérésie. — L'hérésie de Paul n'a été combattue avec succès que dans le siècle suivant, par saint Athanase, quand Arius l'eût propagée au loin et qu'elle eût été assise sur de meilleurs fondements.

L'hérésie d' Arius

Le rapport de l'arianisme avec l'hérésie de Paul de Samosate est à la fois interne et externe : interne, car la principale erdes deux était la négation de la divinité de Jésus-Christ; externe, car Arius était sorti deTécole de Lucien d'Antioche, que ses principes pauliniens avaient déjà fait exclure de la communion ecclésiastique 4. Mais il est certain que cette hérésie reçut d'Arius une base plus solide et des dehors beaucoup plus acceptables. Au commencement du quatrième siècle, Arius était retourné d'Antioche dans sa ville natale, Alexandrie (selon d'autre?, il aurait été Libyen); et en 312 il avait reçu la consécration sacerdotale de l'évéque de ce lieu, Achillas. Socrate et saint Epiphane, comme l'avait fait avant eux Alexandre, évêque d'Alexandrie, le dépeignent comme un orgueilleux et un ambitieux, d'un extérieur séduisant et d'une grande rigidité de mœurs ; tandis que l'hérésie qu'il a développée témoigne d'une dialectique puissante et d'une astuce consommée.

Il n'en vint pas directement à nier la divinité de Jésus- Christ ; il prit des détours pour arriver à ce résultat. Comme la plupart des antitrinitaires, il mit au premier plan la doctrine de l'unité de Dieu, et il soutînt qu'elle était incompatible [avec la pluralité des personnes divines, notamment

1 Theod., Hist. eccl., î, 4.

avec un Fils consubstantiel au Père. Mais arrivé à ce monothéisme, il ne prétendit pas comme les Sabelliens qu<; le Dieu unique s'était incarné ou qu'il s'était révélé de diverses manières dans le monde fini : cette doctrine lui parut indigne de Dieu. Il invoquait la doctrine de Platon et de Philon suivant laquelle l'être divin absolu {xb ov) ne pouvait entrer dans aucun rapport avec le monde fini, parce qu'il était beaucoup trop élevé pour se révéler sous une forme humaine. Ainsi, pour échapper, d'une part, au dithéisme ou au polythéisme, et d'autre part, au sabellianime, il ne restait qu'à imaginer un être suprême mitoyen, qui exécuterait ses desseins dans le monde fini ; qui accomplirait son œuvre de création et de rédemption. Il trompait ainsi le sentiment chrétien qui n'aurait pas aussi facilement prêté l'oreille à une négation absolue de la divinité, qu'à la pensée d'un être surhumain qui se serait incarné dans la plénitude des temps pour nous faire connaître la vérité divine. Et de fait, il gagna plus tard à cette doctrine tous ceux qui ne voulaient pas reconnaître la parfaite égalité du Fiis de Dieu fait homme avec le Père. De plus, Arius pouvait du moins justifier en apparence cette assertion par les textes de l'Ecriture sainte, où (le Seigneur atteste sa subordination au Père, ou s'attribue quelque chose d'humain quant à sa nature humaine ; il pouvait invoquer aussi les Pères du deuxième et du troisième siècles, qui ne distinguaient pas toujours exactement la subordination personnelle du Fils au Père, de la subordination essentielle, et ne parlaient souvent qu'en termes généraux.

C'est ainsi que l'arianisme se présentait sous un costume chrétien, qu'il se parait de textes de l'Ecriture et de maximes des Pères, et semblait beaucoup mieux répondre à l'esprit des temps que la doctrine mystérieuse et profonde du christianisme orthodoxe ; car après la conversion de Constantin, on vit entrer dans le christianisme une foule de gens qui ne cédaient qu'à des considérations humaines, qui ne sentaient que faiblement le besoin d'un rédempteur et n'étaient guère attirés par l'amour du Sauveur. Pour ceux-là les dogmes de la divinité de Jésus-Christ, de la rédemption et de la sanctification n'avaient aucune importance. Ils aimaient mieux voir dans le christianisme l'ouvrage d'une

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créature humaine, si p.-rfaite qu'elle fût, à laquelle on n'était pas obligé de se donner de toute son âme et de toutes ses forces ; ils étaient heu ^eux de ne voir en lui qu'un établissement d'instruction, qui ne visait pas au renouvellement et à la régénération de la vie morale, mais se bornait à fournir des lumières et en faisait attendre de plus parfaites pour l'avenir.

Si nous considérons en outre qu'Arius et son école savaient, avec une habileté exceptionnelle, soulever des objections contre le mystère impénétrable de la sainte Trinité et exploiter au profit de leur erreur certaines expressions toujours forcément insuffisantes, <°omme la génération du Fils, les progrès rapides de cette hérésie ne nous étonneront plus. La première occasion d'éclater en public lui fut fournie par un discours de l'évêque Alexandre en 318 ou 320. Arius soutint contre lui que le Fils de Dieu était une créature, qu'il avait une origine temporelle et n'était pas immuable {. Nous trouvons un exposé de cette doctrine dans YEpistola encyclica d'Alexandre, évêque d'Alexandrie 2, et Arius lai-même l'a consignée dans une lettre à Eusèbe de Nicomédie 3 et dans son Festin (6àXeia), dont saint Athanase nous a conservé des fragments4. Il enseigne :

1. Qu'il n'y a qu'un Dieu suprême, ineffable, renfermé en lui-même, et tellement élevé au-dessus de toutes les choses finies, qu'il ne peut entrer avec elles en contact immédiat. Ce Dieu suprêrre et unique est seul non engendré, seul éternel, seul sans commencement, seul immortel, seul bon; rien autre n'existe avec lui de toute éternité 5.

2. Quand D'eu se résolut à créer un monde fini, il avait besoin d'un être intermédiaire, afin de pouvoir par lui entrer en relation avec ce monde inférieur et fiai. Il créa d abord cet être, et il le nomma son Verbe et son Fils 6. L'arianisme professe donc le dualisme en commun avec le gnosticisme;

1 Socr., Hist. ecl , î, 5. — ' Voy. Athan., Ep. Syn. ; Socr., Hist. eccl.y 1,6. — 3 Voy. Theod., Hist. eccl., 1, 5. — * Voy. Athan., Orat., 1. — 5 Athan., De Syn. Arim., cap. xv. — 6 Athan:, Orat., 11, cap. xxiv : *Qç apoc ôèXwv ô 0ebç rrçv YevYjTrjV xriaai cpusiv, etteio^ êwpa y.Y] Suva^Évrjv aÙT/)v [/sxaax^v ttjç toïï TOtTpbç àopàrou xal ttjç xap' auTOu SYju.toupyiaç, Trois? xai xxtÇst TrpwTcaç [JLo'voç y.ôvov sva yuà xaXeT toutov uibv xal Xbyov, l'va toutou jjiaou y£vo[JiEvou outw Xombv:. al Ta uavTa Si a'JTOu fEVEcOai §uvyj69j.

il repose sur le même fondement, sur le platonisme de Philon, dont il ne diffère que sur quelques points.

3. Cet être mitoyen en effet, n'est pas sorti de l'être suprême par émanation ou diminution, mais par création ; les expressions engendré et devenu (y£vy|toç ou yswz-oç) sont pour lui tout à fait synonymes, elles désignent toujours un être tiré du néant, (ï\ oûx ovtojv), précisément parce qu'il entend la génération dans le sens gnostiqu i et manichéen, dans le sons qui ne peut s'api & juer à Dieu, à moins qu'on ne veuille faire de lui un être corporel, divisible. C'est pourquoi l'évèque Alexandre donna tout d'abord aux Ariens le nom d'exoukontiens, et accentua vivement la doctrine de l'Eglise, avec confusion il est vrai, mais sans identification des notions, car il écrivait après la lettre d'Arius1 : « Le Fils est Dieu d'une façon incréée ; il est engendré de toute éternité, et il est en Dieu sans être devenu (oujw«£pxei &rswfc»ç ô uîdç tu 0£w, àEiYswvfc Icrnv, aYevvjrjTOYÊVTQç icmv). Les ariens soutenaient au contraire qu'il fallait admetre deux êtres divins non engendrés, et nier la dépendance du Fils à l'égard du Père ; ou le faire sortir du néant par la volonté du Père 2. Ils appelaient le fils xxiq^a ou izoï^m, et soutenaient qu'il n'est pas sorti de l'être du Père, mais qu'il a été produit par un acte libre de sa volonté3.

Quand ils invoquaient à l'appui de cette assertion quelques termes des Pères précédents, ils les entendaient d'une façon absolument inexacte; car aucun d'eux n'avait mis le Fils au rang des créatures, et lors même qu'ils parlaient d'une génération par la volonté du Père, ils n'excluaient pas la génération essentielle ; ils distinguaient seulement la génération divine de la génération qui a lieu dans la nature inconsciente. En tous cas, ils ne disaient point que la coopération de la volonté divine dans cette génération, était libre comme pour la création, ils avaient constamment enseigné nue le Fils était pourvu de la nature du Père, qu'il était fondé en elle aussi nécessairement que sa sagesse et sa raison 4. Mainte-

1 Theod., Hist. eccl., i, 5. — 2 Alexandre écrivait dans sa lettre à l'évèque de Constantinople (ap. Theod.. Hist. eccl., i, 4) : AuoTv ôàvspov )ÂyovTe<; oe?v elvat oi àTCaiSsuTot, r\ i\ ôux ovxiov aôrov eîvai çpoveïv, y\ toxvtwç â'fiwr^a X&yziv ôuo. — 3 Voy. Ep. Arii, dans Theod., Hist. eccl., ;, 6. — 4 Alexandre répète la même chose dans l'a lettre citée : nocrrçp àel Ttapo'vTOç tou uiou, Bl

l'hérésie d'arius. 211

nant, il sagissait de répudier toute espèce de subordinationisme essentiel et de restreindre l'infériorité du Fils à une simple génération, après qu'on l'avait mis au rang des créatures 4.

4. Dire que le Fils était une créature, c'était annoncer qu'il avait une origine temporelle : les ariens créaient pouvoir le prouver d'autant plus facilement que, même selon la doctrine orthodoxe, il fallait admettre pour la génération du Fils qu'il avait commencé dans le temps. Dans cette preuve empruntée à la génération finie, les ariens pensaient avoir trouvé pour leur doctrine une base inébranlable ; ils se servaient en outre de cet argument sophistique pour répandre leur doctrine parmi la foule ignorante. Si le Fils est engendré, il n'a pas toujours été (oùx àel rjv), et même en accordant qu'il avait été engendré avant tous les temps (ttpo Xpovwvxocl 7rpb aïwvtov), ils n'avaient en vue que les temps de la création présente ; or, s'il est engendré, il faut précisément pour ce motif qu'il ait son origine dans le temps 2.

L'évèque Alexandre montre au contraire dans sa lettre que Père et Fils, Dieu et son Verbe sont des idées inséparables, que l'un doit être aussi éternel que l'autre, même étant donné que l'attribut de non-engendré ne convientjjqu'au Père. Nous ne pouvons pas même admettre par la pensée une autre différence entre le Père et le Fils 3. Si quelques Pères d'avant le concile de Nicée ont parlé d'une ^pocpopà du Fils lors de la création, pour expliquer la révélation temporelle du Verbe dans le monde fini, le Verbe ne laissait pas d'être aussi, selon eux, le Xoyoç IvSiàôeToç, et, comme tel, d'avoir de toute éternité son fondement dans la nature divine. L'évèque Alexandre n'entend pas dire davantage, bien qu'Arius l'accuse d'avoir soutenu dans sa lettre à Eusèbe que le Père

8v /pYlfJiaTiÇet TraT'/jp* as! ce Tcapovxoç auxw xoïï ulou àet eartv ô 7taxy]p "éXeto;*... xi §s oux àvoaiov xo Xsyetv, -rcoxè \j4r\ elvac x-rçv aoçiav xoïï 0sou. — * Loc. cit. : Rat xéXeiov utov, s'j/pepTJ t<3 iraxp! u,£aa6VjxaîX£v, uovto xw aY£W7]xco À£i7roiJt,£vov £X£ivoo* axiov yap £«rxtv aTiYixptliw^vYi xai aTTapaAÀaxxoç xoïï roxxpdç. — 2 On lit dans la lettre^ d'Arius à Eusèbe : IIpiv yevvyiQtj, rjxot xxtcôv), 7] opicrÔY), r] QqxETuoÔYJ, oùx t]v àyévwjxoç yàp oùx ^y ôtwxo^EÔa oxi eiTcaij.sv, àpyr|V ïyzi o otoç. (Conf. Ath., Orat.., î, 5). — 3 Ep. Arii : To jiiv yàp |Ji£xa;u, Tiaxpoç xai utoïï oùôèv Ô£ixvuacv £lvat SiàaxyjiAa. oùS' axpt xtvoç Ivvoiaç xouxo ©avxaciwcrat xyjç 4"J/.^Ç Sovatjivyjç.

212 histoire DES DOOM]

n'était pas antérieur au Fils ni par la pensée, ni dans un espace de temps quelconque l.

5. Le Fils est une créature coin me toutes les autres ; il ne s'en distingue qu'en ce qu'il a été créé avant elles et qu'il a accompli la création et la rédemption comme instrument de Dieu. Il n'est donc pas con substantiel au Père (oôx biuxûnoç) *: il est au contraire d'une nature changeante, et capable le bien comme de mal 3. Mais Dieu ayant prévu qu'il persévérerait librement dans le bien et ne tomberait pas dans le péché, l'a choisi et l'a jugé digne de porter un nom divin, bien qu'il nous fût entièrement égal par nature. Lt;s ariens enseignaient donc déjà une prédestination que Pelage allait généraliser dans la suite et utiliser pour rejeter la grâce divine. Ils citaient l'Écriture sainte à l'appui de leur doctrine, notamment ce passage : « Vous aimez la justice et vous délestez l'iniquité, c'est pouquoi, ô Dieu, votre Dieu vous a oint avec la joie, de préférence à tivos compagnons. » Psaumes xliv, 8.

Ainsi, lorsqu Arius, dans sa lettre à Eusèbe, dit que le Fils est immuable, il veut parler d'une immutabilité dans le bien acquise par lui-même. L'homme, sans doute est libre de choisir entre le bien et le mal, et s'il demande le secours de Dieu, c'est pour être afîermi dans le bien. Mais, demande Alexandre dans la lettre citée, comment la sagesse divine peut elle recevoir un accroissement? Comment celui qui est la vie et la lumière peut-il devenir meilleur? Mais quelle folie plus grande encore d'affirmer que la sagesse divine peut se tromper, qu'une faiblesse s'allie avec la force divine?

Les ariens allèguent ici tous les textes de l'Écriture dans lesquels le Seigneur parle selon sa nature humaine, et ils négligent complètement ceux où il parle comme personne divine et selon sa nature divine. Les Pères avaient donc pour but, de pénétrer plus avant qu'on ne l'avait fait jusque-

1 Ib. : Ours é7uvoioc, où'xs àt:d{j.w ~tvi 7TpoaY£i ô 0soç tou utoïï. — ' Dans sa lettre à Eusèbe, Arius blâme ses adversaires : 'EiceiB'fytZû àiôtov xat TCpoaiwv viov eçaaav xbv uïov, xal xoïï 7ca~poç Ô[jioti[^ov te xal ôjjioouatov. — 3 Alexandre disait daus sa lettre (Theod., Hist. eccl., i, 5 : Oïç àxoAOuôwç xal çaalaoxov TpsTcTrjç Eivai (poaewç àp£~9jç te xat xaxiaç £7uûsxtix6v. Conf. A th., Orat. I (p. 294).

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là dans la distinction des deux natures en Jésus-Christ» C'est ainsi que l'arianisme devient une occasion éloignée d'étudier h2s points relatifs à Jésus Christ, qui furent le principal objet de l'histoire des dogmes dans les siècles suivants.

Les ariens ne craignaient pas d'attribuer au Fils de Dieu l'ignorance et la possibilité d'errer ; à les entendre, il ne connaissait pas mieux la nature de Dieu que nous, et il n'avait pas de lui-même une connaissance parfaite. « Dieu est invisible à tous, est-il dit dans la Thnlia, citée par saint Athanase *, aussi bien à ceux qui ont été créés par le Fils, qu'au Fils lui-même; car il est évident que ce qui a com mencé est incapable de concevoir ou de comprendre celui qui est sans commencement. >> Cette proposition était, il est vrai, une conséquence nécessaire du principe dualiste énoncé plus haut, que le Dieu suprême ne peut avoir aucun contact avec le fini ; car si Dieu ne peut se révéler au dehors, nous n'avons devant nous aucun ouvrage divin qui nous permette de nous élever jusqu'à son être et à ses propriétés; toute connaissance de Dieu est illusoire. De telles expressions devaient paraître à des oreilles chrétiennes singulièrement offensantes et blasphématoires.

6. Ce Fils de Dieu s'est fait homme dans la plénitude des temps, et en annonçant la vérité, laquelle, selon les principes des ariens, ne pouvait être considérée comme imperfectible, il a opéré la rédemption ; il mérite notre respect et notre reconnaissance, mais non pas, comme Dieu, notre adoration.

7. L'hérésie d'Arius était assurément antitrinitaire, mais elle ne laissait pas intact le dogme de la personne du Sauveur, et dans ses conséquences logiques, elle dénaturait en outre le dogme de la nature humaine du Seigneur, et le dogme de la rédemption en général. Qu'Arius ait lui-même expressément formulé ces conséquences, cela n'est pas certain, car la polémique avait pour principal objet la divinité de Jésus-Christ qu'il rejetait. Mais si l'élément supérieur dans la personne de Jésus-Christ n'est plus Dieu, si c'est une créature simplement privilégiée qui se croyait sujette à

1 De synod., cap. xv. Cf. Orat., i, 6.

214 iISTOIRE DES DOGMES.

l'ignorance, à la souffrance et à la douleur, il n'y avait plus de place pour une âme humaine ; on ne voit pas en général à quoi servirait une seconde âme humaine dans la personne de Jésus-Christ, et comment elle pourrait constituer une seule personne avec un autre être spirituel. Ainsi, selon la doctrine des ariens, le Seigneur n'était plus un homme véritable, ni même un membre de notre race ; il était tellement éloigné de nous qu'il ne pouvait plus nous conférer ses mérites l. La question des rapports du Saint-Esprit au Père et au Fils n'a pas été soulevée par Arius lui même ; son embarras eût été grand, si on lui avait demandé de la résoudre. Quelle position lui aurait-il assignée, lui qui faisait déjà du Verbe un être intermédiaire en.re Dieu et le monde fini? Mais Alexandre n'oublia pas de rappeler, dès la première apparition de l'arianisme, que la doctrine orthodoxe reconnaissait, outre le Père et le Fils, une troisième personne, le Saint-Esprit : «Outre la foi au Père et au Fils, écrivait-il, nous reconnaissons encore, selon la doctrine de l'Écriture sainte, un Saint-Esprit qui a éclairé les saints personnages de l'ancien Testament comme les docteurs du nouveau, et une seule Église catholique et apostolique 2. »

Le Symbole de Nicée. Le dogme de la Trinité fixé par l'Eglise'

Malgré son opposition avec l'ancienne croyance de l'Église, l'hérésie d'Arius semblait s'étendre chaque jour davantage; cet hérésiarque vit passer dans son camp non seulement ceux qui se laissaient séduire à sa dialectique et qui prétendaient que le Fils était une créature, mais encore ceux qui supposaient que la parfaite égalité du Fils au Père n'était pas enseignée par les saints docteurs. Un grand nombre d'évêques se montrèrent favorables à la cause d'Arius. [Si l'on voulait prévenir de plus grands périls, il fallait de toute néces-

1 Ath.. De sal. adv. Chrirti (page 635) : 'Apstoç Se, aapxoc pLOVYjv 7rpoç a7roxpucpriv xyjç Ôeoxyjxoç ô^oXoyeT* àvxi Bï xou ectwÔev iv rjjJuv àv6pio7roo, xouxsaxc xîjç ^v/r^ç, xov Xoyov Iv x?j aapxt XsyEt YEyovEvat, x-/)v xou 7rà6ouç voyjatv xal xyjv s£ aSou àvaixaa'v xrj ôeoxyjxc 7rpoaày£tv xoX;j.axai. Conf. Aug., De hœres., cap. xlix : In eo autem quod Christum sine anima carnem accepisse arbitrantur Ariani etc. — 2 Theod., Hist. eccl., î, 5.

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