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SIMON LE MAGICIEN ET LES NICOLAÏTES

Les premiers débuts du gnosticisuie dans la période apostolique. Simon le Magicien et les Nicolaïtes

1. Simon le magicien, que nous rencontrons déjà clans bs Actes des apôtres (vin, 9), où il est appelé la grande vertu de Dieu, était originaire de Gitton en Samarie. Irénée *, Eusèbe et Epiphane l'appellent le père du gnosticisme et de toutes les hérésies. Il était goète, magicien, et s'était fait baptiser par Philippe. Quand le prince des apôtres alla à Samarie pour administrer la confirmation, il voulut acheter de lui non seulement le pouvoir de conférer le sacrement, mais la vertu d'opérer des miracles pour en faire un objet de trafic. On voit par son système que la philosophie alexandrine ne lui était pas étrangère. Saint Irénée 2 et les homélies clémentines 3 rapportent que Simon avait fait de nombreux voyages et séjourné à Rome où il s'était fait un nom comme magicien. A Tyr, il avait acheté une pécheresse publique, Hélènet qu'il emmenait dans ses voyages pour commettre avec elle toutes les turpitudes imaginables. Il arriva pour la première fois à Rome sous l'empereur Claude (vers 42), et il aurait été cause que le prince des apôtres y hâta lui-même son voyage pour combattre l'influence du magicien 4. Il y produisit une grande sensation par ses artifices magiques et s'y fit honorer de plusieurs comme un Dieu. Les Didascalia des apôtres et les Constitutions apostoliques 5 racontent que Simon aurait entrepris de s'élever dans l'air avec le secours des démons, pour contrefaire l'ascension du Seigneur, mais qu'en vertu de la prière des apôtres Pierre et Paul, il avait été précipité en bas, et avait eu le sort d'Icare. Hippolyte 6 donne de cette fabie une version différente : Simon, sous prétexte qu'il ressusciterait des morts, se serait fait enterrer vivant sous un piatane, mais n'aurait pas vérifié sa promesse. Suivant un autre récit, mieux garanti par le témoignage de Justin 7, de saint Irénée 8, de Tertullien 9, d'JËusèbe 10 et d'autres, Simon aurait reçu à Rome des honneurs divins de

1 Adv. hœres., n, prsef. — * Adv. hœres., i, 23. — 3 n, 24. — 4 Euseb., Hist. eccl., il, 15. — b vi, 6. — 6 Philosoph., p. 176. — 7 Apol., I, xxvi et lvi. — 0 Adv. hœres., i, 23. — 9 ApoL, cap. xm. — 10 Hist. eccl., u, 13.

son vivant et après sa mort, et en vertu d'un décret du Sénat, par ordre de 1 empereur Claude, on aurait érigé, sur une île du Tibre « entre les deux ponts » une statue avec cette inscription : Simoni Deo sancto. On a effectivement trouvé en 1574, sur l'île du Tibre désignée par Justin, une ancienne pierre sur laquelle on lisait : Sermoni Sanco Deo Fidio sacrum 4.

Mais prétendre que Justin avait également vu cette pierre et qu'il avait par erreur attribué l'inscription à Simon le magicien au lieu de Sémon, divinité des sabins, serait une hypothèse par trop hasardée. Il n'est pas certain, d'une part, que saint Irénée et Tertullien, qui connaissaient Rome et ce qui s'y passait, aient emprunté leur récit à Justin, et de plus, on ne peut pas admettre que Justin, qui avait longtempsséjourné àRome, ait commis unepareille confusion. Non seulement il parle de la statue en deux endroits de sa première Apologie (en. xxvi et lvi), mais dans son Dialogue (ch. cxx) et dans sa seconde Apologie, écrite beaucoup plus tard, il revient encore à Simon et à son apothéose, et dans le dernier passage il prie les empereurs de publier son récic, afin d'écarter les vues erronnées qu'on se faisait du christianisiie et de sa doctrine. Au chapitre lvi de sa première Apologie, il va jusqu'à conjurer les empereurs de détruire la statue. Nous pouvons donc.adopter le sentiment des savants Tillemont 2, Mavan et Massuet 3, suivant lesquels l'exactitude de Justin ne parait pas douteuse. A l'époque de Justin et à la an du deuxième siècle, du temps de Clément d'Alexandrie, Simon avait encore une foule de partisans ; mais Origène 4 nous assure que de son temps leur nombre avait sensiblement baissé.

Sa doctrine contient des éléments empruntés à la philosophie païenne et notamment à^a philosophie alexandrine et à la religion samaritaine ; c'est un mélange bigarré de ces

1 Au-dessus de ces mots, on lit : Sex. Pompeius S. P. E. Col. Mussianus Quinquennalis Decur. Bidentalis Donum dédit. — Une autre inscription semblable à celle-là a été trouvée au Quirinal. Or, dans un article des Feuilles historiques et politiques (livraison 7, 1861), on suppose, non sans fondement, que la première inscription découverte sur une île du Tibre, se trouvait également dans le principe au Quirinal, où, si nous croyons les anciens, son sanctuaire était érigé à Sancus. — 2 Mémoires, t. Il, n. 1, p. 121. — 3 Dissert, in Irenœum, p. 54. — 4 Cont. Cels., i, 11.

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