TROISIÈME PARTIE
Développement des dogmes anthropologiques jusqu'au Concile de Nicée
Doctrine de î'Eci ïture- -ainte sur la nature de riiommc, sur les dons naturels et les grâces surnaturelles qu'il reçut lors de sa création.
La troisième partie de l'Histoire des dogmes rou'e sur l'antropoïogie chrétienne c'est-à-dire sur toutes les vérités de foi qui traitent de l'homme et delà nature : dans quel état celle-ci est-elle sortie des mains de Dieu; quelles atteintes a-t-elle reçues du péché de nos premiers parents et de nos péchés personnels; comment a-t-elle été purifiée, graciée et sanctifiée en Jésus-Christ; comment enfin, sera-t-elle glorifiée ou réprouvée à la fin des temps ?
1. Sur la nature humaine, la Genèse enseigne que l'homme est l'ouvrage de Dieu dans ses deux parties constitutives; que Dieu a formé son corps avec une matière préexistente, le limon de la terre, puis qu'il lui a inspiré un souffle dévie, qui a fait de lui un être vivant1, la nature de l'homme se compose donc de deux parties distinctes: d'un corps matériel et d'une âme qui est son principe de vie2, si dans quelques passages, l'Ecriture semble3 parler de trois parties substantielles dans la nature humaine, d'un esprit, d'une âme et d'un corps, il faut, d'après d'autres passages, entendre par esprit ou l'opération supérieure et rationnelle
1 Gen., il, 7. — * Job., xm, 14; Ezëeh., xxxvn, 10; Ps. xvi, 10; Matth., x, 28; xxvn, 50 ; Luc, xxm, 46 ; Act., vu, 53 ; I Cor., vi, 16. — 3 1 Thess., v, 23; I Cor., u, 14 ; xv, 45 ; Eebr., îv, 12.
de l'âme, ou le principe de la grâce qui communique à cette âme une vie nouvelle, supérieure, surnaturelle.
La Genèse attribue à l'homme une prééminence particulière sur tous les autres êtres de la nature; il n'est pas seulement le couronnement, le terme de toute la création, il est dit encore qu'il a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu1. S'il porte même sur son corps des traces de la sagesse divine, et s'il présente, comme tous les êtres de la création, quelque ressemblance a . ec Dieu, il est surtout une image de Dieu du côté de son âme, c'est-à-dire de sa raison et Je son libre arbitre, qui le rend capable de saisir Dieu, l'infini, et d'entrer en participation de sa nature. Ces prérogatives sont essentielles à la nature humaine et inamissibles ; elles lui demeurent même après le péché, bien qu'elle perde alors une foule d'autres grâces extraordinaires, car la révélation divine tout entière, avec ses doctrines et ses prescriptions morales s'adresse toujours et partout à des hommes libres et ra:sonnables, afin de les réformer en vue de leur destination éternelle.
Comme la raison et la liberté, l'immortalité est également un privilège naturel de l'âme humaine, qui l'a reçu avec immatérialité. Tandis qu'il est dit à propos de la création des autres êtres vivants que la terre ou l'eau devra les produire, parce que leurs principes de vie sont attachés à la matière et renfermés en elle, l'âme humaine vient directement de Dieu et est liée, en tant que principe immatériel, en soi, au corps tiré de la matière. Son existence ne dépend point de la matière, elle vit de sa vie propre indépendamment de la matière, et, qui plus est, d'une vie immortelle, qu'elle a reçue de la toute puissance divine. La Genèse2 parle déjà d'une vie de l'âme après la mort, quand elle dit que les défunts seront réunis à leurs ancêtres, et les livres ultérieurs de l'Ecriture enseignent expressément l'immortalité de l'âme3.
Quant à l'origine du genre humain, c'est une doctrine formelle de la Genèse et de plusieurs livres du Nouveau Testament2, que tous les hommes sont sortis d'un seul
1 Gcn., i, 26. — * xxxv, 29; xlix, 32.— - 3 Matth., x, 28; xvi, 25.— i Rom., v; I Cor., xv, 22.
couple, Adam et Eve, et qu'Eve a été formée d'une côte d'Adarn. Il n'y a donc qu'an seul ancêtre selon le corps, comme il n'y en a qu'un seul dans l'ordre de La grâce. Ce fait sert de fondement à la doctrine do péché originel et de la
rédemption de tous les hommes, et la science incroyante n'a encore rien produit qui témoigne contre lui. Toute science impartiale doit, au seul point de vue de la recherche humaine, considérer ce fait comme très vraisemblable. Mais, si l'Ecriture Sainte ne laisse subsister aucun doute sur la transmission du corps, elle n'est pas aussi claire et explicite en ce qui regarde l'origine des âmes humaines en particulier : viennent-elles d'Adam par voie de transmission, ou doivent-elles leur existence à une création immédiate, ce point n'a pas été énonc-J par l'Ecriture avec une clarté suffisante pour prévenir toutes les controverses.
2. Outre les forces et les prérogatives natureilles que nous avons nommées, l'homme a reçu, dès le moment de la création, des grâces et des privilèges exceptionnels, la Genèse les mentionne déjà ou du moins y fait allusion. La mort du corps y apparaît certainement comme une suite et une punition du premier péché : elle n'était pas à l'origine dans l'intention de Dieu1. Ainsi la mort du corps, et tous ses avant-coureurs, les souffrances, les maladies, les revers, n'existaient point dans l'état primitif; le corps humain, quoique semblable à notre corps actuel, grossier et sensible, en avait été affranchi par une grâce particulière. L'homme se trouvait dans un état de félicité terrestre, au milieu d'un jardin magnifique disposé par la main de Dieu, où régnaient la paix, les délices et le bonheur, comme dans son propre cœur. Si la mort ne fût pas intervenue, chaque homme aurait passé de là, par une transfiguration sans cesse répétée, dans la béatitude céleste, après avoir victorieusement subi l'épreuve de la tentation. Il est vrai que ces privilèges de l'homme primitif n'étaient pas surnaturels par leur nature et par leur destination native; ils n'avaient pas de rapport immédiat avec un état supérieur de grâce surnaturelle ; mais nous pouvons déjà en conclure, que Dieu se proposait d'atteindre
1 Voy. Sag., n, 24; Rom., v, 12.
avec l'homme d'autres fins que celles où celui-ci peut arriver par les seules forces de sa nature. La Genèse ellemême, nous affermit dans cette conviction, quand elle nous dit que l'homme était avec Dieu dans les rapports les plus intimes. Dieu y apparaît comme son éducateur et son maître, et le premier péché comme une atteinte à sa dignité d'enfant, comme une rupture du lien d'amour qui rattachait l'homme à Dieu.
Le 1,'ouveau Testament nous fournit des données certaines sur ces rapports surnaturels de l'homme primitif avec Dieu ; il nous présente toujours la Rédemption comme une destruction du péché et de ses suites, comme une restauration de l'état primordial. Ainsi, ce qui est vrai de la grâce de Rédemption doit également s'appliquer à l'état primitif; et cette grâce produit entre Dieu et l'homme une société surnaturelle d'amour et de vie. Il faut qu'Adam, dans l'état primitif, ait été lui-même orné de la grâce sanctifiante et qu'il y ait déjà reçu de Dieu la destination surnaturelle à la gloire céleste 4. Et s'il en est ainsi, tous les autres dons surnaturels n'étaient que des suppléments de la grâce sanctifiante et ne servaient qu'à aider l'homme à entrer dans un état de vie convenable à un enfant si hautement privilégié de Dieu. En dehors du commandement qu'il avait gravé ,dans son cœur, Dieu n'avait donné à l'homme qu'un seul précepte positif, afin qu'en l'observant, il offrît à Dieu tous les jours un sacrifice d'amour et de reconnaissance et qu'il apprit ainsi à affermir de plus en plus la domination de l'esprit sur les instincts inférieurs de la chair.
(continuation)
Doctrine de l'Écriture-Sainte sur le péché originel et sur l'état de l'homme qui en est infecté
La nature humaine si magnifiquement dotée de Dieu à son origine ne jouit pas longtemps des avantages qu'elle
1 Eph., iv, 22-24 ; Col., iii, 10 : « Revêtez-vous de l'homme nouveau, qui est renouvelé pour la circonstance à l'image de celui qui l'a créé. »
.-552 HISTOIBE DB8 DOGMES.
avait reçus. Au lieu do se montrer toujours obéissant au
commandement de Dieu, Adam se laissa séduire par sa femme, et sa femme, par le démon déguisé en serpent, et enfanta le péché. Or, le péché le rendit immédiatement
responsable aux yeux de Dieu; détruisit ses relations surnaturelles avec lui, anéantit sa filiation divine, lui enleva ses prétentions au ciel, avec les grâces spéciales qu'il avait reçues, l'immortalité du corps, l'exemption de la maladie et des afflictions. Condamné à travailler la terre à la sueur de son front, il sentit se déchainer en lui la concupiscence déréglée, dont il allait bientôt rougir1. L'approche de l'arbre de vie lui fut interdite, il se vit chassé du paradis et relégué dans les vastes espaces du monde, qui, sans son travail et ses fatigues, ne produirait que des ronces et des épines. S'il avait trouvé autrefois dans l'éden, dans le paradis, une image de son propre cœur, il voyait Maintenant dans la terre nue et aride, le miroir de son âme ; car la nature qui l'entourait fut également maudite; au lieu de reconnaître dans l'homme son maître et son souverain, elle se dressa devant lui comme une ennemie, car elle était privée de cette bénédiction que Dieu avait répandue sur elle à cause de l'homme comblé par lui de tant de faveurs. De là vient, qu'elle soupire après la liberté des enfants de Dieu et après sa transfiguration future2. Cependant comme l'homme était tombé par faiblesse, et s'était laissé tromper par le démon il demeurait susceptible de rédemption, et Dieu, au moment même où il déchaînait son bras vengeur, ne laissa pas d'indiquer le descendant de la race d'Eve qui briserait la tête du serpent, fonderait sur la terre un nouveau royaume et anéantirait l'empire du démon 3.
Il est à remarquer que la malédiction prononcée par Dieu sur Adam après sa chute atteignit chacun de ses descendants, car tous sont soumis aux mêmes châtiments, cela seul est déjà un indice de la solidarité de tous les fils d'Adam dans le premier péché dont le paradis terrestre fut le théâtre. Déjà dans l'Ancien Testament, il est dit que chacun, dès le premier moment de son existence, porte sur soi non seulement la peine du péché d'Adam, mais le péché
1 Gen., m, 17. — 2 Rom., vin, 20. — 3 Gen., m, 15.
même : « Qui est-ce qui peut rendre pur celui qui a été conçu d'une femme impure, si ce n'est lui (Dieu) seul1. »
David confesse qu'il est né dans le péché et que sa mère l'a conçu dans l'iniquité2. Le Nouveau Testament suppose partout que tous les hommes sont pécheurs et que c'est pour les racheter et les sauver que le Fils de Dieu est descendu du ciel : « Tous sont pécheurs et ont besoin de la gloire de Dieu3. » Tous sont invités à faire pénitence, s'ils ne veulent point périr. Ni la loi donnée sur le Sinaï, ni notre propre nature ne sont capables de nous tirer de cet état de péché; la foi en Jésus-Christ, le fils de Dieu fait homme, et le secours de la grâce, sont nécessaires à tous pour recouvrer le ciel; car il n'y-a point d'autre nom dans lequel nous puissions être sauvés que le nom de Jésus4.
Tel est le thème que l'apôtre développe en détail dans les épitres aux Romains, aux Galates et aux Hébreux, pour montrer aux fidèles que nous devons mettre toute notre espérance en Jésus-Christ seul. Le péché est donc inhérent à tout le genre humain et à chacun de ses membres, non pas seulement par suite d'une culpabilité personnelle, mais encore indépendamment de toute faute de ce genre, dès le premier instant de leur origine. L'individu est infecté du péché dès sa naissance, tous sans exception ont besoin de renaître s'ils veulent entrer dans la vie5. Cette corruption qui pèse sur l'humanité n'est pas seulement une punition du péché, c'est aussi un état spécial de péché ; « car nous sommes par nature (çugec) enfants de la colère divine6;» nous avons donc besoin d'être régénérés par l'eau et par le Saint-Esprit pour être purifiés du péché et pour renaître à la vie de la grâce.
Le moyen ou le canal par lequel cet état de péché, la fauta et la souillure de l'âme, comme la privation de la grâce, passent à tous les hommes, c'est d'après l'Ecriture- Sainte, la génération charnelle, la conception de la semence de l'homme ; car ce qui est né de la chair est chair 7, c'està-dire le sujet du péché, ou d'une vie privée de Dieu et dépouillée de la grâce.
xJob, xiv, 4. — * Ps. li, 7. — 3 Rom., ni, 23. — 4 Act., îv, 12; I Tim.\ n,v. cf. Matth.tv, 3, 4, 8, 14 ; Marc, xvi, 16; Jean, xu, 25; xiv,6. — 5 Jean, ni, 6. — 6 Eph., il, 3. — 7 Jean, in, 6.
Cependant, pour que la corruption du péché qui passe en nous par la génération charnelle soit vraiment un péché et implique une dette, il faut qu'elle ait son fondement dans la liberté de la créature et puisse se ramener à un péché personnel librement commis : or ce péché ne peut être que celui d'Adam dans le paradis terrestre; «car le péché est entré dans le monde par un seul homme, et par le péché la mort; la mort est donc passée dans tous, parce que tous ont péché en lui 4. Ainsi de même que la mort, comme conséquence du péché d'Adam, est passée dans tous ses descendants, ainsi, avec la mort, nous devons avoir hérité du péché et avoir été enveloppés dans la prévarication d'Adam, notre ancêtre. L'Apôtre, dans le chapitre en question, ne parle nullement du péché personnel, car d'après les versets 13 et 14, la mort atteint aussi bien ceux-là mêmes qui n'ont pas péché en violant librement une loi, que tous les descendants d'Adam en général. La cause de leur mort n'est donc pas un péché personnel, mais le péché d'Adam, dans lequel nous sommes tous impliqués dès notre naissance. Comment cette doctrine se peut-elle concilier avec la justice divine? Comment Dieu peut-il nous traiter en coupables dès le premier instant de notre naissance, et permettre que nous soyons conçus et que nous naissions dans l'état de péché? L'Apôtre ne l'explique point. Il se borne à faire ressortir qu'étant des membres de l'humanité, nous nous trouvons infectés du péché par cela seul que nous descendons d'Adam selon la chair, tandisque, selon l'esprit nous avons été purifiés et sanctifiés dans un autre ancêtre. «Il n'en pas du péché d'un seul comme il en est de la grâce; le jugement est venu d'un seul (péché) pour la condamnation, au lieu que la grâce nous délivre de beaucoup de péchés pour la justification. Car si, à cause du péché d'un seul, la mort a régné par un seul homme, à plus forte raison ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice, règneront-ils dans la vie par un seul, qui est Jésus-Christ. De même donc que c'est par le péché d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous reçoivent la justification delà
1 Rom., v, 12.
vie. Car comme plusieurs sont devenus pécheurs par la désobéissance d'un seul, ainsi plusieurs seront faits justes par l'obéissance d'un seul1. »
Ces paroles ne peuvent s'entendre d'une simple participation par imitation au péché d'Adam, pas plus que le salut par le Christ ne nous appartient par voie de simple imitation ; mais par un opus operatum qui se transmet jusqu'à nous, quoique sans aucun exercice de notre liberté, ainsi qu'il arrive dans le baptême des petits enfants. On ne doit pas davantage entendre ces paroles d'un simple châtiment du péché, ni simplement du désordre de la concupiscence, ou de la perte de la grâce : car par le péché du seul (Adam) nous est venue la condamnation (xaTocxpip,a) à la perte éternelle, et, par le péché d'un seul, tous nous sommes devenus pécheurs (à^apxwXoi). Mais l'idée de péché emporte celle de dette et Dieu peut traiter en véritable pécheur celui qui est chargé dt; cette dette; ainsi la sentence de damnation éternelle peut être portée par la justice de Dieu contre celui qui a de quelque manière contracté le péché et la dette. Ce n'est pourtant pas qu'il faille le regarder comme un péché personnel par simple relation, mais c'est le péché commis par Adam au paradis terrestre devenu péché d'origine et se transmettant par la génération charnelle. Adam — c'est le sentiment de l'Apôtre — a péché pour toute la race humaine, comme son ancêtre idéal devant Dieu, et il pouvait être traité comme le représentant de toute la race, puisque, à quelque, égard, du côté du corps, elle formait en lui une certaine unité. Quant à l'idéal, il a péché pour tous, lors même que devant Dieu le nombre de ses descendants aurait dû se multiplier à l'infini; mais dans la réalité, son péché qui devait être héréditaire, passe à tous ceux qui doivent être ses descendants et s'enter sur sa souche par la génération charnelle. De la même manière, notre second ancêtre, l'Homme-Dieu, cet autre chef du genre humain sous le rapport spirituel a satisfait, quant à l'idéal, pour tous les hommes et leur a obtenu à tous la grâce de la guérison, non seulement pour le péché d'Adam dont ils ont hérité, mais pour tous les péchés personnels, si nombreux qu'ils soient devenus par la
1 Rom., v, 16-19.
356 HISTOIRE DES DOOM'
malice humaine. Mais, dans la réalité, cette us-
Christ ne passe qu'à ceux qui sont véritablement en union
avec lui, non par la génération charnelle mais par la ré nération à la vie nouvelle de L'esprit, dans Le corps mystique
de Jésus-Christ, par la qualité d'enfant de Dieu que nous recevons au baptême k
Le péché d'Adam est donc devenu, selon la doctrine de l'Apôtre, le péché réel de tous ; tous l'ont hérité de lui par transmission ; Dieu a considéré sa faute comme la faute de toute la race, de même que les mérites du second ancêtre sont devenus ses môrites. Et Dieu n'a fait ni l'un ni l'autre par caprice, ou par décret arbitraire ; l'homme est, de sa nature un être générique, qui reproduira toujours plus ou moins, le type de sa race; c'est dans les limites de cette race qu'il est contraint do déployer librement son activité et de développer sa vie personnelle. Mais il ne suit pas de là que la raison puisse d'elle-même expliquer le dogme du péché originel ; l'Apôtre veut dire simplement que l'héritage du péché originel, permis de Dieu pour de sages intentions, répond à la nature du genre humain. Ainsi, même considéré en dehors de ses suites, envisagé uniquement dans ses rapports avec la rédemption, le péché originel ne semble pas à saint Paul contredire la miséricorde et la justice de Dieu.
Bien que la rédemption soit le libre ouvrage de l'amour et de la miséricorde de Dieu, bien que Dieu eût pu, dans sa justice, laisser le genre humain vivre dans le péché et la misère, bien que par conséquent le péché originel puisse se concevoir sans la rédemption, cependant nous le comprenons beaucoup mieux à la lumière de la rédemption. Si nous rencontrons dans le genre humain un foyer de corruption, nous y trouvons aussi une source de vie qui coule beaucoup plus abondante encore. Nous y voyons la justice de Dieu, qui nous paraît si dure et si sévère, vaincue en quelque sorte par son amour et sa miséricorde. Et si cette unité de la race a été dans l'humanité le principe de la transmission héréditaire de la faute d'Adam à tous ses descendants, c'est par elle aussi que la régénération de tout le genre humain est devenue possible dans un nouvel ancêtre.
1 Jean, 1, 12, 13.
On peut donc, d'après la doctrine de l'Ecriture-Sainte que nous venons de développer, envisager ainsi la nature du péché originel. C'est le péché d'Adam transmis à tous ses descendants par la génération charnelle, ou le péché habituel hérité par la génération corporelle et inhérent à chacun de nous par la naissance, en tant qu'il a sa source dans le premier péché d'Adam. L'école dans sa langue classique appelait ce péché, péché originel, pour indiquer sa source ; les Allemands l'appellent péché héréditaire, pour montrer la manière dont il se transmet.
2. Le péché qui pèse sur nous tous dès le premier instant de notre existence, est au fond identique au péché d'Adam avec cette différence que dans Adam il était à la fois actuel et personnel, tandis que dans ses descendants il est habituel et n'a pas son fondement dans un péché actuel et personnel d'aucun d'eux. Cette circonstance doit amener un adoucissement dans la peine du péché; car ce ne doit pas être la même chose aux yeux de Dieu que d'être la cause libre d'un péché ou de l'hériter sans sa volonté. Nous trouvons tout naturel que des péchés personnels soient punis par des peines positives ; mais pour un péché héréditaire nous ne pouvons attendre de la justice divine que des châtiments négatifs, consistant dans la privation ou la soustraction de grâces et de bienfaits auxquels notre nature ne nous donnait aucun <iroit. Si donc Adam, en cas de pénitence, devait subir pour son péché le châtiment positif de la damnation ; si, par le seul fait de désobéissance, il assuma réellement et ce sous le reatus pœnœ, le péché héréditaire ne peut pas entraîner ces châtiments positifs, et de fait, non seulement l'Ecriture-Sainte n'en dit rien, mais nous devon-s conclure d'autres passages relatifs aux forces naturelles du pécheur héréditaire, que celui-ci en est affranchi. Du reste, l'état de péché habituel qui résultait pour Adam de son péché, avec ses autres châtiments, ne différait point de l'état de péché héréditaire : ainsi la perte de la filiation divine et le droit au ciel 4, c'est-à-dire le reatus culpœ et le reatus pœnœ œternœ, la mort du corps2 avec tous ses avant-coureurs, les maladies, les souffrances, les peines de
1 Rom., v, 16, 18. — » Ibid., v, 12.
toutes sortes, la perte des grâces extraordinaires qui soumettaient pleinement à l'esprit les appétits Inférieur!, ou le déchaînement de la concupiscence {, était la suite du péché d'Adam, comme du péché originel.
Avec la concupiscence il se produit en outre an affaiblissement de la volonté pour le bien un obcurcissement de l'intelligence et de la lumière naturelle de la raison dans les choses divines et morales. Mais l'Ecriture-Sainte n'enseigne point que l'homme soit incapable de tout bi^n, qu'il ne puisse plus rien connaître dans les choses divines et morales, si Dieu ne lui vient pas en aide par des grâces extraordinaires. Elle enseigne au contraire, de la manière la plus formelle, que, dans son état présent et malgré le péché originel, l'homme est en état de connaître avec certitude, sans révélation surnaturelle, les principes les plus essentiels de la loi morale naturelle et les plus importantes vérités de la religion naturelle sur l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme.
Quand l'Apôtre dit2 que la raison et l'intelligence des païens sont obscurcies, il veut parler des ténèbres qu'ils ont eux-mêmes amassées par leurs péchés personnels, et qu'ils auraient pu écarter s'il avaient voulu faire usage des talents qui leur étaient restés et ne s'étaient pas volontairement détournés de la considération et de la poursuite des choses suprasensibles. De là vient que l'Apôtre tient les païens pour inexcusables quand ils transgressent la loi que Dieu a gravée dans leurs cœurs, ou qu'à la place du vrai Dieu, qu'ils pouvaient connaître par la création extérieure, il se sont forgé de funestes idoles3. Le livre de la Sagesse traite de vains et d'insensés tous ceux, y compris les païens, qui ne savent rien d'une révélation et n'ont point acquis la connaissance de Dieu : témoins de l'excellence et de la beauté de la nature qui nous environne, il leur était plus facile encore de s'élever jusqu'à la notion de ce maître et de l'auteur de cette belle nature 4. Saint Paul attribue à l'homme déchu, même vivant parmi les idolâtres, non seulement la capacité de trouver une cause suprême indéterminée, mais
1 Rom., vu, 18, 23, 24. — * Eph., iv, 1S, — s Rom., i, 19, 20. Cf. n> 14, 15. — *Sag., xni, 1-9. Cf. Ps. xm et 18.
encore celle de connaître, même sans recherches philosophiques un Dieu personnel, car l'ignorance en cette matière n'est excusable en aucun cas.
Cette connaissance vient-elle de l'influence que notre âme recevrait d'une lumière divine particulière, ou du concours d'une providence naturelle spéciale? L'Ecriture-Sainte ne le dit point1. Mais il est incontestable que la raison l'acquiert en méditant sur les œuvres de Dieu et sur ses manifestations au sein de la nature et qu'elle ne la reçoit pas seulement de la foi et de la révélation surnaturelle. Non seulement, en effet, dans les passages cités, la foi et la révélation surnaturelle ne sont pas supposées mais elles sont positivement exclues, et cependant il est déclaré que l'ignorance de cette vérité religieuse est inexcusable. Comment, du reste, cette connaissance viendrait-elle de la foi seule, puisqu'elle est pour elle un préliminaire indispensable et que le développement de la foi doit correspondre à notre nature raisonnable? Comment pourrons-nous tenir quelque chose pour vrai sur l'autorité de Dieu si nous ne connaissons pas d'avance l'existence de ce Dieu?
Il y a plus : le pécheur héréditaire est encore en possession de son libre arbitre, il peut encore faire quelque bien naturel, et, avec la grâce, coopérer au bien surnaturel ou aux œuvres du salut. Dieu, dans toute sa révélation, suppose cette faculté chez l'homme à côté de la raison : il lui donne des lois positives et des prescriptions dont il récompense l'observance et punit la violation. Il est vrai que l'Ecriture Sainte parle de la culpabilité d'une manière tout à fait générale, et que l'Apôtre1 attribue une grande énergie à la concupiscence ; mais il n'est dit nulle part qu'elle force le libre arbitre par une nécessité interne à des péchés personnels. S'il en était ainsi, ces péchés ne pourraient plus être considérés comme des péchés, ni impliquer une faute particulière, car une faute personnelle ne peut provenir que d'une transgression libre et personnelle de la loi de Dieu, or, cette liberté, l'Ecriture l'attribue expressément à l'homme en divers endroits2. On ne saurait ob-
1 Rom., vu. — » Deut., xxx, 19; Jérém.y xxxn, 23; Eccli., xxxi, 8; Matth., xxin, 37.
jecter que le pécheur héréditaire n'a conservé son libre arbitre pour pécher librement, car d'abord la vraie liberté de pécher implique la possibilité du contraire, la possibilité d'omettre In péché, par conséquent de faire une bonne action; et de plus l'Ecriture dit encore expressément que le pécheur héréditaire peut, sans une grâce particulière, opérer quelque bien naturel avec son libre arbitre. Elle fait l'éloge de ces sages-femmes de l'Egypte qui craignaient Dieu et qui n'observaient pas l'ordre que leur avait donné Pharaon de tuer tous les enfants d'Israël 4; elle loue aussi la conduite de Rahab 2 pour avoir sauvé les espions des Israélites ; l'hospitalité que les Milésiens exercèrent envers Paul et Barnabe3; elle parle des œuvres naturellement bonnes des païens, en disant que les chrétiens ne doivent pas se laisser confondre par eux4; Et le premier livre des Machabées loue même expressément les vertus des Romains5.
Ainsi il demeure toujours possible au pécheur héréditaire d'acquérir une récompense temporelle en observant la loi naturelle et en aspirant au bien moral naturel ; il peut écarter les obstacles qui s'opposent à sa justification, et l'Ecriture Sainte ne favorise nulle part cette erreur que le péché a ravi à l'homme ses facultés naturelles, ou que tous les actes de l'homme non justifié sont des péchés proprement dits. Sans doute son intelligence et son libre arbitre ont été blessés par la perte de la grâce et peuvent encore être altérés davantage par des péchés personnels, de sorte que, même sous ce rapport, il est moralement nécessaire que l'homme tombé soit guéri par la grâce; mais en général la grâce ne lui est absolument nécessaire que pour atteindre à sa fin surnaturelle. C'est à Jésus-Christ seul et à sa grâce que nous devons de pouvoir y parvenir.
1 Exod., xx, 21. — * Josué, il. — * Act.y xxvm. — 4 Matth., v, 46; vu, 19; - 5 Cf. chap. xvin.
ÉCRITURE SATNTE. 361
(continuation)
Doctrine de l'Écriture-Sainte sur la grâce et l'élection à la
grâce
Le fils de Dieu était descendu du ciel pour arracher le genre humain à sa corruption, qui allait croissant da plus en plus par les péchés des individus et des peuples, pour opérer leur régénération morale et les rendre de nouveau capables d'atteindre leur destinée primitive. Considérée sous un certain côté, cette œuvre de rédemption accomplie par le Fils de Dieu pendant sa vie terrestre, était consommée parfaite, mais par un autre côté, au point de vue de ses effets, elle n'était point encore complète ; elle devait se continuer jusqu'à la fin des temps et s'accomplir dans l'humanité tout entière, comme dans chaque individu. En d'autres termes, il faut que l'œuvre de la rédemption devienne une œuvre de sanctification pour le genre humain tout entier comme pour chacun de ses membres : c'est là qu'elle doit se terminer. En ce qui le regarde, Notre- Seigneur Jésus-Christ nous a donné lui-même une instruction et une révélation objectivement complètes et suffisantes pour tous les temps, soit "en ce qui concerne la connaissance des vérités naturelles, qu'il a éclairée, rendue plus certaine et plus parfaite, soit en ce qui regarde la communication des mystères surnaturels. Il a de plus établi dans son Eglise les institutions nécessaires pour que chaque individu pût aisément acquérir la connaissance de cette révélation. Il a voulu affermir notre volonté, en nous donnant lui-même, dans sa vie terrestre, le plus parfait exemple de vertu, et il a pris soin que son Eglise, non contente de nous montrer le chemin de la vie éternelle, nous y dirigeât elle-même, par la main, comme une mère attentive, un sage législateur, une gardienne vigilante. Pour réconcilier le genre humain avec Dieu, et établir pour tous un trésor inépuisable de mérite, il a offert lui-même le sacrifice de son obéissance jusqu'à mourir sur la croix, et il a institué dans son Eglise la continuation non sanglante de ce sacri-
flce, avec les sacrements nécessaires pour dispenser sa grâce, à tous ceux qui voudraient s'approcher de cette source afin que les fruits de la rédemption fassent constamment appliqués au genre humain.
Toutes ces dispositions divines en vue du salut des hommes, l'Ecriture Sainte les nomme aussi des grâces, mais ce sont plutôt des grâces extérieures, qui sont destinées au genre humain en général. Quant à l'application en détail de la rédemption, elle n'est pas un fait définitivement consommé ; elle doit se réaliser dans tous les hommes, non par le fait de l'homme seul, mais par le fait de Dieu et de l'homme tout ensemble. La première porte dans l'Ecriture Sainte le nom de %$çiz, gratia. Ici, comme dans les auteurs classiques, yvapiç signifie à la fois faveur, bienveillance et manifestation de cette faveur. Aussi, quand il s'agit de Dieu, ce mot désigne d'une part, quelque chose d'éternel, et d'autre part, les manifestations dans le temps de la bonté divine. C'est en ce dernier sens qu'il est surtout employé ici. et avec une signification plus étroite encore que les manifestations de la faveur divine par lesquelles l'œuvre de la rédemption doit s'accomplir personnellement en nous ; car ces manifestations, à la différence des dons et des privilèges que nous avons reçus par la création, se distinguent en ce qu'elles proviennent d'une bienveillance envers nous, spéciale et imméritée, et nous sont, dans un sens particulier, données gratis. On distingue encore les bienfaits et les faveurs qui adhèrent à l'âme humaine comme quelque chose de durable et d'habituel, et ceux qui consistent dans une influence actuelle de Dieu sur l'âme, sur sa connaissance pour l'éclairer, sur sa volonté pour la fortifier et l'affermir et les rendre capable l'une et l'autre d'atteindre à la fin surnaturelle, U„ vision éternelle de Dieu.
1. L'Ecriture Sainte n'enseigne pas seulement la nécessité de la rédemption et de toutes les institutions préparées pour le bonheur de l'homme ; elle affirme encore la nécessité de la grâce actuelle interne pour fortifier et agrandir ses forces naturelles, afin qu'il s'approprie les fruits de la rédemption, c'est-à-dire pour qu'il accepte la vérité révélée, qu'il se débarrasse du péché et se sanctifie en Jésus-Christ, ou qu'il réforme sa vie morale ; car le Seigneur l'a dit lui-
même ; « personne ne vient à moi, sans que le Père qui m'a envoj'é ne l'attire *, » et ailleurs 2 ; « comme la branche ne peut porter de fruits si elle ne demeure attachée à la vigne, ainsi de vous, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, et vous êtes les branches ; celui qui demeure en moi et moi en lui, porte beaucoup de fruits, car sans moi vous ne pouvez rien. » L'Apôtre enseigne également qu'il ne dépend pas de nous de vouloir et de courir, mais de la miséricorde de Dieu 3; que personne ne peut prononcer avec foi et dévotion le nom de Jésus si ce n'est dans le Saint-Esprit 4 ; que c'est Dieu qui commence en nous la bonne œuvre et qui la consomme 5 ; qu'il produit en nous le vouloir et le faire 6. L'Ecriture enseigne donc en général la nécessité d'une grâce prévenant^, concomitante et subséquente, non seulement pour éclairer l'intelligence de l'homme, mais encore pour fortifier la volonté. L'Apôtre distingue expressément cette grâce interne de la prédication de l'Evangile, et des moyens de salut que Jésus-Christ nous a apportés, quand il dit : «j'ai planté, Apollon a arrosé, mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement; ainsi, ni celui qui plante, ni celui qui arrose ne sont quelque chose, mais Dieu, qui donne l'accroissement7. »
Ainsi d'après ce qui précède, l'homme, dans l'état de sa nature déchue, possède toujours l'aptitude à connaître sa destinée morale et naturelle, et à faire des efforts efficaces pour sa réalisation ; et si l'Ecriture Sainte n'enseigne point la nécessité d'un secours surnaturel de Dieu pour atteindre cette fin, elle le réclame cependant :
1° A cause de l'obscurcissement de l'intelligence et la faiblesse de la volonté dans le pécheur héréditaire qui veut accomplir complètement la loi naturelle ou surmonter toutes les tentations. La nécessité de cette grâce, qui ne vise pas encore à élever l'homme à l'état surnaturel de la grâce, mais seulement à raffermir ses forces affaiblies, n'e*t pas sans doute absolue ; le péché de l'homme, dans le cas où il manquerait de cette grâce, ne laissait pas de lui être imputable;
» Jean, vi, 44. — » Jean, xv, 4, 5. — 5 Rom., ix, 16. — 4 / Cor., xii, 3. — » Phil., j, 3, 6. — « Ibid., n, 12-13. Cf. II Cor., m, 5; Eph., u, 10. — T ICor., ui,6,7.
cependant, c'est une nécessité morale, et Saint-Paul la donne comme telle dans son Epitre aux Romains l, quand il décrit la force de la concupiscence dans son intérieur, et qu'il déclare impossible d'accomplir pleinement la loi avec les seules forces de la nature.
2° La grâce surnaturelle actuelle est absolument nécessaire selon l'Ecriture sainte, pour toutes les actions qui ont pour objet la vie éternelle; qui soint en rapport direct avec notre salut en Jésus-Christ et notre fin surnaturelle, cela est vrai notamment de la première démarche de l'homme pour s'approprier le salut en Jésus-Christ, de ses premiers efforts sur le terrain de la morale surnaturelle, de la foi ; ses premiers commencements ont besoin de la grâce prévenante d'illumination. Quand Saint- Pierre confessa sa foi à la divinité de Jésus-Christ, le Seigneur lui répondit : « Ce n'est pas la chair, ni le sang qui vous ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux 2. »
La foi, aux yeux de l'Apôtre, tout en dépendant du libre assentiment de l'homme, est en même temps un don de Dieu 3, et c'est pourquoi il invite les fidèles à remercier Dieu de ce bienfait 4. Ce que nous disons là regarde plus encore tous les actes qui ont rapport au salut, qui peuvent tout d'abord procéder de la foi, qui nous rattachent plus étroitement à Jésus-Christ, ou développent et consomment nos relations avec lui ; des actes d'espérance et de charité, qui ont pour base les motifs surnaturels qui se tirent de la foi 5. Cette nécessité de la grâce est enseignée d'une manière tout à fait générale; elle s'applique non seulement aux actes salutaires de ceux qui se préparent à recevoir la justification en Jésus-Christ, mais encore aux actes de ceux qui sont déjà justifiés et sanctifiés; car il en est de ceux qui sont entés en Jésus-Christ, comme ces branches par rapport à la vigne ; sans lui, ils ne peuvent produire aucun fruit, ni rien faire de méritoire pour le ciel 6.
3° L'Ecriture Sainte insiste principalement sur la nécessité de la grâce pour persévérer dans le bien jusqu'à la fin,
1 Cf. chap. vu, et Sag., vin, 21. — * Matt h. , xvi, 17. Cf. Act., xui,48; xvi, 14. — 3I Cor., xn, 9; Eph.,n, 8; Phil.,i, 29. — i Rom., i,8; Eph.. i, 16, 17; Col, 1, 4; 7 Thess., î, 3. — * Eph., i, 17, 18; Gai., v, 22.— • Jean, xv, 4; Hébr., xn, 2.
car dans L'état de nature déchue, l'homme incline de préférence vers les choses sensibles et coupables ; la concupiscence a pris un tel empire qu'il lui est moralement impossible de combattre victorieusement toutes les tentations du dedans et du dehors, de repousser dès le premier instant tous les attraits du mal, si l'homme justifié ne reçoit pas incessamment de Dieu un secours spécial, il est fort à craindre qu'il ne se laisse surprendre par la concupiscence et la tentation et qu'il ne retombe dans le péché. De là cette prière que le Seigneur nous met dans la bouche ; « ne nous induisez point en tentation 4, » et cette parole des Apôtres ; « celui qui a commencé le bien en nous l'achèvera 2. »
2. De même que le Fils de Dieu est descendu du ciel par amour et miséricorde pour nous, et sans que nous eussions aucun droit à la rédemption, ou que nous fussions capables d'offrir à Dieu un seul mérite comme motif de la miséricorde; de même c'est sans mérite que nous recevons la grâce qui nous aide à nous approprier a rendre possible l'œuvre de la rédemption. Cette proposition, que la foi nous est donnée gratuitement, sans mérite antécédent de notre part est le principal sujet de l'Epitre aux Romains; et du reste quand l'Ecriture Sainte appelle la grâce du nom de xaptç, elle suppose que c'est vraiment une grâce 3, or, si c'est une grâce, elle n'est pas le fruit de nos œuvre ; autrement la grâce ne serait pas grâce 4.
3. Mais si la grâce est le principal agent dans toutes les phases de l'œuvre du salut; si c'est elle qui partout donne l'impulsion, le libre concours de l'homme n'est ni exclu ni inutile et la grâce elle même n'exerce pas sur la volonté une influence telle que celle-ci doive nécessairement lui obéir ou ne puisse lui résister. Si lagrâce de Jêsus-Christ avait ce caractère, le christianisme serait la ruine de tout l'ordre moral, tandis qu'il a justement pour tâche de le renouveler. Le Seigneur assure lui-même qu'il n'est pas venu pour abolir la loi, mais pour l'accomplir, et les enseignements que nous ont conservés de lui les Evangélistes, ont surtout pour objet de développer cette morale de l'Evangile, qui devait trans-
1 Luc, n, 9; xvin, 1. — ' Phil., î, 6 ; Col., iv, 3; / Thés'., x, 17; I Pierre, i, 5. — 3 1 Jean, iv, 19; ICor., îv, 7. — * Rom., xi, 6.
former l'ordre moral de l'univers. Il en est de même des Epitres des Apôtres, la plupart ont pour objet de préciser; d'éclairer et d'inculquer la loi de lamorale chrétienne. Quand Saint Paul dit que les chrétiens sont affranchis de la loi, il ne veut parler que de l'exemption de la loi cérémonielle des juifs, qui perdit sa valeur et sa force obligatoire à la mort du Seigneur, alors que le voile du temple se déchira ; or la loi morale et l'obligation de l'observer ne signifient rien sans la liberté de l'homme. On ne peut pas dire que cette liberté nous a été rendue par la grâce de Jésus- Christ, car nons avons vu que des œuvres naturellement bonnes, et cela dans l'ordre moral, sont possibles sans la grâce ; et l'ancien testament ne manque pas de lois morales pour l'homme privé de la grâce. Quand saint Paul, en son Epître aux Romains, dit que la loi ne pouvait pas opérer la rémission des péchés, mais seulement faire revivre le péché, il entend simplement que la loi cérémonielle de l'ancien testament imposait à l'homme ces obligations si nombreuses et si détaillées qu'il lui était impossible de les remplir toujours et sans interruption dans toutes leurs particularités.
Le libre concours de l'homme à la grâce surnaturelle et prévenante n'est pas moins nécessaire pour la foi et pour la pénitence ; ici encore la grâce n'atteint pas son but sans le concours de l'autre agent : car nous ne sommes pas seulement invités à croire et à faire pénitence ; il est dit aussi que le refus d'accepter l'Evangile est de la part de l'homme une faute digne de châtiment. Or, il n'en serait pas ainsi, si la grâce seule lui eut manqué, car elle aurait opéré d'elle-même la conversion par une nécessité interne *. Quelquefois il est expressément parlé du libre assentiment de l'homme à la grâce, ou de son libre refus, nonobstant la surabondance de la grâce, comme lorsque le Seigneur se plaint de lincrédulité de Jérusalem : « Jérusalem, Jérusalem, que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu n'as pas voulu 2. » De plus la doctrine de la Bible sur la valeur mé-
1 Matth., xi, 21; xxi,33 et suiv.; Luc, xiv, 16 et suiv.; Rom., îx, 31-33. — %Matth., xxm, 37. — Cf. Dew£.,xxx, 15-20; Prov., i, 22; Is., v, 4.
ritoire des bonnes œuvres suppose la liberté des actes, et les propres paroles de Notre Seigneur lorsqu'il décrit le jugement dernier *, sont tellement 'décisives à ce sujet, que notre sort éternel dépendra des œuvres de charité que nous aurons pratiquées à l'égard du prochain.
4. L'Ecriture Sainte cite toujours deux agents dans l'œuvre delà justification et de la sanctification, et la manière dont elle explique leur rapport, fait voir que la grâce suppose le travail de l'homme, l'accompagne et le consomme ; elle apparaît comme le facteur le plus important. Où la question devient difficile c'est quand il s'agit de déterminer l'influence de la grâce sur la décision de la volonté, en taut que cette décision est libre; de la distribution de la grâce du côté de la volonté divine et de ses motifs ; quand il s'agit d'expliquer l'élection à la grâce, ouïe rapport de l'élection à la grâce avec la prévision des actes libres de l'homme, dans le décret de la prédestination divine. Voici ce que l'Ecriture Sainte enseigne à cet égard :
1° La rédemption en Jésus-Christ n'est pas seulement valable en soi pour tous les hommes, quand même leur nombre deviendrait immense ; et Dieu ne veut pas seulement le salut de tous sans exception de personne, mais il veut encore donner à chacun dans cette totalité une mesure de grâce suffisante. Le salut a été rendu possible à tous les hommes, à ceux qui vivaient avant Jésus-Christ, comme à ceux qui ont vécu après lui, d'abord par les révélations et institutions divines qui regardent soit tout le genre humain, soit le peuple juif en particulier ; puis par les grâces internes qu'il a accordées à chaque personne 2. Car Dieu veut rue tous les hommes soient sauvés et arrivent à la connaissance de la vérité. Sans doute il ne faut pas concevoir cette mesure de grâces suffisantes comme s'il y avait pour chacun dès sa naissance, où dès l'âge de discrétion un trésor de grâces arrêté et définitif; cela veut dire simplement que Dieu est toujours présent à chacun par sa grâce prévenante, comme pour attendre si l'homme entendra son appel et se rendra digne de recevoir une mesure de grâce plus abondante.
2° Malgré cette grâce suffisante pour tous, qui a son fon-
1 Matth., ch. xvin. — 2 Rom., v, 18; xi, 32; I Tint., u, 4; I Jean, II, 2.
368 HISTOIRE DBS DOOMBS.
démon i dans la bonté do Dieu envers tous Les hommes, et dans la surabondance de mérites de Jésus-Christ, Dieu ne laisse pas d'être libre pour la ûispensation de sa grâce, non seulement parce qu'elle est nn bienfait gratuit auquel nous ne pouvons avoir aucun droit, mais aussi parce qu'il peut dépasser la mesure <ie ce qui suffît, et manifester un amonr particulier dans le choix du moment où il distribuera la grâce. Dieu est libre de donner une grâce particulièrement énergique et plus que suffisante ; car il veut la variété dans Tordre de la grâce comme clans la nature visible qui nous entoure. Il a aimé le peuple d'Israël plus que tous les autres peuples, il a fait de lui une nation privilégiée en lui accordant des grâces particulières *. Ceux qui obtiennent le salut et la vie éternelle en Jésus-Christ, l'Ecriture Sainte les appelle élus 2; Dieu les aime donc davantage et les comble de grâces plus abondantes, tout en prévoyant le libre concours de l'homme à ce dessein éternel. Le peuple d'Israël est, de plus, auxyeu-: de l'Apôtre, une image du petit troupeau des élus, du peuple spirituel de l'élection en Jésus-Christ, et c'est pourquoi, ici encore, l'homme n'a pas le droit de disputer avec Dieu. « Car avant que les enfants fussent nés et qu'ils eussent fait aucun bien ni aucun mal, afin que le décret de Dieu subsiste par un libre choix, il lui a été dit (à Rebecca), non en vertu des œuvres, mais à cause de l'appel de Dieu : L'ainé sera assujetti au ; lus jeune, selon ce qui est écrit; j'ai aimé Jacob et j'ai détesté Esaù, que dirons-nous donc ? Y aurait-il en Dieu de l'injustice ? A Dieu ne plaise ! car il a dit à Moïse : Je fais miséricorde à qui il me plaît de faire miséricorde, et j'ai pitié de qui il me plaît d'avoir pitié, cela ne dépend donc ni de qui veut, ni de qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde... Le potier n'a-t-il pas le pouvoir de faire de la même masse d'argile un vase d'honneur et un autre d'ignominie ? 3 » Les raisons par lesquelles Dieu se laisse diriger dans le partage qu'il fait de ses grâces selon son infinie sagesse (à parler humainement), dépassent toutes nos conceptions, et il ne nous reste qu'à répéter avec l'Apôtre : Dieu se propose partout sa gloire et .-on honneur comme fin dernière et suprême, et il fait voir déjà, dans la
1 Rom., xi, 28. — * Rom., xi, 7. — 3 Rom., îx, 11-21.
libre et indépendante, dispensation de la grâce, sa majesté infinie et son indépendance â l'égard de toute créature, mais il veut en même temps, partout et toujours, le salut de l'homme, et souvent il le cherche par la soustraction même de sa grâce. Quand Israël eut répudié le salut que lui offrait Jésus-Christ et eut été rejeté, le Seigneur voulut le tirer de son assoupissement par la vocation efficace des Gentils, stimuler son zèle par la préférence qu'il donnait à ceux-ci et l'amener à la foi par un progrès insensible. « De même qu'autrefois, écrivait Saint Paul aux Romains 4, vous ne croyiez pas non plus en Dieu, et que vous avez ensuite obtenu miséricorde à cause de l'incrédulité des juifs, de même à présent les juifs n'on pas cru afin qu'il vous fût fait miséricorde, et qu'ils obtiennent aussi miséricorde; car Dieu a tout renfermé dans l'incrédulité, afin d'exercer envers tous sa miséricorde 2. »
Dieu est donc libre dans la distribution de ses grâces, et il est pius libre encore dans ia dispensation de ses dons gratuits et de ses grâces extraordinaires accordées à certaines fonctions, par laquelle il conserve l'organisme vivant de son Eglise, qui est le corps de Jésus-Christ, et maintient la dépendance d'un membre à l'égard de l'autre3. Mais il est libre aussi dans le choix du moment le plus opportun ou le plus convenable par ia concession de la grâce; car de même que Jésus-Christ est venu en ce monde pour consommer l'ouvrage de la rédemption au moment précis où l'humanité y était préparée et où il prévoyait qu'il trouverait créance auprès d'elle, il sait aussi, dans la dispensation de la grâce, choisir le moment où elle sera plus facilement et plus sûrement accueillie. Il est dit au livre delà Sagesse 4 d'un jeune homme pieux et chéri de Dieu, qu'il a été enlevé de peur que la malice ne corrompit son cœur ; c'est avec la même liberté qu'il n"a pas annoncé l'Evangile aux Tyriens et aux Sidoniens, bien qu il sût qu'ils auraient fait pénitence dans la cendre etlecilice, s'ils avaient vu les miracles qui se faisaient àCorozaïn et à Betsaida5.
3° Sans doute, il est nécessaire de sauvegarder la liberté
1 Rom., xi, 30-32.— ■ Cf Ibid., xi, 11.— » Cf. / Cor., xn.— * Sag., îv. 11. '* Matth., xi, 21.
de Dieu dans le partage de ses grâces et dans le choix qu'il en fait par suite de ses conseils éternels ; sans doute encore l'esprit humain est incapable do se rendre un compte exact de ce mystère, de là cette exclamation de l'Apôtre : « 0 profondeur des richesses de la science et de la sagesse de Dieu ! 4 » Mais il est certain d'autre part que Dieu, dans son décret éternel, ne saurait nous prédestiner à des actes libres, à des mérites proprementt dits ni surtout à des démérites, sans tenir compte, dans son infaillible prévision, de notre liberté. Le péché, comme faute et comme attentat contre Dieu, c'est l'unique ouvrage de l'homme; il en est de même du libre concours à la grâce, il ne saurait jamais être remplacé par la grâce dans l'acquisition des mérites. Il n'y a donc pas, au point de vue de la Bible, de prédestination au péché, et quand l'Apôtre insiste sur ce point que Dieu a endurci le cœur de Pharaon, qu'il est en son pouvoir de se faire avec une même masse d'argile des vases d'honneur 2 et des vases d'ignominie, il ne peut parler que d'une permission du mal ou la non-concession d'une grâce extraordinaire, laquelle n'est donnée qu'à ceux qui coopèrent aux grâces suffisantes qu'ils ont déjà reçues et se disposent convenablement à en recevoir de plus élevées. Dans cette permission du mai, et dans ca refus de la grâce extraordinaire, Dieu est libre, dit l'Apôtre, et il peut l'être, sans se contredire lui-même et sans aller contre sa volonté créatrice, non seulement en ce qui concerne la liberté de ses créatures à qui il ne veut point faire violence, mais encore pour suivre ses sages et amoureuses intentions, car l'opiniâtreté et l'incrédulité de l'un tourne au salut des autres, notamment l'endurcissement des Juifs à la conversion des païens.
La véritable cause de l'endurcissement positif et de l'incrédulité, c'est la mauvaise volonté de l'homme luimême; aussi les Juifs ne doivent-ils imputer qu'à euxmêmes leur répudiation, puis qu'au lieu de croire au Fils de Dieu fait homme, ils se sont heurtés contre la pierre de Sion et ont dédaigné le salut qui leur était offert. Voici, en effet comment l'apôtre continue, à la suite des passages
1 Rom., xi, 30. — * Rom., ix, 18, 21.
cités : « Si Dieu, voulant montrer sa colère, et faire connaître sa puissance, a supporté avec une patience extrême les vases de colère préparés pour la perdition, afin de faire éclater les richesses de sa gloire sur les vases de miséricorde qu'il a préparés pour la gloire;... que dirons-nous, sinon ceci : Les gentils qui ne cherchaient point la justice ont embrassé la justice, fcette justice qui vient de la foi; tandis que les Israélites, qui cherchaient la loi de la justice, ne sont point parvenus à la loi de la justice? Pourquoi? parce qu'ils y aspiraient, non par la foi, mais par les œuvres; car ils ^e sont heurtés contre la pierre d'achoppement l. »
De même, Dieu ne peut pas prédestiner aux bonnes œuvres uniquement en décidant qu'il donnera une grâce efficace et victorieuse par elle-même, parce que le libre consentement n'est pas affaire de la grâce seule, mais de l'homme. Dieu ne peut prédestiner à une grâce infailliblement efficace, qui obtiendra certainement son effet qu'autant qu'il prévoit que l'homme y coopérera, et il ne peut prédestiner à des mérites réels, et à la récompense éternelle qu'autant qu'il prévoit notre libre adhésion, et, dans ce cas, qu'autant qu'il prévoit nos mérites comme réellement futurs. De là vient que saint Paul signale expressément la prévision divine comme un élément essentiel du décret divin de la prédestination et comme sa base : « Ceux qu'il a connus par sa presscience, il les a aussi prédestinés pour être conformes à l'image de son fils, afin qu'il fût l'aîné entre plusieurs frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés 2, etc. »
C'est ainsi également que nous devons concevoir d'après l'Ecriture sainte le décret éternel de la réprobation. Dieu peut refuser à plusieurs les grâces extraordinaires qui amèneraient leur conversion, parce qu'il prévoit qu'ils n'utiliseront pas même les grâces suffisantes. Il y a donc à ce point de vue, à côté de l'élection des prédestinés, une réprobation négative, c'est à dire, à côté de l'amour spécial que Dieu porte aux élus, un défaut de cet amour pour les autres 3. Mais une condamnation positive aux châtiments posi-
1 Rom., ix, 22-33. Cf. x, 21. — * Rom., vin, 29. Cf. xi, 21 : « Dieu n'a pas rejeté son peuple qu'il a prévu dans sa prescience. » I Pierre, î, 2. — 3 Rom., ix, 11 et suiv.
tifs (Je l'enfer, suppose la prévision des démérites futurs, comme base de la damnation positive; car c'est toujours la faute de l'homme seul, s'il endurcit son cœur et s'attire la damnation.
^continuation)
Doctrine de l'Écriture-Sainte sur la justification et la sanctification
Nous avons vu dans ce qui précède que la grâce et la liberté concourent ensemble à l'œuvre du salut; mais au moment où leur action est si étroitement unie et forme un nœud si serré, il est nécessaire de les examiner de près, si l'on veut se faire une idée exacte de l'une et de l'autre. Nous voulons parler de la justification et de la sanctification en Jésus-Christ. Elle est à certains égards pour chacun, l'initiation dans la voie du salut, et sous un autre rapport elle se doit poursuivre et perfectionner jusqu'à la fin de la vie; car ce terme exprime tout ensemble et notre affranchissement du péché et notre translation de l'état de culpabilité et de faute dans l'état d'enfants de Dieu, et enfin la sanctification, et le développement progressifs de la vie divine que nous avons reçue. S'agit-il de la délivrance du péché, la sanctification se consomme pour la première fois dans la réception du baptême, rite extérieur, institué par Jésus-Christ même pour symboliser et produire la grâce entière du salut. Or il faut que le baptême, du moins quand l'homme a déjà acquis l'usage de sa liberté, soit précédé d'une disposition morale et d'une conversion du cœur. De même que Dieu, quand il a voulu racheter le genre humain par Jésus-Christ, n'a point paru sur le théâtre du monde comme un Deus ex machina, mais qu'il a pris, dans tous les états de la société humaine, des mesures, des dispositions préparatoires, afin que l'œuvre divine pût y agir à la manière d'un levain, y produire un renouvellement et une renaissance complète; il faut de même qu'en chacun de nous le terrain soit convenablement préparé, pour que le germe de la vie nouvelle en Jésus-Christ puisse prendre racine et se développer ; et de même que dans l'histoire de
la société humaine tout aboutissait, par des voies de plus en plus distinctes et reconnaissables, à son centre, qui est Jésus-Christ; de même que dans toutes les situations religieuses et morales de l'humanité, dans la science et dans l'art, au point de vue social comme au point de vue politique, tout aspirait à l'affranchissement et à la délivrance, que tous les préparatifs étaient faits pour recevoir le christianisme; de même toute âme humaine, doit se préparer, par tous les moyens dont elle dispose, par son intelligence, par sa volonté, par sa vie extérieure, à recevoir le salut en Jésus-Christ, qui est son terme final, et à s'unir étroitement à lui.
1. Le Seigneur lui-même exige cette préparation de notre âme quand il dit au commencement de sa prédication : « Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche 4, » et il l'exige comme une condition indispensable du salut : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous semblablement 2. » L'ancien testamment enseigne la même doctrine : « convertissez -vous à moi dit le Seigneur des armées; et je me convertirai à vous •. » Les apôtres, à l'exemple du Seigneur, commençaient leur prédication par cet appel à la pénitence ; « Faites pénitence et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission des péchés 4. »
Cette pénitence exigée partout comme un préliminaire indispensable du salut, n'est autre chose que l'acte par lequel la volonté se détourne du mal avec horreur et avec regret, pour se tourner vers Dieu, tel qu'il s'est réveié en Jésus-Christ, notre Sauveur et notre sanctificateur. Pour cela, il faut tout d'abord croire en Jésus-Christ, car c'est la foi qui nous fait connaître l'énormité du péché, sa malice et sou châtiment, comme aussi la miséricorde et l'amabilité infinies de Dieu. La foi est donc le fondement de toute justification, de toute conversion véritable du cœur, et de toute pénitence sincère; car sans la foi il est impossible de plaire à Dieu 5. La grâce d'illumination, ainsi que nous l'avons vu plus haut, donne la première impulsion ; de lui-même
1 Matth., iv, 17; Marc, i, 15. — ' Luc, xm, 3. — 5 Zach., xvm, 21. — iAct., ii, 38; m, 19. — * Hébr.,xit 6.
374 HISTOIRE on IJOGMIOS.
l'homme est incapable de former un acte de foi surnaturel l, comme, aussi, sans le concours de l'homme, la foi ne saurait prendre racine dans l'âme 2. La foi joue donc un rôle très important dans l'œuvre de la justification et de la sanctification, ainsi que dans la conversion du cœur. C'est elle qui fournit les motifs à tous les autres actes relatifs au salut et aux mouvements de l'âme vers Dieu ; car le juste vit de la foi 3.
Nous nous expliquons ainsi pourquoi saint Paul, dans ses Epîtres, parle surtout de la foi comme disposition essentielle à la justification et à la sanctification. Etant la racine de toute moralité, c'est elle qui informe en quelque sorte et porte en elle ce qui vient après elle; mais il ne faut oublier que toutes les phases du progrès ultérieur dépendent du libre arbitre de l'homme. En ce qui est de saint Paul en particulier, il faut se souvenir que parlant à des judaïsants qui se glorifiaient d'opérer leur salut sans Jésus-Christ, uniquement par les œuvres de la loi, il devait leur montrer qu'ils manquaient des dispositions nécessaires. L'Apôtre vient dire aux Juifs : quelle que soit votre vie extérieure, si conforme qu'elle soit à la loi sous le rapport moral, et bien qu'elle ne soit pas très différente de celle des chrétiens, votre moralité manque de son germe intérieur, de son esprit propre, de sa base surnaturelle; elle n'est jointe ni à l'humilité, ni au sentiment de votre misère et de votre impuissance, ni à la conscience vivante de la grandeur du péché, ni au désir d'une vie plus haute et plus parfaite, dans l'amour de Jésus-Christ; votre justice est donc sans valeur, parce qu'elle ne repose point sur la foi. La foi donne à la moralité du chrétien, un tout autre caractère que la justice purement légale; c'est par cette forme seulement que les actes moraux ont de la valeur aux yeux de Dieu, et déjà sous l'ancien testament, c'était par elle que les patriarches trouvaient justice devant Dieu4.
C'est ainsi que saint Paul comprend souvent sous le nom de itfertç toute l'économie chrétienne du salut et qu'il l'oppose à la loi et à toutes les institutions. « Où est donc (ô Juif) le
1 Jean, vi, 44; Rom., vin, 30. — %Rom., x, 21. — » Rom., i, 17; Hébr., x, 38. — * Hébr., xi ; Rom., iv.
sujet de votre gloire ? Il est exclu. Et par quelle loi ? La loi des œuvres ? Non, mais par la loi de la foi ; car nous estimons que l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la loi. Ou bien, Dieu ne serait-il que le Dieu des Juifs, et non pas aussi le Dieu des païens ? Oui certes, il Test aussi des païens puisqu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui justifie par la foi les circoncis, et par la foi les incirconcis 4. »
Cette foi, aux yeux de l'Apôtre, n'est pas le produit exclusif de la grâce ; bien qu'elle soit excitée par l'action antécédente de la grâce ; elle n'a lieu qu'avec le libre concours de l'homme, en sorte que celui qui, ayant à sa disposition une grâce suffisante, n'arrive pas à la foi, doit l'imputer à soi-même 2.
2. La foi n'est pas davantage une simple confiance que nos péchés nous sont remis en vue des mérites de Jésus-Ohrist ; c'est par-dessus tout une adhésion inébranlable à tout ce qui nous a été révélé en Jésus-Christ ; car, dans l'endroit où saint Paul promet le salut en récompense de la vraie foi et de la profession qu'on en fait ouvertement il ajoute3 : « Comment l'invoqueront-ils, s'ils ne croient pas en lui ? Et comment croiront-ils en lui, s'il n'en ont point entendu parler ? Et comment en entendront-ils parler, si personne ne leur prêche?... Mais tous n'obéissent pas à l'Evangile, car Isaie dit : qui a cru ce qu'il nous a entendu prêcher ? La foi vient donc de par l'audition et l'audition par la prédication de la parole de Jésus-Christ. » L'Apôtre parle ici évidemment de l'acceptation de tout l'Evangile; il est certain qu'il se contente si peu d'une simple confiance aux mérites de Jésus-Christ et d'une indifférence à l'égard de tout le reste, qu'il combat dans ses Epîtres 4 une foule d'erreurs sur d'autres points de la foi, comme sur la résurrection, sur l'émanation divine, et qu'il oblige à recevoir toutes les doctrines qui sont annoncées aux fidèles comme divines : « Lors même que nous ou un ange du ciel vous annoncerait une autre doctrine que celle que nous vous avons annoncée, qu'il soit maudit5. » Là même où il traite spécialement de la foi, dans son Epitre aux Hébreux6, il entend sous ce nom
1 Rom., n,27-30.— * Rom.y ix, 32-33; x, 16. — >i?om., x, 14.— *// Tim., Il, 17-23; Ttf.,111, 9etsuiv. — * Gai., î, 9. — »Ch. xi.
le fondement (ôirocTocaiç) de ce qu'on espère, et la ferme conviction de ce qu'on ne voit point.
3. Quand saint Paul veut énumérer d'une manière complète et dans tous leurs détails, les dispositions requises pour recevoir la grâce, il ne se contente pas d'une foi qui n'aurait son siège que dans l'intelligence de l'homme ; il exige surtout l'exercice de la volonté, la foi vivante, qui se révèle par la charité et les bonnes œuvres. Si, dans quelques passages, il attribue à la foi la vertu de justifier, en ce sens qu'elle nous dispose entièrement à recevoir la grâce de justification, il ne peut entendre par là que la foi vivante ; les œuvres qu'il en exclut ne sont que les œuvres légales des Juifs, accomplies sans la grâce 4. On sait que sola ajouté à fidejustificamume se trouve point dans le texte, et quand il y serait, nous ne pourrions pas encore exclure de ce fide la charité, car saint Paul, en d'autres endroits, s'exprime trop clairement sur la nature de la foi qui justifie, comme lorsqu'il dit : « En Jésus-Christ, ni la circoncision ni l'incirconcision ne servent de rien, mais la foi qui opère par la charité2. » Et ailleurs : « Quand j'aurais toute la foi jusqu'à transporter les montagnes, si je n'avais pas la charité, je ne serais rien 3. Ce ne sont pas les auditeurs de la loi, écrit-il aux Romains, 'qui seront justifiés, mais ceux qui l'observent4. »
D'autres passages du nouveau Testament réfutent directement cette erreur que la foi justifie seule sans les bonnes œuvres ; car on devait remarquer dès cette époque les débuts d'une fausse gnose suivant laquelle la conversion de l'homme ne peut s'accomplir que dans l'intelligence. C'est pourquoi il est dit dans l'épitre de saint Jacques : « Vous le voyez, l'homme est justifié par les œuvres et non par la foi seule 5. » Cependant il n'y a point contradiction entre cette Epitre et le langage de saint Paul6, assurant que nous sommes justifiés par la foi sans les œuvres de la loi ; car saint Paul n'exclut pas les bonnes œuvres, mais seulement les œuvres de la loi7, c'est-à-dire des œuvres qui ne proviennent pas de la foi et de la charité qui ne sont que des
. * Rom., m, 28. — « Gai., v,6. — *I Cor., xiu, 2. — * n, 13. — 5 n, 24. • Rom., m, 28. — 7 Phil.t ni, 9.
œuvres naturellement bonnes ou inspirés peut-être par des vues égoïste 4. Saint Jacques, lui, veut parler de la foi morte, et cette foi qui n'a pas encore pris possession de l'homme tout entier, notamment de la volonté, il la déclare insuffisante pour la justification. Il n'exige pas les œuvres de la loi comme un élément essentiel de la conversion, mais seulement les bonnes œuvres qui viennent de la foi vivante comme ses fruits 2.
La foi doit donc développer la confiance aux mérites de Jésus-Cbrist et l'amour de Dieu ; c'est alors seulement que le cœur humain est convenablement préparé à sa parfaite réconciliation avec Dieu. Mais cette confiance n'est pas nécessairement accompagnée d'une pleine certitude de la iustice qu'on attend ou qu'on a déjà obtenue, de cette certitude qui accompagne la foi aux vérités révélées. Elle serait même sans fondement et moralement répréhensibie si l'individu n'était pas assuré de la rémission de ses péchés par une révélation particulière. Que Dieu soit prêt à nous donner sa grâce, nous pouvons Je savoir d'une certitude dogmatique; mais nous ne pourrons jamais être absolument certains, surtout d'une certitude dogmatique que notre cœur est suffisamment converti : « Ce n'est pas que je l'aie déjà reçu ou que je sois parfait, mais je poursuis ma course, pour tâcher d'atteindre où Jésus-Christ m'a destiné en me prenant à son service. Non, mes frères, je ne pense point avoir encore atteint où je tends, mais tout ce que je fais maintenant, c'est oublier ce qui est derrière moi et de m'avancer vers ce qui est devant moi 3. »
II. A cette préparation de l'âme humaine se rattache la concession effective de la grâce comme une œuvre exclusivement divine. Cette préparation, envisagée dans sa nature, le Sauveur et 1« s Apôtres l'appellent renaître à une vie nouvelle4; c'est une rénovation, une création nouvelle de l'esprit par la grâce de l'Esprit-Saint. « Depuis que la bonté et l'affabilité de Dieu, notre Sauveur, est apparue, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais à cause de sa miséricorde, par l'eau de la
» II Cor., ix, 8;Eph., i:,10; Col., 1, 10; II Thess., n, 17; / Tim., n, 10. * Jacq., î, 25 ; il, 12. — *Phil., m, 12-14. — * Jean, m, 3-5.
renaissance et par le renouvellement du Saint-Esprit qu'il a répandu abondamment sur nous par Jésus-Christ Notre- Seigneur, afin qu'étant justifiés par sa grâce nous devinssions par l'espérance les héritiers de la vie éternelle l. » Elle comprend donc deux éléments : la délivrance du péché, ou la rémission de la faute et de la peine éternelle, puis la sanctification de l'âme par l'implantation en elle d'un germe de vie surnaturelle, et son élévation à la dignité d'enfant de Dieu.
Le premier élément, la remise de la faute et de la peine, ressort surtout du caractère spécial de l'ancien Testament, où la crainte des châtiments de la justice divine apparaît sans cesse pour préparer le peuple à la vie supérieure de la grâce 2. Cependant la sanctification intérieure n'est exclue nulle part, et la rémission des péchés n'est jamais conçue au sens que le péché ne serait qu'extérieurement couvert, mais au sens qu'il est intérieurement extirpé 3. Dans le nouveau Testament qui consomme la révélation, c'est l'esprit de charité qui domine, et l'œil de notre esprit y rencontre plutôt les preuves de l'amour divin que celles de la justice; cependant l'élément de la rémission des péchés n'est pas négligé, bien qu'on insiste principalement sur la sanctification de l'âme. L'Apôtre met l'extirpation de la faute ou l'anéantissement du vieil homme en parallèle avec la mort de Jésus-Christ sur la croix, et la renaissance à une vie nouvelle et céleste avec la résurrection : « Nous sommes, dit-il, ensevelis avec lui par le baptême pour mourir, afin que, comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une vie nouvelle... Sachant que notre vieil homme â été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit détruit et que désormais nous ne soyons plus asservis au péché4. » Ces deux éléments doivent être fondus en un seul, et ne peuvent être séparés que par la pensée ; de là vient qu'ils sont l'un et l'autre symbolysés dans le seul et même rite du baptême, l'immersion et la sortie de l'eau.
1 rit., m, 4-7; Cf. Rom., ni, 22; vi, 4; vn,6; GaL, î, 16; in, 20; vi, 15; Bph.t n, 8-10; Hébr.> î, 3. — » Ps. xxxi, 1-2; xxxv,2; li, 11; Z<?., nui, 25. — 8 Is., xliv, 22. — l Rom., Vi, 4*6.
2. Le second élément de la justification, la sanctification et la renaissance de l'âme, ne consiste pas dans une simple influence actuelle de Dieu sur l'âme : un principe de vie supérieure entre véritablement dans l'âme et y demeure attaché comme quelque chose d'habituel. Dans la théologie postérieure,[cette grâce habituelle se nomme gratin sanctificans ou gratia gratum faciens ; car l'état des justifiés est dépeint dans l'Ecriture-Sainte comme un état de filiation divine4, de participation à la nature divine2, et enfin d'habitation et de pénétration du Saint-Esprit3, d'amitié avec Dieu4; ou bien le Sauveur compare l'union intime des âmes avec lui à l'union qui existe entre la vigne et ses branches 5; ou enfin la grâce de sanctification est présentée sous l'image de la vie, de la la lumière, d'une source qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle6.
3. Par ces descriptions que l'Ecriture fait de la grâce du salut qui nous est communiqué par la justification, on voit déjà que cette grâce n'est pas purement extérieure à l'âme; elle passe en elle; elle affecte sa nature et toutes ses puissances pour la pénétrer et l'élever au-dessus d'elle-même. De là vient aussi que la rémission des péchés n'est pas simplement une non-imputation, mais une rémission réelle des péchés, en sorte qu'il ne reste rien de damnable dans l'homme justifié7. Sans doute la concupiscence mauvaise n'est pas anéantie par la grâce ; elle continue d'exciter l'âme et de la porter au péché ; car l'apôtre se plaint de la loi qui règne dans ses membres, qui s'insurge contre la loi de l'esprit et le retient captif sous la loi du péché 8. Cependant, elle n'est plus elle-même un péché ; si elle n'a pas été supprimée, c'est afin que l'homme augmente ses mérites en la combattant9. D'aillleurs l'homme reçoit une véritable grâce de sanctification, et cette grâce n'est pas seulement quelque chose d'extérieur, ni une pure imputation des mérites de Jésus-Christ; elle donne véritablement à l'âme une nouvelle vie céleste et allume en elle cette étincelle de l'amour surnaturel de Dieu, qui éclaire et réchauffe toute
1 Rom., v, 2; vin, 14, 15; Gai, iv, 5; Eph., u, 18; II Tim., i, 7. — * Pierre, i, 4. — 3 Rom., vin, 11 ; Eph., u, 22. — A Eph., il, 39. — * Jean, îv, 1 et suiv. — 6 Jean, iv, 14. — 7 Rom., vin. 1. — • Rom., vu, 23. — *II Tim., u, 3-5.
la maison. Saint Paul dit, il est vrai : « Revêtez-vous de l'homme nouveau, qui est créé selon Dieu dans la justice et la sainteté *. » Mais il ne faut pas serrer de trop près cette figure, et l'entendre en ce sens que la justice, telle qu'un vêtement, doit nous demeurer purement extérieure ; car l'Apôtre parle dans le même passage d'un renouvellement de l'âme selon l'esprit. Ce qu'il veut, c'est qu'on dépose le vieil homme et qu'on change son ancienne vie. La grâce du Saint-Esprit descend dans notre âme qu'elle pénètre comme un levain et régénère ; « car, nous avons reçu dans nos cœurs l'Esprit du Fils de Dieu, qui crie : Abba! Père!2 » Cette grâce doit donc se manifester dans le chrétien justifié comme une vertu qui transforme sa vie tout entière. « La nuit est passée, le jour approche ; quittons donc les œuvres de ténèbres et revêtons nous des armes de lumière. Marchons avec bienséance et honnêteté, comme durant le jour. Ne vous laissez point aller aux débauches ni aux ivrogneries, aux impudicités ni aux dissolutions, aux querelles ni aux envies ; mais revêtez-vous de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et ne prenez point de votre chair un soin qui aille jusqu'à contenter ses désirs3.» Les Apôtres ne cessent d'exhorter les fidèles à se servir de la grâce qu'ils reçoivent pour transformer leur vie morale : c'est pour cela qu'elle leur a été départie; car « l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné 4. »
4. Mais si la grâce de justification pénètre l'âme et y réside habituellement, elle ne laisse pas d'être quelque chose d'accidentel ; et porte à certains égard un caractère moral non seulement parce que sa réception dépend d'une disposition morale, mais aussi parce qu'elle est donnée en vue de la renaissance morale de l'homme, et qu'elle doit être augmentée par notre travail personnel, de même qu'elle peut se perdre par le péché. Il n'est donc pas nécessaire qu'elle soit toujours et partout accordée dans le même degré de perfection; elle dépend des dispositions de celui qui la reçoit5, comme aussi du
1 Epk.t iv, 24. — 2 Gai, îv, 6. — 3 Rom., xui, 12 et suiv. — 4 Rom., r, 5; vi, 12 ; Gai., v, 22-24 ; Col., m; I Thess., îv, 3 et suiv. — 5 Rom.t xn, 3-6.
bon plaisir de Dieu, qui donne à l'un cinq talents, et à l'autre deux seulement. Cette grâce n'est pas proprement méritée, mais donnée gratuitement *. Or, si elle ne faisait que couvrir extérieurement le péché, elle ne pourrait être ni agrandie ni perfectionnée, contrairement à ce qu'enseigne l'Ecriture-Sainte2.
Elle dépend donc, dans son développement, d'un eflort moral de l'homme, de même qu'au commencement elle était subordonnée à une disposition morale, avec cette différence que son augmentation et son élévation est méritée par les bonnes œuvres sanctifiées par la grâce. De là vient aussi que la grâce de justification demeure un bien incertain et amissible; car l'homme reste toujours libre ici-bas de s'éloigner de Dieu, de rompre les relations qui l'attachent à lui et de renoncer aux bienfaits qu'il a reçus. Sans doute toute espèce de péché ne fait pas perdre la grâce, autrement il nous serait moralement impossible de la conserver ; car la vie même des plus justes n'est pas exempte de fragilités3, et celui qui se dit sans péché est un menteur4. Mais elle se pera par toute espèce de péché mortel ; car celui-là seul qui persévère jusqu'à la fin sera sauvé5, et celui qui doit être debout doit craindre de tomber6. Toute branche qui ne porte pas de bons fruits sera coupée*et jetée au feu7. L'Ecriture mentionne une ioule de personnes qui perdirent réellement l'amitié de Dieu : Adam, Saùl, David, Salomon. L'Apôtre8 cite quelques-uns des péchés qui nous enlèvent la grâce des enfants de Dieu et nous privent de nos droits au ciel ; notamment l'apostasie de la foi, qu'il est difficile d'expier9. Parmi les péchés, le Seigneur lui-même parle de ceux qui sont contre le Saint-Esprit, qui ne pourront être remis ni en ce monde ni en l'autre10. Si la conversion, en ces sortes de cas, est extrêmement difficile, Dieu cependant ne laisse pas de recevoir en grâce le pécheur vraiment repentant, quelque profonde que suit sa chute, et c'est à cette fin qu'il a institué le sacrement de pénitence. Tant qu'un homme est sur la la terre, le chemin de la conversion et de la rentrée en grâce
1 Rom., ni, 24. — * II Cor., îx, 10; Apoc, xxn, 11; Prov., îv, 18. — 'Jacq., ni, 3 ; Prov., xxiv, 16. — * I Jean, î, 8. — 5 Matth., x, 22; xxiv, 13. — *I Cor., x, 2. — 7 Jean, xv, 2.— * Rom., vi, 21; I Cor., vi, 9; Gai., v, 21; I Jean, v, 16. — ° Hébr., vi, 4-8; II Pierre, n, 20-22. — ,0 Mattk., xn, 32.
lui demeure ouvert; le Seigneur nous l'a prouvé lui-même en faisant grâce au bon larron à la dernière heure, et en lui promettant le paradis. Puis donc que la grâce du salut est pour l'homme justifié d'une possession très incertaine, et que la conservation de la grâce dépend toujours du libre concours de l'homme, nous ne pouvons jamais acquérir la certitude de notre persévérance finale, étant donnée notre faiblesse et les nombreuses tentations qui nous assiègent 4. C'est pourquoi le Seigneur nous exhorte à la vigilance et à la prière, afin d'écarter les tentations et d'obtenir la persévérance dans le bien2; d'où vient que l'Apôtre nous invite à opérer notre salut avec crainte et tremblement3.
5. La grâce de justification est implantée dans notre âme comme le germe d'une nouvelle vie morale, dans une société d'amour avec Jésus-Christ ; elle doit se développer en un arbre gigantesque et produire des fruits pour la vie éternelle. Elle donne â l'âme des forces divines ; la vie divine circule incessamment en elle, et la rend capable de produire des œuvres vraiment méritoires pour le ciel. Toute œuvre moralement bonne est déjà méritoire en général; car notre confidence morale appelle pour toute bonne action une récompense qui y réporfde, et pour toute action mauvaise un châtiment proportionné ; sans quoi nul ordre moral ne serait possible, et la loi du devoir perdrait son pouvoir et son influence sur notre volonté. Si les œuvres de l'homme sont moralement bonnes, il a droit à une récompense naturelle. C'est là une vérité naturelle que le christianisme ne saurait vouloir détruire ; mais il le confirme au contraire et l'explique; à toute œuvre moralement bonne de l'homme justifié, et produite par la foi et la charité, recevant de la grâce d'où procède sa vie, une valeur céleste, il attribue un mérite dans l'ordre de la grâce, en ce sens qu'on peut mériter par elle un acroissement de la grâce, la vie éternelle et une augmentation de gloire. La grâce, dans l'œuvre progressive de la sanctification, ne supprime jamais le libre consentement ni le concours de l'homme. Nous devons
« Eccl., ix, 1; Eccl, v, 4-8; I Cor., iv, 4. — ' Luc, », 9; xvm, 1. — 3 Phil., n, 12, 13.
donc, à cet égard, lui attribuer un caractère méritoire pour le ciel, puisque la grâce divine a donné aux forces de l'homme une consécration telle que ses œuvres ont quelque proportion avec les biens célestes. Le christianisme en enseignant cette doctrine ne prêche point une fausse dévotion, il ne nous expose point à nous complaire dans nos propres mérites ; il donne seulement une direction plus haute à la soif inextinguible de l'homme pour la félicité ; il refrène l'égoïsme et rend le cœur de l'homme susceptible d'un amour de Dieu désintéressé. C'est ainsi que l'Apôtre compare la vie présente et nos efforts vers la vie éternelle à un combat, et le ciel lui-même au prix de la victoire que Dieu, dans sa justice, ne nous refusera point. «J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. Il ne me reste plus qu'à attendre la couronne de justice qui m'est réservée, que le Seigneur, comme un juste juge, me rendra en ce jour, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui aiment son avènement1. » Chacun doit, suivant ce que saint Paul dit ailleurs2, recevoir une récompense proportionnée à ses travaux. La récompense ne sera donc pas la même pour tous; quelques-uns brilleront dans le ciel comme le soleil3; d'autres, comme la lune; d'autres, comme les étoiles. Celui qui aura fait fructifier ses cinq talents, le Seigneur lui dira an jour du jugement : « Parce que vous avez été fidèle en de petites choses, je vous établirai sur beaucoup ; entrez dans la joie de votre Seigneur4. » Dans le même chapitre, le Seigneur annonce qu'il reviendra pour juger tous les hommes, et cela d'après les œuvres de la charité chrétienne ; car le ciel sera uniquement le partage de ceux qui s'en seront rendus dignes par de bonnes œuvres5. Cependant les bonnes œuvres ne sont pas méritoires pour le ciel en tant qu'elles sont le produit du libre arbitre ; c'est de la grâce qu'elles empruntent leur valeur pour le ciel ; c'est pourquoi le Seigneur n'appelle fécondes que les branches qui demeurent attachées à la vigne. Ainsi, nos mérites eux-mêmes [sont encore un don de Dieu6.
*II rtm.,iv, 7, 8; Cf. I Cor., îx, 24. — * I Cor., m, 8. — 37 Cor., xv, 41. — * Matth.y xxv, 21 et suiv. — 5 Luc, xx, 35; II Thess., i, 4 et suiv. — • Jean, xv, 4, 5 ; Phil. , n, 13.
:j84 histoire des dogmes.
(continuation)
Doctrine de l'Écritere-Sainte sur les Ans dernières de l'homme
1. La mort ou la séparation de l'âme d'avec le corps, est entrée dans le monde par le péché d'Adam, et est devenue pour tous une nécessité. Mais pour le juste, elle a perdu le caractère de peine vindicative et lui est devenue un moyen d'oflrir à Dieu le sacrifice du bien naturel qui lui est ie plus cher, le sacrifice de sa vie. Elle a de plus perdu ce qu'elle avait de terrifiant, elle n'est plus que le passage obscur ouvrant sur une vie meilleure, sur la société éternelle avec Dieu; d'où vient que saint Paul soupirait après le jour de sa dissolution, d'autant plus que le corps terrestre engendre de lui-même la concupiscence, et qu'il ne cesse de créer à l'âme des dangers et des tentations1. La mort termine en même temps la période des épreuves et des mérites pour tous ; car s'il y a dans l'autre vie une pénitence pour plusieurs, le temps du mérite finit pour tous avec la vie présente : « Travaillez tandis qu'il fait jour, car l'heure vient où personne ne peut plus travailler2. » Par la mort, l'âme est délivrée temporairement de son corps. Cette opinion que l'âme des bons comme celle des méchants conserve un corps subtil, éthéré, qui est comme le germe d'un nouveau corps pour la résurrection, n'a pas le moindre fondement dans l'Ecriture Sainte ; on ne saurait invoquer en sa faveur cette raison que l'âme a besoin d'un corps, d'un organe corporel pour occuper un lieu dans l'autre vie, ou pour communiquer ses pensées; car l'Ecriture Sainte attribue tout cela aux anges, sans que ces purs esprits aient besoin d'un corps. L'homme ne se compose que de deux éléments, d'une âme raisonnable et d'un corps emprunté à la matière. Quand le corps retourne à la poussière de la terre, l'âme demeure seule comme une substance immatérielle, et ne conserve que la disposition, l'aptitude à se réunir dans d'autres conditions au corps qui lui a été ravi.
1 Rom., vu, 24 ; Phil, i, 21-24. — 2 Matth., xxiv, 42 . xxy, 13.
2. Après la mort, chaque âme est immédiatement jugée d'après les œuvres qu'elle a accomplies en ce monde ; elle est punie ou récompensée : car, il est décrété que l'homme meurt une fois et le jugement vient ensuite 4.
3. La sentence du Dieu juste a pour objet ou unerécompense éternelle dans le ciel, ou un châtiment éternel en enfer, ou une expiation temporaire en purgatoire. L'Ancien Testament parle souvent d'un lieu souterrain, d'une géhenne où sont rassemblés les justes d'avant J^sus-Christ : cette géhenne dans le Nouveau-Testament se nomme Hadès2 et Jésus-Christ est appelé le vainqueurde la mort et du Hadès3, car lorsque la rédemption sera consommée, la mort et le Hadès seront précipités dans la fournaise de feu4. Jésus-Christ, ainsi que l'enseigne saint Pierre le prince des apôtres, est déjà descendu au Hadès dans l'intervalle qui s'est écoulé entre sa nicrt et sa résurrection, afin de prêcher l'Evangile et d'ouvrir le ciel aux âmes de ceux qui pendant le déluge étaient morts en regrettant leurs péchés5. Or, il est évident qu'il le fit non seulement pour ces derniers, mais pour tous les patriarches qui y étaient assemblés; car le ciel ne pouvait s'ouvrir avant que fut consommé le sacrifice du G-olgotha et que fût abattu le mur de séparation qui s'élevait entre Dieu et l'humanité6. Il existe encore sous une forme différente un semblable lieu d'attente avant l'entrée au ciel, même depuis que la rédemption est consommée ; le Hadès ne sera complètement supprimé qu'à la fin des temps ; car aujourd'hui encore plusieurs meurent qui pourraient entrer au ciel en vertu de la rédemption accomplie, mais qui en sont empêchés par des péchés qui, sans mériter des peines éternelles, souillent leur âme et doivent par conséquent être expiés avant que l'âme soit admise à la vision de Dieu.
Ainsi le Hadès n'est pas seulement, maintenant, un lieu d'attente, c'est aussi un lieu de purification ; car rien d'impur ne peut entrer dans le ciel7. Déjà dans l'Ancien Testament il est question de prières et de sacrifices qui devaient profiter aux défunts1, et le Sauveur dit qu'il y a certains péchés
1 Hèbr., xi, 27. — *Act., n, 27. — » I Cor., xv, 55.— « Apoc, î, 18; n, 27; vi, 8; xx, 13. — 5 I Pierre, m, 19. — « I Pierre, iv, 6; Hèbr., xi, 39. — T Apoc, xxr, 27. — 8 II Mach., xn, 43.
386 HISTOIRE DES DOGMKS.
qui r;e peuvent être remis ni en ce monde ni en l'autre1; ce qui laisse à entendre que d'autres péchés peuvent être expiés en l'autre monde. Quand il parle d'une prison d'où le pécheur ne sortira point dans l'autre vie avant d'avoir payé jusqu'à la dernière obole2, ou, quand Saint Paul dit des habitants du ciel, de la terre et des enfers qu'ils s'inclinent au nom de Jésus3, il ne s'agit que de ces lieux de purification où l'on peut encore, en vertu des mérites de Jésus-Christ, ach?fer l'entrée du ciel après avoir passé le temps voulu pour l'expiation.
Ceux donc qui se trouvent dans le lieu de purification, comme les fl lèles qui sont sur la terre et les bienheureux dans le ciel, forment en Jésus-Christ une vaste société, un corps unique4, dont les différents membres participent aux mérites ou aux démérites des autres, et doivent être reliés entre eux par la charité. Si donc, en ce monde, nous pouvons prier les uns pour les autres, et si nous y sommes excités par la charité, les âmes qui souffrent en purgatoire ne sauraient être exclues de nos intercessions5, de même que les saints qui sont au ciel, doivent intercéder pour nous sans relâche, comme le Seigneur lui-même ne cesse de le faire, en offrant pour nous son sacrifice en qualité de pontife suprême.
La vision de Dieu ne peut qu'accroître l'envie qu'ils nous portent et l'intérêt qu'ils ressentent pour le développement du royaume de Dieu sur la terre et pour le salut des âmes. De là vient que le Sauveur assure qu'il y a tant de joie au ciel pour la conversion d'un pécheur6, et il est dit des saints qu'ils présentent à Dieu les prières des âmes pieuses dans des coupes d'or 7.
4. De même que le temps de l'épreuve finit à la mort pour chacun de nous, de même les destinées du monde présent, de l'Eglise militante, de l'Eglise souffrante, auront leur terme. Toute la nature qui nous entoure a été, en un certain sens, impliquée dans la chute d'Adam, car elle avait été originairement assignée à l'homme comme une servante fidèle, destinée à être dominée, annoblie et perfectionnée par lui. Mais après que l'homme eut perdu son rang auprès de
1 Matth., xii, 32. —* Matth., xvm, 34. — * PhiL, î, 6. — 4 7 Cor., xn,25, 26. — * II Tim., i, 16-18 ; îv, 19. — 6 Luc, xv, 7. — 7 Apoc, v, 8.
Dieu et qu'il eut été privé de toutes les grâces qui devaient le rendre capable de dominer la nature et de l'annoblir, la nature perdit aussi ses rapports avec l'homme, et d'ellemême elle ne produisit plus en quelque sorte que des ronces et des épines. La malédiction prononcée sur l'homme atteignit son corps, ainsi que toute la nature matérielle d'où il avait été tiré. De là vient que la nature gémit sous cette malédiction et soupire après la liberté des enfants de Dieu4. Ces douleurs d'enfantement auront un terme; le Seigneur lui-même n'a pas seulement prédit à diverses reprises la fin du monde, que les apôtres considèrent comme une destruction par le feu 2 ; il a encore indiqué à quels signes les siens pourraient reconnaître son approche, bien qu'il n'ait pas voulu en marquer le moment précis.
Cette prédiction de la fin du monde est mêlée de quelques traits empruntés à la ruine de Jérusalem, qui devait arriver dans un temps beaucoup plus rapproché, et on voit évidemment que les disciples devaient y reconnaître une figure de cette conflagration générale qui anéantira le monde actuel. De même que la ruine de Jérusalem a été précédée de faux prophètes qui étourdissaient le peuple et l'endurcissaient dans son incrédulité par rapport au vrai Messie ; ainsi on verra paraître avant la fin du monde ■es prophètes de mensonge, qui provoqueront le dernier combat des puissances du mal et du royaume des ténèbres contre le règne de Jésus-Christ. Mais cette lutte à mort durera peu ; à ces tentatives désespérées succédera la mort éternelle et l'enchaînement du mal ; les deux royaumes du bien et du mal seront à jamais séparés. Quant au moment où ces choses arriveront, le Seigneur n'a dit que ceci : c'est que les juifs ayant refusé le salut qu'il leur offrait, ce sont les païens qui les premiers seront appelés à son royaume; car après avoir exposé les paraboles de la vigne et des vignerons paresseux et injustes, il ajoute3 : « N'avez-vous jamais lu ceci dans l'Ecriture : La pierre rejetée par ceux qui bâtissaient est devenue le sommet de l'angle : ceci est l'œuvre du Seigneur, et elle est merveilleuse à nos yeux. C'est pourquoi
1 Rom., vin, 20-22; II Pierre, ni, 7 et suiv. — 2 II Pierre, ni, 10; II Thess., î, 8. — 3Matth., xxi, 42, 43; Cf. Luc, xxi, 24.
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je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté, et qu'il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. » Suint Paul précise encore davantage la fin du monde : « Quand l'Evangile aura été prêché à tous les païens, avant l'expiration des temps, Israël rentrera aussi en lui-même, et croira au Messie qui a paru en Jésus-Christ1. » S3ra-ce bientôt, ou après un long temps, les apôtres ne prétendaient point le savoir; mais ils considéraient la période actuelle du monde comme la dernière2; et ils croyaient devoir se tenir toujours prêts pour l'avènement du Seigneur, qui aurait lieu dans un temps très rapproché, mais peut-être aussi à une époque plus reculée3. Entre les signes par lesquels les fidèles devaient reconnaître les derniers jours, le Seigneur lui-même avait indiqué l'apparition des faux prophètes ; mais il semble d'après l'apôtre Saint Jean que l'un d'eux devait se signaler comme antechrist, et qu'il en détournerait plusieurs de la croyance à la divinité de Jésus-Christ, bien que cet esprit d'antechrist se remuât déjà au temps des Apôtres et doive se remuer pendant toute la durée de l'Eglise. Et tout esprit qui supprime Jésus-Christ n'est pas de Dieu; c'est l'antechrist dont vous avez entendu dire qu'il vient, et il est déjà dans le monde 4. Ailleurs encore il déclare antechrist quiconque nie le Père et Fils 5. Dans l'Apocalypse cependant, l'Apôtre voit le diable déchaîné de nouveau après l'expiration de la période chrétienne ou sur la fin de cette période et faire les derniers efforts contre la Ville sainte, contre l'Eglise, jusqu'à ce qu'il succombe dans ce combat et soit enchaîné pour jamais6. Dans cette tentative du démon prédite à l'avance, la plupart des Pères ont vu l'apparition d'un antechrist en personne. Et comment n'en serait-il pas ainsi? Le royaume de l'hérésie et de l'immoralité doit rassembler une dernière fois toutes ses forces à la fin des temps et livrer à l'Eglise un combat à mort, il faut qu'il y ait un chef pour concentrer toutes ces troupes ; car l'union fait la force.