TATIEN
ceux-ci en matière de morale ne souffrent aucune comparaison :„vec les assertions burlesques des gnostiques. Ces principes ne forment pas sans doute un anneau dans la chaîne des développements de la doctrine au sein de l'Eglise, mais ils ont du moins, comme toutes les autres hérésies, exercé sur eux une influence indirecte ; car en combattant une erreur, on fait mieux ressortir la vérité opposée ; on l'a fait estimer davantage ; on est forcé de l'établir avec plus de solidité et de profondeur. De là vient que les hérésies gnostiques dont nous venons de parler, ne servent pas seulement à nous initier aux progrès de la doctrine de l'Eglise ; elles expliquent aussi quantité de paroles et d'arguments em ployés par les Pères avant le concile de Nicée, auxquels on pourrait être tenté d'attacher un sens pélagien, si on ne tenait pas compte de leur polémique.
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Tatien sur les parties constitutives de la nature humaine et sur l'immortalité de l'âme.
Tatien, originaire d'Assyrie, fut converti au christianisme par saint Justin, à Rome, en 162, après avoir vainement cherché la vérité auprès des philosophes païens. Mais l'habitude de s'occuper de philosophie et de spéculations gnostiques, dut
xercer sur lui une influence fâcheuse, et lui laisser une foule d'idées erronées, qui reprirent insensiblement le dessus et le poussèrent au gnosticisme. On trouve déjà! des vestiges d'erreurs gnostiques sur la nature et les propriétés de l'âme humaine dans le discours qu'il composa avant sa chute, bien qu'il admette la création de la matière, le libre arbitre, l'origine du mal dans la liberté des créatures. « Nous ne sommes pas créés, dit-il ', pour mourir, mais nous mourons par notre faute. Le libre arbitre nous a corrompus, nous sommes devenus esclaves; libres, nous avons été vendus par le péché. Rien de mauvais n'a été créé de Dieu ; c'est
1 Orat., 11 : Où* iyzv6\).EQoL 7cpo<; to airoôvvioxeiv^ aTCOÔvrçaxo^EV Sï Si'éautou;* àirwXECEv ^(Jiaç ~o otùrsirouaiov, SoïïXoi ysYovapiev oi Ikeûbeooi, Stà t9)v a[xapxiav £7tpa8y)[j.£v où5iv çauXov &7to tou 6eou 7iE7roir,Tai, tyjv 7C0vr)piav i\\uX<; àvESaÇajjLEV 6i Se* àvaSaÇaviEç, Suvaxol jJiàXiv TOxpaiTrçcraaôai.
nous-mêmes qui avons suscité le péché ; cependant ceux qui Font commis peuvent ensuite l'abandonner. »
De cette conviction qu'avait Tatien de la liberté personnelle et morale on devrait pouvoir conclure qu'il mettait une distinction rigoureuse entre l'homme, esprit libre, et les créatures inconscientes de la nature matérielle; car celles-ci montrent par des caractères irrécusables qu'elles manquent de liberté et sont soumises à des lois nécessaires. Il n'en est cependant pas ainsi. Tatien ne dit pas sans doute que la matière est éternelle, mais qu'elle a été créée de Dieu1. Cependant les êtres vivants de la nature qui nous» entourent ne se distinguent point par leurs qualités de l'esprit humain ; toute la création matérielle est animée par une âme secondaire ou hylique qui se spécialise avec les plus [grandes variétés et dans les plus diverses individualités2 : « Il y a donc des âmes dans les astres, des âmes dans les anges , des âmes dans les plantes, des âmes dans les hommes, des âmes dans les animaux, et bien que ces âmes soient en tout une seule et même âme, elle se différencie cependant en elle-même 3. »
Or il est absolument impossible de comprendre comment avec cette unité des âmes , avec cette émanation d'une seule âme du monde, la liberté de l'esprit humain peut encore subsister. L'homme ne se distinguerait de l'animal que par le langage, et d'autre part, on lui attribue la liberté, car, ainsi que Tatien s'exprime, s'il ne porte pas en soi l'Esprit-Saint ou la ressemblance surnaturelle de Dieu, il ne se distingue des animaux que par les sons articulés4.
De plus, selonnotreapologiste, la ressemblance de l'homme avec Dieu ne réside pas dans son âme, telle qu'elle est naturellement, mais dans l'Esprit-Saint, qui se joint à elle pour y
1 Cap. xii. — ' Cap. xi 1 : napa7rXY]C7u*)<; xal xoa^oç, xaxà tr,v tou 7r£7Conrp xotoç auxov Suvafjuv., toc piiv toi çatSpoTEpa, Ta Ss xtva toutoiç àvo^ota x£Xtv)[jl£voç, ôeX^aaTi -cou Sïipoup-pfaavToç irveu^atoç pLexeiXr)9£v uXtxou. — 9 Ibid. : *E<rrtv ouv irvsu^a lv cptocjTvjpai, 7rvsu[j.a lv ày^eXoiç, 7rv£utj,a lv çutoTç xal uSaai, 7cv£U(xa iv àvGpwnotç, 7tv£ÏÏ[jia lv Çtootç, êv Ss umcpxov xal xaurov, Siaçopàç lv auTw xextyjtou. — 4Cap. xv : Tb Se toioû'tov tyjç crucrrà- <reo)ç eTSoç, £i [JÂv a>; vaoç *fl, xaToix£iv iv aùtij) (iouXETat Geoç Stà tou 7tp££- (Jeuovtoç 7rveu;jLaToç* tocoutou Bk jjl-Jj ovtoç, tou <7XY]Vto^aToç, Trpoù'xEt twv Ovjpiwv ô àvôpeoTroç xaTa tyjv EvapGpov <pu)vy)v jjiovov. Ta Se Xotîca ty\ç aùr/jç Ixefooiç StaiT^ç ÈaTt'v, oùx tov ôpiotWcç tou Qeou.