‹ Histoire des dogmesChapitre 57 sur 71 · OPINIONS HÉRÉTIQUES DES GNOSTIQUES · texte numérisé non relu

OPINIONS HÉRÉTIQUES DES GNOSTIQUES

foi, leur? vues personnelles à l'autorité divine. Cette gnose était pour eux la connaissance philosophique ou bien encore une vue fantastique de la vérité suprême ; elle devait remplacer non seulement la foi, mais aussi la vin morale tout entière, car l'œuvre de la sanctification et du perfectionnement de l'homme ne s'accomplit que dans la gnose. Elle était le principe formel proprement dit du gnosticisme. La raison individuelle devenait donc l'autorité suprême en matière de religion; la voie était ouverte au rationalisme et à l'esprit de secte, si on n'avait pas empêché d'autre part que le gnosticisme aboutît au rationalisme complet. On était généralement convaincu à cette époque, même dans les écoles païennes, de l'insuffisance du travail humain pour arriver, par cette voie seule, à la certitude complète des vérités religieuses, et une secte qui prétendait garder encore le nom de chrétienne, ne pouvait pas faire abstraction complète de la révélation chrétienne ou la déclarer superflue. Sans doute, le vrai gnostique doit trouver dans sa propre nature les éléments pneumatiques, mais ces éléments ont besoin d'être éveillés, suscités, avant que le gnostique acquière la parfaite connaissance de sa nature et de sa destinée. Cette connaissance, l'humanité l'a acquise par la révélation de l'éon Jésus-Christ. Ainsi, d'une part, le gnosticisme devait embrasser la révélation chrétienne comme un fait historique, et d'autre part cependant le corps de Jésus-Christ et tout ce qui a paru de lui en dehors n'était à ses yeux qu'un pur fantôme; il ne restait donc plus aucun moyen d'acquérir, par les faits miraculeux de la vie du Seigneur, une conviction raisonnable de la crédibilité du fait de la révélation. On ne tint pas compte de cette contradiction; on voulut, malgré tout, rattacher les doctrines des gnostiques et la révélation chrétienne, et comme on ne pouvait y aboutir ni par l'enseignement de l'Eglise, ni par la tradition ecclésiastique, ni par l'Ecriture sainte, on recourut aux hypothèses les plus arbitraires, afin de faire disparaître la contradiction de l'Ecriture sainte avec les doctrines gnostiques et de donner à celles-ci les apparences de la vraie doctrine de Jésus- Christ.

On invoqua des écritures apocryphes et interpolées ; on falsifia des écrits authentiques, on fit des additions, des

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commentaires arbitraires, où l'on s'en référa à des traditions secrètes. On alla jusqu'à imputer aux apôtres d'avoir commis différentes erreurs et s'être accommodés aux idées des ju'fs ; on prétendit même qu'il y avait dans les discours du Seigneur quantité de choses qu'il fallait mettre au compte du démiurge, et que tout ne venait pas de l'éon supérieur appelé Jésus-Christ1.

2. Si l'on poussait les doctrines du gnosticisme à leurs dernières conséquences, il ne resterait rien de l'Egli- \ rien de sa notion, de son caractère divin, de ses institutions réelles, de ses propriétés et de ses prérogatives. Si donc nous voulions faire ressortir la différence qui sépare les doctrines des gnostiques scr L'Eglise d'avec la doctrine de l'Eglise, nous devrions surtout montrer que les différentes parties de cette doctrine développée dans ce qui précède ont été rejetées par les gnostiques. L'éon Christ n'étant pas notre Sauveur dans le sens chrétien, mais seulement notre maître, il ne pouvait pas fonder de société destinée à procurer le salut de l'homme, mais tout au plus un établissement d'éducation. Quant à une Eglise, qui serait le corps d« Jésus-Christ, du Fils de Dieu, il pouvait d'autant moins en être question que le Dieu suprême, selon les vues des gnostiques, n'avait pas contracté alliance avec le genre humain ; il s'était borné à éclairer un homme nommé Jésus, ou bien il était apparu sur la terre comme un fantôme, pour se retirer bientôt dans le royaume de la lumière.

Ce qu'il y a de divin dans l'humanité, les éléments qu'elle tient du royaume de la lumière datent de la création et non de la rédemption. L'Eglise ne pouvait pas davantage être conçue comme une institution universelle, car, dans l'opinion des gnostiques, les pneumatiques seuls sont appelés au royaume de la lumière ; les hyliques y sont impropres par nature. La hiérarchie et le sacerdoce semblaient également superflues aux gnostiques, car il s'agissait uniquement pour eux de propager la vraie gnose ; et il suffisait pour cela d'un

'Tert., De prœscr.y xvn : Ista hrcresis non recipit quasdam scri,turas et si quas recipit, non recipit intégras, adjectionibus et detraotionibus ad dispositionibus instituti sui intervertit et si aliquatenus intégras paiestat, nihilominus div^rsas expositiones coramentata convertit. Cf. Iren., Adv. hœr., III, 11, 2 ; III, v, 1.

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