SAINT CYPRIEN ET SAINT ETIENNE. 73T
Controverse de saint Cyprien et de saint Etienne sur le baptême des hérétiques '.
Dans la chaleur de la dispute contre le schisme novatien, saint Cyprien en défendant le caractère exclusif de l'Eglise, avait émis des assertions qu'il suffisait de développer logiquement l'our aboutir à des propositions erronées et souverainement dangereuses sur la validité des sacrements. Cette fois encore, ce fut Rome, ce fut le chef de l'Eglise qui sut maintenir le développement des dogmes dans sa voie normale, et empêcher à la fois les vues exclusives et les exagérations. Nous en avons une preuve manifeste dans la controverse sur le baptême des hérétiques.
Le schisme novatien, dont l'origine coincide avec le pontificat de saint Corneille, en 251, s'était propagé en Afrique. Presque nulle part cependant il ne put jeter de profondes racines, et plusieurs mieux renseignés, rentrèrent bientôt dans le giron de l'Eglise. Or, ces convertis donnèrent lieu à plusieurs évêques d'agiter la question s'il fallait les rebaptiser après leur retour, ou les traiter simplement comme des pénitents, comme les autres laps. S'ils avaient déjà été baptisés autrefois dans l'Eglise, il n'était pas douteux que le baptême ne pouvait pas être réitéré, mais bien, comme le pensaient quelques évêques d'Afrique, s'ils avaient reçu pour la première fois le baptême de la main des schismatiques. Dix-huit évêques de Numidie soumirent le problème à un concile de Carthage (tenu, croyons-nous, vers l'an 255), présidé par saint Cyprien. Les décrets qui y furent rendus par les trente-et-un évêques présents, se trouvaient dans la lettre 70e de saint Cyprien à Janvier et aux autres évêques de Numidie. Il est de toute nécessité, dit-il, de baptiser les hérétiques et les schismatiques qui auraient été baptisés hors de l'Eglise. Et il développe ce sentiment dans sa 71e lettre à Quintus, qui l'avait consulté sur cette affaire.
L'année suivante, en 256, un autre concile fut tenu à
1 Voyez ma Dissertation : De Controversia% etc., Munich, 1866. I. HISTOIRE DES DOGMES. 47
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Cartliago en présence de soixante-etonze évoques ; il adopta sans réserve l'opinion de saint Cyprien sur la nécessité de rebaptiser ceux qui revenaient de l'hérésie, et il chargea saint Cyprien d'en informer le pape Etienne, en lui faisant remarque qu'en matière de discipline, chaque évêque désirait garder la coutume de son Eglise, bien que l'accord fût très désirable en de telles matières.
On serait tenté de croire que les évêques savaient, que Kome observait une autre pratique. Touchant les hérétiques repentants, saint Cyprien fit part au pape, dans sa soixante-douzième lettre, des décrets du concile.
Sur ces entrefaites, un évêque d'Afrique, inconnu d'ailleurs, Jubaianus, s'adressa ;à saint Cyprien pour avoir des éclaircissements sur le baptême des hérétiques, et il joignit à sa demande l'écrit d'un auteur inconnu qui justifiait la validité du baptême des hérétiques, notamment du baptême des marcionites, et traitait saint Cyprien lui-même de « praevaricator veritatis, » de « proditor unitatis, » ainsi que nous pouvons le conclure de la réponse de saint Cyprien à Jubaianus, où il essaie de se laver de ce reproche *. C'est la 73e lettre. Saint Cyprien n'ignore pas que plusieurs évêques sont d'un autre avis, et suivent une pratique différente touchant la réception des hérétiques. Mais dans son amour et son enthousiasme pour l'unité de l'Eglise et peutêtre aussi parce qu'il était convaincu de la faiblesse de ses arguments contre une ancienne tradition de l'Eglise qui le contredisait, il ne peut pas cesser de communiquer avec ceux qui ne rebaptisent point les hérétiques. Comment en effet aurait-il pu tenter un schisme celui qui, jusque-là, avait toujours travaillé, par sa parole et par ses écrits, à sauvegarder l'unité de l'Eglise ? « Autant qu'il est en nous, disait-il à la fin de la lettre citée, nous ne voulons point discuter sur les hérétiques avec nos collègues et nos coéveques, avec lesquels nous conservons la concorde divine et la paix du Seigneur, d'autant plus que l'Apôtre a dit : Si
1 Maran, dans son Vita S. Cypricqii, ne conclut pas de cette justification que saint Cyprien ait été ainsi injnjùé par cet évêque inconnu d'Afrique, mais seulement qu'il avait déjà reçu la lettre du pape Etienue. Cette hypothèse n'est pas fondée, car il n'est nullement question de la lettre de Rome, contrairement à ce qui aurait dû arriver s'il l'avait déjà reçue.