‹ Histoire des dogmesChapitre 60 sur 71 · SAINT CYPR1EN ET SAINT ETIENNE · texte numérisé non relu

SAINT CYPR1EN ET SAINT ETIENNE

quelqu'un veut contester, ce n'est point là notre coutume, ni celle de l'Eglise de Dieu (I Cor., xi, 16). Nous devons maintenir la charité de l'esprit dans la patience et la douceur, comme aussi l'honneur du collège, le lien de la foi et la concorde du sacerdoce. C'est pourquoi nous avons composé le livre De la Patience du mieux que nous avons pu avec l'assistance de Dieu, et nous vous l'avons envoyé comme une marque de charité fraternelle. »

Cependant la réponse de saint Etienne arriva bientôt de Rome à Cartilage. Elle ne nous est point parvenue; mais quelques détails nous en ont été transmis par les lettres de saint Cyprien et celles de Firmilien. Car dès qu'on sut qu'une décision était arrivée de Rome, Pompée Sabratensis pria saint Cyprien de la lui communiquer. Saint Cyprien lui en envoya une copie, accompagnée d'une lettre (la 74e dans la collection de ses lettres), où il se plaint de la conduite du pape, l'accusant d'orgueil et d'ignorance, parce qu'il défend de rebaptiser les hérétiques qui se convertissent et menace d'excommunication ceux qui agiront autrement l. Cette réponse ne satisfit pojnt saint Cyprien; il convoqua à Cartilage un nouveau concile, le troisième depuis cette controverse, dont les actes sont intégralement conservés. D'après ces actes, il aurait été tenu le 1er septembre, très vraisemblablement du vivant de saint Etienne. Nous pouvons donc le placer dans l'année 256, car saint Etienne subit le martyre en août 257 2. Les évèques, au nombre de

* Quelques-uns, notamment Molkenbuhr (Migne, Curs. PatroL, III, 1361 et se{.), ont essayé de contester l'authenticité de cette lettre 74°, et en particulier celle de la lettre de Firmilien, la 75°, parce qu'elles ne sont pas citées par Eusèbe et par saint Augustin, et que ce dernier (Epist. xcm, 38) révoque en doute leur authenticité. Or, saint Augustin (Contre Crescon., III, 1) connaissait fort bien la lettre de Firmilien, et la plus forte raison intrinsèque contre son authenticité, le ton véhément contre le chef de l'Eglise, s'explique sans dout epar l'effervescence des esprits; elle ne suppose point un auteur donatiste d une époque ultérieure. — * En ce qui regarde la chron dogie du pontificat d'Etienne, ni les sources, ni les savants ne sont d'accord; mais ils conviennent tous en ce point que Corneille monta sur le siège de Rome en 251, et qu'Etienne, second successeur de Corneille et successeur immédiat de Lucius, fut martyri-sé en août 257. Eusèbe, dans son Histoire de l'Eglise (VII, 2), dit que Corneille occupa le Siint-Siège environ trois ans, tandis que Lucius fut martyrisé après huit mois de pontificat. D'après cela, saint Êùenne n'aurait été élevé à. la papauté qu'en 255, ce qui est confirmé par Eusèbe, suivant lequel il aurait régné deux ans. Anastase est a peu près

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87» partageaient tous le sentiment (Je saint Cyprien, qu'il fallait rebaptiser les hérétiques, et s'exhalaient en récriminations arriéres contre l'évêque de Rome. Ils commençaient ainsi : « Il reste que chacun de nous dise son avis sur le même sujet sans juger personne ni séparer de la communion celui qui ne serait pas de notre avis; car aucun de nous ne s'établit évêque des évêques et ne réduit ses collègues à lui obéir par une terreur tyrannique, puisque tout évêque a une pleine liberté de sa volonté et une entière puissance, et qu'il ne peut être redressé par un autre. »

On le voit, dans la pratique, saint Cyprien oubliait les principes sur la primauté de l'évêque de Rome qu'il avait développés dans son traité De l'unité de l'Eglise, bien qu'il crût pouvoir s'excuser en disant qu'il ne s'agissait que d'affaires disciplinaires dans lesquelles chaque évêque peut suivre son opinion, sans être exclu de la communion de l'Eglise.

Sur ces entrefaites la controverse relative au second baptême des hérétiques avait pris de plus grandes proportions, et la question avait souvent été agitée. Saint Augustin 4 parle de conciles tenus dans d'autres provinces, et Vincent de Lérins 2 raconte que les évêques du monde entier se prononcèrent contre saint Cyprien. Le pape luimême, il est aisé de le présumer, aura eu les yeux fixés sur l'Eglise, il aura mis les évêques au courant de la controverse, et ceux qui suivaient une autre pratique, il aura exigé d'eux, avec la même rigueur qu'il l'exigea de saint Cyprien et de ses collègues, qu'ils adoptassent la pratique de Rome, et se bornassent à imposer les mains à ceux qui reviendraient.

Cette supposition, Denis, évêque d'Alexandrie, la change en certitude ; d'après des fragments conservés dans Eusèbe 3, le pape lui aurait écrit sur la controverse du bap-

d'accord avec Eusèbe sur le pontificat de saint Corneille; il lui assigne trois ans, deux mois et dix jours, tandis qu'Eusèbe, dans sa chronique, ne donne que deux ans. D'autres comptent différemment. Tillemont (Mémoires, t. III, n. 14 sur Corneille) place la mort de Corneille en 252, et prétend que Lucius subit le martyre dans la même année; le premier (d'après Eusèoe, VII 2, et saint Jérôme, Catal.% lxvii, 67) et le second (d'après les renseignements de saint Cyprien) seraient morts sous le règne de Galba, décédé avant le mois de septembre 253. — l De bapt., 1,7.—" Common., vi. — « Hist . eccl. , vu, 5.

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