‹ Histoire des dogmesChapitre 61 sur 71 · SAINT CYPRIEN ET SAINT ETIENNE · texte numérisé non relu

SAINT CYPRIEN ET SAINT ETIENNE

tême des hérétiques et sur son dessein de séparer de la communion ecclésiastique les évêques récalcitrants, Firmilien et Hélène, et Denis Fan aurait détourné de toutes ses forces. Il informa en outre le pape que l'Eglise d'Orient, après la persécution de Dèce et le schisme novatien, jouissait d'une paix profonde, que la concorde régnait parmi les évêques: et il citait Firmilien et Hélène. Que Firmilien et autres évêques de Cilicie aient été menacés de l'excommunication par Etienne, Firmilien l'écrit lui-même dans sa 75* lettre à saint Cyprien, et il se plaint du pape qui rompt la paix tantôt avec les Orientaux, tantôt avec les évêques d'Afrique '.

Reprenons le fil de l'histoire relative aux affaires de l'Afrique. Saint Cyprien doit informer le pape Etienne des décrets portés par le troisième concile de Carthage, bien que ses lettres ne parlent pokit d'une ambassade à Rome. Mais il dut arriver alors, suivant ce que Firmilien écrivait à saint Cyprien, que le pape n'accorda pas même audience aux envoyés, et qu'il interdit même aux fidèles et à toute la confraternité de leur donner l'hospitalité 2, Ces mesures

1 Epist. lxxv, 25 : Quid enim humilius aut lenius quam cum tôt episcopis per totum mundum dis ensisse, pacem cum singulis vario discordke génère rumpentem, modo cum Orienta ibus, quod nec vos latere confidimus, modo vobiscum, qui in rneridie estis. — De ces paroles, ou plutôt de ce fait que les Orientaux sont mis avant les évêques d'Afrique, Maran prétend conclure que la controverse sur le baptême des hérétiques éclata en Orient avant d'éclater en Afrique. Or, ni le texte précédent, ni ce que rapporte Eusèbe n'autorisent une pareille conclusion. Celui-ci dit positivement le contraire (VII, 3), que ce fut saint Cyprien qui commença la controverse, et il place le commencement du pontificat de saint Etienne en 255; il n'y a donc pas le temps voulu pour une querelle antérieure que ce pape aurait eue avec les Orientaux. Ajoutez que Firmilien, d'après la lettre à saint Cyprien, qai a dû être écrite sur la tin de l'année 256. était alors très a^imé contre Rome et semble entièrement absorbé par la dispute sur le baptême des hérétiques. C'est pourquoi Héfélé (Hist. des Conciles, I, 91), nous paraît encore moins fondé quand il suppose que Denis, dans sa lettre au pape Etienne (Eusèbe, VII, 5), parle du rétablissement de la paix, entre Etienne et Firmilien, après la controverse sur le baptême des héréiiques; car il est visible qu'il ne s'agit que de l'apaisement du schisme novatien et de la tin de la persécution de Déce, et nullement de la fin de la controverse sur le baptême des hérétiques. Denis, au contraire, écrivit encore plusieurs fois de cette affaire aux prêtres de Rome et au pape suivant. — * «c A quibus (est-il dit à propos ee ce qni vient d'être cité de la lettre 75°), legatos episcopos patienter satis et leniter suscepit, ut eos nec ad sermonem saltem colloquii communis admitteret, adhuc insuper dilictionis et cbaritatis immemor, prseciperet fraternitati universœ ne quis eos in domum suam reciperet, ut venientibus, non solum pax et communio

1<\'2 HI8T01RB DM nor.MKs

sévères du pape, qui étaient sans doute justifiées par la gravité de la situation et par l'opiniâtreté des évoques récalcitrants, se rapprochaient fort d'une excommunication. Cependant il n'est pas certain qu'Etienne ait mis à exécution cette peine dans toute son étendue, même contre la personne de Cyprien. Il semble au contraire que le pape se décida à surseoir à l'exécution rigoureuse de l'excommunication, sur les propositions pacifiques d'autres évêques, notamment de Denis d'Alexandrie, qui s'employa en faveur de Cyprien auprès de Denis et de Philéraon, prêtres de Rome, et qui paraît les avoir amenés à des sentiments plus pacifiques, d'autant plus que la pratique de Rome était à peu près suivie partout.

Ajoutez que dès l'année suivante, la persécution éclatait de nouveau sous l'empereur Valérien et qu'en 257, au mois d'août, le pape Etienne devenait une de ses premières vic-

sed et tectum et hospitium negaretur. » Ne faut-il pas entendre ici par fratern.tas universa plus que les fidèles de Rome ? Ne doit-on pas y comprendre d'autres Eglises auxquelles saint Etienne aurait défendu ri'entrer en rapports avec les envoyés qui pouvaient arriver de l'Eglise d'Afrique?

Quoi qu'il en soit, il faut admettre avec Tillemont que cette conduite d'Etienne envers les légats des évêques d'Afrique n'a eu lieu qu'après le troisième concile de Carthage, et non pas aprè3 le second. D'une part, en effet, Etienne n'avait pas encore de motif pour repousser de prime-abord les légats après le second concile, alors que ceux-ci allaient lui donner les premiers renseignements sur les idées et la pratique qui régnaient en Afrique. Peut-être même venaient-ils pour s'entendre avec le i nef de l'Eglise, et en tout cas pour essayer d'établir l'unité dans la pratique de l'Eglise. Eiienne leur donna même une lettre où il justifiait 1* pratique de l'Eglise romaine, et s'efforçait de prouver que celle de Carthage élit mauvai-e ? Comment aurait-il pu repousser, ainsi que le suppose Firmilien , des envoyés qui vtnaient peut-être dans de bonnes intentions et qui devaient rapporter des leities en Afrique?

Mais quand le* évêques d'Afrique, dans ie troisième concile, eurent maintenu leur opinioQ avec arrogance et opiniâtreté, et qu'ils retournèrent à Rome pour la défendre, le pape avait raison d'en agir ainsi. D'autre part, les évêques ne se plaignirent point, dans le troisième concile de Carthage, que le pape n'eût pas même reçu leurs envoyés, ce qu'ils n'auraient pas manqué de faire si le pape les eût repoussés après 1* second concile. On a répondu, il est vrai, que le diacre Rogatien, porteur d'une lettre de saint Cyprien à Firmilien de Césarée, voulait, conformément aux paroles de Firmilien, retourner encore à Carthage avant l'hiver, mais que l'automne de 25(5 semble trop court, si l'on admet que les envoyés de saint Cyprien auraient fait le voyape de Carihage à Rome et en seraient revenus avant le premier septembre, et que cependant ils auraient gagné assez de temps pour que Rogatien pût entreprendre le vty. ge de Césarée. Or le temps indiqué pour ?e3 voyages suffisait, pourvu qu'ils fussent faits à la hâte.

Page 1