‹ Histoire des dogmesChapitre 62 sur 71 · SAINT CYPRIEN ET SAINT ETIENNE · texte numérisé non relu

SAINT CYPRIEN ET SAINT ETIENNE

tiraes. Nous avons donc toute raison de dire avec saint Augustin que l'amour de la concorde étouffa la discorde dans leurs cœurs et empêcha un schisme formel 4 bien que les sources ne nous permettent pas de décider comment des relations intimes purent se renouer entre Rome et Carthage. La lettre de Firmilien, qui tomba après coup entre les mains de saint Cy rien, ne pouvait que contribuera raffermir dans son opposition contre Rome. Mais d'autres évêques d'Afrique comprirent les dangers qu'offrait l'opinion de saint Cyprien sur l'invalidité du baptême des hérétiques, et se convainquirent que Rome soutenait les vrais principes. De ce nombre était l'auteur d'un ouvrage sur la réitération du baptême, qui dut être composé dans ce temps par un évêque d'Afrique4. Il adresse à saint Cyprien, sans l'appeler par son nom, d'amers reproches sur l'arrogance et l'opiniâtreté avec lesquels il veut changer une tradition religieuse respectable. Saint Jérôme parle également d'autres évêques africains qui dans les conciles de Carthage auraient appuyé le sentiment de saint Cyprien, mais qui étaient revenus plus tard à l'ancienne tradition de l'Eglise et avaient publié des décrets en ce sens 3.

Quant à saint Cyprien lui-même, les sources ne disent rien de son retour â la vérité. Saint Augustin lui même n'a rien pu établir de certain; il se borne à présumer 4 qu'une âme si pure a dû enfin se rattacher à la vérité; mais nous ignorons s'il l'a fait par le retrait formel de ses précédents décrets. Il se peut que son sentiment, quand le schisme novatien fut apaisé, ait perdu, dans le temps qui suivit immédiatement, son importance pratique, et que Rome n'ait plus voulu poursuivre l'affaire par des peines ecclésiastiques. Saint Augustin, lui, prétend excuser saint Cyprien, dan? le cas où il n'aurait pas formellement rétracté son erreur, par cette raison que, dans une question aussi com-

' Aug., Contra Donat, V, 25 : Stephanus abstinendos putaverat, qui de susclpiendis hsereticis prisea n consuetudinem conveliere conarentur. Cjprianus in uoitate cum eis manendum, qui diversa sentirent. Ita quaravis commotius sed tamen fraterne indignetur, vicit tamen pax Christi ia cordibus eorum, ut in tali disceptatione nullum inter eos malum schismatis oriretur. — " Réimprimé dans Migue, t, III, p. 1183 et suiv. — * Dial. cont. Lucif., vin. — * De baptism., II, 4.

piiquée, où la tradition ne semblait pas absolument unanime dans toute l'Eglise, où les raisons pour et contre semblaient à plusieurs se contrebalancer, où il n'y avait eu ni discussion à fond ni décision formelle dans ce concile, il était difficile d'arriver à la connaissance parfaite de la vérité. Il croit d'autant plus devoir l'excuser, que Cyprien a toujours profondément détesté le schisme et n'a jamais varié dans son amour pour Jésus-Christ et pour l'unité de l'Eglise *.

Il est certain, sous ce dernier rapport, que saint Cyprien vécut en paix avec le successeur de saint Etienne, Sixte II, et que celui-ci ne l'inquiéta pas davantage sur ses erreurs; car lorsque les édits de Valérien sur la persécution des chrétiens furent connus en Afrique, saint Cyprien envoya un légat à Rome, pour y demander sur ce sujet de plus amples renseignements au souverain Pontife. Les renseignements qu'il obtint sur la captivité du pape et sur les édits impériaux, il les communiqua à l'évêque Secessus dans sa 80e lettre. On voit également, pour la vie de saint Cyprien, composée par le diacre Pontius peu de temps après son martyre, qu'après la mort glorieuse du pape Sixte, en août 258, un délégué arriva à Carthage, pour en informer l'évêque. De plus, Pontius qualifie Sixte de bonum et pacificum sûcerdotem.

Un peu plus tard, le 14 septembre 258, saint Cyprien obtint lui-même la couronne du martyre, et cela dans la communion religieuse avec l'Eglise de Rome et avec les autres Eglises de l'univers, qui s'empressèrent de l'insérer dans leurs diptyques, comme un des plus illustres témoins de la foi chrétienne. S'il avait péché autrefois par opiniâtreté, il l'expia largement par l'excès de sa charité 2. Cette circonstance toutefois que saint Cyprien ne rétracta point ses anciennes opinions par des décrets synodaux formels, eut dans la suite de fâcheux effets; car ses principes lui survé-

1 Ibidem. — ' Aug., De bapt., I, 18; De unico bapt., cont. Pet., xm ; Epist., xcm, 40 : Porro autem Cyprianus aut non sensit omnino quod eum sensisse recitatis ; aut hoc postea correxit in régula veritatis; aut hune quasi nsevum sui candidissimi pectoris comperuit ubere charitatis... Accessit hue etiam, quod tamquam sarmentum fructuosissimum , si quid in eo fuerat emendandum purgavit Pater falce passionis.

curent çà et là, et les donatistes purent s'autoriser plus tard de sa conduite.

Nous ignorons de même comment la dispute fut apaisée en Orient. Les sévères menaces d'Etienne n'eurent d'abord d'autre effet sur Firmilien que de l'aigrir encore davantage contre Rome, comme le témoigne sa lettre à saint Dyprien. Cependant Denis s'employa pour lui comme pour les Africains auprès d'Etienne, auprès de Denis et de Philémon, prêtres de Rome, qui paraissent aussi avoir été opposés aux mesures rigoureuses, et auprès de Sixte II, ami de la paix. Il est donc probable que la paix religieuse ne fut pas entièrement rompue. Nous rencontrons plus tard Firmilien en lutte contre l'hérésie de Paul de Samosate, et il mourut en odeur de sainteté pendant qu'il se rendait au troisième concile d'Antioche, de 269 \. — Denis n'expose pas nettement son opinion personnelle sur le baptême des hérétiques, dans les fragments conservés par Eusèbe; il parait avoir surtout rempli le rôle de médiateur; saint Jérôme2 l'accuse d'avoir été dans le principe du parti de saint Cyprien; saint Basile 3 lui reproche d'avoir considéré comme valide le baptême d«s montanistes, qui, du reste, pouvaient n'avoir pas encore changé la formule du baptême. Saint Augustin, lui 4, félicite les évêques d'Orient en général d'avoir aboli la réitération du baptême et adopté la pratique de Rome.

Côté dogmatique de la dispute sur le baptême des hérétiques.

Le développement historique de la controverse que nous venons d'exposer nous offre déjà d'instructifs détails sur le dogme de l'unité de l'Eglise, comme sur la primauté du pontife romain; nous devions donc en tenir compte dans une histoire des dogmes. Cependant nous ne comprendrons bien le point capital de la question, la doctrine de la validité des sacrements et de l'exclusivité de l'Eglise, que lorsque nous aurons mis en scène les deux partis et entendu leurs arguments de leur propre bouche.

« Euseb., VII, 27, 30. — » Catal., lxxx. — a Epist. ad Amphil., I. — * Contra Crescon., III, 2, 3.

746 HISTOIRE DEf DO0MK8.

I. Saint Cyprien considérait comme invali<i(i Le baptême administré hors de l'Eglise, soit dans l'hérésie, soit dans lr» schisme; dans ces deux cas, il exigeait un second baptême. Saint Etienne, au contraire, tenait ce baptême pour valide, et demandait simplement qu'on imposât les mains à ceux qui rentraient dans l'Eglise après avoir été ainsi baptisés. Ici donc, comme dans toutes les controverses dogmatiques, il s'agissait d'interroger la tradition ecclésiastique, d'autant plus que sur ce point l'Ecriture Sainte re disait rien de décisif. La position de saint Cyprien était évidemment désavantageuse. Il croyait sans doute que rebaptiser les hérétiques é+ait du moins un usage déjà ancien dans l'Eglise de Carthage; mais le seul témoignage ancien qu'il pût citer était le décret d'un concile de Carthage tenu vers 220, sous Tévêque Agrippin '. Il n'est pas invraisemblable que Tertullien 2 qui traitait de nul et d'invalide le baptême conféré hors de l'Eglise, ait contribué à propager cà et là cette idée dans l'Eglise d'Afrique. De plus, on ne saurait déterminer exactement à quelles sectes ou hérésies se rapportait le décret du concile de Carthage. Tout ce qui est certain, c'est que la réitération du baptême des hérétiques ne fut pas, à dater de ce moment, généralement usitée dans l'Eglise d'Afrique; il y avait là au contraire quantité d'évêques qui considéraient la conduite de Cyprien comme une nouveauté, une altération dans la tradition apostolique notamment l'auteur d'un ouvrage sur la réitération du baptême, suivant lequel c'était un usage respectable, une tradition apostolique d'imposer simplement les mains aux hérétiques qui se convertissaient 3; puis un grand nombre d'évêques du troisième concile de Carthage célébré sous saint Cyprien; Cas-

1 Epist. lxx : Sententiam nostram non novam {romimus, sed jam p ride m ab autecessoribus nostris statutum et a ncbis observatum pari consensione conjungimus, censentes scilicet et pro certo tenentes, neminem foris baptixari extra ecelesiam posse, cum sit baptisma unum in sancta ecclesia constitutum. Epist. lxxt : Quod quidem et Agrippious bonae mémorise vir cuoi ceteris episcopis suis, qui illo tempore in provincia Afrioa et Numidia eccleaiam Domini gubernabant, statuit in libfato consilii commuais examine firmant. Conf. Epist. lxxu. — * De bapt., xv. — * De rebapt.y i : Utrum vetusUssima consuetudine ac trsditione ecclesiastica, post illum quod foris quidem sed in nomine Jesu Christi Domiui no3tri acceperunt baptisma, tantiimmodo i nponi eis manum ab episcopo ad accipiendum Spiritum sanctum sufficeret etc.

tus Siccensis, Libosus Vagensis, Zosime de Tharassa, Honorât de Tasca, qui reconnaissent dans leurs votes que la tradition n'est pas favorable à leur sentiment. Saint Cyprien lui-même n'ignorait pas que l'Eglise suivait une autre pratique, mais il croyait que sur ce point la tradition ne faisait point autorité, parce qu'il ne s'agissait que d'une affaire de discipline, dans laquelle un usage mauvais peut se glisser, pour être ensuite supplanté par la vérité 4.

Il oubliait que cette question, tout en se rattachant aussi à la discipline, était surtout d'une nature dogmatique et qu'on pouvait prouver que l'usage de rebaptiser les hérétiques s'était insinué comme un abus dans l'Eglise d'Afrique au commencement du troisième siècle. Que si, tout en étant convaincu de la faiblesse de ses arguments, il entendait maintenir son sentiment par ^ette raison que dès le temps des apôtres on avait toujours admis une seule Eglise et un seul baptême, par conséquent que le baptême des hérétiques ne pouvait pas être tenu pour le véritable, il ne laissait pas de faire de la question une question dogmatique, et il ne réfléchissait pas que ses adversaires tenaient aussi le baptême des hérétioues pour le seul baptême de la seule véritable Eglise, et par conséquent pour valide. Nous allons expliquer dans ce qui suit le rapport de la question avec la doctrine relative à l'Eglise.

En Orient Firmilien n'était pas plus heureux avec les témoignages de l'ancienne tradition. Lui au«si, comme saint Cyprien, il invoque2 la doctrine apostolique d'un seul baptême dans une seule Eglise; mais le témoignage le plus ancien qu'il puisse citer en faveur de la réitération du baptême, un décret du concile d'Iconium, qu'il avait lui-même présidé. Si nous réfléchissons que Firmilien, d'après un renseignement fourni j ar Eusèbe 3, administrait déjà l'Eglise de Césarée pendant le règne de l'empereur Alexandre

' Eipst. Lxxm : Proinde frustra quidam qui ratione vincuntur consuetudinem nobis opponunt. Epist. lxxiv : Nec consuetudo, qui£ apud quosdam obrep^erat, impedire débet, quominus veritas prtevaleat et vincat. Nara consuetudo sine veritate vetustas erroris est. — ' Epi.<t. lxxv : Nec meminimus hoc apud nos aliquand<> cœpisse, cum semper is;ic obsorvatum sit, uK nonnisi unam Dei ecclesiam nossemus et saartum baptisma uonnisi .-anctse erclesi.» Computaremus. — * VI, 27.

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Sévère (222-235), le concile fut plutôt tenu en 230, que vers 222, car il est vraisemblable que Firmilien remplit ses fonctions épiscopales, jusqu'en 269. Il est vrai que Denis d'Alexandrie l écrivit aussi à Philémon, prêtre romain, sur le concile d'Iconium, puis d'un autre concile de Synnade, qui s'était également prononcé pour la réitération du baptême, et il dit que cet usage ne règne pas seulement en Afrique, mais qu'il est depuis longtemps (irpo -noXXou) répandu au loin. Mais nous n'avons aucune raison d'assigner à ce concile une date beaucoup plus ancienne que le concile d'Iconium. Par contre la tradition des Eglises d'Orient nous est attestée par un auteur fort au courant, de l'antiquité, Eusèbe 2; d'après lui c'est un usage généralement répandu de temps immémorial de se contenter d'imposer les mains en récitant des prières sur ceux qui reviennent de l'hérésie.

Quant à la tradition de l'Eglise romaine, nous en avons pour garant le pape Etienne lui-même, qui invoque la tradition en faveur de son sentiment3 : « Si quelqu'un vient à

1 Eusèbe, VII, 7. — * VII, 2. — 3 Saint Cyprien, dans sa lettre 74e, nous a conservé le passage suivant du rescrit d'Etienne : Nihil innovetur, nisi quod traditum est, ut manus illi imponatur in pœnitentiam, que quelques uns traduisent : « Il ne faut rien renouveler (dans celui qui se convertit) que ce que la tradition veut qu'on renouvelle; qu'on lui impose les mains: car ils imputent à saint Etienne cette idée, que ce n'est pas le baptême, mais la confirmation, qu'il faut renouveler ou revalider. Cette traductiou reproduit d'abord inexactement l'opinion de ce pape, ainsi qu'on le verra plus loin; puis elle force la construction et prend innovari dans un sens inconnu des contemporains.

Dœllinger (Manuel de VHist. de VEgl., I, S03) entend par innovari le renouvellement intéaieur de l'esprit; il traduirait donc ainsi : Si quelqu'un revient d'une hérésie, toute rénovation doit se borner à lui imposer les mains. Mais nous n'avons pas de raison suffisante pour entendre les paroles de saint Etienne autrement que ne le faisaient les contemporains et les anciens Pères, d'autant plus que leur explication n'a rien de contraire à la grammaire. Tous entendent ici par innovare une nouveauté, ce qui l'écarté de l'ancienne tradition de l'Eglise. Saint Cyprien lui-même, se rattachant aux paroles de saint Etienne, disait (Epist. l\xiv, 2) : « Quasi is innovet qui unitatem tenens, unum baptisma uni ecclesiae vindicat, et non ille utique qui unitatis oblitus mendacia et contagia profanas tinctionis usurpât » [cf. lxxv, 5); c'est ainsi également que l'auteur du de Rebaptismate conçoit la controverse (cap. i) : » In quo génère quœstionis, ut mihi videtur, nulla omnino potuisset controversia aut disceptatio emergere, si unusquisque nostrum contentus venerabili ecclesiarum omnium auctoritate et necessaria humilitate nihil innovare gestiret etc.; » Eusèbe (VIII, 3) dit que le pape Etienne s'est élevé contre Cyprien, parce qu'il ne voulait tolérer aucune innovation

nous de quelque hérésie que ce soit, que Ton garde sans rien innover, la tradition, qui est de lui imposer les mains pour la pénitence. » Saint Cyprien n'ignorait pas que la pratique de l'Eglise romaine et d'une foule d'autres Eglises avait été de temps immémorial, telle que l'indiquait saint Etienne, et il ne sait rien répondre sinon qu'il faut lui prouver l'origine apostolique de cet usage par les saintes Ecritures, alors seulement il le reconnaîtra pour divin. Or, saint Augustin 4 remarquait à propos de cette objection qu'il y a dans l'Eglise quantité de traditions qui se sont transmises oralement depuis les Apôtres, et du reste, quand cette disposition n'émanerait pas des Apôtres eux-mêmes, la pratique de Rome pouvait bien être la pratique primitive, le développement normal ou la conséquence de la doctrine apostolique.

Voilà ce qu'Etienne pouvait affirmer en toute justice; car ni à Rome ni dans dans les autres Eglises, quand il s'était agi de recevoir des hérétiques, le baptême n'avait jamais été réitéré.

Firmilien 2 reconnaît également avec saint Etienne que dans l'Eglise romaine, quand on recevait des hérétiques, on se bornait à leur imposer les mains ; mais il prétend que c'est là une tradition humaine (traditio humana), qui n'est pas plus fondée dans la tradition apostolique que la célébration de la Pâque le dimanche qui suit le 14 nisan; car on prétend à Jérusalem et dans d'autres Eglises avoir reçu des Apôtres une autre ordonnance de la fête, Firmilien commet ici la même erreur que nous constatons partout dans saint Cyprien : d'une part, il envisage toujours cette dispute comme une pure affaire de discipline, sur laquelle ou comme pour la célébration de la Pàque, il peut y avoir différentes traditions apostoliques; et, d'autre part, il pénètre toujours sur le terrain du dogme, quand il veut établir la vérité de son sentiment.

(nihil innovandum) contre la tradition immémoriale : 'AXX' oye Sx/cpavoç [kv\ §£?v xi vewxepov 7rap& x-^v xpaT^aaaav àpx*$-v roxpaSocriv s7T[xatvoxo[j.eTv ocÔjjlevoç, sm xouxw 8t7)Yavàxxei ; saini Augustin (De bapt., V, 25) dit également : « Stephanus autem etiam abstinendos putaverat, qui de suscipiendis haereticis priscam consuetudinem convellere conareniur; » Vincent de Lérini (Comm.y vi) entend les paroles d'Etienne dans le même sens que les Pères ci-dessus nommés. — ! De bapt., V, 23. — * Epist. lxxv, 5, 6.

760 B18TOIRE DBfi DOGMES.

Le témoignage de saint Etienne sur la tradition de l'Eglise romaine est confirmé par les Vhilosojihumena, dont l'auteur Hippolyte au commencement du troisième siècle, disait du pontificat de son adversaire, le pape Calixte, que pendant ce temps (218-222) quelques-uns avaient introduit un second baptême4. La même chose est attestée par les Pères ultérieurs qui ont traité cette question ex professo, notamment par saint Augustin2 et Vincent de Lérins3; car ils accusent Agrippin d'avoir établi une nouveauté contraire à l'usage généralement répandu dès l'origine.

II. Saint Cyprien et Firmilien reconnaissaient eux-mêmes qu'ils sont passablement isolés sur le terrain de la tradition ecclésiastique, mais ils se figuraient que les preuves rationnelles qu'ils empruntaient à la notion de l'Eglise étaient si décisives, si indubitables, qu'elles pouvaient changer une tradition contraire. Leurs arguments tirés de la raison théologique étaient déduits de la doctrine dogmatique par une démonstration rationnelle; mais ils ne réfléchissaient pas combien le procédé démonstratif est incertain et périlleux sur le terrain de la vérité religieuse, quand, loin d'être appuyée sur les témoignages positifs de l'Ecriture sainte ou de la tradition, il est contredit par elle. Sur ce terrain, on trouve habituellement, après des réflexion et des recherches réitérées que la vérité appuyée sur la tradition a pour elle les raisons les plus persuasives, et que les raisons opposées n'ont qu'une valeur apparente.

Le grand argument que saint Cyprien et Firmilien ne cessent de resasser sous les formes les plus diverses, c'est que l'Eglise est instituée du Saint-Esprit pour être la dispensatrice de la vérité et de la grâce, de sorte que, hors de son sein, il ne peut y avoir ni foi véritable, ni administration des sacrements, ni grâce de Jésus-Christ 4. C'était aussi l'argument décisif de Tertullien, et saint Cyprien l'avait déjà fait valoir dans son traité de l'unité de l'Eglise. Qui ne

* hoc. cit., p. 291. — " De bapt.y II, 7. — * Common.t vi. — 4 Epist. lxxiv, 4 : Nam si idcirco apud hsereticos ecclesia non est, quia una est et Jividi non potest, et si ideo illic spiritus sanctus non est, quia unus est et esse apud profauos et extraneos non potest, utique et baptisma, quod in eadein unitate consistit, esse apud haereticos non potest. quia separari neque abecclesia neque a spiritu sancto potest. Conf. lxxvi, 3.

voit cependant que l'Eglise était prise ici dans un sens exagéré? L'Eglise est assurément la seule dispensatrice régulière de la vérité divine et des trésors de la grâce, et celui qui tenterait contre son gré, d'annoncer la doctrine divine ou de dispenser la grâce, agirait d'une manière illicite mais qu'on perde absolument tout en sortant de l'Eglise, et qu'on ne garde pas la moindre parcelle de vérité et de grâce, c'est ce qu'on n'avait trouvé jusque là ni dans l'Ecriture sainte ni dans la tradition ecclésiastique. Notre-Seigneur Jésus-Christ a poussé les hommes de la façon la plu» pressante et par les besoins les plus impérieux vers la société extérieure de l'Eglise ; mais il n'a pas voulu cependant qu'en dehors de l'Eglise on ne pût rien conserver de chrétien.

C'est à l'Eglise que la plupart des hérétiques ont emprunté les saintes Ecritures et le baptême. Saint Cyprien a donc commis une double faute; il a assigné à l'Eglise des limites trop étroites , il en a exclu tout à fait et sous tous les rapports les schismatiques et les hérétiques, même quand ils étaient devenus autrefois des membres du corps de Jésus- Christ par le baptême reçu dans l'Eglise, et il a nié complètement son activité en dehors du cercle de ses membres orthodoxes. De même qu'il aurait du distinguer entre une Eglise invisible composée de ceux qui sont vraiment la sainteté intérieure, et une église extérieure et visible; entre des membres morts, desséchés et rejetés, et des membres fidèles ou du moins croyants; de même il devait considérer l'activité de l'Eglise dans la dispensation des sacrements sous un aspect plus objectif et indépendant des qualités du ministre. De ce que, sauf le cas de nécessité, l'administration d'un sacrement dans une corporation hérétique ou schismatique était illicite, il ne s'ensuivait point qu'il fût invalide, comme le suppose toujours saint Cyprien A.

' • Si saint Etienne, autant du moins que nous pouvons le conclure deg fragments conservés, n'a pas pu réfuter toutes les objections, tous les arguments rationnels de saiot Cyprien, saint Augustin l'a fait plus tard d'une façon péremptoire dans ses écrits contre les donatistes. Sous ce rapport, il parle admirablement de l'Eglise dans son De bapt.% VII, 52 : Horum autem omnium generum illi primi, qui sic sunt in domo Dei, ut ipsi sunt douius Dei, sive jam spirilaits sint, sive adhuc parvuli lacté nutriantur, sed tamen

Saint Cyprien ne faisait sans doute qu'exprimer les mêmes idées sous une autre forme quand il disait qu'on ne pouvait renaître de l'eau et du Saint-Esprit que dans TRglise, parce qu'elle est l'unique épouse du Saint-Esprit1, Pour demeurer conséquent, il ne devait pas seulement, en vertu de ce principe, contester la validité du baptême conféré hors de l'Eglise; il devait soutenir à plus forte raison que tous les autres sacrements ne peuvent avoir d'effet que dans l'Eglise, p r conséquent qu'un prêtre tombé perdait à la fois tous ses pouvoirs, toutes ses facultés d'administrer n'importe quel sacrement. C'était là en effet l'opinion de saint Cyprien et de Firmilien 2. Mais, ici encore, ils oubliaient que les sacrements des hérétiques et des schismatiques quand ils sont administrés de la manière prescrite par le Seigneur, sont en réalité les sacrements de l'unique Eglise et de l'unique épouse du Saint-Esprit.

Saint Cyprien 3, se trompait encore davantage quand il opposait à ses adversaires que Jésus-Christ n'avait donné qu'aux apôtres le pouvoir de remettre les péchés, par conséquent le baptême, en tant que sacrement de la rémission des péchés, ne pouvait être donné validement que par ceux qui étaient les légitimes successeurs des Apôtres et dans la communion de l'Eglise. Il mettait ici le sacrement de pénitence au même niveau que le sacrement de baptême, oubliant que les prescriptions du Seigneur sur le ministre d'un sacrement ne s'appliquent pas toujours au ministre d'un autre sacrement. Dans ce cas, l'Ecriture Sainte elie-même enseigne expressément que les diacres peuvent baptiser

ad spiritalem habitum intento corde proficiant, nemo dubitat qaod baptis- ' mum et utiliter habeant et se imitantibus utiliter tradant; fictis autem, quos Spiritus sanctus fugit, etsi ipsi, quantum in eis est, utiliter tradunt, illi tamen inutiliter accjpiunt, non imitantes eos psr quos accipiuut. Illi vero qui sic &uat in magna domo tanquam vasa in contumeliam et inutiliter nabent baptis mum et se imitantibus inutiliter tradunt... Qui autem separatiores, noa magn in domo, quam ex domo sunt, neque omnino utiliter habent, neque ab eis utiliter accipitur, nisi forte accipiendi nécessitas urgeatf et accipiexitis aLimus ab unitatis vinculo non recédât etc. Cf. III, 15, 19. — iEplst. lxxiv, 6. — * Epist. lxxv : Haeretico enim sicut ordinare non licet, nec manum imponere, ita nec baptizare nec quidquam sancte nec spiritahter gerere, quaudo alienus sit a spirituali et deifica sanctitate. Cf. i.xx, 2. — 3 Epist. Lxxui : Unde intelligimus non nisi in ecclesia prcepositis et in evangeiica lege ac dominica ordinatione lundatis licere baptizare et remissam peccatorum dare, foris autem nec ligari aliquid posse Dec solvi. Cf. lxxv, 16.

validement et licitement, et la tradition, quand il y a nécessité, étend ce pouvoir aux laïques eux-mêmes, bien qu'ils n'aient pas reçu des Apôtres le pouvoir d'absoudre. De plus, saint Augustin remarquait dans la suite que le baptême peut être validement donné et reçu, pourvu que rien ne manque au signe extérieur, sans que la rémission des péchés ait toujours lieu, comme lorsqu'on reçoit le sacrement préparation. D'où il suit que ce sacrement peut aussi être reçu validement dans l'hérésie, sans que celui qui le reçoit obtienne la rémission de ses péchés, à cause de son incrédulité ou de son hérésie; mais seulement q,;and il retourne sincèrement à l'Eglise. C'était dire en même temps que le baptême a un autre effet sacramentel que de remettre les péchés, ou de procurer la grâce sanctifiante, qu'il peut être séparé de cette grâce. Cette grâce, c'est le caractère ineffaçable imprimé à l'âme et qui ne permet de donner qu'une fois le baptême, puis l'incorporation à l'Eglise, à laquelle est attachée une grâce sacramentelle particulière, qu'on doit considérer comme latente ou moins efficace, tant que l'homme n'a pas encore reçu la rémission de ses péchés et qu'un obstacle s'oppose à la grâce *,

Au reste, ni saint Augustin, ni d'autres Pères n'étaient d'avis que le baptême donné par des hérétiques à de petits enfants ou à des adultes qui étaient dans l'erreur sans faute formelle, ou à des catholiques qui, en cas de nécessité, se faisaient baptiser par des hérétiques, ne produisait point la rémission des péchés. Saint Augustin enseigne expressément le contraire; il affirme seulement que les péchés renaissent en quelque sorte comme s'ils n'avaient pas été remis, quand l'individu repousse la vérité par sa propre faute 2.

1 Cependant saint Augustin ne se rendait pas encore bien compte des conditioas nécessaires pour la réception valide du baptême, car il le croit valide même quand on ne le reçoit qu'en apparence, ou qu'on fait semblant (fictus) de s'approcher du bain de la renaissance : Quii si ad ipsum baptismum fictus accessit — lit-on dans De bapt., I, 12 — dimissa sunt ei pecoata, an non sunt dimissa? Eligant quod volunt, utrumhbet elegerint, sufficit nobis. Si dimissa dixerint; quomodo ergo Spiritus sancîus disciplina» effugiet (ictum, si in isto ficto remissionem operatus est peccatorum t Si dixerint non esse dimissa; qusero : si postea rictionem ^uam corda concusso et vero dolore fateretur, denuo baplizandus judLar<stur? Quod si dementissimum est dicere, etc. — ■ De bapt., I, 2; IV, 10; VI, 5. C'est aussi l'opinion de l'auteur

Les arguments de saint Cyprien deviennent encore plus dangereux et frisent le (fanatisme quand il ose soutenir qu'on ne peut administrer le baptême hors de l'Eglise ni recevoir le Saint-Esprit, parce que le ministre du baptême a perdu le Saint-Esprit. Cette vue, adoptée dans toute sa rigueur et mise en pratique, serait du donatisme achevé, et l'administration tout entière des sacrements par l'Eglise serait mise en question *; car si un hérétique ne peut admifrer valMement aucun sacrement par îa raison qu'il n'a plus le Saint-Esprit, celui qui n'est plus en état de grâce ne le peut pas davantage. Saint Cyprien n'a pas sans doute formulé cette conséquence, mais il aurait dû vot qu'on pouvait la conclure de son langage.

Il ne pouvait pas justifier des propositions aussi dangereuses par l'espoir d'inspirer aux fidèles l'horreur du schisme et de l'hérésie, et de ramener plus facilement les égarés. Quand même il eut obtenu ce succès, son erreur n'eût pas été justifiée. Du reste, les contemporains lui objectaient déjà qu'il rendait le retour plus difficile aux hérétiques repentants2.

En face de ces tentatives de nature à énerver dans l'église l'économie du salut et à la mettre en question, saint Etienne insista pour le maintien de l'ancienne pratique de 1 Eglise, et il semble qu'il ait surtout fait valoir cette raison que le baptême opère la grâce par lui-même ex opère operato, comme diront plus tard les scholastiques, et est valide dès qu'il est donné selon les prescriptions du Seigneur, indépendamment de la foi de son ministre. Autrement le nom du Seigneur et un moyen de salut établi par lui seraient déshonorés 3. Pour le reste, nous devons sans doute admettre avec saint Augustin4 que saint Etienne n'a pas réfuté un à un les arguments de saine Cyprien, qu'il n'a pas su lui en développer les funestes conséquences5, ni établir solidement la doctrine de l'Eglise.

inconnu de la lettre que Ju^aien avait envoyée à saint Cyprien, comme on la voit Epist. lxxiii, 4. — ' Epist. lxx, 2. — • Epist. lxxii, 24. — * Epist. lxxv, ]8 : Sei in multam, inquit (Stephanus), proficit nomen Christi ad ndem et l>apti>mi sanetifkaionem, ut quicunque et ubicunque in rumine Chriiii biptiza u? fuerit, consequatur statim gratiam Christi etc. — ' De bapt., II, 8. — * Quant à l'auteur de l'écrit sur le second baptême, il pose

On a élevé de nos jours contre le pape Etienne, des accusations beaucoup plus graves que celles de saint Augustin quand il lui reproche de n'avoir pas suffisamment établi la vérité.

On a prétendu que dans cette dispute, il n'avait pas soutenu la vraie doctrine, qu'il tenait pour valide non seulement le baptême donné au nom de Jésus, mais toute espèce de baptême, sous quelque forme qu'il fût donné; que l'opinion mitoyenne, la plus exacte, sur le baptême des hérétiques ne s'est développée que plus tard *. D'après cela, les deux parties se seraient trompées dans la controverse d'alors, et, à cette époque du moins, la vérité aurait échappé à l'Eglise.

Or, il est d'abord incontestable que les anciens Pères, Eusèbe, saint Augustin, saint Jérôme et Vincent de Lérins, n'imputent à saint Etienne aucune erreur sous ce rapport, bien qu'ils s'occupent longuement de cette question; saint Augustin surtout n'aurait pas manqué d'en parler, s'il avait pu trouver quelque chose pour justifier saint Cyprien.

Saint Cyprien lui-même ne reproche pas au pape Etienne de considérer comme suffisant et valide n'importe quel baptême et sous quelque forme qu'il soit administré. Et au fait, ce serait là une opinion bi^n étrange, que saint Cyprien aurait pu attaquer et anéantir d'une façon tout autrement vigoureuse. Malgré tout, et cependant, on invoque les propres paroles de saint Etienne : « Si quelqu'un revient d'une hérésie, quelle qu'elle soit, on ne .doit rien innover, » etc. Il s'agit donc de savoir de quelle hérésie le pape veut parler; s'agit-il aussi de ceux qui changeraient le rite du baptême pour y substituer le leur différent de celui de l'Eglise? Les paroles du pape n'autorisent point une pareille supposition, car il ajoute cette raison : parce que les hérétiques eux-mêmes ne donnent point de baptême particulier à ceux qui viennent à eux, mais ils communiquent seulement avec eux (cum ipsi haeretici proprie alterutrum ad se venientes

déjà cette question à saint Cyprien : Quid dicturas es de his, qui plerumque ab episcopis pessimse con rer*ationis baptizantur ? — * CTast l'opinion de Sarpi, suivi par Dupin; Gieseler, Bise, eocl., I, 397. Selon Néander, an contraire, Etienne aurait tenu pour valide le baptême donné simplement au nom de Jésus.

756 HISTOIRE DES [»OGM£8.

non baptizent, sed communicent tantum). Voici comment Firmilien comprend cette raison (ep. 75, 7) : Stephanus in epistola sua dixit : hœreticos quoque ipsos in bapiismo convenire et quod alterutrum ad se venientes non baptizent sed communicent tantum. Mais lui et saint Cyprien objectent au pape qu'il n'a pas besoin de leur offrir les hérétiques comme un exemple à imiter, sans toutefois remarquer que l'assertion d'Etienne soit inexacte et que les hérétiques ont leur rite spécial pour le baptême. Dans leur argumentation, au contraire, ils partent toujours de cette supposition que le baptême des hérétiques est conféré selon la manière prescrite par Jésus-Christ, tout en soutenant qu'il est nul et invalide par cette simple raison qu'il ne peut être administré que dans l'Eglise. Pour les Novatiens, qui étaient surtout en question, il est absolument certain qu'ils ne changeaient pas la formule et le rite du baptême, et on en peut dire autant des marcionites, dont un inconnu cité dans la lettre envoyée à saint Cyprien par Jubaïen, reconnaissait le baptême pour valide. Selon saint Cyprien, en effet, le baptême même administré au nom de Jésus-Christ est invalide, tant que leur foi à Dieu le Père, au Fils et au Saint-Esprit, et à l'unique Eglise n'est pas la foi véritable et orthodoxe *.

Nous avons déjà dans ce passage un point de repère pour décider la question si saint Etienne n'admettait pas au moins la validité du baptême donné au nom de Jésus, même sans la mention des autr.es personnes divines dans l'administration du baptême. On sait que l'Ecriture-Sainte2 ellemême parle souvent d'un baptême au nom de Jésus-Christ; mais il n'est sans doute appelé ainsi que parce qu'il se distingue, comme baptême chrétien du baptême de Jean, et

1 Epist. lxxui, 4 : Prsetereundum hune locum non putavi, maxime cum in eadem epistola aniinadverterim etiam Marcionis fieri mentiouem, ut nez ab ipso venieutes dicat baptizari oportere, quod jam in nomine Jesu Christi baptizati e3se videautur. Considerare itaque debemus fidem eorum, qui foris credunt, au secundum eandem fidem possint aliquid gratiae consequi. Nam si fides una est nobis et hsereticis, potest esse et gratia una. Si eundeni patrem, eundem filium, eundeui spiritum sanctum, eandem ecclesiaoi confitentur nobiscum Patripassiani, Anthropiani, Valentiuiaoi, Apelletiani, Ophitse, Marcionitae et ceterae haereticoruin pestes et gladii ac venena subvertendae veritatis, potest illic et baptisma unum esse, si est et fides una. — 1 Acit, il, 38; vin, 16; xix, 5 ; Rom.% vit 3.

qu'il est administré selon l'ordre du Seigneur, c'est-à-dire au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

C'est dans le môme sens que nous devons entendre le baptême au nom de Jésus dans saint Cyprien, d'autant plus qu'en divers endroits, il ajoute cette explication que c'est le baptême donné au nom de la Trinité divine. Il le fait très clairement dans le dernier passage cité de la lettre 73e, en prouvant que la foi des marcionites à la Trinité est fausse, et par conséquent que leur baptême doit être invalide1. Il est vrai que dans la même lettre, il représente son adversaire, dont Jubaïen lui avait transmis l'écrit, comme tenant pour pleinement valide le baptême donné au seul nom de Jésus (cap. xiv, xvi) dans les sectes qui n'acceptaient pas Dieu le Père pour le Créateur du monde, et il rappelle Tordre du Seigneur de baptiser au nom de toute la Trinité.

Mais rien n'indique que saint Cyprien ait précisément voulu ici critiquer le sentiment de saint Etienne; il s'agit au contraire d'un autre adversaire, dont saint Cyprien presse trop les expressions, afin de le convaincre d'erreur2; car il en vient aussitôt à dire dans sa polémique que de tels hérétiques, précisément parce qu'ils se trompent dans leur foi à Dieu le Père comme Créateur du monde, et ne croient point par conséquent à la Trinité, ne peuvent validement baptiser.

Quant à Firmilien, il dit expressément qu'Etienne entendait par le baptême au nom de Jésus-Christ le baptême au nom de la Trinité divine3, et il combat le baptême des montanistes, que les adversaires tiennent pour valide, non pas qu'ils aient changé la formule du baptême, mais parce que leur foi au Saint-Esprit est inexacte4. Ailleurs5, il raconte

1 Cf. Ibid., cap. v, 12. — 8 Epist. lxxiii, 18 : Denique ubi poit resurrectionem a Domino apostoli ad gentes mittuntur, in nomine Patris et Filii et Spiritus saneti baptizare gentiles jubentur. Quomodo ergo quidquam dicunt foris extra ecclesiam, immo et contra ecclesiam modo in nomins Jesu Christi, nbicunque et quomodocunque gentilem bapiizatum remisaionem peccatorum consequi posse, quando ipse Christus gentes biptizari jubeat in plena et adunata Trinitatet Conf. lxxiv, 7. — 3 Epist. lx\v, 9 : llludquojue absurdum quod non putant qtiHîrendum esse quis sit ille qui baptizavevit, eo quod qui baptizatus sit gratiam consequi poterit invocata trinitate nominum Patri3 et Filii et Spiritus saneti. — * Tbid.y cap. vu. — * Ibid., cap. x.

758 histoire DR8 00OMB8.

une histoire qui s'est passée en Cappadoce vingt-deux ans auparavant : Une femme po $è lée du démon s'était donnée pour une vraie prophétesse et avait osé célébrer le sacrifice et conférer le baptême selon rasage de L'Eglise, sans rien changer à la formule ecclésiastique (ut nil discrepare ab ccclesiastica régula videretur); et il demande si ses adversaires considèrent aussi ce baptême comme valide. Il suppose donc qu'ils croyaient nécessaire la formule prescrite par le Seigneur. Sans doute, l'auteur de l'ouvrage sur le second baptême parle souvent de la validité du baptême conféré au nom de Jésus-Christ par les hérétiques ; mais on ne voit pas clairement s'il n'entend pas aussi par là le baptême donné au nom de la Trinité. Il se fait quelque part, à la vérité, cette objection que le Seigneur a pourtant commandé de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, et non pas seulement au nom de Jésus; mais il ne laisse pas d'ajouter qu'on l'a toujours fait dans l'Eglise; il croit seulement que l'invocation du nom de Jésus n'est pas absolument inutile, que nous avons dans l'invocation de ce nom quelque nous est commun avec les hérétiques, qu'il y faut joindre le chose qui reste pour pouvoir acquérir la vie éternelle1. Quoi qu'il en soit, l'opinion de l'auteur ne ressort pas très nettement, et quand même nous l'aurions dans toute sa précision, ce ne serait pas pour nous une raison de supposer qu'elle était celle du pape.

Nous avons au contraire toute raison de croire, à l'exemple des Pères, d'un Augustin, d'un Jérôme, d'un Vincent de Lérins, que saint Etienne n'avait en vue que le baptême des hérétiques conféré selon les prescriptions du Seigneur, qu'il demandait que de tels hérétiques, les novatiens, les marcionites, qui ne s'écartaient pas du rite baptismal de l'Eglise, ne fussent pas rebaptisés quand ils revenaient à l'Eglise. Il n'est donc pas besoin de rechercher s'il n'y avait pas à cette époque de secte ayant un rite spécial pour le baptême, car nous ignorons si saint Etienne partait, oui ou non de cette

1 De rebapt.y 7 : Nec œstimes huic tractatui contrariura esse, quod dixit Dominus : Ite, docete gentes, tiogite eos in nomiue Patris et Filii et Spiritus sancti. Quia cum hoc yerum et rectum et omnibus modis in ecclesia obseryandum sit, et observari quoque solitum sit, tarnen considerare oporiet, quod invocatio norainis Jesu non débet a nobis futilis videri etc.

hypothèse. Il dit simplement que les hérétiques observaient généralement le rite de l'Eglise. Et il en était ainsi en réalité; car lors môme que saint Irénée1 accuse quelques sectes gnostiques d'avoir altéré la formule du baptême, saint Augustin2 soutient au contraire qu'il serait plus aisé de trouver des hérétiques qui ne baptisent point que d'en trouver qui changent les paroles.

Ce fait a dû néanmoins se produire dans la suite chez ceux qui rejetaient le dogme de la Trinité. C'est pourquoi le concile d'Arles, assemblé en 314, pour aplanir le schisme donatien, décida dans son canon 8, que les hérétiques qui revenaient à l'Eglise et qui interrogés sur leur confession de foi, faisaient voir qu'ils avaient été baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, devaient être reçus par la seule imposition des mains. Si on trouvait le contraire, ils devaient être baptisés dans l'Eglise3. Les sectes qui se permettaient un changement essentiel dens le rite baptismal, ne sont pas nommément cités dans ce canon, elles ne le furent qu'au concile d* Nicée. Le baptême des nova+Jens fut admis comme valide, mais relativement aux. Pauliniens il fut statué dans le 19e canon qu'on devait les rebaptiser quand ils rentreraient dans l'Eglise.

Il n'est pas aussi facile de décider dans quel sens les Pères de Nicée rejetaient le baptême des pauliniens, si c'était parce qu'ils avaient changé la formule prescrite pour l'administration du baptême ou parce qu'ils donnaient lieu de soupçonner sérieusement qu'ils avaient fait une pareille falsification, ou parce qu'ils ne faisaient qu'attacher un autre sens au texte de la formule du baptême. Quelques-uns4 pensent que les Pères avaient rejeté le baptême des Samosaténiens par ce motif qu'ils auraient attaché aux paroles un sens tout autre et absolument faux et ils invoquent le témoin gnage de saint Athanase1, suivant lequel le baptême des

1 Adv. hœr., I, 21, 3. — 2 De bapt., IV, 8; VI, 25. — » Canon 8 : De AfrU quod propria lege sua utuntur ut rebaptizent, pla.uit, ut si ad eccle^iam alU quis de haeresi venerit. interrogent eum symbolum; et si perviderint eum in Pâtre et Filio et Spiritu sancto esse baptizatum, manus ei tantum imponatur ut accipiat Spiritum sanctum. Quod si interrogatus non responderit hanc trinitatem, baptizetur. — 4 Héfélé, Hist. des conc, 1, 411. — * Orat. III, 412 (éd. Colog.) ; II. 43 (éd. Maur.).

Manichéens, des Phrygiens, des Samosaténiens serait faux, bien qu'ils reproduisissent textuellement les paroles.

Tillomont1 remarque au contraire que saint Athanase ne dit pas en propres termes que ces hérétiques reproduisaient textuellement les paroles du baptême. Ajoutez que l'opinion de saint Athanase sur le baptême des hérétiques n'était pas celle de l'Eglise, car il tenait également 'pour invalide celui des Ariens, à cause de leurs doctrines erronées sur la Trinité, tandis que le canon 7 ajouté au deuxième concile universel et reçu par le concile Quinisexte considère les ariens comme validement baptisés. Le pape Etienne, dans la controverse sur le baptême des hérétiques, avait toujours soutenu, comme il résulte des tettres de saint Cyprien, qu'il fallait, relativement à la validité, décider non d'après la foi de celui qui l'administre, mais d'après l'accomplissement, de l'acte du baptême. Dans le cas contraire, il faudrait aussi révoquer en doute le baptême de l'Eglise, car il peut arriver facilement que le ministre se fasse de fausses idées sur la Trinité, tout en accomplissant l'acte du baptême dans les meilleures intentions et selon les prescriptions de l'Eglise2. Le baptême administré par un juif ou par un païen pourrait encore moins être valide, si la croyance orthodoxe à la Trinité devait toujours exister dans le ministre. Et cependant l'Eglise n'a jamais douté dans ces cas de la validité du baptême, pourvu que le rite du baptême fut validement accompli. C'est pourquoi saint Augustin explique le canon de Nicée contre les Pauliniens en ce sens que leur baptême est invalide parce qu'ils ont falsifié la formule du baptême3, et le pape Innocent Ier dit expressément4 qu'ils ne baptisaient

1 Mémoires, IV, 126. — * Sur ce point, saint Augustin énonce clairement la doctrine de l'Eglise : Aug., De bapt., III, 15 : Quamobrem si evangelicis verbis : in nomine Patris et Filii et Spiritus saucti, Marcion baptisnium consecrabat, integrum erat sacramentutn, quamvis ejus Mes sub iisdem verbis aliud opinantis quam catholi a veritas docet, non esset intégra, sed fabulosis falsitatibus inquinata. Nam sub eisdem verbis : in nomine Patris et Filii et Spiritus sancti, non solum MarcioD, aut Valentinus, aut Arius, aut Eunomius, sed ipsi carnales parvuli ecclesise, si posent singuli diligenter interrogari, tôt diversitates opinionum fortassis, quot homines numerarentur. — * De hœr.t 44 : Istos sane Paulianos baj-tizandos essa in ecclesia Nù'scno concilio constitutum est. Uode civdendum est eos regulam baptismatis non tenere, quam secum multi hseretici cum de :atho!ica discederent abstulerunt eamque custodiunt. — 4 Epist. xxn, 6.

pas au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Il faut donc interpréter aussi dans le même sens le septième canon du concile de Concile de Constantinople, d'après lequel les eunomîens, les montanistes, les sabelliens, etc., seraient égalés aux païens et devraient être rebaptisés quand ils se convertissent.

Cependant nous ne trouvons pas toujours chez quelques Pères, dans la période qui a suivi le concile de Nicée, la vraie doctrine touchant le baptême des hérétiques, notamment, d'après ce que nous avons vu, dans saint Athanase. Cyrille de Jérusalem4 va plus loin encore; il rejette en général le" baptême des hérétiques et le déclare invalide, de même que les canons2 et les constitutions apostoliques3, tandis que saint Basile4 veut qu'on tienne pour nul et invalide le baptême des encratites.

Si nous récapitulons ce qui précède, nous ne pourrons nous empêcher de reconnaître que la controverse sur le baptême des hérétiques a beaucoup contribué à développer l'intelligence de l'efficacité et de la validité non seulement du baptême mais des autres sacrements, puis aussi de l'exclusivité de l'Eglise, et à mieux éclaircir les raisons qui militent en faveur de l'ancienne pratique de l'Eglise. Il n'y a qu'un point, également relatif à la validité des sacrements, qui ne fut pas touché dans ces discussions : l'intention du ministre, sans laquelle l'acte sacramentel, ou l'accomplissement du signe sacramentel extérieur no serait pas proprement une action humaine. Saint Augustin lui-même ne parvint pas sous ce rapport, à l'aide des débats qui s'agitaient alors et de la pratique de l'Eglise, à se former un jugement certain et définitif : il voulait que cette question fût décidée par un concile universel5. Elle l'a été par le concile de Trente, statuant que « l'intention de faire ce que fait l'Eglise » est nécessaire à l'administration valide des sacrement.

Il nous reste avant de finir, à éclaircir un côté de la discussion entre saint Etienne et saint Cyprien ; il avait déjà été souvent débattu autrefois, mais diversement résolu. Il

1 Prœf. in catech. — • Can. 46, 47, 63. — » Lib. VI, 15. — * Ep. ad Amphil. — * De bapt., VII, 53.

762 HISTOIRE DES DOOMBS

s'agit de savoir dar-is quel sens saint Etienne exigeait l'irupçsitioQ des mains aux hérétiques qui se convertissaient : était-ce pour leur donner la confirmation ou en signe de leur réconciliation1? Il est certain que saint Cyprien et Firmilien entendent les paroles de saint Etiene en ce sens qu'il aurait interdit la réitération du baptême, et ordonne celle de la confirmation; mais il est aisé de voir que tous deux visent à convaincre leur adversaire de contradiction et qu'ils cherchent pour cela à forcer ses expressions. Et de fait il leur eût été facile de réduire saint Etienne à l'absurde, si tel avait été son enseignement. Ils pouvaient dire : si dans une société hérétique le pardon des péchés peut être obtenu par le bain de la régénération, il faut qu'on puisse y recevoir aussi le Saint-Esprit, puisque le baptême chrétien opère par la vertu du Saint-Esprit. Si le baptême des hérétiques n'exigeait pas une réintégration, il en serait de même de leur confirmation ; car on ne comprendrait pas pourquoi ils pourraient conférer un sacrement plutôt qu'un autre2.

Saint Cyprien et Firmilien essaient en outre par un autre côté de convaincre le pape de contradiction : d'une part, il refuserait aux hérétiques le Saint-Esprit et le pouvoir de le communiquer, et, d'autre part, il admettrait leur baptême, bien qu'il ne puisse être efficace que par le Saint-Esprit. L'auteur de l'ouvrage souvent cité sur la réitération du bapbaptême croit également que l'évêque doit donner aux hérétiqueo qui se convertissent la confirmation et avec elle la plénitude des grâces du Saint-Esprit. Mais il est bon de remarquer que les deux adversaires n'objectent jamais au pape d'avoir expressément déclaré invalide la confirmation des hérétiques; ils veulent simplement tirer de son raisonnement cette conclusion : d'une part, d'attribuer le Saint- Esprit aux hérétiques et, d'autre part, de le leur refuser. Il se peut que l'auteur de l'ouvrage sur la réitération du bap-

1 Parmi les anciens, Morin, De Pœnit., IX, 9-12, se prononce pour la confirmation; tandis que Constant, dans une dissertation (Migne, III, 1350 et seq.), et Maran (Préface sur les ouvrages de saint Cyprien) se déclaraient pour la pénitence. Entre les modernes, Mattes (Revue trim. de Tubingue% 1849, p. 615 et suiv.) et Héfelé (tlist. des Conc.% I, 103 et suiv.) reviennent à l'opinion de Morin. — 8 Saint Cyprien répète souvent cet argument dans ses lettres 73 et 74, et Firmilien dans sa lettre 75*.

tême, de même que plusieurs membres du troisième concile de Carthage, qui prenaient aussi l'imposition des îmûus pour une confirmation, aient été trompés par l'argumentation de saint Cyprien.

Un peu plus tard, Tnéodoret dit des novatiens que les Pères leur donnaient la confirmation ou l'onction quand ils rentraient dans l'Eglise, non pas que leur confirmation eût été invalide, mais parce qu'ils rejetaient la confirmation et ne la donnaient pas dans leur secte4. Nous ignorons si cette allégation de Tnéodoret est exacte, ou si c'est là de sa part une pure hypothèse, car il trouvait dans les sources que le chef de la secte, Novatien, n'avait pas reçu la confirmation et que les adversaires de saint Cyprien, dans la controverse sur le baptême des hérétiques, avaient exigé l'imposition des mains. Quoi qu'il en soit, nous pouvons conclure de ses paroles qu'il ne songeait pas à une réitération de la confirmation etqu'ii ne tenait pas de prime-abord celle des hérétiques pour invalide.

Cependant, nous croyons pouvoir affirmer avec une pleine certitude que saint Etienne en parlant de l'imposition des mains aux hérétiques qui rentraient dans l'Eglise, ne pensait pas à la confirmation, ei moins encore à une réitération de la confirmation qui aurait été donnée dans une société hérétique ou schismatique. Cette dernière supposition n'est pas même faite par saint Cyprien ou Firmilien, et de vrai, elle n'impliquerait pas seulement une contradiction avec une doctrine a\4rée de l'Eglise, qu'on imputerait au pape sans aucun motif, mais elle remettrait en question le résultat le plus important de la controverse sur le baptême des hérétiques, celui d'avoir éclairci la notion de la validité de l'acte sacramentel considéré en soi et mettait le pape en contradiction avec lui-même. Tout se présente au contraire dans la plus belle harmonie si nous entendons par imposition des mains celle que faisait l'évêque en réconciliant les pénitents. Voici les raisons qui appuient cette explication.

Si saint Etienne exige lui-même en termes formels qu'on impose les mains pour la pénitence (utmanus illi imponatur

*Hœret.fab. III, 5.

764 HISTOIRK DES DOGMES.

in pœnitentiam) à l'hérétique qui revient au giron de la véritable Eglise, cette imposition des mains par l'évêque existait, on l'avoue, dans l'ancienne Eglise, soit au commencement de la pénitence, soit quand les pénitents étaient pleinement réintégrés d. ns la communion ecclésiastique. Le pape pouvait-il s'exprimer plus clairement qu'il ne l'a fait en demandant qu'on agît de même à l'égard des hérétiques qui avaient péché par le défaut de foi ou par l'hérésie, et qui étaient assujétis, du moins jusqu'à un certain point, à la discipline pénitenliaire? Qu'on ne dise point que dans ce cas l'imposition des mains signifie à la fois la pénitence et la confirmation : où trouver dans l'antiquité un exemple qu'on ait administré à la fois deux sacrements par un seul et même signe extérieur? L'expression courante pour désigner la confirmation était : cçoonriÇecOat, ungi, signari*. Or, les termes de saint Etienne n'indiquent rien de semblable.

2. Saint Cyprien lui-même, dans ses lettres, mentionne souvent l'imposition des mains non seulement pour la pénitence (in pœnitentiam) quand il s'agit de réconcilier les pénitents2, mais aussi quand il résout la question de savoir ce qu'il faut faire des hérétiques qui ont été autrefois baptisés dans l'Eglise, qui l'ont ensuite désertée, et y reviennent plus tard contrits et repentants. Ici également il exige l'imposition des mains pour la pénitence (in pœnitentiam), et avec les mêmes termes qu'emploie saint Etienne dans sa décision. Saint Cyprien va même jusqu'à dire que ce que ses adversaires prétendent avoir fait pour les hérétiques en général, lui et ceux qui pensent comme lui l'ont fait pour tous ceux qui, baptisés autrefois dans l'Eglise, l'ont plus tard abandonnée3. Quoi de plus certain que ceci : que saint Cyprien considérait comme une réconciliation et non comme une confirmation l'usage apostolique d'imposer les mains

Euseb., Hist. eccl., vi, 43; Cypr., vii-m, 9. — * Epist., xm, 14. — Epist. lxxi, 2 : Et dicunt se in hoc veterem consuetudinem sequi, quando apud veteres hœreseos et schismatum prima adhuc fuerint initia, ut ni illic essent qui de ecclesia recedebant et hic baptizad prius fuerant, quos tune tamen, ad ecclesiam revertentes et pœaitentiam agentes, necesse non erat baptizare. QuoJ nos quoque hodie observamus, ut quos constet hic baptizatos esse a nobis ad hsereficos transisse, si postmodum peccato sui cognito et errore digesto ad veritatem et matricem redeant, satis sit in pœnitentiam ma nu m imponere.

aux hérétiques qui se convertissaient? Nous ne pouvons donc expliquer les passages contradictoires en apparence autrement qu'en disant que saint Cyprien voulait de dessein arrêté, trouver des contradictions dans les expressions de saint Etienne.

3. Dans les votes des évêques réunis avec saint Cyprien au troisième concile de Carthage, nous ne voyons guère qu'un écho de l'argumentation de saint Cyprien. Il n'est donc pas étonnant d'entendre ces évêques parler une fois d'un double sacrement qu'il faut administrer aux hérétiques, le baptême et la confirmation1, tout en considérant aussi çà et là limposition des mains comme un signe de l'exorcisme qu'il faut entreprendre avant le baptême des hérétiques2.

4. Eusèbe, à l'endroit de son Histoire de l'Eglise3 où. il parle de la controverse entre saint Etienne et saint Cyprien sur le baptême des hérétiques, dit que c'est dans l'Eglise un usage ancien et universel d'imposer les mains en récitant des prières aux hérétiques qui veulent se convertir; or, cela ne peut s'entendre que du rite observé dans la réception des pénitents.

5. Un des témoins les plus autorisés sur cette question, saint Augustin, s'est particulièrement occupé de ces controverses, et il était si rapproché pour le temps et le lieu que nous pouvons attendre de lui un jugement solide et bien fondé. Toutes les fois qu'il essaie de concilier cette assertion de saint Cyprien: le Saint-Esprit ne réside que dans l'Eglise qu'il a choisie pour son épouse, avec cette assertion de saint Etienne : le baptême est cependant valide hors de l'Eglise, il rappelle que lorsqu'il s'agit des adultères qui ont reçu le baptême dans une incrédulité ^coupable et dans des sentiments schismatiques,il faut distinguer entre le sacrement et son effet, le Saint-Esprit. Le baptême, dit-il, peut être valide et imprimer à celui qui le reçoit un caractère indélé-

1 Ces témoignages tirés des lettres de saint Cyprien, notamment de la 73» (c. ix), attestent clairement la foi de l'Eglise primitive au cara tère sacramentel de la confirmation, qui, d'après les témoignages de l'Eglise d'Occident, ne peut être administrée que par les évêques. — * Vinceutius a Thibaris : « H^ereticos scimus esse pejores quam ethnicos... Ergo primo per manus impositionem in exorcismo, secundo per baptismi regenerutionem, tune possunt ad Ckristi pollicitationem venire. » — ' Lib. \ll, 2.

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