‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 101 sur 223 · De oratione, 15; C. Cels., VIII · texte numérisé non relu

De oratione, 15; C. Cels., VIII

286 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

ex nullis substantibus filium procreatum a pâtre, id est extra substantiam suam, ut fuerit aliquando quando non fuerit, sed, abscisso omni sensu corporeo, ex invisibili et incorporeo Verbum et sapientiam genitam dicimus absque ulla corporali passione, velut si voluntas procédât a mente ^ » Et réfutant d'avance Arius, il va répétant que « non erat quando (Filius) non erat » ; car le Fils, remarque-t-il, est la splendeur de la lumière éternelle, et la lumière resplendit nécessairement toujours ^.

Comment se fait cette génération? Origène vient de le dire. Le Fils n'est pas une partie de la substance du Père : celui-ci n'a pas détaché de lui son Fils en l'engendrant, car le Fils n'est pas une prolation {v:pQ^olri^). Bien plus, cette génération n'est pas un acte qui ait un commencement et une fin : c'est un acte éternel et continu comme l'éclat de la lumière qui luit toujours : aei YEvvScTaiô ccoTrip utto tou irarpoç. Il ne faut môme pas parler de temps ni d'éternité, car la Trinité est au-dessus de tout cela^

Ainsi engendré de la substance du Père, le Fils est Dieu non en vertu d'une participation extrinsèque (xa-à (jLETouffiav), mais essentiellement : xax' oùaïav IdTi Ôeo'ç ^: il est de la substance du Père, il lui est ôjxooudioç. Le terme se trouve dans Origène, si la traduction suivante est exacte : « Sic et sapientia ex Deo procedens ex ipsa substantia Dei generatur. Sicnihilominus et secundum

i. De princip., FV, 28.

2. In Epist. ad Rom., I, 5, Lom., VI, 2-2, 23; P. G., XIV, 8i8, 8i9; In Epist. ad Hebr. fragm., Lom.,V, 297; P. G., XFV, 1307.

3. De princip., IV, 28; In lerem., hom. IX, 4, Lom., XV, 212 ; P. G., XIII, 357; cf. De princ, I, 2, 6; In loann., I, 23, Lom., I, 50; P. G., XIV, 65.

4. In lerem., hom. IX, 4, Lom., XV, 212; P. G., XIII, 357; De princ, IV,

6. Selecta in Psalmos, hom. XIII, 13i. II est, comme le Père, aÙTOeroçla, aÙToSixatocïiJvr], aOToa>.yi0£ia, aOToêa(7i>3(a (/n Matth., XIV, 7, Lom., III, 283; P. G., XIII, 1197; cf. In loann., I, 27).

similitudinem corporalis aporrhoeae esse dicitur aporrhoea gloriae omnipotentis pura et sincera. Quae utraeque similitudines manifestissime ostendunt communionem substantiae esse filio cum pâtre. Aporrhoea enim ô|jt.ooucio; videtur, id est unius substantiae cum illo corpore ex quo est vel aporrhoea vel vapor "•. » Origène exclut absolument ici l'anoméisme. Si Ton remarque qu'il exclut également plus haut tout partage de la substance du Père et toute TvpoêoXv], on en conclura qu'il admet le con substantiel strict.

Et cependant Origène est franchement subordinatien. Le Fils est, sans doute, de la substance du Père ; il la possède, mais moins pleinement que le Père : elle est en lui comme atténuée, diminuée, parce qu'elle est communiquée, et que d'ailleurs le Fils est l'instrument du Père. Origène est amené à cette conclusion par la préoccupation de maintenir contre les modalistes la distinction des deux personnes, par la nécessité d'expliquer les textes scripturaires qui présentent le Fils comme inférieur au Père, par le besoin qu'il a d'un médiateur pour expliquer la création. Son Verbe est celui d'Athanase, et cependant conserve encore quelqur chose de celui de Philon. Il n'est pas ô Ôsoç ni aùxoôeô;., mais ôed;, SeuTepoç ôeoç : il n'est pas, comme le Père, auToayaôov, aTcXwç àyaGoç, airapaXXàxTwç àyaGoç, mais seulement euwv àyaTÔÔrjxoç ^ : il n'est pas absolument simple, mais, occupant le milieu entre l'un et le multiple, il contient les idées du Père, les types des êtres réalisables (cjucTyiu.a 6£wp7){jiaT(ov) ^ : il ne connaît pas le Père aussi bien qu'il en est connu, et la gloire qu'il en reçoit est plus grande que celle qu'il lui rend^. Pareillement,

i. In epist. ad Hebr, fragm., Lom., V, 299, 100 et XXIV, 3S8, 339; P. G., XIV, 1308.

2. C. Cels.. V, 39; De princ, I, 2, 13; cf. In loann., VI, 23.

3. In loann., II, 12; I, 22, Lom., I, 41, 42; P. G., XIV, 56.

4. Deprmc, IV, 35;/?i/oa??n., XXXII, 18, Lom., 11,473; P.G^ XIV,82i.

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son action est moins étendue : elle ne s'exerce que sur les êtres raisonnables (etti fxova xà Xoyixa) ^ . Bref, il est Dieu, mais sous le Père (Ôsov xarà xbv rSiv oXtov ôeov xat Trat/pa) ^. — Aussi ne doit-on point lui adresser purement et absolument ses prières. On les lui adresse, car il est Dieu, mais afin que, comme pontife, il les présente au Père^. On trouve même ça et là quelques expressions plus malsonnantes, sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister''.

Origène, on s'en souvient, mettait au nombre des questions que l'enseignement de l'Eglise n'avait pas tranchées l'origine du Saint-Esprit, c'est-à-dire sa divinité : « Utrum (Spiritus Sanctus) natus an innatus (S. Jérôme : factus an infectus), vel filius etiam Dei ipse habendus sitnec ne ^? » Les données scripturaires et traditionnelles faisant défaut, il ne savait que penser. En maint endroit, il paraît affirmer la divinité du Saint-Esprit, et c'est bien de ce côté en définitive qu'il incline visiblement. 11 se plaint qu'il y ait des gens a minora quam dignum est de eius divinitate sentientes » ; il ajoute que tout a été fait si ce n'est la nature du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint, que l'on ne trouve d'ailleurs nulle part que le Saint-Esprit soit « factura vel creatura » ; qu'il est éternel, qu'il ne passe pas de l'ignorance à la science, qu'il est associé aux honneurs et à la dignité du Père et du Fils et qu'il est saint comme eux ^. Enfin notre auteur a pu être cité par saint Basile comme un témoin du dogme contre

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