‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 130 sur 223 · In Daniel., IV, 23, S · texte numérisé non relu

In Daniel., IV, 23, S

5. Bien que cette identification soit admise par la plupart des auteurs, j'ai cru devoir traiter séparément de la doctrine des Philosophoumena. L'édition citée est celle de P. Cruice, Philosophumena, sive haeresium omnium confutatio, Parisiis, 1860. — Travaux : les mêmes que pour saint Hippolyte.

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expose son ouvrage (x, 32, 33) reproduit substantiellement celui du saint docteur. Dieu d'abord est seul ; rien ne lui est coéternel ; mais il engendre par la pensée son Verbe (Xo'yov TrpwTov IworjOàç àTroytvva). Le monde est il oùSevo;, et c'est pourquoi il n'est pas Dieu : le Verbe, lui, est de Dieu, il en est seul, et c'est pourquoi il est Dieu, l'essence de Dieu (toutou ô ào'yoç (xdvoç èl «ùtou [6eou]* $10 xai 6eoc oùaict. uTrap/^ojv ôeoti). L'auteur avance, il est vrai, cette idée singulière que si Dieu avait voulu faire l'homme Dieu (ôedv ae 7roi9;(7ai), il l'aurait pu, et il ajoute : « L'exemple du Verbe te le prouve. » Malgré cela, on voit qu'il met une différence essentielle entre le Verbe et les autres êtres. Le Verbe est engendré (eYÉvva, Y^Y^^vrixoToç) : les autres êtres sont créés.

C'est précisément en vue de cette création que le Verbe est produit. Il porte en lui pour cela les idées et la volonté du Père, et, sur son ordre, réalise le monde d'après ces idées et sur cette volonté. Le Père commande, et le Logos obéit.

Le reste de la doctrine n'offre rien d'original si ce n'est la pensée de la fin. Le Verbe a pris d'une vierge notre nature ([ex] tou xaô' ^jjiaç «pupdcjjiaTo;), afin de pouvoir justement exiger notre soumission et nous servir de modèle. Il s'est astreint à nos besoins et à nos faiblesses (x, 33) et, avec la rémission des péchés, nous a apporté la régénération (x, 34, p. 524). — Quant à l'homme, créé libre, il est l'auteur du mal (x, 33, pp. 518, 519, 521) ; et aussi en sera-t-il puni. L'enfer éternel, avec ses ténèbres, son feu, son ver rongeur châtiera les méchants (x, 9, 34, pp. 522, 523). Par con-'' tre, les justes qui feront le bien seront récompensés par la familiarité de Dieu, l'immortalité du corps et de l'âme (àôavacia, à^ôapcia) : bien plus ils deviendront semblables à Dieu, puisqu'il nous a créés pour cela : Où yàp TCTW^^eùsi Oeoç [ô] xai (ie 6cOv Tcoirjaaç eîç 5d;av auToti (x, 34).

S 2. — Tertullien'.

A Tertullien surtout convient le titre , inscrit en titre de ce chapitre, de fondateur de la théologie en Occident. Jusqu'à la fin du ii" siècle , cette théologie avait parlé grec, et ne s'était pas distinguée, dans sa façon de concevoir et d'exposer le christianisme, ,* de la théologie grecque, ou plutôt de l'unique théologie existant dans l'Église depuis les apologistes. Mais à cette époque, une séparation se produit : les deux théologies, grecque et latine, se détachent, comme deux rameaux, du tronc dans lequel elles s'étaient jusqu'alors confondues. Elles vont désormais se servir de leur langue particulière, et accuser, dans certaines de leurs théories fondamentales, non pas des divergences de doctrine, mais des préoccupations, des nuances de forme , des tendances intellectuelles différentes. Le grand artisan qui, le premier, a donné ainsi son aspect et son cachet propres à la théologie latine, est Tertullien.

1. L'édition citée est celle de Fr. Œhler, Q. S. F. Tertulliani quae supersunt omnia, Lipsiae, 1833, 18o4. — Travaux : E. Noeldechen, Tertullian, Gotha, 1890. P. Monceaux, Histoire littéraire de V Afrique chrétienne, tom.ï, Tertullien et les origines, Paris, 1901. H. Leclercq, l'Afrique chrétienne, I, Paris, 1904. A. D'Alès, La théologie de Tertullien, I>3iTis, 1903. G. Caccanas, Tertullien et le Montanisme, Genève, 187G. P. A. Klap, Tertullianus en het montanisme, Theolog. Studien, 1897. G. Esser, Die Seelenlehre TertuUians, Paderborn, 1893. G. Schelowsky, Der Apologet Tertullianus in seinem Verhdltnis zu der griechisch-rômischen Philosophie, Leipzig, 1901. E. F. ScHULZE, Elemente einer Theodicee bei Tertullian, dans la Zeitschr. fur wissenschaftl. Théologie, XLHI, 1900. M. WiNKLER, Der Tradilionshegriff des Urchristentums bis Tertullian, Miinchen, 1897. J. Stier, Die Gottes und Logos Lehre TertuUians, Gôtlingen, 1899. J. Kolrerg, Verfassung, Kultus und Disziplin der christlichen Kirche nach der Schriflen TertuUians, Braunsberg, 1886. Fr. s. Renz, Die Geschichte des Messopfer-Begri/fs, I, Freising, 1901. Fr. NiELSEN, TertuUians Ethik. Afhandling, Sctionberg, 1879. K. H. Wirth, Der « Verdienst » Begriff in der christlichen Kirche, I, Leipzig, I892! Ch. Guigmebert, Tertullien, étude sur ses sentiments à l'égard de l'empire et de la société civile, Paris, 1901. J. Turmel, Tertullien, Paris, 1904.

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On connaît assez, sans qu'il soit nécessaire de le redire, quelle était la nature de son esprit, âpre, vigoureux, singulièrement souple et puissant, mais manquant de la mesure qui maintient dans les vues justes et qui trace les voies réalisables. Philosophe, Tertullien ne l'était à aucun degré : la spéculation lui restait étrangère, et il n'a considéré la révélation chrétienne ni comme une lumière nouvelle qui vient élargir nos horizons intellectuels, ni comme un ensemble de vérités qui sollicite nos investigations. Mais il a possédé au plus haut point le sens juridique. C'était un avocat qui voyait avant tout dans le christianisme un fait et une loi. Le fait, il fallait l'établir et le comprendre : la loi, il fallait l'interpréter et surtout l'observer. Dieu est, à notre égard, un maître et un créancier : nous sommes ses sujets et ses débiteurs. Il est donc juste, pour déterminer nos rapports avec lui, — c'est-à-dire notre attitude, nos rapports religieux, — d'appliquer les principes des législations humaines, et de porter dans cette application la rigueur qui préside à la détermination de nos dettes et de nos droits civils : question de passif et d'actif qui se peut traiter avec l'exactitude des opérations de commerce.

Une pareille conception, on le comprend, ne laisse aucune place, dans la foi religieuse , à l'intuition mystique, à l'expérience directe et intime, à l'effusion du cœur et à l'abandon de l'âme à Dieu : et aussi la théologie latine s'en serait-elle trouvée complètement desséchée, si d'autres influences — celle de saint Augustin surtout — n'avaient, au iv^ et au v® siècle, corrigé ce qu'elle présentait d'excessif. Mais, en revanche, elle était singulièrement propre à donner à la langue théologique de la fermeté et de la précision, et ce n'est pas le moindre service que Tertullien a rendu à cette théologie que de lui avoir fourni ainsi, dès le principe, une

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terminologie presque arrêtée, et un certain nombre de formules définitives. La langue théologique latine est vraiment sa création. Venu le premier, et lui-même écrivain supérieur, il a su plier à des idées nouvelles, et quelques-unes bien abstraites, un idiome synthétique et rebelle. S'il en a négligé les règles et constamment violé la pureté, il en a du moins enrichi le vocabulaire et élargi les cadres. Il lui a fait rendre des sentiments jusqu'alors inconnus, et l'a ainsi rendu capable de devenir en Occident, et pour longtemps, le moyen d'expression ordinaire et partout reçu de la foi chrétienne.

La théologie latine dépend donc pour une bonne part — formes de pensée et formes de langages — de Tertullien. Mais, d'ailleurs, rien ne prouve mieux combien cette conception et cette langue répondaient aux besoins et aux tendances du génie occidental, que leur préservation à travers les siècles et la facilité avec laquelle nous les comprenons encore aujourd'hui. On l'a remarqué avec raison, bien qu'il soit le plus ancien des Pères latins, et bien que certaines parties de sa doctrine en fassent même un primitif, nous nous sentons, quand nous lisons Tertullien, presque en face d'un contemporain. Sa mentalité théologique est la nôtre, ses raisonnements en matière de dogme, de morale, de discipline sont ceux que nous ferions nous-mêmes ; nous entrons dans ses idées et nous partageons ses préoccupations : nous avançons pour ainsi dire de plain-pied dans ses écrits.

Tel qu'il est, Tertullien est donc un auteur qu'il importe extrêmement d'étudier de près, si l'on veut saisir à leur naissance certaines théories et formules propres à l'Église latine.

Il n'avait pas toujours été chrétien; mais quand il le fut devenu, il revendiqua hautement le droit de le res-

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ter, et défendit hardiment l'Eglise contre le paganisme persécuteur. On a parlé ailleurs de son Apologeticiim. Les traités qu'il écrivit dans le même but — les deux livres Ad nationes et la lettre Ad Scapulam — sont respectivement des années 197 et 212 ^ Passant de la défense à l'attaque, Tertullien ne se fit pas faute de railler sans pitié les crimes et les obscénités du polythéisme ^. Malgré cela, il prétendit rester fidèle à l'Etat et à Tempereur : son loyalisme, d'intention du moins, n'est pas douteux ^.

Vis-à-vis de la philosophie, son attitude varia suivant qu'il y vit l'auxiliaire ou l'ennemie de la foi. Par moments, il constate que cette philosophie est d'accord avec le christianisme sur les vérités fondamentales du dogme et de la morale révélés, que certains de ses représentants ont pressenti et connu, vaguement du moins, le Logos, les anges et les démons, quelques autres de nos croyances encore ^ : « Senecasaepe noster^ ! » que l'âme humaine est en quelque sorte naturellement préparée pour accueillir la parole divine ^ ; et Tertullien estime, dans ces cas, la philosophie comme une alliée et une force bienfaisante. Mais quand il remarque que les hérésies sont venues précisément de ce que leurs auteurs ont tenté une combinaison impossible entre les données de leur philosophie et celles de leur foi, de ce qu'ils ont voulu plier celle-ci aux raisonnements et aux systèmes humains, alors il s'indigne et s'impatiente : « Adeoquid similephilosophus et christianus? Graeciae

i. Les auteurs ne s'accordent pas toujours sur la date des écrits de Tertullien : j'ai adopté ici et dans tout ce travail celles de M. P. Monceaux, Op. cit., pp. 208, 209.

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