Adv. Hermogenem
4. Sauf indication contraire, les numéros de chapitres indiqués entre parentiièses qui suivent se rapportent tous à VAdversus Praxean.
336 LA THÉOLOGIE ANTÉiNICÉENNE.
nativitas perfecta sermonis » (7) ; car auparavant il était conçu, porté dans les entrailles du Père ( « vulva cordis », 7 ), mais il n'était pas proprement engendré, né. A cet instant précis, Dieu devient Père : jusque là il ne l'était pas : « Quia et pater Deus est, et index Deus est, non ideo tamen pater et index semper quia Deus semper. Nam nec pater potuit esse ante fdium, nec index ante delictum. Fuit autem tempus cum et delictum et filius non iuit, quod iudicem et qui patrem dominum faceret ^ . »
Quant au Saint-Esprit, Tertullien ne s'explique pas longuement sur sa procession. Il le fait venir a Pâtre per filium (4) : « a deo et fdio sicut tertius a radice fructus a frutice, et tertius a fonte rivus a flumine, et tertius a sole apex ex radio » (8).
Il y a donc trois termes en Dieu, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Que sont-ils en eux-mêmes, et dans quel rapport se trouvent-ils entre eux?
Avant tout, remarque notre auteur, il faut affirmer Tunité de Dieu (2) ; mais cette unité n'exclut pas une certaine économie. Le mot olxovo.uia est cher à Tertullien (3); il indique, selon lui, qu'il y a en Dieu une dispensation, une communication de l'unité qui en fait découler une trinité : « unitatem in trinitatem disponit » (2). Cette dispensation ne divise pas l'unité, elle la distribue seulement; elle ne renverse pas la monarchie, elle l'organise. Quant aux nouveaux termes ainsi obtenus, ce sont des substances spirituelles (substantivae res, 26, cf. 7), comme des portions de la substance divine totale (ex ipsius dei substantia — ut portio aligna totius, 26, cf. 9); ce sont des personnes iillam dico personam^ 7, et voir 11, 12,13, 15, 18, 21, 23, 24, 27, 31). Comme équivalent de persona,
\. Adv. Hermogen.,3.
Tertullien dit aussi specîes, forma, gradus (2, 8). Ces trois personnes sont numériquement distinctes entre elles. Contre les sabelliens, le grand africain a établi cette vérité avec une abondance de textes et de raisons qui ne laissent rien à répliquer : « Duos quidem defînimus patrem et filium, et iam très cum spiritu sancto secundum rationem oeconomiae quae facitnumerum » (13, 2,8, 12, 22, 25). Mais, d'autre part, ces trois personnes sont Dieu : elles ont même nature, même substance, même état, même pouvoir, même vertu : « Etpater deus, et filius deus, et spiritus sanctus deus, et deus unusquisque » (13). « Très autem non statu, sed gradu, nec substantia, sed forma, nec potestate, sed specie, unius autem substantiae et unius status et unius potestatis » (2, cf. 22). Elles ne sont pas unus : « unus enim singularis numeri signifîcatio videtur » (22); mais elles sont unum^ parce qu'il y a entre elles unité de substance : « Ego et Pater unum sumus, ad substantiae unitatem, non ad numeri singularitatem » (25). Et cette unité de substance, Tertullien ne la regarde pas comme simplement spécifique ou générique, mais comme numérique et absolue. Cela ressort, d'une part, de l'insistance avec laquelle il affirme qu'il y a entre le Père et le Fils distinction et distribution de l'unité mais non pas séparation et division (2, 3, 8, 9), et, de l'autre, de la façon dont il oppose constamment entre elles la trinité numérique des personnes et l'unité de la substance, l'unité de Dieu (2); car, dit-il, bien que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient Dieu, il n'y a qu'un seul unique Dieu (2, 13) : ils sont « une trinité d'une seule divinité ^ », et le Fils n'est Dieu que de l'unité du Père ( « deus ex unitate pat ri s ^ » ).