Adv. Prax., 19, cf
338 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
Tertullien a donc touché au consubstantiel proprement dit, et en a trouvé la formule définitive : « très personae^ una substantia^ », celle qui restera la formule de l'Église latine. Il a touché au consubstantiel, mais il ne s'en est pas, si je puis dire, rendu maître, et n'en a pas compris toute la portée. On l'a vu déjà par sa doctrine de la génération temporelle du Verbe : la même inconséquence se trahit dans son subordinatianisme. Le Fils possède, remarque-t-il, la substance divine mais moins pleinement que le Père : celui-ci est le tout dont le Fils n'est qu'une partie : « Pater enim tota substantia est, filius vero derivatio totius et portio » (9). a Substantiva res est (filius), et ut portio aliqua totius » (26, cf. 14) 2. Le Père est plus grand que le Fils (9) ; il est invisible « pro plenitudine majestatis », tandis que le Fils est visible « pro modulo derivationis » « pro temperatura portionis » (14). Seul, le Fils peut entrer en contact avec le fini '^. Son autorité, comme celle d'un ministre, lui vient du Père à qui il doit un jour la remettre (3, 4). Nous reconnaissons là les idées de saint Justin.
En revanche, l'enseignement de Tertullien sur le Saint-Esprit est de tout point remarquable. Le premier et le seul parmi les Pères jusqu'à saint Athanase, il a affirmé d'une façon expresse, claire et pré<^ cise sa divinité. Montaniste au moment où il écrivait VAd^fCj'sus PraxeaUj et partisan convaincu des nouvelles révélations, il a énergiquement proclamé les grandeurs du Paraclet. Le Saint-Esprit est Dieu (13, 20), de la substance du Père (3, 4), un même Dieu
\. M. narnack {Lehrb. der DG., U, p. 283 et suiv., note) a prétendu que Tertullien avait pris ces mots seulement dans leur sens juridique de personne morale et de fortune, biens possédés. Cette opinion n'est pas soutenable (V. Seeberg, Lehrb. der DG., p. 87, note 1).