‹ Histoire des dogmes (volume 2)Chapitre 164 sur 223 · De pudic, 22, p · texte numérisé non relu

De pudic, 22, p

le pardon aux fornicateurs et aux adultères. D'autres au contraire acceptèrent l'adoucissement, et l'Église d'Afrique se trouva divisée. Cette division toutefois ne dura pas, car l'évêque de Carthage en parle comme d'une chose passée. Le moment allait venir où l'on devrait relâcher encore la discipline, et étendre à l'apostasie l'indulgence accordée aux péchés de la chair.

S 2. — La question pénitentielle en Afrique. Le novatianisme i.

Ce nouvel adoucissement fut occasionné par la persécution de Dèce. Commencée à la fm de l'année 249 ou au début de l'année 250, elle provoqua dans l'Eglise d'Afrique de nombreuses et lamentables défections. Beaucoup de chrétiens, obéissant aux ordres de l'empereur, sacrifièrent en effet aux idoles [sacrificati)\ d'autres, pour se couvrir, achetèrent à prix d'argent ou obtinrent de la complaisance de certains commissaires des certificats attestant qu'ils avaient sacrifié, bien qu'ils s'en fussent abstenus : on les appela libellatiques [libellatici).

Cependant une détente ne tarda pas à se produire, vers la fin de l'année 250, dans la rigueur des poursuites. La tempête n'était pas encore complètement apaisée, que déjà les /«/?«/ des diverses catégories assiégeaient les confesseurs et martyrs, pour obtenir d'eux des billets de communion [libelli pacis) qu'ils pussent

1. Sources : Les lettres de saint Cyprien, édit. Hartel. Le traité anonyme Ad Novatianum, dans l'édition de saint Cyprien de Hartel, tom. III, ou P. L.,1U. — Travaux : Les travaux sur Novatien et sur saint Cyprien, et en particulier : G. GOtz, Die Busslehre Cyprians, KOnigsberg, 1895. K.MÙLLER, Die Bussinstitution in Karlhago unter Cyprian, dansla Zeitschr. fur Kirchengesch.,X\I, 1895-1896. P. BxTiFroL^Études d'histoire et de théologie positive, 3» édit., Paris, 1904. L. Chabalier, Les Lapsi dans VÈglise d'Afrique au temps de saint Cyprien, Lyon, 1904.

374 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.

présenter aux prêtres, afin d'être immédiatement réconciliés avec l'Église. Or, parmi les confesseurs, s'il en était d'admirables, il en était aussi d'équivoques et d'imprudents, distribuant sans discrétion les billets de réconciliation, et prétendant se substituer à l'évêque ou du moins lui forcer la main dans la conduite à garder vis-à-vis des apostats.

C'est alors qu'intervint saint Cyprien. Eloigné de son Église par la persécution (250-printemps de 251), il continuait cependant à la gouverner par ses lettres. Deux questions se posaient à lui : premièrement, l'Église pouvait-elle et devait-elle absoudre les lapsi du crime d'apostasie, comme Calliste avait absous les adultères et les fornicateurs, et à quelles conditions? Deuxièmement, quelle autorité et quel rôle revenaient aux martyrs et aux confesseurs dans cette œuvre de réconciliation?

Dans les lettres écrites de son exil, saint Cyprien ne traite pas ex professa la première question : il en renvoie la solution complète à plus tard, au moment où la paix religieuse permettra de réfléchir et d'aviser ^ Il laisse cependant entrevoir qu'il regarde la réconciliation des lapsi comme possible et peut-être opportune : il recommande aux prêtres et aux diacres d'entretenir et de réchauffer la confiance des coupables dans la miséricorde de Dieu-. Bien plus, il décide que si un failli a reçu un billet de communion des martyrs et se trouve en danger de mort, on lui fera faire, sans attendre le retour de l'évêque, l'exomologèse entre les mains d'un prêtre, ou même, à défaut de prêtre, d'un diacre, et qu'on lui imposera la main, afin qu'il vienne à Dieu dans la paix que les martyrs ont demandée pour lui^.

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