Quod idolanon sint dii, H
5. Sources : Les lettres de saint Cyprien et de Firmilien, édit. Hartel.
SAINT CYPRiEN. 393
conduire lui-même à des erreurs regrettables dans la façon d'apprécier la valeur du baptême des hérétiques.
Il est important de noter la façon toute pratique dont la question se posa. Jusqu'au montanisme, les hérésies, si l'on excepte le marcionisme, n'avaient point formé d'Église indépendante. Elles se dissimulaient dans la grande Église, et leurs adeptes recevaient d'elle le baptême et l'initiation chrétienne. Que si, plus tard, ces adeptes abjuraient leurs erreurs et revenaient à la vraie foi, on les réconciliait par l'imposition des mains in paenitentiam, ou même par l'onction de l'huile, la consignatio, c'est-à-dire, suivant plusieurs auteurs, par la confirmation; mais leur baptême n'était pas renouvelé, puisque aussi bien ils l'avaient reçu de la vraie Eglise.
Mais quand les hérésies marcionite, montaniste et autres eurent organisé des communautés à part, il arriva que l'Église catholique vit, de temps en temps, se présenter pour entrer dans son sein des convertis qui avaient été baptisés dans ces sectes, soit qu'ils y fussent nés, soit qu'ils y fussent entrés directement du paganisme.
Comment devait-on les traiter? Fallait-il considérer leur baptême comme suffisant, et se contenter à leur égard de l'imposition des mains et de X^consignatio ; ow. bien fallait-il le regarder comme nul et renouveler complètement leur initiation chrétienne?
C'est sous cette forme pratique, observons-le bien, que l'on fut amené à discuter la valeur du baptême des hérétiques. Que devait-on /h/re .^ Sans doute, cette question supposait une question théorique plus générale :
Le Liher de rebaptismate, même édit., tom. III. — Travaux : Les omTages généraux sur saint Cyprien, et de plus H. Gpjsa.r, Cyprians « Opjyo. sitionskonzil » gegen Papst Stephan, dans la Zeitschr. f. kalh. TheoL, y, 1881. .1. Ernst, Zur Auffasmng Cyprians von der Ketzertaufe, ibid., XVII, 1893. A. d'Alès, La quest. baptismale au temps de S. Cyprien, 1907.
394 LA THÉOLOGIE ANTÉNICÉENNE.
la foi du ministre (ou du sujet) est-elle requise pour la validité et l'efficacité des sacrements? Mais ce point de vue resta toujours à l'arrière-plan : et cela nous explique que saint Cyprien et ses partisans aient pu, comme il semble bien qu'ils l'ont fait, voir dans toute cette controverse une pure question disciplinaire n'intéressant pas l'intégrité de la foi, et ne valant pas que l'on sacrifiât pour elle l'unité de l'Église, soit par un schisme, soit par une excommunication.
Quoiqu'il en soit, deux usages, relativement au sujet qui nous occupe, se partageaient l'Eglise au milieu du III® siècle. Le premier, celui de Rome, suivi également à Césarée de Palestine et probablement à Alexandrie, était de ne pas renouveler le baptême des hérétiques, mais de se contenter de l'imposition des mains et de la consignatio % l'autre, celui de Carthage et de l'Afrique, suivi à Antioche et à Césarée de Cappadoce, en Cilicie, en Galatie, en Phrygie et dans les provinces voisines, était de traiter ce baptême comme nul et de le réitérer. Nous sommes renseignés, pour Rome, par les Philosophoumena (ix, 12, p. 446) ^ et par les affirmations du pape Etienne invoquant sans cesse la tradition de son Église ; pour Césarée de Palestine, par Eusèbe [Hist. eccL, VII, cap. 2 et 3) qui qualifie simplement d'ancien usage celui qui a plus tard triomphé ; pour Alexandrie, par son évêque Denys, qui montre sans doute plus de modération que le pape, mais qui marche, en somme, de concert avec lui ^. D'autre part, Tertullien
i. s. CYPr.iEN, Ep. LXXIII, 6.
2. L'auteur nous dit que sous Cslliste, pour la première fois, on osa rebaptiser.
3. Saint Jérôme (De viris illustr., G9) dit formellement que saint Denys d'Alexandrie était de l'avis de saint Cyprien. Mais il est bien difficile de concilier cette assertion avec les fragments de Denys que nous a conservés Eusèbe, avec le rôle de conciliateur qu'il a voulu jouer en cette affaire, et avec sa propre manière d'agir. Saint Basile, au contraire, assure que saint Denys admettait le baptême des monlanistes, ce
regardait déjà comme invalide le baptême des hérétiques ^ et saint Cyprien invoque à Tappui du même sentiment les décisions d'un concile tenu sous un de ses prédécesseurs, Agrippinus^, vers Tan 198 environ^. Pour Antioche et la Syrie, nous avons le témoignage des Constitutions apostoliques (vi, 15; cf. Canons apostoliques^ 45, 46), postérieures, il est vrai, mais probablement ici non retouchées. Enfin Firmilien de Césarée (de Cappadoce)^ nous dit assez quel était l'usage de son Église et celui des provinces voisines. Les conciles d'Iconium et de Synnada en Phrygie, tenus vers 230-235, et cités par Denys d'Alexandrie^, s'étaient prononcés l'un et l'autre contre le baptême des hérétiques.
Tel était l'état des choses au moment où commença la querelle. En Afrique, malgré la coutume généralement établie, des scrupules se manifestaient un peu partout. Trois fois, dans l'année 255, saint Cyprien dut répondre à des consultations sur ce sujet ^. Il le fit toujours en affirmant que les hérétiques et les schismatiques n'avaient aucun pouvoir de donner le baptême : « Dicimus omnes omnino haereticos et schismaticos nihil habere potestatis ac iuris "'. » Il sentait cependant que l'opposition venait de Rome, et que
dont il s'étonne {Epist. CLXXXVni, can. 1, P. G., XXXH, col. 664, 668). La question serait sûrement trancliée dans le sens d'un accord doctrinal de Denys et d'Etienne, si le fragment (traduction syriaque) attribué à Denys et reproduit par Ch. Lett Feltoe {The lelters and other remains of Dionysius of Alexandria, pp. 48, 49) était authentique : mais cette authenticité est fort douteuse.