LA THEOLOGIE EN ORIENT DEPUIS ORIGENE JUSQU AU CONCILE DE NICÉE
§ 1. — Les successeurs et disciples d'Origène. Saint Denys d'Alexandrie i.
Il devient difficile, après Origène et jusqu'au concile de Nicée, de suivre en Orient le développement général de la théologie. Quelle que soit la cause des lacunes que présente l'histoire littéraire à cette époque, les écrits qui nous ont été conservés sont relativement rares et pour la plupart mutilés. Nous en connaissons un bon nombre seulement parles citations des auteurs postérieurs, et de ces citations trop courtes on ne saurait tirer que des renseignements incomplets.
On ignore si le successeur ou le collègue d'Origène à la tête du Didascalée, Héraclas, avait composé quelques ouvrages : en tout cas, il n'en est rien
i. L'édition citée est celle de P. G., X; les fragments de la correspondance des deux Denys sont cités d'après l'édition de saint Athanase de P. G., XXV, XXVL Mais on se servira plus commodément pour le tout de l'édition de Cii. L. Feltoe, The letters and other remains of Dionysiusof Alexandria, Cambridge, 1904. —Travaux : Dittrich, Dionysius der Grosse von Alexandrien, Freiburg im Br., 186", P, Mor.izE, Denys d'Alexandrie, Étude d'histoire religieuse, Paris, 1881, H. Hage- MAsy,Dierômische Kirche und ihr Einfluss auf Disziplin undDogma in den ersten drei Jahrhunderten, Freiburg ira Br., 1864, Th, Foers- TER, De doctrina et sententiis Dionysii magni, episc. Alexandrini, Berolini, 1863.
DENYS D'ALEXANDRIE, METHODIUS. 405
resté. Devenu évêque d'Alexandrie vers 232, il céda à Denys la direction de l'école catéchétique. Denys, surnommé le Grand, est le plus connu et le plus célèbre des successeurs d'Origène dans cette fonction : il monta à son tour, vers 248, sur le siège patriarcal. C'était un homme de grande culture dont l'activité littéraire fut considérable, mais dont aucune production, sauf une ou deux, ne nous est parvenue entière. Ses goûts philosophiques sont attestés par des fragments de son Apologie et d'un ouvrage Ils pi 'puaîwç qu'Eusèbe a insérés dans sa Préparation é^^angélique (vu, 19; XIV, 23-27). Le premier fragment réfute l'éternité de la matière ; les autres combattent l'atomisme d'Épicure et contiennent un intéressant développement de l'argument téléologique de l'existence et de la providence de Dieu^ Nous savons, d'autre part, que Denys repoussait énergiquement le millénarisme, et niait que l'Apocalypse fût l'œuvre de saint Jean 2 ; qu'il s'interposa entre le pape et les dissidents dans la controverse baptismale ^, et qu'il se montrait facile à réconcilier les lapsi, surtout quand ils avaient reçu la paix des confesseurs de la foi^'. Un important témoignage sur l'Eucharistie « aliment sacré », « corps et sang de Jésus- Christ », se trouve dans une de ses lettres à Xystus II citée par Eusèbe ^. Dans sa christologie, il suffira de relever l'affirmation de deux volontés existant en Jésus-Christ, Dieu et homme, Tune qui est la même que celle du Père, l'autre qui peut se porter vers un objet différent, mais avec soumission à la première^.