LA THEOLOGIE A^TENICEE^NE
réunis au Seigneur (Il Cor., v, 1-8). Quant à lui, il sait, lorsqu'il écrit pour la seconde fois à Timothée, que sa dissolution n'est pas éloignée (II Tim., iv, 6, 7), mais cette mort lui sera un gain puisqu'elle le mettra avec le Christ (Ph., i, 21-23). Saint Paul croit donc qu'immédiatement après cette vie il jouira de la vue et de la société du Sauveur, et il étend cette espérance à tous les fidèles (II Cor., v, 1-8).
Il n'a pas oublié cependant cette fin des temps, dont il n'ose plus marquer l'époque précise, mais dont il connaît, soit par la catéchèse évangélique, soit par la tradition juive, les circonstances. L'avènement du Christ sera précédé, il l'a dit, de l'apparition d'un fils de perdition qui viendra séduire les peuples, et se substituer, autant qu'il le pourra, à Dieu (II Th., ii, 3-11). Puis, à son tour, le Seigneur descendra du ciel, à la voix de l'archange et au bruit de la trompette (I Th., IV, 15; I, 10). L'antéchrist sera exterminé (II Th., II, 8). Les morts ressusciteront. Il semblerait, d'après les principes de l'apôtre, que cette résurrection ne dût convenir qu'aux justes, puisqu'elle est le fruit de la rédemption (I Cor., xv, 21-23) et la conséquence de l'habitation en eux du Saint-Esprit (R., viii, 11; cf. I Cor., XV, 23; Ph., m, 11; I Th., iv, 14-16). Saint Paul cependant l'étend à tous, justes et pécheurs (Act., xxiv, 15; II Cor., v, 10; cf. I Cor., xv, 21-22). Seulement, dans les premiers, elle sera accompagnée d'une transfiguration et transformation de leur corps (I Cor., XV, 35-54). Suivra le jugement dernier. C'est Jésus- Christ qui y présidera (II Cor., v, 10; II Tim., iv, 1), bien que ce soit le jugement de Dieu, Dieu jugeant par le Christ (R., ii, 5, 6, 16). Mais les fidèles siégeront aussi comme juges (I Cor., vi, 2, 3), encore qu'ils doivent être jugés comme le reste des hommes (Act., XVII, 31 ; II Cor., v, 10) et comme les anges (I Cor., vi.
3). La sentence de ce tribunal décernera à chacun suivant ses œuvres, suivant sa culpabilité ou son mérite (R., II, 5-13). L'apôtre suppose clairement en effet, dans les bons, un mérite proprement dit, quoiqu'il n'ignore pas que ce mérite est, en même temps, un don du ciel (R., xi, 35 ; Ph., ii, 13). Outre la transfiguration de leur corps, les justes recevront donc, pour leur fidélité, l'entrée dans la gloire des enfants de Dieu (R., V, 2; viii, 30) : leur filiation sera parfaitement révélée (R., viii, 19; cf. Col., m, 4). Réunis à Jésus-Christ, ils hériteront avec lui du royaume du Père (R., viii, 17) : ils posséderont la vie éternelle (R., II, 7; V, 21; G., vi, 8, etc.). Saint Paul continue ici son parallèle : morts avec Jésus-Christ, ressuscites avec lui, les justes sont glorifiés avec lui et partagent sa souveraineté. Quant au sort des méchants, ce sera un sort de colère, de tribulation et d'angoisse, de mort et de destruction (R., ii, 5, 8, 9; vi, 21; I Th., i, 10; Ph., m, 19). Le Seigneur et sa vertu viendront sur eux avec un feu vengeur (II Th. , i, 7-9). Leurs peines, aussi bien que la félicité des justes, seront éternelles (R., Il, 7; V, 21; vi, 23; I Cor., ix, 25; G., vi, 8; I Th., IV, 6 ; I Tim., i, 16 ; vi, 12 ; Tit., i, 2). C'est en vain que l'on a cherché dans saint Paul l'idée d'une restauration finale : elle ne s'y trouve pas.
Reste le dernier acte de cette suprême tragédie. La mort, le dernier adversaire de Jésus-Christ, a été détruite par la résurrection (1 Cor., xv, 26, 54, 55). Le Christ, ayant achevé son œuvre et soumis tous ses ennemis, livre à son tour son royaume et sa royauté à son Père et se soumet à lui. Dieu est tout en tous (I Cor., XV, 24-28).
Il est aisé de voir, par ce simple résumé, quels développements a reçus de saint Paul l'enseignement de Jésus-Christ. C'est évidemment sur la partie anthro-
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pologique et sotériologique de cet enseignement, sur le rôle du Christ dans l'œuvre de la rédemption que l'apôtre a porté son attention. Il a mis dans un relief puissant, par une analyse impitoyable de la corruption humaine, le caractère universel du péché et l'absolue nécessité d'une restauration déjà esquissés dans l'Évangile. Jésus-Christ avait fait entendre que la Loi mosaïque n'était que provisoire : Saint Paul en définit de plus près la fonction dans le passé et la déchéance actuelle. Aux affirmations du Sauveur sur la dignité de sa personne il ajoute des traits qui annoncent, s'ils ne la rejoignent pas absolument, la théologie johannique. Il crée, pour ainsi dire, toute la théorie de la doctrine de la Rédemption. Sur l'Église aussi et son organisation intérieure, il apporte, dans les épîtres pastorales, des renseignements nouveaux. Il n'est pas jusqu'à son eschatologie qui ne soit d'une note plus claire que celle des synoptiques.
Toutefois, ce qu'il faut bien remarquer, c'est que, dans tous ces développements, saint Paul se rattache étroitement à Jésus-Christ, et n'a d'autre but que d'expliquer la pensée du Maître. Quand il donne des conseils en son nom personnel, il a bien soin de les distinguer des préceptes du Seigneur (I Cor., vu, 12, 15). Si Ton trouve rarement cette distinction, c'est qu'en effet il se borne d'ordinaire à répéter l'enseignement qu'une révélation directe lui avait livré (G., i, 11, 12). Il le répète, disons-nous, mais en le marquant de son empreinte, et non pas comme une leçon apprise de mémoire et froidement reproduite, mais comme une doctrine qu'il avait vécue, qu'il s'était assimilée, et dont son cœur comme son intelligence avaient amoureusement fouillé les profondeurs.
L'Epître aux Hébreux doit être, comme je l'ai remarqué, et à cause de son origine, examinée à part des épîtres de saint Paul. Le but de l'auteur, dans cet écrit, est de déterminer ses correspondants à rester inébranlables dans la croyance qu'ils ont embrassée, en les détournant d'un retour possible au judaïsme. Pour y atteindre, il s'efforce d'établir la supériorité de la nouvelle économie par une comparaison de la personne, des fonctions et de l'œuvre de Jésus-Christ avec la personne, les fonctions et l'œuvre des promulgateurs et des ministres de l'ancienne Loi; d'où il conclut à la fermeté de foi et d'espérance qu'il faut garder dans la vie chrétienne. C'est donc surtout une christologie et une sotériologie qu'il nous expose.
Jésus, dans sa manifestation terrestre, est sans doute vraiment homme, de notre race et de la tribu de Juda (il, 14; VII, 14), semblable à nous hormis le péché, et par conséquent capable de compatir à nos maux (ii, 17; IV, 15; vu, 26), fidèle, pieux et obéissant envers Dieu (m, 1, 2; v, 7, 8), mais cette apparence n'est pas tout Jésus. Il est encore le Fils, le premier-né, l'héritier universel, supérieur aux anges qui doivent l'adorer, 1 àirauYaau.a ty)? ooçri<; xai yapaxr/jp t^ç uTTOOTTocaecoç aùxou (tou ôeou), sans commencement et devant vivre toujours. C'est par lui que le monde a été créé et qu'il est conservé : il est Dieu (i, 1-12; m, 6; vu, 3, 8, 16, 28). Impossible de rapporter au Christ glorifié après la résurrection tous ces traits : quelques-uns regardent forcément le Christ préexistant. Et si une influence philonienne est ici sensible, la doctrine de l'Incarnation, qui apparaît dès le deuxième verset de l'épître (cf. x, 5), et la théorie de la Rédemption qui la remplit montrent que l'auteur a complètement modifié et précisé le concept flottant et principalement cosmologique de
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Philon. Sa pensée se rapproche visiblement du prologue du quatrième évangile.
Le Fils de Dieu cependant est devenu notre prêtre. Le sacerdoce juif n'avait, comme toute la Loi dont il était le centre, qu'un caractère provisoire (vu, 11, 12, 18, 19); il devait être transféré. Notre nouveau pontife, c'est Jésus-Christ (iv, 14). Médiateur de la nouvelle alliance (ix, 15; xii, 24), il est prêtre appelé de Dieu (iv, 5, 6, 10), prêtre à la ressemblance de Melchisédec (vi, 20-vii, 17; V, 10), supérieur aux prêtres du Lévitisme(vii,l-ll, 20-28), innocent et sans tache (vu, 26- 28), éternel et unique (vu, 23, 24).
La victime qu'offre ce prêtre, c'est lui-même (x, 7- 10 ; VII, 27 ; ix, 11-15, 28), et il lui suffît de l'offrir une fois tant ce sacrifice est efficace (vu, 27; ix, 12; x, 10, 12, 14). Par ce seul acte il nous rachète (Xuxpojcriç, ix, 12, 15), nouspuriûe non plus de nos souillures légales, comme faisaient les rites anciens, mais de nos péchés (i, 3; IX, 14, 28; x, 22); arrosés de son sang nous sommes intérieurement sanctifiés (xii, 24; xiii, 12), affranchis de l'empire du démon (ii, 14), capables de nous approcher du trône de la miséricorde et mis en possession des biens de la grâce (x, 9; iv, 6; xii, 22- 24). Ce sacrifice est d'ailleurs offert pour tous les hommes (ii, 9; v, 9; ix, 28); son efficacité embrasse tous les temps (ix, 25, 26); bien plus, accompli sur la terre, il se perpétue dans le sanctuaire du ciel où notre grand-prêtre a pénétré, portant entre les mains son propre sang, et où il continue d'intercéder pour nous (ix, 11, 12, 24; vu, 25).
Puis donc que Jésus-Christ est ainsi le médiateur de la nouvelle alliance, nous devons avoir confiance en lui (x, 19, 23), et, pour aller à Dieu, nous approcher de notre Sauveur avec une foi pleine (x, 21-22). L'auteur de l'Épître définit clairement ce qu'il entend par
la foi. Il en fait avant tout un acte de Tiotelligence, l'assurance certaine des choses à espérer, la conviction de ce que l'on ne voit pas (xi, 1). La foi a été le principe de tous les héroïsmes que nous admirons dans l'histoire d'Israël (xi). Que Ton se garde bien de renier celle que l'on a reçue de Jésus-Christ, car il est impossible que ceux qui ont rejeté, après les avoir connus, la lumière et le don de Dieu soient renouvelés par la pénitence, crucifiant en eux et tournant en dérision le Fils de Dieu (vi, 4-8); passage qui ne signifie pas que la voie du retour et du pardon est irrévocablement fermée au pécheur ou même au renégat, mais seulement qu'ils ne trouveront point le salut en dehors de Jésus-Christ, et tant qu'ils s'obstineront à le méconnaître.
La foi et la confiance sont donc les deux vertus que recommande surtout l'Épître aux Hébreux. Mais les autres, le courage, la fidélité à l'Eglise, la persévérance ne sont pas exclues, non plus que les devoirs de la vie domestique et sociale (vi, 10, 12; x, 25, 32-36; xii, 2- 4; XIII, 1-7). Un des grands motifs de les pratiquer, c'est le jugement futur. Tous doivent le subir après avoir passé par la mort (ix, 27). Le moment est proche où le Christ apparaîtra pour sauver ceux qui l'attendent (ix, 28, XI, 37). Alors les bons recevront leur récompense; ils jouiront du repos, du royaume, d'une patrie céleste, de la céleste Jérusalem (iv, 3, 10; x, 35 ; XI, 16; XII, 22, 23, 28). Leur bonheur sera sans fin (v, 9; IX, 12, 15 ; xii, 28) ; tandis que la perte des méchants sera épouvantable dans le feu qui les consumera (x, 27, 31, 39). L'auteur mentionne au chapitre vi, 2, la résurrection de la chair, mais sans en préciser autrement les conditions.
§ 4. — L'enseignement des apôtres en dehors de saint Paul et de saint Jean'.
Nous avons, sous ce titre, à résumer la doctrine d'abord des discours que les Actes des Apôtres mettent dans leur bouche aux premiers jours qui suivirent la Pentecôte, puis des épîtres qui ne sont attribuées ni à saint Jean ni à saint Paul. On doit même y joindre les Evangiles et les Actes pour leurs parties narratives, car, dans ces parties, ils traduisent surtout la foi de ceux qui les ont écrits.
Comme il est impossible de trouver dans cet ensemble de documents une idée centrale commune, force nous est de suivre un plan conventionnel, à l'occasion duquel on insistera, quand cela paraîtra nécessaire, sur les vues particulières à tel ou tel d'entre eux ^.
On n'y rencontre rien sur la Trinité en général qui renchérisse sur l'enseignement de Jésus et de saint Paul. Les trois personnes sont clairement distinguées dans le récit du baptême de Jésus surtout par saint Luc (Mt., III, 16, 17; Me, i, 10, 11; Le; m, 21, 22).
Du Saint-Esprit il est souvent question. Les Évangélistes marquent sa coopération à la naissance miraculeuse de Jésus (Mt., i, 20; Le, i, 35), et sa descente sur lui au moment de son baptême (v. supra). Les Actes nous disent comment, promis parle Sauveur aux apôtres (i, 4; cf. Le, xxiv, 49), il est venu en effet sur
1. Cuire les ouvrages généraux signalés plus haut, voir la littérature spéciale dans Stevens, op., cit., p. 59(3.
2. On n'ignore pas que l'authenticité de plusieurs de ces documents a été contestée, et que les dates les plus diverses ont été proposées pour leur rédaction. Mais nous ne pouvons entrer ici, on le comprend, dans l'examen de ces questions. Il sufQt à notre but que, dans l'ensemble, on puisse considérer ces écrits comme une expression ou un écho fidèle de la prédication apostolique dans la deuxième moitié du i^' siècle. — Pour les références de ce paragraphe, A. = Actes; l, Il P. — I, Il Pétri; Jac. = Jacques; Jud. = Jude.
eux au jour de la Pentecôte (ii, 4; cf. 17, 18). Son rôle est de fortifier la foi (vi, 5), de donner la sagesse (vi, 3), de guider les disciples dans leur ministère (viii, 29), d'inspirer les nouveaux prophètes (xi, 28; xiii, 9) comme il a inspiré les anciens (vu, 51), d'accorder le don des langues (ii, 4; x, 44-47). Il est, d'après samt Pierre, le principe de la grâce et de la sanctification des fidèles (I P., I, 2); lui mentir, c'est mentir à Dieu (A., v, 34).
Les discours rapportés par les Actes nous présentent le plus ancien exemple d'une apologétique chrétienne fondée sur le caractère de Jésus-Christ. Elle est fort simple, et se borne à démontrer que Jésus est le Messie promis. Il est le prophète annoncé par Moyse, le serviteur de Dieu, le Tiaïç esou d'Isaïe (A., m, 13, 22-26; IV, 27; cf. 25); il a réalisé les prophéties (viii, 32 sqq.) ; sa mort même était prédite ; il est la pierre d'angle rejetée dont parle le Psaume cxvii, 22 (iv, 11 ; cf. 25-28), le trahi dont parle le Psaume lxviii, 26 (i, 16, 20); toute sa passion avait été décrite d'avance et s'est déroulée comme elle le devait (ii, 23; m, 18; iv, 27, 28). David avait annoncé sa résurrection au Psaume xv, 10 (m, 15; IV, 10; v, 30; x, 40), aussi bien que son ascension et son exaltation au ciel, au Psaume cix, 1 (ii, 33-36).
Du sacrifice de Jésus-Christ, il n'est presque rien dit. La première épître de saint Pierre contient cependant l'idée de la substitutio çicaria (ii, 24) et de notre rédemption par le sang du Sauveur (i, 18, 19). En revanche, le fait de sa résurrection occupe dans le premier enseignement apostolique une place prépondérante : c'est qu'il est pour les Juifs la preuve décisive de sa qualité de Messie. Après être descendu aux enfers pour y prêcher aux esprits des morts (I P., m, 19, 20; IV, 6), le Christ ressuscité monte à la droite de son Père (Me, xvi, 19). Là il doit régner éternellement (IIP., I, 11; cf. Le, I, 32, 33), car Dieu l'a fait
Christ glorieux et Seigneur (A., ii, 36). Le nom de Kupioç devient son nom, s'appose à celui de Jésus (A., XI, 23, 24; 1,21, cf. 24; iv, 29; IIP., i, 2, 8, 11,14,16); Jésus est le seul dominateur et Seigneur (Jud., 4, 8); on lui applique les textes écrits de Dieu même dans l'Ancien Testament (A., ii, 20, 21 ; vu, 59), et on l'adore (Mt., xxviii, 9, 17).
La foi est la condition du salut, et les apôtres, en même temps qu'ils exigent le repentir, exigent que l'on croie à leur parole (A., ii, 38, 41; m, 19; v, 31; VIII, 12, 14, 22). — On n'ignore pas, à ce propos, quelle opposition on a voulu trouver entre les vues de saint Paul sur la justification par la foi et celles de saint Jacques. Cette opposition n'existe point. Pas plus que saint Paul n'attribue la justification à une foi purement spéculative, qui ne serait point accompagnée d'une disposition intérieure d'obéissance et de charité, saint Jacques ne l'attribue à des œuvres que la foi et la charité ne vivifieraient point. Toute la doctrine de celui-ci se trouve condensée au chapitre ii, verset 22, de sonEpître : la foi d'Abraham concourait à ses œuvres, et s'est trouvée, par elles, portée à la perfection. Il n'y a de vraie foi que celle qui nous fait agir ; l'autre est morte et inutile. Ce n'est donc pas la foi isolée et théorique qui nous sauve, pas plus que les œuvres sans la foi, mais bien la foi accompagnée des œuvres (Jac, II, 14-26). — Quant à la loi mosaïque, des divergences d'opinion se produisirent d'abord dans l'Église primitive sur la valeur obligatoire qu'elle devait conserver vis-à-vis des Gentils. Ceux-ci commençaient à se convertir : à Antioche, ils formaient déjà une communauté indépendante (A., xi, 20-26). Ces gentils, devenus chrétiens, seraient-ils soumis aux prescriptions légales du judaïsme (A., xv, 5-11). Pierre trancha la question par la négative (A., xv, 7-11) : il avait reçu des indi-
cations divines à l'occasion du centurion Cornélius (A., X, 10-20, 28, 34, 35, 44-48). Jacques se prononça dans le même sens (A., xv, 13-20). Toutes les incertitudes cependant ne furent pas levées, et l'on se demanda notamment si les convertis du judaïsme pouvaient, au mépris de la loi, frayer avec les fidèles venus du paganisme. On trouve un écho de ces scrupules dans TÉpître aux Galates (ii, 11-14). Pierre, qui tenait pour la légitimité de ces rapports, eut cependant un moment de faiblesse, et en fut repris par saint Paul. Ce n'est que plus tard que l'Epître aux Hébreux proclama la déchéance définitive de la loi ancienne et son remplacement par la nouvelle.
Quant au reste de la morale chrétienne, il serait trop long, on le conçoit, d'en relever tous les traits dans cette littérature en grande partie parénétique. On y recommande la soumission aux pouvoirs civils et aux maîtres immédiats, si l'on est serviteur (I P., ii, 13, 14, 18), la prière confiante (Jac, i, 6). Saint Jacques semble prohiber tout serment (Jac, v, 12); il reproduit (Jac, I, 14, 15) la lignée concupiscence^ péché, mort que l'on trouve dans saint Paul. L'énergique réprobation de celui-ci contre la chair reparaît également dans saint Jude (23), qui regarde le corps comme une tunique souillée qu'il faut haïr. Les Actes signalent la praticjue du jeûne dans l'Église (xiii, 2, 3; xiv, 22).
L'Église, c'est le nom en effet que les Actes, qui en sont la plus ancienne histoire, donnent à la réunion des premiers fidèles (v, 11; viii, 1-3). Entre ceux-ci règne d'abord une sorte de communauté de biens, mais que la seule charité spontanée inspire et maintient (A., ii, 44, 45; V, 3, 4). De plus, dans ce peuple chrétien, qui généralement forme un sacerdoce saint, un sacerdoce royal (îspaT£uiJ.a aytov, ^asiXeiov îepaxeuaa) qui doit offrir des victimes spirituelles (I P., ii, 5, 9), il existe une
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hiérarchie. Les apôtres se réservent, comme fonctions propres, la prière et la Siaxovia tou Xo'you (A., vi, 2, 4). Pierre apparaît manifestement comme le premier d'entre eux (A., i, 13, 15; ii, 14, 37; m, 6, 12; iv, 8; V, 3, 29; XV, 7). Ils imposent les mains aux diacres et aux nouveaux convertis (A., viii, 17). Au-dessous d'eux, on trouve dans chaque communauté les 7rp£<r6uT£poi, qui doivent gouverner le troupeau qui leur est confié :A., XI, 30; XIV, 22; xv, 2, 6, 22, 23; xvi, 4; xxi, 18; I P., V, 1, 2). Les presbytres ont, avec les apôtres, décidé ce qu'il convenait d'exiger dans la question des observances légales, et, avec eux, présenté leur décision comme celle de l'Esprit-Saint (A., xv, 6, 22, 28). Puis, dans l'Église de Jérusalem se montrent les diacres, institués par la prière et l'imposition des mains, dont la fonction est d'abord de s'occuper des pauvres (A., vi, 1-6), mais que l'on voit, dans la suite, discuter contre les Juifs, baptiser et prêcher (A., vi, 9; viii, 38, 40). A Antioche, on rencontre des prophètes et des didascales qui imposent les mains à Paul et Barnabe (A., xiii, 1, 3). Enfin il est question de vewTspoi, v£avi(Txoi, dont on ignore s'ils remplissaient des ministères précis, et qui doivent être soumis aux presbytres (A.,v,6, 10;IP.,v, 5).
C'est par le baptême que l'on entre dans l'Eglise (A., II, 41; X, 47, 48). 11 est, avec la pénitence, la condition du salut (A., II, 38). Il suppose la foi (A., viii, 36-38), et se donne au nom de Jésus-Christ [im tw ovof/axt, Iv Tw ovdixaTi, eîç xb ovoixa tou xupiou '[r,(70u. A., Il, 38; X, 48; viii, 16). Son effet est de remettre les péchés (A., ii, 38; cf. X, 43), de nous purifier de nos fautes par le sang de Jésus-Christ dont il est une aspersion (I P., 1,2; m, 18-21).
Le baptême est ordinairement suivi de l'imposition des mains pour la communication du Saint-Esprit
(A,, VIII, 17, 19; XIX, 5, 6) : cette effusion se produit toutefois en dehors du rite, et est souvent accompagnée du don des langues et de charismes divers (A., x, 44-46; XIX, 6). Puis, dans la communauté chrétienne, on célèbre la fraction du pain (A., ii, 42, 46; xx, 11). Quant aux apôtres de la seconde génération, Paul et Barnabe, et aux diacres, c'est, comme on l'a dit, par l'imposition des mains et la prière soit des premiers apôtres, soit des prophètes et des didascales, qu'ils reçoivent leur mission (A., vi, 6; xiii, 1-3).
Enfin, à ces rites il faut ajouter celui que saint Jacques recommande en cas d'infirmité. Un fidèle est-il malade? On introduira les presbytres de l'Eglise qui prieront sur lui en l'oignant d'huile au nom du Seigneur. Cette prière confiante soulagera le malade, et s'il est dans le péché, ses péchés lui seront remis (Jac, V, 14, 15).
Reste à examiner la doctrine eschatologique de nos documents. Elle ne diffère pas sensiblement de celle de Jésus ou de saint Paul, mais il est difficile d'en lier les éléments. Bien qu'il règne de l'incertitude relativement à l'époque précise de la fin du monde, et que la deuxième épître de saint Pierre nous fasse entendre qu'elle est peut-être fort éloignée (II P., m, 8, 9), toutefois le sentiment dominant est qu'elle est proche et qu'il s'y faut préparer (A., ii, 15, 21; I P., iv, 7; Jac, V, 8, 9). Avec le Messie les derniers temps sont venus (A. , II, 16, 17), et cette pensée doit effrayer les méchants et fortifier les bons (Jac, v, 1-9). Ces derniers temps seront marqués par l'apparition de docteurs de mensonge, de sectes perdues, niant le Seigneur Jésus, et se livrant à la corruption de leur cœur (II P., ii, 1-3, 12, 20; III, 3, 4). Mais Dieu, qui juge les vivants et les morts, et qui a déjà puni dans l'enfer les mauvais anges (II P., ii, 4), rendra à chacun selon ses œuvres
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(I P., IV, 5). Les bons Jouiront de la vie éternelle (I P., III, 22; Jud., 21). Tantôt leur sort nous est représenté comme un héritage (I P., i, 4; Jac, ii, 5), tantôt c'est une récompense, la couronne de vie donnée à ceux qui ont courageusement souffert (Jac, i, 12). Ce bonheur des justes sera sans fin (I P., i, 4; m, 22;. Au contraire les méchants disparaîtront (I P., iv, 18). seront perdus (àTroj^eia, II P., m, 7); ils seront châtiés par le feu qui les dévorera à l'exemple de Sodome et de Gomorrhe 'II P., ii, 6; Jud., 7, 8;. Alors une conflagration générale dissoudra la terre, les cieux actuels et les éléments, et de nouveaux cieux, une nouvelle terre, où habitera la justice, apparaîtront : c'est l'objet de notre attente (II P., m, 7-13).
§ 5. — L'enseignement de saint Jean^
C'est avoir exposé déjà, du moins en partie, l'enseignement de saint Jean que d'avoir exposé celui de Jésus d'après le quatrième évangile, car le disciple a si bien mis son empreinte sur les discours du Maître qu'il les a faits siens par le ton et la terminologie qu'il leur prête. Nous entendons l'auteur à travers les paroles qu'il rapporte. Mais, ces discours mis à part, il nous reste comme sources de la doctrine strictement johannique, outre les parties narratives de l'Evangile, les épîtres attribuées à Tapôtre et l'Apocalypse. On n'ignore pas les difficultés soulevées contre ces écrits : le dernier surtout a été, dès les premiers temps de l'Eglise, l'objet de suspicions et même de critiques
i. Outre les ouvrages généraux mentionnés plus haut, voir la littérature spéciale dans Stevens, o/?. cit., pp. 395, 596. On y ajoutera Th. Calmes, L'évangile selon saïjxt Jean, Paris, 1904. E. Jacquier, Hist. des livres du N. T., t. IV, Paris, 1908.
pénétrantes ^. Nous n'entrerons pas ici dans la discussion de ces difficultés. A beaucoup il a semblé que l'Apocalypse portait, au contraire, le cachet de saint Jean, et que l'on y trouve en germe la théologie qui devait s'épanouir plus tard dans les Epîtres et l'Évangile. Quoi qu'il en soit, et en raison de leur caractère, il est à propos cependant de présenter d'abord et à part les enseignements de l'Apocalypse. Ils tiennent encore au judaïsme et à ses formes, malgré l'esprit nouveau et les échappées mystiques qui s'y rencontrent.
C'est autour de la christologie et de l'eschatologie que se groupent surtout ces enseignements. Dieu et ses anges y sont toutefois l'objet aussi d'une attention particulière. Ce n'est pas comme Père que Dieu est envisagé : c'est dans ses attributs de majesté et de toute-puissance. Il est TÉternel, l'alpha et l'oméga, le principe et la fm, le premier et le dernier (i, 8; xxi, 6; XXII, 13), TravToxpàTCDo (i, 8; iv, 8, etc.), créateur de l'univers par sa seule volonté (iv, 11; x, 6; xiv, 7). — A côté de lui est Jésus-Christ. L'Apocalypse lui maintient sans doute un rôle subordonné par rapport au Père (I, 1; II, 26, 27); mais elle l'élève d'ailleurs bien haut dans la gloire de son triomphe, et finit par l'associer complètement au Père dans quelques-uns des attributs qu'elle lui prête, et dans les hommages qu'elle lui fait rendre. Ainsi le Fils de l'homme est juge et Seigneur (i, 16, 20), prince des rois de la terre, Seigneur des seigneurs et roi des rois (i, 5; xvii, 14). S'il est le témoin fidèle et l'Amen (i, 5; m, 4, 14), le premier-né d'entre les morts et celui qui tient les clefs de la mort et de l'enfer (i, 5, 18), le principe de la créature de Dieu (f, ap/r) x^ç xtigeio; toU 8eou, m, 14), il est