EusÈBE, Hist. eccles., VII
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aussi, comme le Père, le premier et le dernier (ÔTrpwtoç xai ô ic'/^azoq, i, 17; il 8), associé à Dieu dans la même louange et les mêmes honneurs (v, 12, 13), sans cesse rapproché de lui et joint à lui (vi, 16; vu, 9, 10; xi, 15; XII, 10; xiv, 4; xxi, 22; xxii, 3).
C'est sous la figure d'un agneau immolé que Jésus- Christ est apparu au voyant : par cet agneau, par son sang nous avons été rachetés d'une rédemption qui a été universelle (v, 9; cf. xiv, 4; v, 2; xi, 6). Dans son sang il a lavé nos péchés (i, 5; vu, 14; xxii, 14). La mort de Jésus-Christ est ainsi désignée comme la condition de notre réconciliation et comme le principe du salut.
Puis, au-dessous de Jésus-Christ, on trouve les anges. Ils jouent, dans l'Apocalypse, comme ordinairement dans ce genre d'écrits, un rôle considérable et qu'il est inutile d'analyser en détail. Mais il faut donner une mention spéciale aux sept esprits (TrveuuiaTa) qui sont devant le trône de Dieu (i, 4), et qui sont identifiés aux sept lampes qui brûlent devant le trône (iv, 5) et aux sept yeux de T Agneau (v, 6). Au i, 4, 5, ils sont nommés entre Dieu et Jésus-Christ, et il semble que chacun d'eux successivement parle dans les lettres envoyées aux Églises (ii, 7, 11, 17, 29; m, 6, 13,22). D'autre part, il est question de l'Esprit qui parle (xiv, 13) et qui, avec l'Épouse, soupire après la venue de Jésus (xxii, 17). Peut-être avons-nous, dans ces sept esprits, une personnification symbolique de l'action multiforme du Saint-Esprit, et, dans l'ensemble de ces passages, une ébauche de la pneumatologie johannique (loan., xiv-xvi).
En face des bons anges apparaît le démon. L'auteur le présente sous la forme d'un dragon (xii, 3 ; cf. 9) : c'est l'ancien serpent (de la Genèse) appelé le diable et Satan, qui séduit le monde entier (xii, 9). Antago-
niste de Dieu, il a, lui aussi, ses anges (xii, 7, 9), un trône (ii, 13), une synagogue (ii, 9; m, 9), une doctrine avec ses mystères (xà paôsa tou ^arava, II, 24). Vaincu par Michel et ses anges et précipité du ciel (xii, 7, 8), il fait la guerre aux enfants de Dieu, et se trouve aidé dans cette œuvre par les deux bêtes, personnification de l'iniquité corruptrice et persécutrice (xiii, 1-17).
Dieu et sa justice doivent triompher cependant, et ce triomphe constituera la fin des choses. Les visions eschatologiques de Patmos contiennent beaucoup d'éléments et d'images empruntés aux apocalypses juives circulant au moment de sa composition, et, à ce point de vue, sont peu originales. Mais, d'autre part, elles ont eu trop d'influence sur l'eschatologie ecclésiastique postérieure pour qu'on les puisse négliger. Il est donc à propos d'en marquer au moins la suite.
Au commencement se place la chute de la Babylone homicide et persécutrice des saints : c'est la première victoire de l'Agneau (xvii, xviii), dont les noces sont venues et dont l'épouse se prépare (xix, 7, 9). Puis le Verbe de Dieu apparaît, à cheval, en guerrier, sa robe tachée de sang, et traînant à sa suite les armées du ciel (xix, 11-15). Contre lui s'assemblent la bête, le faux prophète, les rois et les puissants, ennemis de son règne, avec leurs troupes (xix, 17-19). La bête et le faux prophète sont saisis et jetés vivants dans un étang de feu et de soufre ; les autres sont tués et leurs chairs dévorées par les oiseaux du ciel (xix, 17, 18, 20, 21) ; Satan est enchaîné et relégué pour mille ans dans l'abîme (xx, 1-3).
Alors a lieu une première résurrection pour les justes seuls. Ils reviennent à la vie, et, avec le Christ dont ils sont les prêtres, régnent pendant mille ans (xx, 4-6).
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Ce règne de mille ans est suivi d'une nouvelle épreuve. Satan, momentanément délivré de son cachot, séduit les nations des quatre coins de la terre, et ensemble ils viennent assiéger la cité sainte (xx, 7-8 ; cf. 3). Mais alors Dieu intervient lui-même. Le feu du ciel dévore les révoltés ; Satan va rejoindre la bète et le faux prophète dans l'étang de feu et de soufre pour y être, avec eux, tourmenté aux siècles des siècles (xx, 9, 10), et une seconde résurrection, générale celle-ci, suivie d'un jugement également général (xx, 12, 13), prépare le triomphe définitif de la justice. C'est sur ses œuvres (xaTot ik epya) écrites aux livres du ciel que chacun sera jugé (xx, 12, 13 ; ii, 23 ; XXII, 12). La conséquence de ce jugement, c'est pour '< la mort )> et pour « l'enfer », c'est pour quiconque n'est pas inscrit au livre de vie « la seconde mort », c'est-à-dire la condamnation à l'étang de feu et de soufre qui a déjà recueilli la bête, le faux prophète et le dragon (xx, 14, 15 ; xxi, 8). Là, tombent les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres et tous les menteurs (xxi, 8; cf. xxii, 15). Le châtiment est d'ailleurs analogue aux crimes commis (xvi, 6; xiii, 10; II, 20-23; xviii, 6, 7); mais de plus il est éternel (xx, 10) : il n'est, nulle part, question de restauration, d cxTroxaTacTaffi;.
Pour les justes, au contraire, une nouvelle terre et de nouveaux cieux seront créés, car les anciens ont disparu (xxi, 1 ; cf. xx, 11). Une Jérusalem nouvelle, l'épouse de l'Agneau, descend des cieux, magnifique et splendidement parée. On nous en donne la description (xxi, 11-27). C'est l'Eglise triomphante, la paai^eta Toïï 6eou définitive dans laquelle les saints régneront éternellement avec Dieu et contempleront sa face (xxi, 3, 4 ; xxii, 4, 5).
Venons maintenant à la doctrine de l'évangile et des épîtres de saint Jean ^
« Dieu est lumière, et il n'y a point en lui de ténèbres » (I J., I, 5}. « Dieu est amour » (I J., iv, 8, 16). Ce sont les deux définitions de Dieu que nous donne saint Jean, et qui vont à nous le représenter comme le principe de toute pureté, de toute sainteté et de toute vie, car les ténèbres, pour l'apôtre, c'est le mal (I J., I, 6, 7). Or l'amour de Dieu à notre égard a paru surtout en ceci qu'il a envoyé dans le monde son Fils unique afin qu'en lui nous eussions la vie (I J., iv, 9). — Qui est ce Fils unique ? C'est le Fils simplement et par excellence (I J., ii, 22-24), le Monogène (i, 14, 18) : c'est le Verbe. Le terme de Xo'yoç — il se trouve déjà dans l'Apocalypse — est emprunté directement ou indirectement à la philosophie platonicienne et notamment à Philon ; mais l'apôtre l'emplit d'un sens qu'il ne comportait pas, et le Verbe devient une personne qu'il n'était pas d'abord. Jésus-Christ est donc le vrai Verbe, le Verbe créateur, par qui tout a été fait (i, 3), le Verbe révélateur, lumière du monde (i, 9), le Verbe qui, dès le commencement (Iv ap/.ri), était auprès de Dieu (Trpbç Tov Qcov), dans le sein du Père, et qui était Dieu (i, 1, 2, 18), mais qui s'est incarné et est venu au monde dans une chair véritable (i, 14 ; I J., iv, 2, 3 ; V, 1, 6-8, 12; II J., 7-12).
Son œuvre ici-bas a été de nous communiquer la vie qui est en lui (I J., i, 2; m, 14; v, 11, 20), et par conséquent d'abord d'effacer nos péchés, de dissoudre en nous les œuvres du diable (I J., m, 5, 8). C'est pour cela que Jésus a dû mourir non seulement pour la na-
1. L'Evangile est cité par la simple indication du chapitre et des yersets. Pour les Épîtres, l, II J. = l, II loannis.
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tion d'Israël, mais pour tous les enfants de Dieu dispersés (xi, 51, 52), afin d'être propitiation (îXaaao'ç) pour nos péchés et de nous purifier par son sang (I J., i, 7 ; II, 2; IV, 10).
Le monde cependant n'a pas correspondu à cette grâce du Père par Jésus-Christ. Le monde, en saint Jean, est quelquefois l'ensemble simplement des choses créées (i, 9, 10), plus souvent l'ensemble des forces qui s'opposent sur la terre au règne de Dieu. Ce monde es; tout entier dans le mal (I J., v, 19), et tout ce qu'on y tr mve n'est qu'orgueil et convoitise (I J., ii, 16). Il a pour œuvre propre le péché, l'iniquité (àvo(i.ia, I J., m, 4; v, 17). Le péché ici n'est pas la transgression passagère de la volonté de Dieu : c'est l'état d'opposition habituelle à ses lois : et voilà pourquoi celui qui est né de Dieu et qui en garde la filiation ne pèche point et ne saurait pécher (I J., m, 9, 10; v, 18), non plus que celui qui demeure en Jésus-Christ (I J., m, 6). D'autre part cependant, l'apôtre distingue des péchés qui sont et des péchés qui ne sont pas ad mortem (Tcpoç ÔàvaTov, jif, Trpoç Sàvaxov, I J., V, 16, 17). Pour les premiers on ne doit point intercéder ; pour les seconds on peut le faire, et la vie sera accordée. C'est pour ces derniers sans doute que saint Jean nous dit que nous avons auprès du Père un avocat, Jésus-Christ (I J., ii, 1).
Le soin des vrais chrétiens sera donc de détester le monde et d'en triompher par la foi (I J., ii, 15 ; v, 4, 5), mais d'ailleurs de se sanctifier sur le modèle de Dieu même, afin de lui devenir semblables, et de pouvoir, quand il se révélera, le contempler tel qu'il est (xaôoiç eaxiv, I J., III, 2, 3).
La brève esquisse de la théologie johannique que l'on vient de lire doit être complétée, je l'ai déjà observé, par ce qui a été dit de renseignement de Jésus- Christ d'après le quatrième évangile. Cette théologie
de saint Jean marque le point culminant de la révélation religieuse dans le Nouveau Testament. Dans les synoptiques, la parole de Jésus se trouve conditionnée par la qualité de ses auditeurs, et doit s'enfermer le plus souvent dans les horizons de la pensée juive. Elle étend sans doute infiniment ces horizons, mais sans en modifier les contours au point qu'ils deviennent étrangers à ceux qui l'écoutent. Saint Paul brise déjà en partie le moule tout palestinien de cette première catéchèse. Apôtre des Gentils et de la Diaspora, il doit l'accommoder auxJuifs hellénistes et aux Grecs, et donc en effacer ou atténuer les traits qui la leur rendraient inintelligible. Mais dans saint Jean (je parle de l'Évangile et des Epîtres) ce travail est poussé bien plus loin. Au moment où il écrit, l'Église a débordé au large les contrées qui l'ont vue naître, et de nouveaux modes de concevoir et de parler s'imposent à elle, si elle veut être comprise et acceptée. Quelques arrangements de détail ne suffiraient pas : c'est toute une traduction et une interprétation des données doctrinales synoptiques qui s'imposent. Il faut rompre définitivement avec le particularisme et le symbolisme juifs, pour proclamer l'universalité de la religion de l'Évangile et aller au fond des divines réalités qu'il contient, sortir des tâtonnements pour révéler dans leur infinie grandeur, l'amour de Dieu et la dignité de Jésus- Christ. Dieu est Esprit, et c'est en esprit qu'il le faut adorer. Le Messie des Juifs, l'Oint du Seigneur est le Verbe de Dieu, Dieu éternel comme le Père, incarné et fait homme. Le salut qu'il nous apporte, c'est la vie même de Dieu qu'il vient nous communiquer, et qui doit, si nous la développons en nous, nous rendre semblables au Père et capables de le voir tel qu'il est. C'est, en raccourci, la traduction que saint Jean donne de la prédication du Maître, et qui doit être désormais
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l'expression de la foi nouvelle. L'antiquité a surnommé le disciple que Jésus aimait le Théologien. Elle ne s'est pas trompée : saint Jean — écrivain inspiré d'ailleurs et organe de la révélation divine — est en effet le premier en date et, sans doute, le plus grand théologien de l'Église.