EusÈBE, Hist. eccL, III
5. Par exemple, I Clem., XIII, 2; cf. Hermas, Similit. YIII, 8, 1 ; II Clem., VIII, 5; Barn., VI, 13.
118 LA THEOLOGIE ANTENICEENNE.
doctrinale ecclésiastique, d'un enseignement vivant, plus libre et plus souple que la parole simplement rapportée de Jésus-Christ et des apôtres, mais s'imposant comme elle, apparaît dans saint Ignace, ou peut-être même dans saint Clément. Celui-ci en appelle à « la glorieuse et vénérable règle de notre tradition » (I Clem.y VII, 2); et le premier ne permet pas plus de se séparer de Tévêque que de se séparer de Dieu, de Jésus-Christ et des apôtres {TralL, vi, 1-vii, 1). «Fils de vérité, fuyez la division et les mauvaises doctrines : là où est le pasteur, suivez-le comme des brebis » [Philad., II, 1).
Ainsi donc l'Ancien Testament, y compris quelques apocryphes, la parole et les écrits de Jésus-Christ et des apôtres, la tradition orale, un ou deux documents apocryphes du Nouveau Testament, l'enseignement de l'évêque, voilà à quelles sources s'alimente la doctrine des Pères apostoliques.
Quelle est cette doctrine ? — Nous allons, vu leur importance, l'exposer à part pour chacun d'eux.
§ 2. — La première épître de saint Clément i.
Le but même que saint Clément se proposait dans son épître, à savoir ramener dans l'Eglise de Corinthe la paix et la soumission aux pasteurs légitimes, devait naturellement y faire prédominer les enseignements
1. A. Brùll, Der erste Brief des Clemens von Rom, Freiburg, 1882, yfnEii^jUntersuchungen ûber den ersten Clemensbrief, Gôttingen, 1891. G. Courtois, VÈpitre de Clément de Rome, Montauban, 1894. Bang, Studien ûber den Clemensbrief, Theolog. Studien und Kritiken, vol. LXXI, 1898. J. GuEGG, The episile of saint Clcment, London, 1899. A. Stahl, Patritische Untersuchungen, Leipzig, 1901. A. Scuerer, Der erste Ch'mensbrief an die Corinther, RegensburoS 190-2, D. Vôlter, Die apostolischen Vâter neu untersucht, 1, Leyde, 190i. R. Sohm, Kirchenrecht, I, Leipzig, 1892.
sur l'autorité des chefs de l'Église et les exhortations morales. Cette circonstance n'empêche pas qu'on y trouve des éléments dogmatiques en petit nombre sans doute, mais précieux à recueillir dans un écrit aussi ancien.
La bonté et la miséricorde de Dieu y sont souvent mises en relief (xix, 2, 3; xxiii, 1; xxix, 1), mais sa puissance n'y est pas oubliée (xxvii, 4, 5). On remarquera la multiplicité des doxologies qui coupent les développements de l'auteur (xx, 12; xxxii, 4; xxxviii, 4; xliii, 6, etc.). Puis, à côté de Dieu, nous trouvons la personne de Jésus-Christ dont il sera plus loin question, et le Saint- Esprit. C'est par cet Esprit qu'ont parlé les écrivains sacrés (viii, 1 ; xlv, 2), et c'est par lui {Bik tou àyioL» TrveuaaToç) que l'auteur même de l'épître déclare écrire (lxiii, 2) ; mais le Saint-Esprit n'est lui-même que l'organe de Jésus-Christ nous parlant dans l'Ancien Testament (xxii, 1, sqq.). Deux formules trinitaires, d'inégale valeur, résument l'enseignement de saint Clément sur ce mystère. Au chapitre xlvi, 6, il nous dit que nous n'avons « qu'un Dieu, un Christ, un seul Esprit de grâce répandu sur nous, une même vocation dans le Christ ». Au chapitre lviii, 2, vient la formule du serment : Ç-Tj Yocp 6 Ô£Oç, xai (^yj ô xupioç 'Iriaouç XpiffTOç xat xb Tcveuuia xo ayiov ■iq x£ Tr{(Txiç xai ^IXtiiç xwv exXsxxwv, oxi xxX. Si l'on rapproche cette formule de celle de l'Ancien Testament, ^rj Kupioç (I Reg., XIV, 39 ; XX, 3 ; xxvi, 16, etc.), on voit que, pour Clément, Kupioç se décompose en ô Qzôq, b xupio; 'Iviaouç XpicfToç, To TrvEUfjLaxoaytov, ces trois termes étant invoqués ensemble comme garants de sa parole ^
Jésus-Christ vient d'Abraham xaxà aapxa (xxxii, 2) ; il est le serviteur de Dieu {-kcù^ ôsou, lix, 2-4, formules liturgiques), mais aussi son Fils (uîo'ç, xxxvi, 4). Au
1. On trouve une formule semblable dans V Assomption d'haïe, m, 13.